PLAIES PÉNÉTRANTES DE L'INTESTIN
Chenu (1} rapporte que dans Fermée française de Crimée, il y eut Hl morts sur 120 plaies pénétrantes de l'abdomen par armes à feu. A propos de la campagne d'Italie, en 1859, il dit ceci : « Les plaies pénétrantes, très graves habituellement, nous ont causé une grande mortalité sur le champ de bataille comme dans les hôpitaux. *
En parlant des blessures des viscères contenus dans la cavité péritonéale, pendant la guerre de la Rébellion, Otis dit : a qu'il a cherché à analyser les différentes variétés de ce groupe et à estimeir la mortalité comparative des blessures du foie, de la rate, des reins et du tube gastro-inteslinal, et il croit que ceux qui Toudront bien étudier la chose arriveront à conclure que tandis que les gu(>risons à la suite de blessure du foie sont plus fréquentes qu'on ne le croyait tout d'abord, que celles de la rate et du rein se terminaient quelquefois et celles du c6lon souvent par laguérison, au contraire, celles de l'estomac et de l'intestin grélc étaient presque toujours mortelles, quand on n'intervenait pas. »
Dans la statistique des cas de plaies pénétrantes de l'abdomen pendant la guerre de Rébellion (table IV), sur 70 cas de plaies par armes à feu de l'estomac, il y eut 19 guérisons, et sur 653 cas de plaies de l'intestin, il y eut i 18 guérisons; dans 51 cas, le résultat est resté inconnu. Hais de ces observations de guérisons après des plaies de Vintestin, le plus grand nombre comprend des perforations du gros intestin dans les parties non tapissées par le péritoine, et il n'y a seulement que 5 cas de guérison après une blessure de l'intestin grêle.
Otis dit que les balles de fusil divisent habituellement une portion considérable du calibre de l'intestin grêle ; celles de carabine ou de pistolet font quelquefois deux trous aux parois du canal et parfois un petit projectile peut perforer la paroi intestinale en un seul point et se loger dans l'intérieur de l'intestin. Dans ces cas, Téversion de la muqueuse s'ensuit toujours et l'aspect est le même que celui d*une plaie faite par un instrument piquant. Il regarde aussi comme caractéristique des plaies par armes à feu que la blessure de la tunique séreuse est moins étendue que celle des deux autres. Bien que Ton sache qu'une balle traversant l'abdomen peut faire dans ce parcours 16 plaies àl'intestin grêle, il est rare qu'elle blesse plus de deux circonvolutions, ou que la paroi de ï'in-
(1) Cbenu, De la mortalité dans l'atmée, Paris, 1870.
testin grêle soit perforée en plus de quatre endroits. Gross (1) rapporte une observation dans laquelle une balle de pistolet perfora l'iléon, le jéjunum, le duodénum, le côlon, en faisant huit trous séparés; il existe bien d'autres observations de lésions multiples analogues.
Traitement.
Dans le traitement des plaies pénétrantes de l'abdomen, il existe de grandes divergences d'opinion relativement à la question de savoir s'il faut ouvrir l'abdomen pour enlever la matière extravasée et s'il faut appliquer des sutures sur l'intestin, en d'autres termes relativement à la pratique de l'entérorrhaphie.
Quant à moi je crois que les auteurs ne distinguent pas toujours sufûsamment entre les plaies par instruments piquants ou tranchants d*une part, où il est probable que l'intestin n'a pas plus d'une ou deux blessures, et les plaies par armes à feu ou contuses, d'autre part, où il est à peu près certain qu'il y aura un degré de sphacèle plus ou moins prononcé sur les bords et dans lesquelles les intestins seront blessés en plusieurs points que l'on devrait chercher à découvrir, malgré le trouble que l'on causerait et les manipulations qu'il faudrait exercer et, selon toute probabilité, l'œil du chirurgien en pourrait bien trouver quelques uns.
Poland, ne voyant que l'époque où la chirurgie militaire brillait de tout son éclat avec Càrrey, Hennen et Guthrie', condamna la pratique et les conseils de Baudens et de I^egouest. Nendorfer et F. H. Hamilton ont proscrit toute intervention chirurgicale dans les plaies par armes à feu des intestins.
Quant à moi, après avoir lu attentivement le chapitre si complet sur les blessures de l'abdomen dans VHistoirc médicale et chirurgicale de la guerre de la Rébellion, où Ton préconise l'entérorrhuphie, je me suis rangé absolument à l'opinion de Gross qui, admettant que l'incision exploratrice et l'entérorrhaphie sont indiquées dans les plaies intestinales ordinaires sans hernie, considère ces procédés comme ne devant pas être appliqués dans le cas de plaies pur armes à feu, parce que celles-ci sont habituellement multiples, et j'ajouterai parce qu'elles ont toujours le caractère de plaies contuses.
L'expérience de la guerre américaine n'est pas venue démontrer les bienfaits de la laparotomie et de l'entérorrhaphie dans les plaies par
( I ) Gross, System of Surgery, vol. II.
HENRY MORRIS. — MALADIES ET LÉSIONS DE L*ABDOMEN
armes à feu, et à ce sujet on pourrait répéter ce que Thompson (i) écri?ait après la bataille de Waterloo : « Dans ces cas, plus on laisse à la nature le soin de procéder à la réunion, et moins on l'interrompt dans cette tâche, plus les
chances de guérison seront grandes. » Cependant, je conseillerai au lecteur de lire le résumé très complet de ce sujet fait par le D' Otis dans l'histoire de la Rébellion (i).