PLAIES CONTUSES
Les plaies contuses du larynx sont habituellement produites par des coups donnés intentionnellement sur la gorge avec le poing ou avec une arme, par des coups de pied d'homme ou d'animaux, par le choc accidentel d'objets durs, ou par des chutes sur ces mêmes objets, ou bien par des tentatives de strangulation à l'aide des mains, de linges ou d'une corde.
Elles peuvent entraîner des infiltrations hémorrhagiques considérables dans le tissu connectif sous-muqueux et intermusculaire. Dans certains cas, la lésion n'atteint que les parties molles; dans d'autres, on trouve aussi une fracture simple, ou même comminutive, du cartilage cricoîde ou plus fréquemment encore du cartilage thyroïde. Ces fractures peuvent être antérieures ou latérales, et sont généralement verticales ou à peu près (t). D'autres complications sont la rupture des ligaments et des membranes d'union des différents éléments qui composent le squelette du larynx, la rupture ou le déchirement des cordes vocales, de la muqueuse
(1) \oir\e% Fractures,
et autres parties molles ; la fracture des cornes de l'os hyoïde, la dislocation d'un cartilage aryténoïde, et la contusion, la rupture ou toute autre blessure de la trachée.
Les plaies contuses de la trachée reconnaissent le même genre de causes que les plaies similaires du larynx.
Elles sont habituellement accompagnées de rupture d'un ou plusieurs ligaments intercartilagineux, ou de rupture de la trachée, qui peut dans ce cas être séparée du cartilage cricoîde. Quelquefois elles se compliquent de la fracture longitudinale d'un ou plusieurs anneaux ; il arrive même que ces fractures soient comminulives, quand il y a eu écrasement (2j. Elles peuvent s'accompagner de déchirement ou de rupture de la paroi membraneuse, avec ou sans communication avec l'œsophage. Les infiltrations hémorrhagiques peuvent être très étendues.
Dans la plupart des cas, ces blessures se compliquent de plaies du larynx, analogues ou encore plus graves.
(1) Consultez : Larrey, Clin, chirury,, t. IV. — Volpeau, Comptes rendus, Acad, des se. 1835. — Le Fort Bull. Soc. de chirurg. 18C4.
(2) Voir les Fractures.
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7 fîri'-rri <]'; lîs.Mo'inl, /;« ^mk/*/','. Paris, I8dt). •il JiurlMrn, o/i. fit., vol. I, p. C8Î.
1 : 1 PLAIES DU LARYNX ET DE LA TRACHÉE. — PAR INSTRUMENTS TRANCHANTSv n
tent, autantqu*illeure8tpos8ible,latéteen arrière pour rendre la trachée plus saillante en avant. Par suite de ce mouvement, les sterno- mastoïdiens viennent se placer dans un plan plus antérieur, et les grands vaisseaux sont d'ordinaire repoussés en arrière, hors de Taiteinte du couteau, surtout si Tarme est dirigée de bas en haut; et alors c'est la trachée qui est le plus intéressée par cette profonde blessure. Cependant, lorsque le suicidé, comme lord Castlereagh, qui s*enfonça un canif dans l'artère carotide, est familiarisé avec Tanatomie de la région, ou quand, dans son excitation, il pratique d'un seul coup une profonde incision transversale, les grands vaisseaux cervicaux sont coupés, et la mort se produit consécutivement à l'hémorrhagie et non point à l'ouverture du canal aérien. Quelquefois pourtant, l'hémorrhagie dans la trachée amène rapidement la mort par suffocation. On a, en outre, attribué la rareté des lésions des grands vaisseaux cervicaux à la résistance des cartilages, qui s'oppose à une pénétration plus complète de l'incision au niveau du larynx; à un niveau inférieur, on l'a attribuée à la contraction spasmodique des muscles sternomastoïdiens (Durham); on a dit aussi que quand la trachée est coupée, la sortie soudaine de l'air, des poumons, prive le bras du support puissant qu'il trouve dans les muscles Ihoraciques, de telle sorte que le bras retombe avant que le coup ait pu être porté pleinement (Hinton, cité par Durham). La plaie des téguments est ordinairement dirigée de gauche à droite et plutôt oblique de haut en bas que transversale, la majeure partie de la section étant sur le côté gauche, quand le sujet s'est servi de la main droite, ce qui est habituel.
La dimension de la plaie externe est variable : tantôt moindre qu'une piqûre, elle a parfois une longueur de plusieurs pouces, et peut même aUeu d'un sterno-cléido-mastoïdien à l'autre. Généralement elle est beaucoup plus grande que la plaie des voies aériennes, mais quelquefois elle est plus petite, comme dans un cas rapporté par Fine (i), où la plaie externe faite avec la pointe d'un canif était toute petite, tandis que le cartilage thyroïde était divisé en huit fragments.
Les plaies tranchantes du cou, au-dessus de l'os hyoïde, n'intéressent pas le larynx, quoiqu'elles puissent pénétrer dans le conduit aérien en s'ouvrant dans le pharynx ou dans la bouche. Néanmoins, la mort par asphyxie peut survenir
(1) Fine, Joum. de méd., cAtr., phann.f etc , 1790. Ençycl. de chirurgie.
par suite de l'occlusion du larynx par la partiepostérieure delà langue sectionnée (I).
La membrane thyro-hyoïdienne est un siègetrès fréquent de lésion. Au point de vue anatomique absolu, les plaies de cette membrane s'ouvrent dans le pharynx ; cependant elles doivent être étudiées en même temps que les plaies du larynx, parce que l'épi glotte est souvent in.téresséepar l'incision, quelquefois en sa portion libre, d'autres fois au voisinage de son insertion. Si elle n'est pas sectionnée, elle est fréquemment atteinte, au moins légèrement.
Dans ceriains cas, Fépiglotte est épargnée et la portion supérieure du larynx peut demeurer intacte.
Dans quelques cas, l'os hyoïde et la langue ont été, par section, séparés du larynx;, et l'épiglotte restant toujours attachée, on a vu son fragment supérieur dans le segment supérieur de la plaie, et sa portion intra-thyroïdienne dans le segment inférieur. Ces plaies bâillent largement.
Le pharynx peut être sectionné dans toute sa circonférence, et le couteau peut aller pénétrer dans une vertèbre (2).
[Lorsque la section porte sur le cartilage thyroïde, elle peut intéresser les cordes vocales inférieures. Dans ces cas, la cicatrisation peut amener la soudure des bords libres de ces deux cordes, d'où une perte de la voix définitive et une gêne plus ou moins intense de la respiration.
Dans un cas que j'ai observé, il s'agissait d'un jeune homme de vingt-trois ans, qui, la nuit, couché auprès d'une maîtresse d'occasion, fut réveillé en sursaut par une douleur violente au niveau du cou. Sa compagne était en train de lui scier la gorge avec un rasoir. Ayant pu s'échapper, il courut perdant beaucoup de sang à la maison municipale de santé, dont il n'était pas éloigné. Le D' Demarquay, pour tout traitement, maintint la tête dans la flexion forcée et le pansement fut fait avec des compresses imbibées d'eau froide. La cicatrisation se fit en quelques jours. Malheureusement, la section avait porté sur le cartilage thyroïde, juste au niveau des cordes vocales inférieures, qui, après la guérison de la plaie du cou, se trouvèrent soudées dans plus des deux tiers de leur longueur. Lorsque je vis le malade, la voix était complètement abolie, le malade parlait en chuchotant et se
(1) Voir le cas de Durhtm, HoUes's sysiem of swgery, vol. I, p. 687.
(2) Fischer, Pitht und Biltroth's Hatidbuch, Bd III, 1 ibtb. 8. Zief, 8, 101.