L. PICQUÉ. — DES HERNIES
Modiflcaiions apportées an mode opératoire de la kélotomie.
Nous avons dans les pages qui précèdent décrit le procédé habituel de kélotomie ; il nous faut passer successivement en revue les procédés qui lui ont été substitués, et aussi les modifications récentes qu'on a fait subir au procédé primitif.
opAbahon de la hernie étranglée sans ouverture DU SAC.
Cette opération, conseillée et exécutée jadis par J.-L. Petit dont elle porte le nom, a été surtout défendue et préconisée dans ces derniers temps par Colson père (de Beau vais) (i) et Colson fils (2), puis par Affre (3).
L'opération en elle-même est des plus simples, les enveloppes sont incisées comme dans le procédé ordinaire, puis au lieu d*inciser le sac on glisse un bistouri entre le collet et l'anneau, l'orifice fibreux du trajet est débridé, le collet subit un élargissement immédiat et le contenu du sac peut être facilement rentré. Lucke et Colson conseillent, dans le cas où le collet ne se laisserait pas dilater après la section de l'anneau, de l'attirer au dehors de façon à pouvoir le déchirer superficiellement avec un instrument mousse, sans l'intéresser dans toule sa hauteur.
L'application de ce procédé, né à Tépoque où l'on redoutait tant l'ouverture du péritoine, présente de sérieuses objections.
Et d'abord l'on sait que l'étranglement par l'anneau, s'il existe dans un certain nombre de cas, est pour le moins assez rare, et qu'en somme dans la grande majorité des cas l'étranglement se fait par le collet : d'où l'impossibiUlé d'appliquer ce procédé. De plus nous avons vu précédemment que, depuis les progrès de la chirurgie, le cadre de la kélotomie s'était notablement agrandi et qu'aujourd'hui cette opération était utilisée aussi bien comme moyen de contrôle que comme moyen de débridemenl: le contrôle n'existe que lorsque le sac est ouvert, et comme d'autre part l'on sait Tincertitudè qui existe sur l'état de l'anse intestinale, en raison de l'époque variable à laquelle se font les lésions, on comprend combien de ce chef le procédé de J.-L. Petit est Inférieur au procédé ordinaire.
(1) Colson père, Arch. méd., 1863.
12) Colson flls. Thèse inaug., 1874.
(3) Affro, Thèse. Paris, 1876.
11 faut bien reconnaître que J.-L. Petit lui-même avait prévu cette objection, aussi s'est-il appliqué ù préciser avec soin les cas où son procédé pouvait être appliqué, ce qui n'empècbe pas Mauchard, Heister et quelques autres de repousser énergiquement ce procédé.
11 est certain cependant qu'avec ce procédé des succès assez nombreux ont été obtenus ainsi que le prouvent les statistiques de ColMs, de Chauvet à l'étranger, de Aiïre ; c'est surtoiit dans la hernie cruraJe que l'opération de J.-L. Petit a été pratiquée. Ce dernier (i) rapporte 352 opérations pratiquées sans ouverture du 8ae« dont 239 hernies crurales qui ont donné 75 p. 100 de succès, mais il est évident qu'on ne saurait opposer ces résultats à ceux plus mauvais peutêtre de la kélotomie ordinaire; ces cas en effet ne sont pas comparables : les étranglements dans lesquels le procédé de J.-L. Petit a pu être appliqué avec succès devaient être de date récente sans lésions intestinales. Ne peut-on pas même admettre que ces cas étaient Justiciables du taxis?
Pour les mêmes raisons que précédemment, nous devons rejeter le procédé du débridemont sous-cutané de J. Guérin et le procédé de Malgaigne, qui consistait à n'inciser les enveloppes que dans une étendue nécessaire pour arriver jusqu'au collet.
Cure radicale après la kélotomie.
L'idée d'empêcher la récidive après l'opération a préoccupé de tout temps les chirurgiens. D faut remonter à A. Paré pour retrouver les premiers essais de ce genre, mais c'est surtout au siècle dernier que les chirurgiens ont le plus multiplié des procédés avec J.-L. Petit, Garengeot et Richtcr.
Or, déjà à celte époque, les divergences d'opinion étaient grandes, et celles-ci ne firent que s*accroitre jusqu'à nos jours. 11 fallait certes en accuser et d'abord les insuccès fréquents et les notions erronées de physiologie pathologique. Les uns recommandaient la réunion immédiate et l'adhésion des parois opposées dusac et du collet ; les autres, avec Beyer et A. Cooper, craignaient que ces tentatives ne prédisposassent à la récidive et recommandaient tout au contraire la suppuration, et la formation d'un bourgeon fibreux résistant. 11 en résulta que, de nos jours, les tentatives de ce genre tombèrent dans un oubli complet.
(1) Affre, Thèse. Paris, 1876