‹ EncyClopedie internationale de chirurgie v. 7, 1888 (volume 4)Chapitre 36 sur 343 · PAR M. WILLIAM II. VAN BUREN · texte numérisé non relu

PAR M. WILLIAM II. VAN BUREN

M. D., L L. D., Prorossear de pathologie et de clinique chirurgicale au Collège médical de l'HApital

de Bellevue, New-York (]).

Consldtoftttoiis sénérales sur rinflamma-

tlon. Béflnitions.

La pathologie de rinaammation telle qu'elle est interprétée par les méthodes histologiques, a\ïint été com^ètement exposée à Farticle précédent, il reste à décrire, au point de vue de lobsenralion clinique, cette condition si complexe mais si importante qui s'offre constamment au chirurgien.

La définition de Finflammation fournie par les derniers enseignements de la science, bien que leur exactitude ne soit pas discutée, ne comporte pas la signification complète du terme tel qu'il est employé dans le langage ordinaire de la chirurgie actuelle. Là, on attribue une importance capitale aux symptômes objectiOs de douleur, chaleur, rougeur et gonflement tels qaHs ont été énumérés autrefois par le chirarglen romain Celse dans sa définition de l'inflammation qui est devenue classique; et Tidée d'irritation brûlante, qui suggéra l'emploi de l'adjectif grec phlogistique et de son synonyme latin inflammatoire, est toujours présente à l'esprit. Ainsi lorsqu'une blessure est décrite comme enflammée, l'idée renfermée dans cette expression est qu'on se trouve en présence d'un des symptômes cardinaux mentionnés ci-dessus, soit qu'il s'agisse d'une sim-

(I) Thuliiit par le D' Maurice Lannois.

pie réunion primitive, soit qu'il existe des granulations et de la suppuration sans qu'il y ait eu de douleur, de chaleur, de rougeur ou de gonflement à un degré notable; et cependant la réunion primitive, les granulations, les suppurations, sont certainement des traits légitimes du processus inflammatoire tel que nous le comprenons aujourd'hui. Les définitions proposées jusqu'à présent sont plus ou moins imparfaites par suite de l'obscurité qui s'attache au sujet lui- môme. Les plus dignes de considération décrivent simplement l'inflammation comme l'ensemble des phénomènes qui sont développés par toute lésion de l'organisme affectant les tissus localement, pourvu toutefois que les tissus atteints ne soient pas complètement détruits. Il va de soi que les phénomènes qui accompagnent la guérison d'une simple incision bénigne ne sont pas reconnus complètement, dans le sens vulgaire du mot, comme appartenant à la môme série de modi" fications qui se développent au plus haut point dans les manifestations les plus violentes de l'inflammation et se terminent par la suppuration, l'ulcération, parfois aussi la gangrène ; ces derniers phénomènes sont regardés comme appartenant à l'inflammation vraie.

Pour faire disparaître cette absence de conformité qu'on s'explique d'ailleurs facilement en jetant un coup d'oeil sur les récents progrès de la science chirurgicale, Sir James Paget a employé le terme processus de réparation pour

WILLIAM n. VAN BUREN. - INFLAMMATION.

désigner les phénomënçs les plus modérés de rinflammation tels qu'ils se présentent dans les blessures simples et en voie de guérison; et plus récemment Samuels a décrit le processus de réparation de Paget comme la phase construciive de l'inflammation, réservant à la suppuration, Fulcération et la gangrène la dénomination de destructive. Ces expressions qui indiquent bien les résultats du processus recon* naissent nettement une identité de nature.

La science de la pathologie humaine, qui prit naissance dans Tétude post mortem des changements anatomiques des organes et des tissus malades, — Tanatomie pathologique comme on rappelle ordinairement — a été inaugurée surtout par l'école française au commencement de ce siècle. Les principales découvertes établirent Tidentilé de ce qu'on appelait l'inflammation, se manifestant à la surface du corps et dans les blessures avec les conditions similaires affectant les organes internes, identité qui n'avait jamais été démontrée. Sous l'influence des théories plausibles de Brown ou do Broussais, l'inflammation, dont le domaine se trouvait ainsi bien étendu, fut considérée comme la plus importante de toutes les forces pathologiques. Une terminaison uniforme fut donnée aux noms des maladies inflammatoires — ite — indiquant un afflux du sang à la partie enflammée — itio in partes ; et le traitement des affections ainsi distinguées, qui formaient par le fait de leur compréhension la grande majorité des maladies humaines, fut nécessairement, comme conséquence de ces prémisses, exclusivement antiphlogistique. L'auteur se souvient encore d'une période dans laquelle la doctrine dominante des écoles était que l'inflammation, sous une forme quelconque, constituait le facteur essentiel de la plupart des maladies.

L'application du microscope à l'étude de Tanatomie pathologique, démontra plus tard et par degrés, l'existence d'un certain nombre de dégénérescences et d'autres changements morbides qui se produisaient constamment dans les tissus et les organes du corps et qui évidemment ne pouvaient être rattachés à l'inflammation. Grâce aux progrès d'une science plus exacte, l'inflammation a donc cessé d'être regardée comme la lésion nécessaire; de fait eUe en est venue à ne plus être considérée comme une maladie essentielle, mais plutôt comme une condition susceptible de se développer dans l'organisme sous certaines influences nocives appelées causes de l'inflam-

mation; condition se localisant surtout dans l'appareil de la nutrition, affectant un espace limité et consistant en une perversion temporaire de l'ordre naturel et régulier du processus de nutrition; cette perversion elle-même est caractérisée par une série de phénomènes déjà décrits par les histologistes et qu'il reste à considérer au point de vue clinique sous le titre de symptômes de l'inflammation.

Il n'y a donc rien de surprenant à ce que es termes employés en traitant de l'inflammation, termes qui comprennent le mot lui-même, aient subi dans leur signification des changements graduels en rapport avec les progrès d'une science de plus en plus exacte ; et pour que l'esprit ne soit pas influencé par les idées vagues et prétentieuses inhérentes à ces termes, on devrait constamment se souvenir de ce changement de signification. Nous emploierons le terme d'inflammation dans les pages suivantes comme comprenant la série des changements de texture, microscopiques aussi bien que macroscopiques, qui se produisent dans les tissus vivants, lorsqu'ils ont été lésés. Nous appliquerons le terme de eonitruetive aux phénomènes d'afflux, d'exsudatioo, de développement cellulaire, de formation de néocapillaires et de tissu cicatriciel, en d'antres termes, aux phénomènes inflammatoires qui constituent le processus de réparation simple et sans complication ; au contraire, la présence de la suppuration, de l'ulcération, de la gangrène ou d'autres complications nocives du processus sera désignée par le terme de dn* tructive.

Sous ce rapport on doit observer que l'inflammation a été décrite jusqu'à présent par les auteurs systématiques, comme une maladie^ ayant certains traits caractéristiques, tendant à certaines terminaisons. Les avantages de cette manière de présenter le sujet sont évidents, mais sa correction scientifique est sujette à discussion. Dans le langage populaire aussi bien que professionnel il est commun de parler d'une attaque dHnflammation, comme d'une attaque de tétanos ; et les remèdes employés pour le traitement ont été désignés génénJement sous le nom d'antiphlogistiques. De fait l'inflammation, quoique présentant dans certaines de ses phases des traits bien marqués qui justifient l'usage de ce terme dans un sens vulgaire, ne possède pas les qualités essentieUes d'une maladie dans le langage plus précis de la science ; au point de vue déontologique on ne peut la décrire comme une maladie. Dans

CAUSES DE L'INFLAMMATION

beaucoop de ses phases, pour ne pas dire dans tontea, c'est un processus bénin, curatif, auquel l'ai^peUation de maladie est inapplicable même dans un sens fulgaire.

n est donc préférable, avec nos connaissances incomplètes, de dire que Tinflammation est un processus plus ou moins anormal, ou une condition qui n'est même pas dans la majorité des cas une condition morbide, présentant comme traits caractéristiques une série de changements de texture d'un caractère essentiellement uniforme mais variant beaucoup d'aspect et amenant des résultats différents en rapport avec la nature et le degré de persistance des causes qui lui ont donné naissance. Cette déifinition est aussi exacte et aussi correcte en de-même que dans les cas où le mot cooifitloo est appliqué à un engourdissement local, à one intoxication, à la grossesse, ou à l'état d'agonie.

Lorsque les causes qui ont donné naissance à rioflammation cessent d'agir, les traits caractéristiques de cette condition disparaissent; elle n*a aucune puissance pour persister par ellemême en dehors de celle qui lui a été donnée pir une lésion quelconque de l'appareil local de nutrition. Les changements de texture qui sont le propre de cette condition constituent ses jyaipàmes en tant qu'ils sont objectifs; ils constituent sa pathologie en tant qu'ils sont sabjectifo. Les moyens que l'on a trouvés propres à modifier favorablement ces symptômes, ou qui par la connaissance de leur action sont rationnellement supposés susceptibles d'amener ce résultat, constituent ses remèdes, et nous les décrirons dans le chapitre traitement.

Ces considérations se présentent naturellement au chirurgien familier avec les aspects diniques de l'inflammation dans tout essai pour établir leurs relations causales avec les phénomènes histologiques qui les expliquent. Tant que cette relation n*est pas établie il n'y a pas de base solide pour raisonner l'étude de ses symptômes en détail et son traitement est de toute nécessité empirique. L'histologie nous apprend que les caractères essentiels du processus inflammatoire sont une augmentation de l'afflux sanguin dans la partie affectée, une tendance exagérée à la prolifération cellulaire et à la formation de tissu nouveau. La connaissance du mécanisme de ce processus nous donne la seule explication ration neUe des ma- Dîfeslations diverses qui se présentent à un observateur non prévenu; et lorsqu'elle s'ajoute à Tohservatipn et à l'expérience clinique,

cette connaissance nous donne toute la puissance que nous pouvons exercer en sûreté pour favoriser les tendances constructives de l'inflammation, pour prévenir ou arrêter sa marche vers des résultats destructifs.

Il est bon de remarquer sous ce rapport que la phase destructive du processus inflammatoire ne semble pas dépendre d'une propriété nocive inhérente au processus lui-même, mais plutôt d'une impuissance intrinsèque de l'organisme humain pour la résistance et la réparation. Les naturalistes nous ont appris que ce pouvoir de réparation existe à un degré beaucoup plus marqué chez les animaux inférieurs que dans notre organisme complexe. La phase destructive de l'inflammation peut aussi s'expliquer xlans une certaine mesure par la dégradation de la puissance vitale de nos tissus résultant de conditions défavorables d'existence et d'un milieu défectueux au point de vue hygiénique, par l'aggravation dépendant de conditions purement humaines — par exemple dans les plaies par armes à feu, enfin par l'ignorance de la nature réelle et de l'étendue de nos pouvoirs de réparation et des moyens par lesquels nous pouvons les aider ou les remplacer. La vérité de cette dernière proposition est rendue probable par l'augmentation du pouvoir de réparation, la plus grande rapidité avec laquelle s'accomplit le processus réparateur et la remarquable rareté des symptômes inflammatoires destructifs dans les blessures qui ont été soumises à un drainage judicieux et qui ont été traitées de bonne heure et habilement suivant la méthode antiseptique.

Cet exposé de l'inflammation comprendra ses cau$e9t symptâmes, variétés^ conséquences et complications — considérés spécialement au point de vue de la pratique chirurgicale.

Causes de rinflammailon.

Les causes de Vinflammation déterminent dans une large mesure l'attitude que doit prendre le chirurgien dans un traitement judicieux, car elles exercent une influence directe sur sa tendance constructive ou destructive ; il n'y a donc aucune partie du sujet qui soit digne d'une étude plus munitieuse.

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