BARBIER
n'avaieut que ie droit de saigner (l) et celui de mettre un premier appareil sur les plaies des personnes blessées; encore fallait-il qu'il y eût cas de nécessité (a).
Les lettres-patentes de Charles VII furent confirmées sans modification par une ordonnance de Louis XI, en date du mois de juin 1461.
Sous les rognes de Charles IX et de Henri III, les barbiers empiétèrent tellement sur les attributions des chirurgiens, que ceuxci obtinrent, en 1596, du prévôt de Paris, une ordonnance qui leur dérendit d'outrepasser les privilèges qui leur avaient été antérieurement accordés.
Les barbiers appelèrent de cette ordonnance; mais, par un arrêt du 26 juillet 1603, le parlement mit leur appellation au néant, ordonna qu'à l'avenir ils ne seraient plus compris sur les affiches et proclamations des chirurgiens, et leur permit de se dire et nommer maîtresbarbiers-chirurgiens ; de curer et panser toutes sorte* de plaies et blessures, comme auparavant, après qu'ils auraient fait le chefd'œuvre accoutumé, et qu'ils auraient été interrogés par les maîtres, en présence de quatre docteurs en médecine et de deux membres du collège des maîtres-chirurgiens, à la charge de faire chacun a leur tour trois mois sans gages à la police des pauvres, savoir deux en l'université, un en la cité, et deux du coté de la ville.
Cet arrêt augmentait considérablement les privilèges des barbiers. En leur demandant de nouvelles garanties de savoir, il les élevait dans l'opinion publique; et s'il exigeait d'eux un service gratuit, ce sacrifice devait être amplement compensé par le litre de chirurgien, qu'ils pouvaient désormais ajouter à leur nom. Cependant leur ambition ne fut point satisfaite : l'arrêt du parlement leur permettait de s'appeler barbiers-chirurgiens, ils voulurent s'appeler chirurgiensbarbiers. 11 fallut un nouvel arrêt pour les contraindre à se conformer en ce point aux dispositions du premier.
Malgré ces différends entre les barbiers et les chirurgiens, ceux-ci ne faisaient point difficulté, quand un barbier s'était distingué par ses connaissances en chirurgie, de le recevoir dans leur collège, et de le dispenser de la langue latine dans ses examens. Ils exigeaient seulement qu'il quittât les bassins, et
(V A l'une des stalles de la cathédrale de Roaen , on Toit un barbier saignant une femme. Suivant les statuts donnés en 1407 , a la corporation des barbiers de cette Tille, l'.ipprrnU. pour être reçu maître, devait prouver qu'il était en état de faire une lancette tonne et suffisante pour saigner toutes veines.
(î> Onin-l.acrolx . Ili&t. des anciennes corporatant* d'arts et métiers de Houen, Roueo, 1850, ln-8° p. Mi et suiv.
renonçât du métier de barbarie. Pasquier(l) cite les noms de plusieurs barbiers qui entrèrent ainsi dans le collège des chirurgiens, et s'y distinguèrent par leurs talent» et leurs connaissances pratiques. C'est à tort néanmoins qu'il comprend dans cette catégorie Ambroise Paré, le père de la chirurgie française. Ambroise Paré ne savait pas le latin , mais il n'avait jamais exercé le métier de barbier.
Cependant l'ambition des barbiers croissait avec leurs privilèges , ils ne purent se tenir longtemps pour satisfaits de ce qu'ils avaient obtenu. En août 1613, des lettres-patentes adressées par le roi au parlement réunirent les deux corporations des Chirurgiens et des Barbiers, confondirent leurs statuts, et leur accordèrent à toutes deux les mêmes attributions. C'était moius élever le métier des barbiers que rabaisser les chirurgiens à leur niveau. En effet, ces lettres patentes ne demandaient, pour l'admission dans la nouvelle corporation, que les conditious de capacité exigées auparavant des barbiers. Les chirurgiens réclamèrent; et, par un arrêt du Î3 janvier 1614, le parlement rétablit les choses en l'état où elles étaient auparavant.
H paratl qu'après ce dernier arrêt, les barbiers se tinrent pour battus, et n'eutreprirent plus de s'élever au-dessus de leur condition. Du moins ne trouvons-nous plus aucun titre d'où nous puissions inférer qu'ils aient encore cherché à empiéter sur les attributions des chirurgiens. A mesure que ceux-ci acquirent plus de considération, et justifièrent leur supériorité sociale par plus de savoir tt de talent, leurs anciens rivaux redescendirent au rang qui convenait à une pratique ignorante et routinière; et, à l'époque oit toutes les corporations furent abolies, ils étaient redevenus ce qu'ils n'auraient jamais dû cesser d'être.
Dès lors cette place de barbier du roi , qui avait donné une si belle part de puissance et causé une fin si tragique à Pierre de Brosse sous Philippe le Hardi , à Olivier le Daim sous Louis XI , retomba au rang que devaient occuper ces fonctions intimes, mais trop subalternes pour que la confiance royale «lot descendre jusque-là. Les barbiers furent obligés de restreindre leurs prétentions à une sphère mieux adaptée à leurs modestes attributions. Leurs boutiques, fréquentées par les bourgeois , que l'usage d'avoir les joues ei le menton rasés , usage général à cette époque, y attirait continuellement, durent suffire à leur ambition, et ils se contentèrent de l'influence que leur valaient deux péché* mignons qui ne les ont jamais quittés , la curiosité et le bavardage. Si les grandes m*
(i) Recherches, Uv. IX, ebap. si