ATLA
Le courant alitéen s'étend de 16 à 70 degrés de latitude de chaque coté de la ligue , suivant dans cet espace la position apparente du soleil, qui semble lui commander. Il se fuit sentir, mais faiblement encore, au snd-ouest des Açores ; il se porte ensuite du 25* au 15 e degré. Près de la ligne, sa direction est moins constante qu'à la hauteur du 5 e au 10 m * degré. Après s'être dirigé vers la baie de Honduras , il traverse le golfe du Mexique , et se jette avec impétuosité dans le canal de Bahama, où il acquiert une vitesse de deux mètres par seconde. Au sortir de ce canal , le Gulfstream prend le nom de courant de la Floride. Il se dirige alors vers le nord-est avec une vitesse de cinq milles par heure — Entre Lago Bisurino et le banc de Bahama, sa largeur est de quinze lieues seulement ; elle est de dix-sept sous te 28 e degré de latitude, et de quarante à cinquante sous le parallèle de Charlestown ; au delà de ce point sa vitesse n'est plus que d'un mille par heure. — Depuis le 41 e degré, changeant de direction, il ne porte vers l'est et l'est-sudest, jusque près des Açores, d'où il suit sa route sur les Canaries et le détroit de Gibraltar, et il forme là ce qu'on appelle le courant oriental. Sous le 33 e parallèle un navire, dit M. de Humboldt, peut sans peine passer dans la même journée du courant équinoxial au courànt oriental. Sous la latitude du cap Blanc le courant se recourbe, et se dirige de nouveau vers le sud-ouest, pour réunir à la fin ses eaux à celles du Gulfstream. Sa graude largeur de séparation entre le courant qui va à l'occident et son inflexion de retour qui le ramène vers l'orient n'a pas moins de cent quarante lieues. Ainsi la figure du mouvement total est celle d'un cercle irrégulier ayant trois mille huit cents lieues de circonférence : le courant met environ trois années à parcourir cet immense circuit.
Vers le 40 ou 42"" degré, la température du courant est de 18 degrés au-dessus de zéro, tandis que les autres eaux de la mer à la même latitude n'ont que 14 degrés. Sous le parallèle de Charlestown le courant atteint 20 degrés de chaleur, et la mer ambiante a 6 degrés seulement. Près des bancs de Terre-Neuve la température du courant est de 7 à 8 degrés.
— Parmi les courants secondaires qu'il importe de signaler aux navigateurs, il y a celui de Guinée ; il se porte vers le golfe de même nom, où il entraîne avec force tous les vais* seaux qui approchent de trop près les cotes voisines.
— On a reconnu aussi dans le golfe de Gascogne un courant assez rapide , qui se dirige vers le nord-est.
— Les courants des régions polaires sont le théâtre des scènes les plus étranges et les plus terribles. Ainsi, dans leur course incessante vers l'équateur, on en voit qui à certaines
riQUE 308
époques de Tannée remplissent les golfes de l'Islande d'énormes blocs de glace, jusqu'à la profondeur de quatre ou cinq cents pieds ; en d'autres époques, ils couvrent les mêmes cotes d'amas de sapins et de pins, qui paraissent venir de la Sibérie ou de l'Amérique du Nord; on a cru aussi qu'il en venait du Mexique par le détroit de Bahama.
— Certains courants de la surface des eaux correspondent à d'autres courants, qui se font dans uu sens contraire dans la profondeur des mers ; cette observation a été faite plusieurs fois dans les eaux des Antilles. Dans d'autres régions de l'Atlantique , on rencontre des courants opposés cote à côte, et marchant en sens contraire, avec des vitesses différentes. Enfin, à la rencontre de deux courants opposés, il se produit un phénomène semblable à celui qu'on voit au confluent de deux fleuves rapides : c'est une sorte de tourbillon en forme de spirale, dont souvent les marées ou les vents viennent encore augmenter la violence. Malheur aux vaisseaux qui tombent dans ce gouffre; le centre de la spirale les attire, et les brise contre les rochers ou les fait sombrer après qu'il ont longtemps tournoyé sur eux* mêmes. Les naufrages dans des courants tournants ont été le sujet de lamentables légendes que racontent les vieux marins.
On a cherché depuis longtemps un passage de l'océan Atlantique à l'océan Pacifique par le pôle Boréal ; chaque année des expéditions scientifiques partent pour ces régions glacées; cependant la question de la communication des deux mers n'est point résolue, et l'on doute encore si la jonction de l'Amérique et de TA' sie se fait là par une succession de terres et de rochers, ou par une immense agglomération d'eaux glacées, dont les rayons du soleil pourraient pendant quelques mois de l'année opérer la liquéfaction. L'Angleterre aujourd'hui encore est à la recherche d'un de ses marins , le capi* taine Franklin, qui a disparu depuis trois ans en poursuivant la solution de ce problème géographique. Au reste, les géologues s'accordent à dire que si l'Europe et l'Asie ne sont plus contiguës par leurs extrémité septentrionales, comme il paraît certain qu'elles le furent autrefois , leur séparation devrait être attribuée à un grand bouleversement qu'auraient causé les feux volcaniques, dont l'Islande offre encore des traces visibles.
L'Atlantique , si on en excepte les régions polaires, est aujourd'hui connu dans toutes ses parties, et l'on peut juger des progrès que nous avons faits depuis l'antiquité dans la science cosmogonique, en comparant nos mappemondes actuelles avec la description d'un des panneaux du bouclier d'Achille, dans laquelle Homère dresse en quelque sorte la carte géographique du monde des anciens, La terre,
309 ÀTLÀNTÎQ1
dans ce relief imaginé parle poète, est représentée comme un disque qu'entoure de toutes parts l« fleuve Atlantique. Hésiode ne parle pas autrement, et jusqu'au temps d'Hérodote, on a continué à dessiner les mappemondes d'après les litres de ces deux poêles.
Les Carthaginois, par leurs voyages dans l'Atlantique, sur les côtes de l'Afrique surtout , ébranlèrent les premiers la puérilité de ces notions géographique», et, sans arriver à la connaissance exacte du globe terrestre, ils eurent une idée plus juste de notre planète.
Le premier voyage d'Hannon le Carthaginois au delà des colonnes d'Hercule, dans l'Atlantique, remonte au temps d'Hérodote. Suivant Bougainville, cet antique navigateur serait allé sur les côtes de Sénégambie , et même jusqu'à celles de la Guinée. Auparavant déjà les Phéniciens s'étaient avancés sur l'Atlantique jusqu'au groupe d'Iles qu'ils appelaient Heapérides, ou terres de l'occident, et l'on pense avec raison que ce devait être le groupe de la Grande-Bretagne et d'Irlande, les deux Iles les plus occidentales de l'Europe. Au temps des Romains, Strabon regardait encore l'Irlande comme la terre la plus septentrionale de sa mappemonde : il la plaçait plus au nord que l'embouchure de l'Elbe, qui était la limite géographique de la terre continentale de ce côté du globe. A la même époque, on ne savait rien de l'Atlantique passé la latitude du Niger, et l'on croyait que l'Afrique se terminait peu au delà par un cap baignant dans des mers inconnues. Cependnnt les Romains avaient aperçu à l'ouest quelques Iles, auxquelles ils donnèrent le nom d'Iles Fortunées, et qui remplaçaient dans l'imagination du peuple et des poètes l'Atlantide de Platon. Horace les chante ainsi: « L'O- « céan qui ceint le monde, dit-il, nous est on- « vert; cherchons ces riches campagnes, cher- « chons ces lies bienheureuses où la terre « sans culture rend chaque année d'abondantes « moissons , où la vigne sans être taillée fleu- « rit toujours, où l'olivier n'offre jamais de a vaines espérances. » Pline, qui vécut plus tard , n'en savait guère plus que Strabon sur la géographie de l'Atlantique; il regardait, aiusi que Tacite , la Suède et la .Norwèçe comme les lies d'un archipel formant un appendice à la Germanie orientale. lMoIémée,qui écrivait 170 ans après Jésus Christ, n'ajoute rien aux détails donnés par les deux écrivains précédents ; la connaissance du nord de l'Europe s'arrêtait aux grands lacs de la Suède méridionale.
Au moyen âge, les peuples européens, tout occupés à se défendre contre l'invasion des peuplades de l'Asie, cessèrent de tourner leurs yeux vers l'Atlantique. Cependant les Normands, grands navigateurs, firent quelques courses dans la partie septentrionale de cet