‹ Encyclopédie moderneChapitre 228 sur 308 · CAMP AMR · texte numérisé non relu

CAMP AMR

de la Campanie se trouvait composée de quatre élémeoU : des Osqaes , des Tyrrhéniens ou Toscans, des Samnites, et enfin des Grecs qui étaient venus fonder de nombreuse» colonies sur le bord de la mer. Vers le commencement du cinquième siècle de la fondation de Rome, les Romains, sous prétexte de défendre les Campaniens contre une nouvelle invasion de Samnites, passèrent le Liiïs ( aujourd'hui le Garigliano }, qui formait au nord la limite de la province, et s'emparèrent des plaines fertiles qu'ils ne devaient plus quitter. Dès lors la Campanie était annexée au vaste empire qui devait s'étendre successivement sur les plus belles contrées du monde ancien.

Pendant la seconde guerre Punique, il est vrai , les Campaniens se dérobèrent au joug , et ouvrirent à Annibal les portes de leurs cités; mais cette tentative d'indépendance leur coûta cher: ils l'expièrent par un de ces châtiments terribles que l'histoire enregistre pour fn faire la honte des peuples qui abusent ainsi de la force : les magistrats des cités furent battus de verges et mis à mort, les patriciens jetés au fond des cachots , le peuple vendu à l'encan (1).

Cest entre le Liris, qui la séparait du Latium au nord ; le Vulturne , qui lui servait de frontière à l'ouest, du côté du Samnium; le Silarus, qui formait sa limite au sud, et la mer Tyrrhénienne , qui baignait ses rivages du côté de l'orient, que s'étendait cette belle contrée dont Florus a dit : « De fous les « pays de l'univers, il n'en est pas de plus « beau que la Campanie; rien de plus doux * que son climat : on double printemps y , « fleurit chaque année. Rien de plus fertile « que son territoire ; aussi dit-on que Bacchus « et Cérès luttent à qui la couvrira de ses dons « les plus précieux. Point de mer plus hospi- « talière. Là sont les ports renommés de «Caïète, de Misène, de Baies aux sources «.toujours tièdes; le Lucrin, et l'Averne, où la « mer semble venir se reposer. Là sont ces « monts couronnés de vignobles, le Gaurus, « le Falerne , le Massique*, et le plus beau de « tous, le Vésuve, rival des feux de l'Etna . « Près de la mer sont les villes de Formies , «Cumes, Pouzzoles, Naples, Herculanum, « Pompéii, et la première de toutes, Capoue, « comptée jadis au rang des trois plus grandes « villes du monde , avec Rome et Cartha- « ge (î). » Capoue fut toujours en effet la capitale de la Campanie. L'origine de cette antique cité est enveloppée de tant de fables, perdue au milieu de traditions si nombreuses et si diverses , qu'on ne peut assigner ni une date certaine a sa fondation, ni à son;nom une étymologie sûre. Virgile vent qu'elle le doive

(0 TltMJvc, 1. XXVI, 15 et te.

(S) Florus - t t. 1 , 1S.

au troyen Capys, l'un des compagnons d'Énée :

Kl Capys ■ hlnc nomen Cnmpanx ducltur nrbl (1). -t Nous avons dit plus haut que les Osques ont toujours été regardés comme ayant été les premiers habitants de la Campanie ; mais nous savons aussi qu'ils habitaient seulement des villages, et n'avaient pas de villes closes de murailles (2). Nous avons dit aussi que les Toscans , nation bien plus puissante et bien plus civilisée, fondèrent un Etat dans les plaines de la Campanie, et y bâtirent plusieurs cités : il y a donc tout lieu de les regarder comme les fondateurs de Capoue, bien que pro» bablement elle n'ait pas reçu ce nom tout d'abord, comme l'affirme Tite-Live, selon qui elle fut d'abord appelée Vullurnum. La fondation de CapoUfe, fixée par Calon, à ce que dit Velleius Paterculus, à l'année 152 après la fondation de Rome, précéda celle-ci, selon une opinion plus commune , d'une cinquantaine d'années (3). Plus tard, les Samnites s'emparèrent de celte ville et de son territoire, dont ils restèrent les maîtres (4). Ce fut probablement par suite de cette occupation nouvelle que le nom étrusque de Vulturnum fut changé en celui de Capoue, soit qu'on fasse dériver celui-ci du mot campus avec Tite- Live (5), ou du mot caput avec Strabon (6).

Dès lors se confondent sous la dénomination de Campanie les anciens éléments, Osques et Étrusques, qui composaient la population.

Quatre-vingts ans plus tard, les Campaniens, attaqués de nouveau par les Samnites, demandèrent du secours à Rome (7). Les troupes romaines vinrent en effet, mais tout se borna pour les Campaniens à se préparer ainsi un nouveau joug. Leur séjour dans une ville de luxe eut une telle influence sur les soldats romains qui occupaient Capoue, qu'ils résolurent de s'en emparer par surprise, et qu'ils eussent accompli cette entreprise hardie si la vigilance et la prudence du consul romain ne les en eût empêchés (8). Nous ne savons quels motifs engagèrent, peu de temps après, une grande partie des Campaniens à s'allier aux Latins, en guerre avec Rome : les Latins furent vaincus, et les Campaniens , après avoir vu ravager leur pays, devenu le théâtre de la guerre, furent heureux d'obtenir la paix en cédant à Rome le territoire de Falerne et en payant un tribut annnel à ceux de leurs compatriotes qui n'avaient pas pris part à la révolte (9).

(1) j£tu, X , 1*5. — Cf. Servtus, ad loc.

(S) Strab.. V, s».

(S: Vcll. Paterc, I, 7. - Cf. Polyb.. Il , 17 ; - Dion Hal., VU, 10; - Plut.. Vit. C. Mar.

M Llv , IV , 87 ; V, 51. - Cf. Strab.V , til.

(6) V , JW.

(7) Ut. VII, 31.

(8) Llv.. VII. 38.

(9) Uv., VIII, II.

Environ seize ans après ces événements, les habitants de Capoue crurent réparer leur conduite imprudente en prêtant une aide opportune à l'armée romaine immédiatement après la honteuse capitulation des Fourches Caudinés (I). Il eût été heureux en effet pour les Campaniens qu'ils eussent persévéré dans cette politique, et cultivé l'amitié de Rome, si nécessaire à leur pacifique indolence. Sous la protection romaine , Capoue arriva au plus haut degré de prospérité , et sa renommée s'étendit au loin. Mais l'orgueil de ses habitants ne put résister à l'idée de voir leur patrie devenir, grâce aux succès d'Annibal, la capitale de l'Italie. Ils firent donc alliance, après de longues négociations , avec le grand capitaine carthaginois, et cette alliance fut fatale aux deux partis : les troupes carthaginoises, énervées par le séjour de Capoue, devinrent incapables de supporter encore les travaux qui leur avaient valu la victoire, et Capoue se vit plus lard assiégée par une armée romaine. Annibal , déjoué dans tous ses efforts pour opérer une diversion en faveur de ses malheureux alliés, fut obligé de les abandonner à leur destin , et il leur fallut ouvrir leurs portes à un ennemi irrité et , comme l'événement le prouva trop, sans pitié ni merci. Ceux des sénateurs qui n'avaient pas, par une mort volontaire, prévenu la sentence du général romain périrent sous la hache du licteur; les citoyens , comme nous l'avons dit plus haut, furent réduits en esclavage ; les terres et les édifices publics furent déclarés propriété de l'État ; tous les privilèges , tous les droits dont jouissait Capoue furent abolis; sans sénat et sans magistrats, elle fut-reléguée parmi les municipes du dernier ordre ; les murailles même et les maisons d'habitation ne furent épargnées, au rapport de Tite-Live, que pour ne pas laisser sans bras pour les cultiver les meilleures terres de l'Italie (2).

Tel fut l'état dans lequel la cité naguère si riche et si florissante resta pendant un siècle et demi. An bout de ce temps , Je sénat romain ou plutôt Jules César, pour la récompenser de la fidélité qu'elle avait montrée pendant la guerre Sociale , lui rendit quelque importance en l'élevant au rang de colonie romaine (3). Nous voyons que Capoue reçut encore d'Auguste de nouvelles marques de faveur (4) , et au temps de Strabon elle paraît avoir reconquis une grandeur et une magnificence égale à celle qu'elle avait eue jadis (5). C'est sous Néron qu'elle parvintàl'apo-

(1) Polyb., I, 7.

(D l.iv., XXVI , ni, 3*. - Clc, Orat. d* Le a- Agrar., II.

(3) <:««., rirll., Civ. I, 1*. - Vell. Piterc, H, U. — Front.. lté Col.

<*) Appian . Civ. Dell., IV, 3. - Dlo Cass., XUX. l*) Strab., V, «w,

gée de cette renaissance qu'elle devait à l'empire (1); mais les inscriptions nous apprennent qu'elle continua à fleurir jusqu'à une époque avancée de l'empire romain. Elle hoit par tomber, comme Rome elle-même, sous les attaques répétées des barbares dévastateurs, des Goths, des Vandales et des Lombards.

D'après les ruines encore apparentes de cette cité célèbre, les antiquaires ont été conduits à estimer sa circonférence à environ cinq ou six milles, et sa population à 300,000 habitants : si l'on considère que l'amphithéâtre pouvait contenir 100,000 spectateurs, et que le nombre des gladiateurs qu'on y entretenait s'élevait à 40,000 (2), cette estimation ue paraîtra nullement exagérée. La ville antique avait sept portes, par lesquelles autant de voies se dirigeaient vers les différentes parties de la Campanie et de l'Italie. Ses deux principaux quartiers se nommaient Seplasia et Albana : le premier parait avoir été spécialement affecté, dans cette luxueuse cité, aux par fu meu rs et au x vendeu rs de cosmétiques (3). Capoue est aujourd'hui une ville forte, mais mal bâtie, siège d'un archevêché et peuplée de 9,000 habitants. Elle a été prise par les Français à deux reprises, en 1799 et en 1806.

Les autres villes de la Campanie étaient, en suivant d'abord les côtes et en péuélrant ensuite dans l'intérieur des terres : Vulfurmtm (aujourd'hui Castel di Volturno); — Liternum, où Scipion établit son exil volontaire, et où il voulut rendre à la terre ses os, qu'il refusailà son ingrate patrie; — Cumes, célébrée par Virgile; — Mtsène, bâtie sur le promontoire où Énée avait enterré son pilote, et qui devint plus tard une des premières stations maritimes de l'empire romain; — BaulifOÙ l'orateur Hortensius avait une célèbre villa ; — Baies , où les riches Romains allaient se livrer an plaisir, et dont une honnête femme ne pouvait respirer l'air, disaient les anciens, sans flétrir sa réputation; — Puteoli ( Pozzuoli., Pouzzoles ) , colonie grecque, qui dans l'origine s'appelait Dicœarchia, près de laqflelle était située une des villas de Cicéron , et où l'on voit encore les vestiges du pont gigantesque que Caligula fit construire pour traverser la baie ; — IS'eapolis (Xapoli, Naples), fondée par Hercule, et qui est aujourd'hui la capitale du royaume des Deux-Siciles; — /ferculanum et Pompeii, qui périrent tontes deux sous la lave on les cendres du Vésuve; — Relina, couchée au pied du volcan, qui la menaçait toujours d'une destruction pareille; — Stables (Castellamar? di Stabia ) , ruinée par Sylla pendant les guer-

(I) Tac, Afin., XIII . Si. - PHd., XIV, 6.

(S) rlfi., Ad Alt., vu, H.

(8) Fest. s. v. Seplat. — Clc, Orat. deUç. Açrar., Il ; Orat. in fit, - Val. Max. IX. J,

eoi CAM

its civiles , engloutie par l'éruption de 79 ;

— Taurania , dont il ne restait déjà plus rien au temps de Pline ( I ) ; — Surrenlum , que les poètes modernes ont chantée, sous le nom de Sorrente, comme le berceau du Tasse; — Suessa Auruncorum ( Sessa ), devenue la capitale des Auronccs après la destruction de l'antique Aurunca ; — Teanum , inférieure, selon Strabon (2) , à Capoue seule parmi les Tilles campaniennes ; — Vena/rum ( Venafri }, sur le bord du Vullume ; — Cales, dont le territoire était séparé de celui de Teanum par deux célèbres temples dédiés à la Fortune ( 3) ;

— Urbana; — Forum Popilii, dans le voisinage duquel se voyaient les restes d'une trèsancienne ville d'origine pélasgique, appelée Larissa (4) ; — Casilinum, célèbre dans l'histoire par la résistance désespérée qu'elle opposa à Annibal après la bataille de Cannes;

— Caulum (Caulo), où se récollait un vin renommé, dont Pline fait mention (5) ; — Calatia, ou Galatia, ville ancienne, qu'il ne faut pas confondre avec une autre ville du même nom, situéedans le Latium, et qui a souvent joué un rôle dans l'histoire romaine (6) ;

— Suessuia ( Sessola), dont le nom se trouve aussi fréquemment dans les historiens à Tépoque de la guerre de Rome avec les Samnites, et pendant la seconde guerre punique (7) ; — Atelta, ville fondée par les Osques, à laquelle il faut rapporter l'origine et le nom de ces farces appelées fables aicllanes, et si prisées des Romains ; — Acerrx , qui jouissait des droits de cité romaine (8);

— Nota, une des plus anciennes et des plus importantes cités de la Campanie : Auguste y mourut, dans la chambre même où son père Octave avait rendu le dernier soupir (9) ; —Abella;—Nuceria (Nocera dei Pagani),au nom de laquelle on joignait communément la dénomination d'Alfalema, pour la distinguer de plusieurs autres villes appelées de même Nnceria (10) ; — Marina, fondée par les Toscans et occupée ensuite par les San mites (il);

— Falerne, qu'on dit avoir été bâtie par les Romains pour servir de rempart contre les Picentins;— Picentia, jadis la capitale du Picenum (12); — Eburi, dont le nom moderne est Eboli ; — cl enfin Cosa, qui , d'après un

(i) Plln , m, s.

(S) V , S37 , el M8.

(S) .Strab , V. «8.

(4) Dion. Haï., I, SI. -Plln., III, S.

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