RÉTRACTION DE L'APONÉVROSE PALMAIRE (MALADIE DE DUPUYTREN
Bien décrite pour la première fois par Téminent chirurgien français, elle est caractérisée par la flexion permanente des doigts vers la paume de la main. Ordinairement tous ne sont pas atteints, la lésion portant le plus souvent sur l'auriculaire et sur l'annulaire. Malgré sa simplicité apparente, cette affection n'est point encore bien connue et ses théories pathogéniques sont assez nombreuses.
Etiologie, pathogénie.
Deux idées dominent l'ensemble des théories invoquéespourexpliquerl'incurvation des doigts, qui nous occupe ici. Les uns la rattachent à une altération des tissus d'origine traumatique, les autres à une maladie constitutionnelle. Nous pensons, d'après les faits que nous avons observés, avec Adams et Fischer d'ailleurs, qu'il ne faut pas être exclusif et que le traumatisme répété, la fatigue locale peut chez un diathésique amener la lésion anatomique que nous constaterons. Nous ne saurions mieux faire, pour cette étude, que de puiser de nombreux renseignements dans la thèse fort intéressante du D^ J. Costilhes, notre ami, thèse qui a paru dans le courant de l'année dernière.
L'homme est plus fréquemment atteint que la femme; sur 86 cas réunis par Costilhes, on trouve 81 hommes et 5 femmes. Ou la rencontre surtout dans la période qui s'étend de 40 à GO ans et après cet âge; d'après le même travail nous trouvons 2 cas avant 20 ans, 8 de 20 à 40 ans ; 32 de 40 à 60 ans; et 30 de 60 ans et au-dessus. Noble Smith a trouvé une plus forte proportion, pour la femme : 26 fois sur 444 cas.
Très rarement congénitale , sauf peut-être un fait de Dupuytren, l'affection est souvent héréditaire et comme le cachet distinctif de certaines familles.
Quelques professions ont souvent été notées au point de vue de la fréquence. Le D' Lancereaux, dans 62 cas, donne une nomenclature de 46 professions différentes. Nous y remarquons que les chiffres les plus forts, 3, se
rencontrent à la ligne des couturières, cochers, cultivateurs, selliers, peintres en bâtiments et médecins. Bien que les professions manuelles ne se voient pas seules dans l'étiologie, beaucoup d'autres sont atteintes, et le traumatisme répété n'est point la seule cause.
Adams observe qu'en réalité il en a vu peu de cas dans les classes laborieuses ; il la surtout observée chez des journaliers travaillant à des travaux peu fatigants et des valets de chambre. En somme, sans refuser aux fatigues manuelles, aux traumatismes contusifs répétés, que la main subit de la part des instruments de travail, une influence déterminante, nous admettons qu'une diathèse , une dyscrasie constitutionnelle spéciale a été la cause la plus importante. La goutte a été le plus souvent accusée ; le premier fait de ce genre est signalé dans un travail de Béhier (de Saint- Malo) en 1830. Cruveilher, Menjaud, Houël, le professeur Charcot, admettent aussi son influence. Pour Adams elle est une marque fréquente de la goutte héréditaire. Fisher a noté la même origine sur les relevés de l'hôpital orthopédique de Londres. Dans quelques cas réunis par cet auteur, la rétraction digitale est la première et la seule manifestation de* la goutte et le traumatisme n'est qu'une cause localisante. Il cite le fait d'un malade qui, habitué à conduire des chevaux et à monter à cheval, présentait un certain degré de rétraction, il cessa sa profession et l'affection disparut pour être bientôt remplacée par d'autres signes de la diathèse goutteuse.
Le rhumatisme est ensuite assez souvent signalé dans la pathogénie. Plater, en 1614, J. Guérin, Jaccoud, Lancereaux, Costilhes en rapportent des faits, coïncidant ou succédant à des attaques rhumatismales aiguës ou subaiguës, ou simplement chez des rhumatisants avérés.
Marchai de Calvi signale la première fois le diabète comme source étiologique, le D' Dreyfus- Brissac en a rappoMé plusieurs cas ; Costilhes cite une nouvelle observation ; mais quoi d'étonnant, le diabète n'étant qu'une maladie gé-