‹ Encyclopédie moderneChapitre 17 sur 308 · A DITES · texte numérisé non relu

A DITES

vent el leurs corps, rempli» de donx prfums, livraient à la brise les plus délicieuses odeurs. Sclicddad voulut se faire adorer dans celte gplendide demeure, par laquelle il prétendait imiter le paradis terrestre; mais le ciel ne permit pas qu'une telle impiété demeurât impunie : il fut frappé de la foudre et réduit en cendres. Comme signe éternel de la justice divine, ajoute la tradition, la ville existe encore au désert quoiqu'elle y soit invisible à tous les yeux. On retrouve dans celte fable quelques traces confuses de Bélus et de l'ancienne Babylone , à moins que Ton ne veuille y reconnaître le Ben-Hadad de l'Écriture, qui régna sur la Syrie et y fut adoré comme un Dieu par ses sujets.

La tribu des Adites se réfugia ensuite dans le Hadramaut. Là ils avaient abandonné le culte du Seigneur et se livraient aux pratiques de l'idolâtrie la plus superstitieuse. Dieu envoya vers eux le prophète Houd, qui voulut les ramener au vrai culte, mais, loin de l'écouter, ils le battirent de verges. Bientôt une grande sécheresse el la famine, qui en était la suite, annoncèrent le courroux du ciel. Les Adiles ne virent d'autre remède à leur détresse que d'envoyer quelques-uns des leurs en pèlerinage au temple de la Caaba. Soixantedix d'entre eux furent chargés de cette mission et partirent sous la conduite de Morthadh et de Kil , deux des chefs les plus importants de la tribu. Arrivés près de Moawiah, qui régnait alors dans le Hedjaz, ils en furent bien reçus et obtinrent la permission de faire les sacrifices nécessaires pour obtenir une réponse favorable. Cependant Morthadh, touché de repentir, répétait souvent à ses compagnons que les prières seraient inutiles tant qu'ils n'obéiraient pas à l'envoyé du Seigneur :

« Comment voulez-vous, lenr disait-il, que Dieu répande sur nous la pluie de sa miséricorde si nous refusons d'écouter la voix de celui qu'il a envoyé pour nous instruire? »

Kil, fatigué de ces instances, sut exciter la défiance de Moawiah contre son collègue, et, l'ayant fait retenir prisonnier par ce prince, guida seul, vers le saint lieu, le reste des Adites. Là, ils accomplirent les sacrifices, et demandèrent au Seigneur la pluie dn ciel. Au même instant trois nuées se rassemblèrent au-dessus de leurs têtes, l'une blanche, l'autre rouge, et la troisième noire : « Laquelle choisissez-vous ? » dit une voix qui se fit entendre du haut des airs. Kil choisit la noire, espérant qu'elle était plus chargée de pluie que les autres; mais elle recelait un violent ouragan qui renversa les habitations des Adites et les priva eux-mêmes de la vie. Un sage, nommé Lokman, fut épargné avec quelques-uns de ses disciples ; il devint le chef d'une nouvelle tribu qui forma le peuple qu'on appela les se*

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ronds Adites. Us habitaient le pays de Saba dans le Yémen, où Lokman forma un immense réservoir par un barrage établi entre deux montagnes, barrage qui arrêtait les eaux dans la vallée supérieure et permettait de les diriger selon les besoins de l'irrigation. Cest cette digue qu'on appelait El-Arim et dont la rupture occasionna plus tard la migration de plusieurs tribus du Yémen. Lokman vécut, dit la tradition , l'âge de sept aigles. Sa puis» sance ou celle de ses descendants se maintint jusqu'à l'époque où les derniers Adites furent vaincus par Yarob, fils de Cahtân. Après leur défaite, ils se réfugièrent dans les montagnes do Hadramaut, où ils finirent par s'éteindre et disparaître entièrement.

No*& des Vergers.

N. de* Vergers, Arable, dans V Univers pittoresque ; Flrtnln Didot, Paris, 18(7.

Caussin de Perceval, Essai sur l'histoire des Arabes avant l'Islamisme; Paris, 1SV7.

adonis. (Mythologie.) Le mythe d'Adonis, que les poètes de la Grèce ont célébré et que l'antiquité figurée s'est plu souvent à reproduire, parait être essentiellement Phénicien ou Syrien dans son principe. Le nom lui-même, Adoni ou Adonaï, mon seigneur ou notre seigneur, était employé par les races araméennes ou caoanéennes en adorant leur dieu Bel ou Baal comme par les Hébreux en s'adressant au vrai Dieu. L'Écriture Sainte fait déjà mention de ce mythe. Dans la vision d'Ézéchiel, le prophète , transporté en esprit dans le temple de Jérusalem, voit, en entrant par la porte qui regardait l'aquilon , des femmes assises pleurant sur la mort d'Adonis, et cette vue est pour lui l'abomination dans le lieu saint; car ce que ces femmes célébraient par leurs larmes, c'était le paganisme et ses erreurs, c'était le culte d'une divinité solaire, c'était l'anéantissement de la force productrice lorsque l'hiver affaiblit les rayons du soleil et leur ôte leur puissance. De Byblos en Phénicie, les Adonies ou fêtes d'Adonis se répandirent à Antioche, en Chypre, à Alexandrie, à Athènes, et, une fois parvenu dans la Grèce, le mythe phénicien revêtit quelques-unes des formes gracieuses que rêvait sans cesse la brillante imagination des Grecs. Le poète cyclique Panyasis, Praxilla, Sapho, ont chanté la triste destinée d'Adonis. D'après Panyasis (1) , Adonis était né du commerce incestueux de la jeune Smyrna avec son père Thias, roi des Assyriens. Vénus , irritée de voir que Smyrna négligeait son culte , alluma dans son cœur une passion coupable pour son père qui, trompé parles ruses d'une vieille nourrice, passa plusieurs nuits dans les bras de sa fille , et ne reconnut son erreur que

(l)Apoll. /MW., III, H.

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<|uand il était trop tard pour en éviter les funestes conséquences. Plein de colère, le roi d'Assyrie poursuivit sa fille l'épée à la main ; mais , sur le point d'être atteinte , elle implora les dieux, et, touchés de sa douleur, ils la métamorphosèrent en l'arbre qui produit la myrrhe. Neuf mois après , l'arbre se fendit pour donner passage à un enfant d'une si merveilleuse beauté que Vénus, craignant qu'il ne lui fût enlevé par les autres dieux, l'enlerma dans un coffre et le donna en garde à Proserpine. Dépositaire infidèle, la déesse des enfers ne voulait plus rendre l'enfant dont elle avait admiré les charmes : le débat fut porté devant Jupiter, qui décida qu'Adonis diviserait l'année en trois parties égales ; qu'il aurait la libre disposition de la première partie, que la seconde appartiendrait à Proserpine et la troisième à Vénus, à laquelle Adonis consacra aussi tout le temps dont le maître des dieux avait laissé l'emploi à sa propre volonté. Tel est le récit de Panyasis, qui nous a été conservé par Apollodore. Quant à Hésiode , il l.iit Adonis fils de Phénix, premier roi des Phéniciens, qui l'avait eu d'Alphésihée. Dans Ovide , c'est Myrrha qui, poursuivie par la jalousie de Vénus, trompe son père Canyre, roi de Chypre, et de ses embrassements conçoit le bel Adonis. Le triste sort de cette fille coupable, la naissance de l'enfant sont conformes au mythe de Panyasis : Adonis devient l'amant de Vénus ; mais il n'écoule pas ses conseils ; il poursuit à la chasse les animaux dangereux par leur force ou leur férocité et un sanglier le blesse mortellement. De son sang naquit l'anémone (1). D'après Servius(2), Mars , irrité contre Adonis devenu son rival , s'était métamorphosé en sanglier pour se venger de lui. Une autre tradition veut que ce soit Apollon qui ait vengé sur l'amant de Vénus la cécité de son fils Érymanlhe , ainsi puni par celte déesse qu'il avait surprise au bain. D'après une des traditions relatives à Adonis Priape était né de son union avec Vénus.

Macrobe nous a laissé l'explication suivante du mythe d'Adonis : « On ne peut pas douter, dit-il, qu'Adonis ne soit un dieu solaire, si l'on considère la religion des Assyriens, chez lesquels florissait autrefois le culte de Véuus Architis et d'Adonis, culte passé maintenant chez les Phéniciens. Or, les physiciens ont attribué le nom de Vénus à la partie supérieure de l'hémisphère terrestre, et ils ont appelé Pro* serpine la partie inférieure de ce même hémisphère. Voilà pourquoi Vénus est eu pleurs lorsque le soleil , parcourant dans sa coui-sc annuelle les douze signes du Zodiaque, entre dans la partie inférieure de l'hémisphère. Les

(l) Ovid., Mt tam., Hh X. Î88 et sqq.

(s;Ap. Vlrgu.,£p.X.v. »,

jours sont alors plus courts, et la déesse gémit sur la privation du soleil enlevé par Proserpine, c'est-à-dire retenu dans l'héraisphèie inférieur. Par le sanglier qui fait à Adonis une blessure mortelle, on veut exprimer l'hiver, attendu que cet animal au poil rude ne se plaît que dans les lieux humides et fangeux. Puis, lorsque le soleil s'élève au-dessus des régions inférieures de la terre, lorsqu'il franchit l'équinoxe du printemps et prolonge la durée du jour, alors Adonis revient à la lumière, Vénus est dans la joie, les champs se couvrent de leurs moissons, les prés de leur verdure, les arbres de leur feuillage (t). » Ammien Marcellin nous dit aussi que les fêtes d'Adonis sont le symbole mystique de la reproduction des biens de la terre (2) ; le scholiaste de Théophrasle y voit également la représentation des phénomènes de l'agriculture, puisque le blé, après être resté enfoui pendant six mois dans le sein de la terre, perce les ténèbres et paraît au jour. Enfin, dit encore Jean Lydus, Adonis , c'est la personnification des fruits ; Mars, c'est le sanglier, animal si nuisible aux terres ensemencés (3). De ces diverses appréciations il est facile de conclure qu'Adonis a été dans l'antiquité une personnification du soleil dans son influence bienfaisante sur la terre et ses productions, personnification dont le culte rappelait, sous le rapport astronomique, les phases de l'astre du jour lorsqu'il s'éloigne ou se rapproche de nous, et, sous le rapport terrestre , les phénomènes de la germination depuis que la semence est confiée à la terre jusqu'à sa maturité. Tout ce symbolisme était exprimé par le double caractère des fêtes d'Adonis, dont une partie était consacrée à la douleur et l'autre à la joie. Les deux fêtes se suivaient immédiatement, mais pas toujours dans le même ordre. Ainsi, à Byblos, c'était la cérémonie lugubre qui précédait la fête joyeuse , tandis que c'était le contraire à Alexandrie. En signe de deuil , les femmes à Byblos coupaient leur chevelure ou faisaient au dieu , dans le temple, le sacrifice de leur chasteté (4); à Alexandrie, vêtues de robes flottantes , les cheveux épars , elles chantaient des hymnes autour du lit où était exposée l'image d'Adonis, puis allaient jeter

(1) Macr., Sat., 1. I.H.

(S) Amm. Marc, l.XIX, 1.

(3) J. Lydus, De mens., p. 77, éd. de Bonn.

(4) « J'ai vu a Byblos, dit Lucien, le temple de Vénus Ryblla, où se célèbrent 1rs fêtes d'Adonis, et J'ai assisté à ces fêtes. En mémoire de la mort de ce héros arrivée dans leur contrée, les habitants se livrent chaque année a de vives démonstrations de douleur... Les femmes se rasent la tête. Toutefois, celles qui ne veulent pas faire le sacrifice de leur clicvelure peuvent la racheter par une autre offrande. Elles restent tout un jour dans l'Agora à la disposition des étrangers qui veulent acheter leurs faveurs, et de leur eain cites font un sacrifice a Venus. ' Lucien, de Syria Dca , 6.)

ADONIS

celte image dans ia mer ainsi que le décrit

Théocrite dans sa quinzième idylle :

Là s'élèvent deux lit*. Quel pompeux appareil! L'an offre à nos regard* Vénus qui se repose ; L'autre porte Adonis au visage de rose.

De sa bouche amoureuse où brille un duvet d'or, Les baisers délicats ne piquent point encor.

Il a dix -huit printemps. Déesse protectrice. Tu revois ton époux : que ton âme eo jouisse! Pour nous, dès que l'aurore aux vermeilles couleurs Sur la terre demain viendra verser ses pleurs, En pompe nous Irons vers la mer écornante Le porter au rivage, et, la robe flottante, I.es cheveux ondoyants et le sein découvert, Nos voix feront alors entendre un doux concert (1).

On a différé sur l'époque à laquelle se célébraient les fêtes d'Adonis : Théocrite , dans l'Idylle que nous venons de citer, dit que les Heures ont ramené Adonis des bords de l'Achéron au douzième mois, et les Adonies d'Antioche se célébraient, d'après Ammien-Marcellin, après le cours de l'année accomplie. La détermination de cette époque dépend du moment où Ton faisait commencer l'année, dit M. Creuzer (2) , et des périodes non moius diverses des fêtes t aussi bien que de la différence des climats ; d'où lesépoques différentes de la fôte d'Adonis , célébrée tantôt au printemps, tantôt au solstice d'été, tantôt eu hiver (3). Parmi les symboles du culte de ce dieu, qui personnifiait, ainsi que nous l'avons dit, non-seulement le soleil dans son action sur la végétation , mais la végétation ellemême dans toutes ses phases, les plus significatifs peut-être étaient des vases d'argile remplis de terre dans lesquels on semait des graines, qui, par l'effet d'une chaleur concentrée ou peut-être de la préparation d'un terreau composé, végétaient et se développaient en huit jours (4). C'est là ce qu'on appelait les jardins d'Adonis , xfjuot 'Aôamfioç, auxquels les poètes grecs font quelquefois allusion lorsqu'ils veulent exprimer une jouissance facile et passagère. Quelques archéologues ont cru trouver dans les jardins d'Adonis la preuve que les anciens ont connu la serre chaude et les moyens artificiels de hâter la germination des graines ou la maturation des fruits. En effet , d'après le Phœdrus de Platon, une graine introduite dans un jardin d'Adonis y faisait en huit jours les progrès qu'elle eût faits en huit mois à l'air libre; et le passage suivant de l'empereur Julien pourrait laisser croire que les Romains avaient mis à protit

fl) Théocr., làid., XV.. trad. de M. Flrmln Dldot.

;s) Notes au livre IV des Religions de l'Antiquité, trad. par M.Ouignlnut, p. 9S5.

(3) D'après Casaubon ( Ad Script, flist. Aug.), les Adonies se célébraient dans les contrées de l'Orient ou solstice d'été, et l'Iutarque (Atcib. et Aidas) ainsi qu'Aristophane prouvent ainsi que la fête, a Athènes, avait lieu vers la même époque, puisqu'elle coïncide avec le départ de la flotte athénienne pour la Sicile, Uu s de la guerre du Péloponnèse, départ qui s'effe.toa au milieu de* l'été, Oépou; p.£5o0vxo;.

(*) Platon, pfierdr., p. M, éd. Be**er.

celte méthode : « Qu'appelle-t-on Jardins d'Adonis ?dil-il dans Us Cassais; ceux dans lesquels ont met sur couche des végétaux qui fleurissent en très-peu de temps et se flétrissent aussi vite (1). » Sur les fragments de l'ancienne place de Rome conservés au Capitole on voit le mot Adonea , désignant peut-être une espèce de jardin d'hiver, et Bellori cite une inscription portant le même nom, trouvée dans les vastes dépendances du palais des Césars sur le Palatin. Toutefois les recherches récentes de quelques érudits semblent prouver que les jardins d'Adonis , consistant en plantes céréales ou potagères semées dans de petits vases d'argile qu'on exposait à la chaleur du soleil sur la terrasse des maisons , végétant en quelques jours et se flétrissant aussi vite , n'avaient rien de commun avec les serres chaudes telles que nous les comprenons, et y étaient même contraires, puisque dans l'esprit de l'antiquité semer des jardins d'Adonis, c'était produire des choses vaines et superficielles, sans racines et sans durée (2).

Le mythe gracieux d'Adonis, amant de Vénus, le double caractère do sa beauté languissante et efféminée, car les orphiques le regardaient comme androgyne , avec prédominance toutefois du sexe masculin, durent tenter, dans l'antiquité , le pinceau des peintres ou le ciseau des sculpteurs : aussi plusieurs monuments figurés du culte d'Adonis sont-ils parvenus jusqu'à nous. Nous citerons d'abord une charmante statue du musée du Vatican, prise pendant longtemps pour un Narcisse, et queE. Q. Visconti reconnut pour un Adonis lorsqu'il eut découvert dans l'intérieur de la cuisse la plaie longue et profonde qu'avait dû faire la dent du sanglier (3). Une autre statue en terre cuite, trouvée à Toscanella, et qui existe maintenant au musée grégorien, représente également Adonis blessé et reposant déjà du sommeil de la mort (4).

Mais c'est surtout sur les sarcophages que ce mythe, qui convient si bien à l'idée de séparation, est souvent exprimé. Tantôt c'tst Adonis prenant congé de Vénus au moment où il va partir pour la chasse; tantôt c'est la chasse elle-même au moment où le jeune héros succombe sous la dent du sanglier farouche; tantôt c'est Vénus tenant dans ses bras l'amant qu'elle va perdre et qu'elle baigne de ses larmes. Quelquefois le mythe tout entier se développe dans une suite de tableaux successifs. C'est ainsi qu'un sarco-

(1) Ap., Ceesaret, p. 839. ed. Spanbeim.

(S) F oy. le mémoire sur les Jardins d'Adonis In à l'Acad. des Inso. et Belles Lettre» par M. Raoul Roctielte et Inséré dans la Revue Archéologique de mal

IS) Mutée Pie-Clementin, t, II, pl. xxxi. M. Gerhard, toutefois, conteste l'opinion de Visconti. (*) Mus Mruscum-Gregor., I, pl. xcm.

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