VI
J. SOLIS-COHEN. — PLAIES ET MALADIES DES VOIES AÉRIENNES
plaignait d'une grande gène de la respiralion. Le laryngoscope montrait parfaitement la soudure des cordes, et malgré des tentatives faites par Mandl aveclegalvano-cautère, malgré celles que je fis moi-même avec le bistouri et des mondes dilatatrices, il fut impossible de détruire cette adhérence des cordes, et le malade dut rester infirme (D' Poyet).]
Les plaies pénétrantes du cartilage thyroïde peuvent atteindre les cordes vocales. Elles pénètrent rarement dans toute l'épaisseur du cartilage ; parfois elles ne vont pas jusqu'à la muqueuse, de telle sorte que le conduit aérien n'est pas ouvert. Les plaies de la membrane cricothyroïdienne peuvent sectionner complètement le larynx (i). Le pharynx et le cartilage cricoïde(2] peuvent être blessés de la même façon. Quelquefois un cartilage super-ary ténolde ou tous les deux, ou même les aryténoïdes sont sectionnés ou simplement atteints. La membrane cricotrachéale est rarement le siège d'une blessure : sa résistance étant très légère, les plaies en ce point séparent généralement la trachée du larynx.
Les chirurgiens semblent penser que les plaies du larynx sont plus fréquentes que celles de la trachée. Cependant d'après Sabatier (3), la trachée fut blessée 22 fois sur 45 cas, ce qui fait à peu près la moitié; lu membrane crico-thyroîdienne 4 3 fois et le cartilage thyroïde 10 fois. D'après Duiham (4) la trachée a été le siège de la lésion 41 fois sur 158 cas divers de plaies pénétrantes des voies aériennes ; 1 i fois la blessure siégeait au-dessus de l'os hyoïde, 45 fois sur la membrane thyro-hyoïdienne, 35 fois sur le cartilage thyroïde et 26 fois sur la membrane crico-thyroïdienne.
Selon Malgaigtie (:i], le larynx est sectionné chez les jeunes sujets, seulement, parce qu'ils peuvent rejeter leur tête en arrière beaucoup plus complètement que les gens âgés, chez lesquels, par conséquent, dans le suicide, les blessures siégeront plus fréquemment au niveau de la trachée. Si c'est là une règle, elle n'est point sans de nombreusesexceptions; car on rencontre assez souvent chez les vieillards, tout au moins, des plaies de la membrane thyro-hyoïdienne. Quand l'épiglotte, ou une partie du cartilage
(1) HeDnen, Principles of mililari/ surgery^ 3* éd., p. 369. Londres, 1829. — Gross's System of surgery, 0'^ éd., vol. IL pp. 315 et 3l6. Philadelphie, 1883.
(2) Stokes, cité par Grots, op, cit., vol. II, p. 315.
(3) llorteloup, Pluies du larynx, de la trachée et de tœsophage. Paris, 18C9.
(4) llolmei, op, cit., p. 687.
(5) Uorteloup, 0/). cit , p. 17.
aryténoîde ou super-aryténolde a été sectionnée, le fragment peut aller s'engager entre les cordes vocales on au-dessus d'elles ; cette complication peut se produire dans un temps très rapide (I) ou bien seulement après quelques heures ou quelques jours. L'asphyxie survient dans de telles circonstances (2). 11 faut en conclure que tout fragment mobile capable d'entraîner de tels accidents doit être promptement excisé, car il est fort rare qu'on puisse, pour un temps quelconque, le maintenir à Tabri de tout déplacement, au moyen d'une suture.
Si un sujet qui se suicide se fait au cou plusieurs blessures, signalées à l'extérieur par une plaie déchiquetée, irrégulière, des téguments, il se peut que des portions de cartilages aient été comme hachées en fragments multiples; ces fragments peuvent facilement devenir mobUes. C'est alors une indication bien plus formeDe d'enlever tous les fragments. Le danger immédiat de mort par asphyxie due à une hémorrhagie qui se ferait dans les canaux aériens ou à leur obstruction par des caillots sanguins est beaucoup plus considérable dans les plaies de la trachée que dans les plaies du larynx, par suite de la section simultanée des vaisseaux thyroïdiens ou du corps thyroïde.
L'œdème du larynx est quelquefois consécutif aux plaies par instrument tranchant, surtout à celles dans lesquelles la portion supérieure du larynx a été mise à nu par la division de la membrane thyro-hyoïdienne. L'action de la pression atmosphérique repoussant ainsi en bas et en dedans, à chaque inspiration, les replis aryténoépiglottiques œdématiés, est ici bien démontrée. Du même coup se trouve confirmée ia théorie qu'avait émise Seslier ^3;, avant l'usage du la* ryngoscope, pour expliquer le mécanisme de la suffocation dans l'œdème du larwix.
L'emphysème se montre dans ceriains cas de plaies par instrument tranchant, surtout* quand la plaie du tégument ne va pas s'ouvrir directement sur la plaie du conduit aérien. Cet emphysème peut gagner non seulement le cou, la face et le thorax, ce qui n'est point rare, mais il peut s'étendre à tout l'abdomen, 'descendre dans le scrotum, et se propager même dans les médiastins ou dans l'intérieur du larynx (4). Cet
f 1) Houston, Dublin Hospilal Reports, vol. V, p. 315.
(2) Voir Ch. Bell, Surgical oLsercatiom, vol. I, p. 443, Stokes et Cross, op. cit.^ vol, I, p. 3)5.
(3) F. Seslier, Traité de l'angine la>yngife œdémateuse, in-8. Paris, 1852.
(4) Uorteloup, op. cit., pp. 53. 71 ; Purham, op et'/.. vol. I, p. 688.