‹ EncyClopedie internationale de chirurgie v. 7, 1888Chapitre 457 sur 482 · VALGUS DU GROS ORTEIL · texte numérisé non relu

VALGUS DU GROS ORTEIL

Dachenne y voit une paralysie musculaire. Pour Dubreuil la déviation provient de la prédominance de Taction des abducteurs sur les adducteurs. Mais toul le monde présente le même fait physiologique et n'a point la même difformité.

La théorie ortéo-artieulaire explique beaucoup mieux la difformité. Jarjavay n*y voyait qu'un résultat de l'obliquité normale en dehors des articulations métatarso-phalangiennes. Malgaigne explique le déplacement par une lésion du tissu fibreux, primitive ou secondaire. Les chaussures trop étroites ou trop larges irritant le côté interne de la jointure produisent l*oi^ gnon qui affaiblit le ligament latéral interne; celui-ci, moins résistant, laisse les muscles externes entraîner la phalange en dehors.

Garrod y voyait une déformation due à l'infiltration de dépôts d'origine goutteuse dans le cartilage métatarsien.

Le D' Monglond (1878), élève du professeur Verneuil, soutient Thypothèse de Tarthritisme ; pour lui la chaussure n'est que la cause occasionnelle, et la diformité est une forme de rhumatisme déformant.

Pour notre compte, nous avons recherché sur un certain nombre de malades les causes de cette maladie. Constamment aussi nous avons trouvé l'arthritisme, et souvent elle en était la première manifestation articulaire. Nous croyons que la déformation a pour point de départ une hypertrophie plus ou moins notable de la tête du premier métatarsien, hypertrophie qui débute presque toujours par la moitié interne de cette tête et qui entraîne la déviation «n dehors de sa surface articulaire. L'action des chaussures est réelle sur quelques sujets, mais elle est loin d'être constante. Nous avons observé plusieurs personnes chez lesquelles on ne pouvait incriminer cette circonstance, et qui •d'ailleurs n'avaient point le durillon qui constitue l'oignon. Néanmoins la déformation de la tête métatarsienne se produisait petit à petit, la région était douloureuse spécialement sous l'influence du froid humide ou encore d'écarts de régime, enfin d'une nourriture trop succulente ou de boissons alcooliques.

Les déformations anatomiques qui caractérisent l'orteil valgus sont très faciles à constater. Les altérations, d'après les recherches de Broca et plus récemment du D' de Lurochaulion, un de nos anciens élèves, portent surtout sur la tête du métatarsien. La moitié interne de la téta articulaire est augmentée de volume, de sorte que l'interiigne est devenu oblique en dehors et Eacycl. de chirurgie.

que la phalange ne s'articule plus qu'avec la moitié externe de la tête métatarsienne. Un travail d'ostéite productive a hypertrophié le bord interne du plateau articulaire. La gouttière sésamofdienne interne est effacée, tandis que l'interne est élargie. Le ligament latéral interne épaissi, d'après Malgaigne, est aussi quelquefois aminci, et même il peut présenter une perforation qui fait communiquer la synoviale articulaire avec la séreuse qui s'est développée entre le ligament et l'oignon. Les tendons extenseurs sont fortement déviés en dehors, les fléchisseurs et abducteurs le sont un peu moins à cause de l'enclavement du sésamoïde externe entre le premier et le second métatarsiens.

Ces déformations anatomiques expliquent les signes objectifs qui caractérisent cette affection. Le gros orteil est plus ou moins poussé en dehors, et la tête métatarsienne fait en dedans une saillie plus ou moins notable. Le second et le troisième orteils sont habituellement repoussés au-dessus du gros ; mais dans quelques cas ce dernier repose au-dessus d'eux.

L'oignon se développe consécutivement aB frottement du soulier contre la masse formée par la tête métatarsienne; il peut présenter l'aspect calleux ou bien inflammatoire (Broca). Cette tumeur qui s'accompagne d'une altération des nerfs du derme et de la formation d'une bourse séreuse importante peut s'enflammer sous l'influence des fatigues ou des violences. De là : rougeur et tuméfaction, puis des douleurs assez vives se montrent; en un mut l'hygroma accidentel s'enflamme et peut suppurer, donnant lieu à des accidents parfois graves, parfois l'origine de phlegmons qui s'étendent au pied tout entier.

Le traitement du valgus du gros orteil présente une double indication ; il faut (de Larocheaulion) traiter l'oignon, et traiter la dévia- ^ tion.

L'emploi de chaussures assez larges, en cuir souple, sera toujours utile. Si l'oignon s'enflamme, le repos, les émollients seront appliqués ; s'il suppure, on donnera issue au pus et on préviendra, au moyen de pansements bien faits, l'envahissement de l'articulation.

La déviation du gros orteil n'est pas facile à corriger. Plusieurs moyens palliatifs lui ont été opposés. On a interposé entre l'orteil et son voisin un fragment de liège taillé en coin. On l'a redressé, en le fixant à une attelle de bois ou à une attelle métallique placée le long du bord interne du pied .

Broca conseilla «ne semelle de cuir portant

Page 1