REIN CHIRURGICAL
On range sous cette dénomination un grand nombre d'états pathologiques du rein résultant é'ane affection de l'urèlhre, de la prostate, de la vessie, ou survenant dans les cas de paralysie nécessitant l'emploi de la sonde, ou à la suite d'opérations chirurgicales pratiquées sur les organes urinaires.
La néphrite interstielle aiguë et chronique non compliquée de pyélite ni de suppuration, avec ou sans dilatation du rein, la néphrite supparée et la pyélo- néphrite, le rein dur, affaissé, sillonné de cicatrices, conséquences d'inûammatioiis simples aiguës et chroniques, sont des états qne les auteurs groupent sous le nom de rein chirurgical. Quant aux caractères anatomopathologiques de ces diverses lésions, nous renverrons le lecteur, aux ouvrages spéciaux.
Les rétrécissements, l'hypertrophie de la prostate, les calculs vésicaux, la cystite chronique et diverses autres affections des organes urinaires lont les causes qui déterminent ces lésions réoales soit d'une façon mécanique en mettant okntade au cours de l'urine ou à la circulation rénale par l'intermédiaire du système nerveux, ou par des modifications dans la pression intrarénale ; soit par l'extension le long deTuretèro
d'une suppuration qui a pris naissance dans Turèthre ou dans la vessie.
Comme l'affection désignée sous le nom de rein cMrurgieal a souvent paru débuter après une opération chirurgicale dans laquelle on faisait une ouverture permanente dans la vessie ou dans l'urèthre, ou après l'introduction d'une sonde, on a supposé que l'entrée de l'air ou des agents de la putréfaction était une des causes efficientes. Dans certains cas, la suppuration inflammatoire qui se fait dans les voies urinaires a été regardée comme étarjt de nature épysipélateuse et due à l'introduction directe du poison par le cathéter ou par la plaie chirurgicale. Goodhart('2) a étudié celte question d'une façon très complète. Bien que dans la majorité des cas, on puisse suivre le processus morbide dans le rein, comme étant l'extension d'une affection inflammatoire de la vessie, cependant il est certain que, dans quelques cas d'affections chroniques des organes urinaires inférieurs, la suppuration aiguë qui se manifeste dans le
(1) Tvansact. of the Pathological Society. Londres, t. XXXIII, p. 312.
(2) Goodhart, Guy's hospital R^'ports, 3« sér., t. XIX.
HENRY MORRIS. — MALADIES ET LÉSIONS DE L'ABDOMEN
rein, débute dans cet organe et qu'elle n'affecte Turelère et la vessie que plus tard par un processus d*extension de haut en bas. Ces cas sont souvent très graves et môme mortels.
Symptômes.
Les symptômes varient selon la nature des lésions anatomiques. Dans la néphrite interstitielle, chronique simple ou même quand elle s'accompagne d'un état sacculaire très marqué du rein, il peut ne pas y avoir de symptômes rénaux, en dehors de la faible densité de l'urine et quelquefois une tumeur lombaire que l'on découvre à la palpalion (voir Uydronéphrosé).
Dans les formes aiguë et subaiguë de la maladie, surtout quand la suppuration apparaît, les symptômes sont plus ou moins prononcés. Ils débutent par un frisson ou insidieusement par de légers frissons, tandis que la température du soir s'élève de 38 à 39 degrés et baisse le matin, mais non jusqu'à la normale. Le malade devient dyspeptique, flatulent, faible, émacié, avec de la chaleur à la peau et souvent des sueurs ; l'haleine est fétide, la langue est chargée, l'appétit est perdu, et il y a de la constipation. La quantité d'urine est normale, souvent excessive; celle-ci contient du mucus, du pus en proportion variable, des cylindres hyalins, granuleux ou purulents. Quand la néphrite aiguë arrive à la suppuration, rurinc devient fétide, elle contient souvent du pus et du sang en petite quantité, ainsi que des cylindres épithéliaux et purulents.
Quand le rein chirurgical est le résultat d'une obstruction ancienne, chez des individus d'un âge moyen ou au-dessus, il y a généralement une diminution de l'urée éliminée de sorte que, aux autres modifications de l'urine, s'ajoute une diminution de la densité. A mesure que la maladie avance, la peau prend une teinte blafarde, terreuse; la mémoire, l'intelligence s'affaiblissent; le malade est dans un état d'assoupissement continu, sans cependant dormir réellement, et, quand la fin approche, il tombe dans un état comateux, mais sans convulsions ni autres symptômes d'urémie.
Dans quelques cas de rein chirurgical, quand, par exemple, survient une néphrite suppurée, aiguë, ou à la suite d'une néphrite interstitielle chronique, ou d'une hydronépbrose — la pyrexie prend un caractère intermittent, au moins pendant quelques jours, puis disparaît pendant plusieurs jours ou même pendant une semaine, et chaque accès fébrile correspond à
une invasion d'une zone du rein par Tinflammation et la suppuration, et elle en est uq ûgoe. Pendant ces accès fébriles, la température montera de 38%5 à 39»,5 le soir et de 37«,5 à 380 le matin ; le pouls est accéléré, l'appétit est perdu; la langue est sèche, chargée, il existe de la constipation ; la peau est sèche et rugueuse; l'estomac et l'intestin sont flatulents. Dans llotervalle des accès, l'étatgénéral est meilleur, U dépression physique et morale est moindre. Au bout de cinq ou six de ces accès fébriles, — l'intenralle qui les sépare diminue de plus en plus, — le malade arrive graduellement à uo état subfébrile continu et la mort arrive soit par la coma soit par l'asthénie.
Dans d'autres cas, les symptômes revêtent un caractère pyohémique ou sépticémique.
Pronostic.
Le pronostic du rein chirurgical dépend de la cause qui l'a produit et de la nature de l'affection rénale. Si la cause peut être supprimée ou combattue et si la suppuration n'a pas envahi la substance rénale, la guérison est possible, le rein restant plus ou moins endommagé. Mais si la cause de l'affection est irrémédiable, comme dans le cas de cancer de l'utérus ou de la vessie, ou s'il existe une néphrite suppurée, il faut s'attendre à une terminaison fatale. Quand le passage d'une sonde ou tout autre interveolion chirurgicale s'accompagne d'un état fébrile chez un individu dont les reins ont été déjà atteints par une néphrite interstitielle chronique, ilf^ut se tenir sur ses gardes, et si les symptômes fébriles persistent ou sont intermittents, il faut s'attendre à une terminaison fatale.
Le traitement prophylactique est le plus essentiel. Il faut enlever, autant que possible, la cause qui met obstacle à l'écoulement de rurioe, et, si cela est impossible, — comme dans le cas d'hypertrophie prostatique par exemple — il faut avoir recours promptement au ealhétérisme pour empêcher la distension par rétention urina ire, et à l'irrigation de la vessie, pour obvier aux fâcheuses conséquences de la putréfaction. En même temps, on aura soin d'éviter d'introduire tout agent septique avec la sonde: pour cela, on entretiendra l'instrument dans un état de propreté parfait, et avant de l'introduire on l'enduira de vaseline pure, d'huile ou de glycérine phéniquée à 1 pour io, en outre oo
OPËRATIOiNS PRATIQUÉES SUR LES REINS.
Ui
ne le laissera pas toucher par qui que ce soit qui aurait approché des malades atteints de maladies infectieuses, à moins qu'il n*ait changé de vêtements et ne se soit désinfecté. La négligence de ces précautions a été à juste raison considérée comme ayant pu être une cause d'introduction de germes toxiques, provenant de malades atteints d'érysipèle, de scarlatine, de panaris ou de toute autre affection suppurée, par rintermédiaire d'un médecin qui aurait fait le cathétérisme, après avoir donné ses soins à quelqu'un affecté d*uiie de ces maladies. Après toute opération chirurgicale pratiquée sur les Toies urinaires, le patient doit être entouré des précautions hygiéniques les plus grandes; il faut entretenir la plaie dans l'état de propreté le plus parfait, en empêchant la putréfaction avec la même vigilance que lorsqu'on ouvre le thorax
ou l'abdomen ou que Ton désarticule une jointure.
Quant au reste, le traitement consiste à entretenir la liberté du ventre, à l'aide d'une pilule de 15 centigrammes d'extrait de coloquinte, d'une pilule bleue de 3 centigrames, de 40 centigrammes de poudre de Dower, donnés tous les soirs. Le régime consistera en lait, en farineux, un peu de poisson, des bouillons, du beef-teaou de la purée de poulet. On évitera de donner de Talcool, sinon juste la quantité nécessaire pour aider la digestion. On stimulera les fonctions de la peau, en couvrant le malade chaudement, en entretenant dans l'appartement une température constante de 15 à 18 degrés, et si cela est nécessaire, par des bains de vapeur, ou par des doses plus élevées de poudre de Dower.