LUXATION CONGÉNITALE DE LA HANCHE
Les limites de ce travail ne nous permettent «point de poursuivre longuement Thistoire de cette intéressante difformité. Nous tenons seulement à. esquisser ici ses points principaux et surtout il montrer comment il faut, croyons-nous, la comprendre d'après l'analyse rigoureuse des faits anatomo- pathologiques et cliniques qui se rattachent à son histoire. Dans un mémoire sur les luxations pathologiques, que la Société de chirurgie m'a fait Thonneur 41'examiner, j'ai établi que les luxations com- |)rises sous le titre de luxations congénitales pouvant toutes rentrer dans le cadre des luxations pathologiques, la pathogénie de l'affection que nous étudions ici le démontrera. £n outre j'ai démontré, d'ailleurs après M. le professeur Verneuil, que beaucoup de ces luxations dites congénitales ne se produisent en réalité que dans les premiers temps de la vie. Aussi, pour éviter désormais toute ambiguité, nous serions très porté à remplacer ce mot de congénitales par le terme de : Luxations ûoxo-fémorcUes pathologiques de la première enfance,
M. de Saint-Germain définit ainsi Taffection qui nous occupe : « La luxation congénitale est celle qui se révèle dès le premier jour que l'enfant marche ; mais qui aurait pu être reconnue plus tôt par un examen attentif. » Ces termes s'appliquent à la plus grande majorité des cas ^t ont l'avantage de ne rien préjuger de la nature môme de l'afi'ection ; nous ferons seulement remarquer qu'en clinique, il n'est pas rare de trouver des faits de luxation dite congénitale, dans lesquels les enfants ont certainement marché pendant quelque temps.
De nombreuses opinions ont été émises pour expliquer l'origine de cette difformité. Dans le dix-huitième siècle, Paletta donna le premier examen nécroscopique et J.-L. Petit émit une théorie reprise de nos jours par Malgaigne ^t d'autres auteurs.
Rappelons encore les brillantes leçons de
Dupuytren sur les luxations originelles du fémur; les remarquables travaux de Bouvier, Sédillot, Pravaz sur le môme sujet. N'oublions pas non plus que dans ces vingt-cinq dernières années les recherches de Duchenne (de Boulogne), sur les actions musculaires synergiques et antagonistes, et les faits recueillis par le professeur Verneuil ont jeté un jour tout nouveau sur l'affection. Mais nous retrouverons ces notions historiques à l'étude de la pathogénie.
Étiologie. — Pathocpénie. — Mécanisme.
D'après tous les auteurs, la difformité est plus fréquente chez les filles que chez les garçons. La proportion, d'après Hamilton (1), serait de sept contre un.
La luxation peut être bilatérale ou unilatérale. Dupuytren, Boyer, Guéniot, VoUcmann admettaient que le plus souvent elle était bilatérale. Kronleïn, se basant sur 274 cas relevés dans Drachmann, Pravaz et sa statistique personnelle, a trouvé i6.3 cas de luxation bilatérale contre i 11 faits d'unilatérale.
A quoi faut-U rattacher la cause de la déformation articulaire? Éliminons d'abord l'hypothèse bien difficile à justifier de l'action des pressions extérieures, de la constriction des vêtements, qui avait été professée par Cruveilhier. Toutes les autres théories peuvent ôtre rangées sous trois chefs :
i^ J.-L. Petit avait admis que l'épanchement articulaire pendant la vie fœtale pouvait produire un déplacement congénital. Dans notre siècle, Broca, Morel-Lavallée, M. Verneuil ont publié des autopsies d'enfants nouveau-nés atteints de luxation congénitale et dont la jointure présentait les lésions de la coxalgie, fongosités, épanchement articulaire, etc. Parise (de LiUe) et
(1) Hamilton, Traité pratique des fractures et des luxations, Paris, 1SS4.
BABETTE. — CHIRURGIE ORTHOPËDIQUË.
Malgaigne incriminèrent surtout Thydarthrose rœlale ; Sédillot adoptant aussi cette idée y vit la cause du relâchement ligamenteux qu*il observait. Quelques faits démontrent la réalité de la coxalgie ou arthrite fœtale, mais ce ne sont en somme que des raretés pathologiques qui ne peuvent appuyer qu'une théorie applicable à quelques faits particuliers.
2° Dupuytren professa clairement le premier la théorie de la malformation originelle des os de la hanche. Que ce soit une altération primitive du germe, ou un arrêt de développement, la théorie se rattache à révolution embryonnaire. Dupuytren et ses successeurs ont eu le tort de trop généraliser, et nous verrons que si l'anatomie pathologique nous montre dans certains cas la trace d'un vice d'évolution, il en est beaucoup d'autres qui portent la signature d'une autre source pathogénique. Néanmoins il faut remarquer que l'hérédité, que l'on observe quelquefois, coïncide bien avec les déformations rangées par Dupuytren dans une classe spéciale.
3«La troisième théorie se rattache aux troubles d'ordre musculaire. Duchenne (de Boulogne) avait montré dans ses admirables travaux sur la phyéiologie des mouvements (i), que les os qui constituaient les jointures étaient maintenus dans leurs rapports normaux par l'action tonique des groupes musculaires qui les entouraient. Ces muscles étaient-ils paralysés en totalité, les surfaces articulaires s'écartaient et l'article ballottait dans tous les sens. Un groupe de muscles seul était-il atteint d'atrophie, l'os le plus mobile obéissait aux muscles antagonistes et pouvait peu à peu changer de situation. M. le professeur Verncuil ne tarda pas à appliquer cette théorie à certains Taits cliniques; les observations se sont multipliées depuis, M. Reclus en a publié un certain nombre, nous en avons nousméme relaté plusieurs que nous avions recueillies dans notre internat à l'hôpital des Enfants; enfin BradTord, en Angleterre, en a aussi rapporté quelques-unes. Dans la plus grande généralité des cas, le fait clinique est le suivant : un enfant subit une attaque latente ou apparente de paralysie infantile (myélite spinnle aiguë] il reste une paralysie atrophique localisée à tout le membre inférieur, ou plus souvent aux muscles fessiers et pelvi-trochantériens. Ces muscles ne retenant plus lu tête fémorale en arrière, celle-ci est repoussée peu à peu dans
(1) Duchenne (de Boulogne), Physiologie des mouvements, Paris, 1867.
ce sens par l'action pédominante du psoas et des adducteurs, et elle va se placer vers la fosse iliaque externe. Tous les faits cliniques observés sont incontestables, et quand on pa^ court, comme nous l'avons fait dans le mémoire cité plus haut, tous les faits connus auparavant, avec ou sans autopsie, on est convainca qu'un très grand nombre doivent se rattacher à cette variété que M. Verneuil a appelée huBatkm paralytique, et que le D' Daily nomme luxation atrophique»
Doit-on reconnaître à côté de cette forme paralytique une luxation due à la cootractnre musculaire, suite des convulsions intra-atérines comme l'ont voulu Chaussier et J. Guérin?Noos pensons qu'il n'y a point jusqu'ici d'obserration probante, bien qu'en soi la théorie puisse être vraie.
Nous admettons, en définitive, trois classes pathogéniques de luxation pathologique de la première enfance :
1^ Les luxations dues à l'arthrite fœtale ;
2* Les luxations dues à des lésions du système nerveux; celles-ci sont de deux ordres:
a. Altérations du système nerveux présidant à révolution du squelette (malformation originale);
b. Altérations centrales produisant la paralysie musculaire (luxations paralytiques).
Anatomie pathologique.
Elle varie avec les trois ordres de causes : a. Nous ne ferons que rappeler ici les lésions observées par Verneuil, Broca, Morel-Lavallée et auparavant Paletta. Injection de la synoviale, épanchement articulaire purulent ou séro-purulent, fongosités articulaires. Quelquefois un gros bourgeon au fond du cotyle. Les ligaments étaient en même temps relâchés, la tête fémorale avait quitté sa place plus ou moins complètement de façon à se placer en dehors et audessus du cotyle. On n'a jamais constaté, à l'autopsie, l'hydarthrose, signalée par J.-L. Petit, Mal^'aigne et Parise ; Sédillot lui attribuait le relâchement ligamenteux et admettait qu'à la suite de la résorption de Tépanchement, la capsule se rétractait sur la tête du fémur qu'elle coiiïait, en prenant la forme du sablier, si bien décrite par Broca.
6. Les malformations du squelette caractérisent essentiellement notre seconde classe. Dans tous ces cas il y a une malfurmation, arrêt de développement des surfaces osseuses, et la jointure mal constituée ne présente aucun rapport permanant entre ces surfaces. Des cxem-