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héroïque de la Grèce. Faot-H voir en eux , avec l'abbé Bannier, Visconli, O. Muller, el bien d'autres, l'expresion poétique des anciennes tribus pélagiques de la Thessalie ayant dompté le cheval sauvage et poursuivant, à l'aide de ce noble compagnon du chasseur ou du guerrier, les buffles dans le fond des forêts? on aurait alors l'étymologie toute naturelle du mot centaure formé de xsvtéco et TotOpo; , les tueurs de taureaux (l). Faut-il reconnaître en eux, au contraire, une création symbolique et mythique? Si l'on se rappelle que le cheval chez les anciens est consacré & Neptune et considéré comme un des symboles humides, on suppo* sera avec M. Creuzer, avec M. Wclcker, avec M. Schwenck, que les centaures ont été la personnification de quelques-uns des phénomènes atmosphériques ou météorologiques qui frappaient l'imagination des peuples de la Grèce à Penfancede leurcivilisation; soit qu'ils figurassent les flots déchaînés, ou les orages, ou les pluies diluviennes s'échappa» t du sein des nuages : car une tradition les faisait naître deNéphelè on la nue prise par Ixion pour Junon, dans les bras de laquelle il crut être heureux. Une autre tradition voisine, chantée par Pindare, fait naître de l'union d'Ixion avec la nue un monstre nommé Centaurus qui, retiré sur le mont Pélion, engendra avec les juments de Magnésie les hippocentaures, moitié hommes, moitié chevaux. Une troisième tradition leur donnait pour mère l'épouse même d'Ixion, Dia, et pour père Jupiter changé en cheval. Une quatrième les présentait comme fils de Pégase en même temps que d'Ixion. « Si l'on pèse ces différentes versions, dit M. Guigniaut dans ses notes sur les Religions de r Antiquité, si l'on saisit ces rapports manifestes avec les eaux et les vapeurs de l'air, on reconnaîtra que la lutte prolongée des tribus primitives de la Thessalie et de plusieurs autres provinces de la Grèce contre les éléments, pour soustraire à leurs ravages les terres propres à la culture et aux pâturages, est le fond de la plupart des combats où figurent les centaures en opposition avec les héros, fondateurs de la civilisation. Leurs influences, d'autres fois bienfaisantes, sont également symbolisées, et c'est pour cela que l'on voit ces mêmes centaures, domptés, porter tantôt le trident de Neptune, tantôt la corne d'abondance, et tirer le char de différents dieux , soumis qu'ils sont , désormais , aux maîtres et aux régulateurs de la nature. Dans la suite ces personnifications , originairement physiques, furent développées en un sens ou moral ou historique , et les centaures devinrent d'ordinaire l'image de la violence et de
(O Voy.Palxphatus, Ddncred. hirt., I, p.8 de l'èd, de Gale
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la brutalité sacrilège, qui ne respecte ni les lois ni les mœurs. Et, toutefois, de même que les nuages, gros de la tempête, ne ravagent pas seulement la terre, mais ouvrent son sein par les pluies, la fécondent et lui font produire les fleurs et les fruits, de même les centaures s'adoucissent, se civilisent, et, au lieu de combattre les héros , vont jusqu'à les former et président à leur éducation, témoin ce fameux Chiroo, « le plus Juste des centaures (1). »
Comme corps de nation les centaures apparaissent deux fois dans la fable, et deux fois vaincus ils tombent sons les coups des héros qu'ils ont osé affronter. D'abord, c'est aux noces de Pirithous, roi des Lapithes, avec Hippodamie. Excités par le vin et leurs passions brutales, les centaures tentent d'enlever la jeune épouse; mais les Lapithes, ayant à leur tête Pirithous et Thésée, son ami, repoussent l'agression de ces monstres. Les tables du festin sont renversées , le sang coule là où coulait le vin, les centaures sont vaincus, taillés en pièces, chassés de la Thessalie, et c'est dans les montagnes les plus abruptes de l'Arcadie que ceux d'entre eux qui ont échappé au carnage trouvent un refuge (2). Plus tard Hercule y vient poursuivre le sanglier d'Erymanthe. Il s'arrête chez le centaure Pholus, qui lui offre l'hospitalité et fait rôtir les viandes nécessaires à son repas. Hercule lui demande du vin; mais Pholus craint d'ouvrir un tonneau , présent de Racchns, dont la propriété lui est commune avec les autres centaures. Encouragé par le fils d'Alcmène, il se laisse cependant persuader d'apporter à son hôte la liqueur qu'il désire ; mais l'odeur attire à l'entrée de la caverne tous les autres centaures, qui attaquent le héros à coups de pierres. Il se saisit alors de son arc, et les perce de ses flèches, qui font des blessures incurables. Ceux qui ont pu éviter ses coups vont se cacher dans les cavernes du promontoire de Malée , et dès lors les centaures ne reparaissent plus qu'isolément dans les mythes de la Grèce (3).
Cet amour du vin qui les perdit, leur analogie avec les anciens satyres à queue de cheval , une des généalogies qu'on leur attribuait et d'après laquelle ils auraient été fils des Hyades, nourrices de Bacchns, toutes ces circonstances les rapprochaient du dieu de la vigne : aussi les a-t-on souvent représentés attelés à son char et figurant dans les pompes dionysiaques. Toutefois, dit M. Otto lahn, ce n'est pas seulement Dionysus qui les dompte, mais aussi Eros ou l'amour. Si Bacchus les
(1) Cf. Wclcker. Chiron der PMUriée, dans l'Ail- Rem., Schalzeitnng, mi. p. 786-791. — Galgnlaut, Religions de r Antiquité, t. S, p. 1080.
(S) Ovide. Netam., L. XI r. - Cf. Dlod., IV, 70. — Hor., <M.,I, 18. — Hom., Odyu.s XXI, Mi.
J (3) ApoUod., BU*., U,