‹ EncyClopedie internationale de chirurgie v. 7, 1888Chapitre 466 sur 482 · LUXATION CONGÉNITALE DE LA HANCHE. — ANATOMIE PATHOLOGIQUE · texte numérisé non relu

LUXATION CONGÉNITALE DE LA HANCHE. — ANATOMIE PATHOLOGIQUE

pies bien curieux de ces difformités peuvent «'étudier au musée Dupuytren. Tantôt il y a absence totale de tête du fémur, d'autres fois elle est anguleuse et, beaucoup plus petite qu'à Tétat normal. Le cotyle peut manquer absolument, ou présenter une profondeur peu niarquée, comme s'il était effacé. Ou bien la surface «st remplie, par l'exubérance de trois saUlles osseuses qui répondent à l'angle de ses points d'ossification. D'autres fois le rebord cotyloîdîen est comme usé et aplani. Ordinairement la capsule parait allongée et amincie, souvent aussi le ligament rond tiraillé, atrophié, finit par se séparer et ne se retrouve plus dans la jointure. Les muscles voisins ne sont pas atrophiés.

c. Dans la troisième variété, les luxations paralytiques, on trouve toujours les lésions suivantes. Atrophie graisseuse, totale ou partielle des muscles du membre inférieur ou de certains groupes musculaires. Les fessiers, surtout dans les cas les plus fréquents, sont jaunâtres, atrophiés et flasques. D'autres fois l'atrophie porte sur les adducteurs, on observe en même temps des lésions semblables du côté de la jambe, mais quand les sujets sont capables de marcher celles-ci n'existent point Les muscles demeurés sains sont rétractés, raccourcis €t peuvent former sous la peau des cordes plus ou moins saillantes. Du côté du squelette, le type de déformation le plus fréquent est le suivant : la cavité cotyloîde est agrandie dans le sens antéro-postérieur; la partie postéro-externe •de son rebord est éculée, tend à s'aplanir sous •la pression persistante de la tête fémorale, tandis que la partie antérieure de la cavité semble se combler peu à peu. La tête du fémur s'aplatit un peu dans la partie qui enfonce le sourcil cotyloîdien et peut se trouver à cheval sur le rebord déformé ou tout à fait en dehors, dans la fosse iliaque externe; on peut toujours la ramener facilement dans la cavité, mais elle ne s'y maintient pas. La capsule est amincie, allongée dans le sens du déplacement de la tête fémorale et le ligament rond rétracté se •trouve amind, atrophié et lamelleux. Dans les cas anciens, la partie antérieure de la capsule rétractée recouvre intimement le cotyle et la portion fémorale est resserrée autour de la tête, «tandis qu'au milieu, on voit un étranglement en forme de sablier. Les auteurs ont vu dans les •atrophies musculaires signalées, des conséquences du déplacement articjalaire primitif; mais pourquoi causerait-il des atrophies aussi ^marquées ? Est-ce que dans les luxations trauma-

atrophiés, graisseux comme nous les voyons ici? Et quand ils diminuent de volume à la suite d'une luxation non réduite, cette atrophie est toujours de peu d'importance et tient à l'immobilité plus ou moins complète du membre.

Dans deux cas nous avons observé le déplacement de la tête fémorale en haut et en avant, ce qui permet d'admettre que dans ces condi<tions l'effacement du rebord cotyloîdien se faisait à la partie supérieure de la cavité. Bradford signale un fait semblable. Chez ces trois malades les muscles fessiers étaient intacts, les adducteurs paralysés, le couturier, le droit antérieur rétractés plaçaient le membre dans l'abduction et la flexion, et repoussaient la tête fémorale dans le sens indiqué.

Le plus souvent, avons-nous déjà dit, on ne s'aperçoit de la difformité qu'au moment où les enfants commencent à marcher.Ilssontd'ailleurs assez paresseux à se décider et quand ils commencent à se tenir debout on est frappé de leur attitude. Quand la luxation est unilatérale, le tronc, dans la marche, s'incline du côté malade, présentant une oscUlalion que le monde désigne communément, en disant de ces enfants qu'ils sont banbans. Si la luxation est bilatérale, l'oscillation se fait alternativement d'un côté et de l'autre en même temps que le bassin slncline en avant et que les cuisses restent écartées à leur partie supérieure. Si on recherche l'état des parties articulaires, quelquefois on ne sent pas la tête et on peut faire exécuter à l'extrémité supérieure du fémur un déplacement par glissement plus ou moins notable ; d'autres fois la tête est perceptible et on la sent se déplacer sous la main soit vers la fosse iliaque ou bien vers le pubis suivant les cas. Ce déplacement s'accompagne d'habitude d'un gros frottement tout à fait caractéristique. L'aspect est différent suivant que la luxation est d'origine paralytique ou autre ; toujours il y a forte saillie du grand trochanter sur le côté de la hanche, mais tandis que dans les luxations dues à l'arrêt de développement des os, les masses musculaires des fessiers ont habituellement conservé leur contractilité, dans les paralytiques la saillie fessiëre est atrophiée, et quand on pince la masse musculaire on n'y perçoit plus aucune résistance ni aucune contraction quand on engage le malade à serrer les fesses.

(tiques anciennes on trouve souvent les muscles | Signalons encore, dans les trois cas connus de

BABETTE. — CHIBUBGIE ORTHOPÉDIQUE.

luxation aatérieure, la corde produite par k ri- ' traction da couturier et du droit antérieur. Dans tous les cas, mdme les plus lâgera, il est un signe très important sur lequel insiste twaucoup H. Verneuil, c'est l'ascension du grand trochanter; si on trace en elTet une ligne horilonlale, passant par l'Épine iliaque de chaque c6të, le sujet étant placé d'une Taçon très symétrique, et une autre, parallèle, passant par le sommet des trochanlers, on voit, en mesurant la distance qui les sépare, de combien le Témur 8'est rapproché de la crétc iliaque. Cette mensuration eslsurtout utile dansle&cas de luxalion unilatérale.

Les sujets atteints de double luxation présenlent une inclinaison notable du bassin en aTanl, d'où une Forte saillie des fesses et en même temps une courbure lombaire de compensation, concave en arrière. Ordinairement leur boiterie disparaît à peu près dans la course. On sait aussi que la dérormation désarticulations coiofèmorales entraîne des modiflcations dans la formedu détroit supérieur, connues sous le nom de bassin oblique-ovalaire, quand la luxation est unilatérale ; dans la luxalion double, au contraire, le bassin est élargi. Dans aucun cas la luxation congénitale ne peut porter obstacle notable à la parturilion.

Les luxations congénitales anciennes finissent par se fixer et Tarmcr une néarlhrose avec l'os iliaque. On voit surtout ce phénomène pour les luxations par malformalion. La cap< j sulo devient habituellement très solide. Dans les luxations paralvliques le fait est plus ' lardir, néanmoins la Tace profonde du petit Tcssier atrophié subit un travail de sclérose qui fournit une sorte de capsule accessoire retenant la letc qui lend ii se déplacer sous i'inlluence du poids du corps et de la rétraction des muscles antagonistes.

Diagnostic.

Le Viiignoslk de ces alfcctions est d'ordinaire facile, étant donnés les commèmoratifs, hérédité pour les muirormalions, marche tardive cl toujours défectueuse pour les autres. L'examen local complèlcru les notions données par l'interrogatoire. ^olons toutefois que l'on a confondu bien souvent les luxations paralytiques au début avec des coxalgies ; l'absence de douleur dans les mouvements provoqués, l'atrophie des muscles fessiers, le raccourcissement du fëmur, l'ascension du grand trochanter permettront de faire un diagnostic précis. II '

I faut donc toujours se rappeler que l'atrophie du fessier peut foire croire & une coxalpe an début.

Traltemeat.

Les conditions anatomiques de la difformité font facilement prévoir les difBcullés d'un traitement efficace. Comment réduire une léte absente ou déformée et la maintenir dans une cavité qui ne peut la contenir ? Comment obliger, dans une luxalion paralytique, la tète du fémur à rester dans le cotjle quand celui-ci est déformé et que les muscles ne s'opposent plus à l'étirement de la capsule articulaire?

Le plus souvent donc le traitement est purement palliatif et i! a pour but de consolider la pseudarthrose ; d'affermir ses liens fibreux et de fortifier tes muscles qui l'entourent. Les douches, les frictions, l'électricité, le massue, tels sont les principaux moyens. Les douches salées, sulfureuses, les eaux de Bourbonne ont souvent donné d'assez bons résultats. On a essayé (P. Mercier) la prothèse des muscles fessiers au moyen de caleçons de caoutchouc auxquels étaient adaptées des pelotes à air, qui comprimaient en arrière lo tète déplacée de f«- 1,-on  la refouler en bas, mais ces appareils ingénieux n'ont pas tenu tout ce qu'ils promeltaient.

On se sert uiilemenld'uneceinture moulée, eii cuir bouilli, dont il faut attribuer la première idée (i Oupuvtrcn. Voici comment esl constitue

Fig. 5446, — r.einiurc mouléo pour congéiiiule de la hancbe.

cet appareil, d'après les indications de U. de Saint-Germain (Bg. Si46)> Il se compose d'une ceinture de cuir bouilli construite sur un moule

LUXATION congénitale; de la hanche. — TRAITEMENT.

eiact de plâtre ; elle présente une portion abdominale et une portion fessière. De chaque côté s'attachent deux béquillons qui vont se fixer dans les aisselles qu'ils soutiennent, tandis que leur extrémité antérieure se continue par un long ressort convexe en arrière, qui vient se fixer sur le côté de la hanche opposé à Tépaule d'où il part. Ces deux ressorts, qui se croisent dans le dos, ont pour but de tirer les épaules en arrière et de s'opposer à la courbure du tronc en avant. 11 sera bon aussi dans certains cas de faire adapter des cuissards articulés qui donneront aux cuisses un point d*appui solide. L'emploi prolongé de cet appareil, combiné avec les manipulations elles douches, donnera d'excellents effets.

On a aussi essayé des méthodes curaiives, Humbert (1 835) avait tenté la réduction ( I ) ; mais Bouvier constata qu'aucun des malades ainsi traités n'était guéri réellemenL Pravaz, en 1847, con-

(1) Hambort et Jacquier, Essai et observations sur la manière de réduire les luxations spontanées ou iymptomaligues de l'articulation coxo- fémorale, Barle-Duc, 1835.

seilla une réduction graduelle comprenant trois temps principaux, se succédant avec une certaine lenteur nécessaire à l'exécution des modifications anatomiques qu'il se proposait. En résumé, les manœuvres consistaient en extensions préparatrices, et en réduction. Le malade était placé dans un appareil terminé par une pièce fémoro-tibiale, sur laquelle s'exerçaient des tractions modérées mais continues. Au bout de six mois de traitement environ, on reconnaît nettement que la tête s'est un peu déplacée, la marche est meilleure et on peut perfectionner le résultat au moyen de la ceinture de Dupuytren. Le traitement par l'appareil de Pravaz demande beaucoup de temps et de patience. Dans ces derniers temps, des chirurgiens allemands, Sonnenburg en particulier, ont proposé la résection de la tête du fémur dans les luxations dites congénitales. Nous ne pensons pas que celte méthode ait de sérieuses chances de succès ; ce n'est point la tète du fémur qui constitue l'obstacle, ce sont les tissus qui l'entourent. Nous croyons préférable de chercher à obtenir une bonne pseudarthrose, pourvue de moyen d'union résistants.

TABLE DES MATIÈRES

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