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villes de Zobeïd et d'Arien avec leurs dépendances qui formèrent ensuite l'apanage rie Toglitekiu , autre fils d'Aîoub, et de ses descendants. En même temps, Saladin, en se conformant aux conseils de son père, employait toute la ruse de son esprit à s'attirer des partisans ayant de recourir à la révolte ouverte. Le vieux politique curde fut obligé cependant de restreindre l'ardeur de son fils. Un certain jour que celui-ci, pressé rie plus en plus par l'atabek de Syrie, avait rassemblé les émirs rie l'armée pour souder leurs dispositions, la discussion fut tranchée brusquement par Aïoub.
« Nour-ed-din est notre maître à tous, dit-il « eh s'adressant à son fils : s'il nous l'ordon- « nait demain , moi et ton oncle Schehab-ed- « din , nous serions les premiers à te couper « la tête pour la lui envoyer. » Saladin comprit le langage de son père et renouvela ses actes de soumission à l'atabek dans les termes les plus humbles : après quoi le vieillard l'ayant pris à part pour mieux lui expliquer sa leçon, termina par ces paroles. « Par Dieu, dit-il, si Nour-ed-din prétendait exiger de nous seulement une canne à sucre, je serais le premier à la lui disputer ; je la lui arracherais, ou j'y laisserais ma vie. » La dissimulation réussit presque toujours quand elle est accompagnée du pouvoir. L'atabek de Syrie, sans croire à la sincérité rie Saladin, se flatta d'être toujours à temps pour le déposer do gouvernement d'Égypte; et ainsi il ajourna celte mesure jusqu'à sa mort (t 174). Alors Saladin se trouva le plus puissant ou plutôt le seul puissant entre les cbefs musulmans d'Égypte et de Syrie, y compris les successeurs de Nour-ed-din. On s'aperçoit que la nouvelle dynastie était déjà fondée à cette époque; fondée, disons-nous, par l'épée de Schircou, le talent politique d'Aîoub et le génie de Saladin, qui réunit les qualités de l'un et de l'autre.
Un prétexte lui manquait encore pour se déclarer indépendant : ladiscorde qui régnait entre les princes de la maison de Zenguî , l'acharnement qu'ils mettaient à se déchirer les uns les autres en appelant quelquefois à leur secours les chrétiens, le lui fournit bientôt. Aussitôt il commence à parler hautement au nom de la religion; il flétrit tous ces petits chefs qui la trahissaient en vue de leurs intérêts privés; il marche contre MalekSaleh Ismaïl, fils unique de Nour-ed-din ; il s'empare de Damas, Émesse, Hama; et après avoir battu Seîf-el-islam, prince de Mossoul, qui accourait pour lui disputer sa proie, il règne sur la pins grande partie de la Syrie, comme sur PÉpypte. L'impuissant calife de Baghdad sanctionne son usurpation et lui accorde le titre de sultan. Plus tard (M 82) , Saladin occupa Alep et une partie de la Mésopotamie,
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tandis que Toghlekin, son frère, reprenait les conquêtes de Touran-schah dans le Yémen.
Enfin, s'élevant du rang d'usurpateur plus ou moins habile à celui rie héros d'un peuple, Saladin chercha sa véritable gloire dans les guerres qu'il lit aux chrétiens, dans la conquête du royaume de Jérusalem (1187-1188), dans la vaillante défense contre les forces de l'Europe catholique commandées par Conrad de Montferrat, Frédéric Barberousse, Philippe- Auguste, Richard Cœur rie Lion. Peudetemps après avoir signé avec celui-ci le traité qui ouvrit Jérusalem aux pèlerins chrétiens et en assura la possession aux musulmans, Saladin mourutà Damas en 1 193. 11 avait soumis à son gouvernement , directement ou indirectement, tous les pays musulmans depuis Tripoli d'Afrique jusqu'aux bords du Tigre, et depuis l'extrémité méridionale de la péninsule arabique jusqu'aux montagnes de l'Arménie. Le petit État du calife de Baghdad se trouvait enclavé dans cet empire à peu près comme celui du pape dans les royaumes de Charles-Quint; mais les successeurs dégénérés de Haroun-eURaschid ne pouvaient pas prétendre à la puissance morale qu'exerça la cour de Rome même dans ses plus mauvais jours. On pourrait faire d'autres rapprochements plus positifs entre le système politique de Saladin et celui des empereurs d'Allemagne, nus d'Italie. De même que plusieurs de ces monarques , Saladin se servit de l'autorité ponlilicale comme d'un allié fort utile , et il établit de fait dans ses États le principe fondamental des États chrétiens, la division des pouvoirs temporel et spirituel , qui est impossible en droit chez les musulmans.
L'organisation militaire du règne de Saladin porte une ressemblance encore plus frappante avec le système féodal de l'Europe. On trouve bien avant lui, surtout dans les États occupés par les Turks, la formule générale de la féodalité, une armée d'occupation case niée dans toute l'étendue du pays qu'elle exploite au moyen des indigènes; mais c'est sous Saladin que nous voyons des détails analogues à ceux du système européen : de véritables grands vassaux de la couronne, des fiefs et des arrière-fiefs dont les mouvances s'entrelacent . quelquefois de manière que le seigneur d'une province est le vassal de son propre vassal pour un autre, et partout le service militaire et l'hommage, dont les termes ne sont qu'une paraphrase du serment en usage chez nous. En effet, il parait impossible que l'exemple du royaume de Jérusalem, type classique de la féodalité européenne, n'eût pas frappé l'esprit de Saladin ; et nous avons toutes raisons de croire que, s'il ne se lit pas armer chevalier, comme le dit un auteur latin, il donna lieu à cette nouvelle par ses dispositions bien
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connues à imiter les usages des chrétiens.
Depuis les temps de l'empire romain, l'Orient et l'Occident ne s'étaient jamais rapprochés comme à l'époque de Saladin !
Pressentant peut-être la dissolution d'une puissance qui tenait seulement à sa personue, le monarque aïoubilo avait partagé de sou vivant même ses États parmi ses enfants. Mais Malek-Adel, frère de Saladin, profita de l'incapacité et des divisions de ses neveux pour les dépouiller de l'héritage paternel. Ainsi il se forma plusieurs principautés aïoubites tantôt réunies par un lien féodal, tantôt indépendantes et toujours jalouses l'une de l'autre, dont la plus importante fut toujours l'Égypte. Sur le trône des Pharaons et des Ptolomées , Malek-Adel et après lui son fils Malek-Kamel soutinrent encore la gloire militaire de leur race. Mais au bout d'un demi-siècle, les Aïoubites d'Egypte étaient complètement dégénérés. Leur soldats esclaves, les mamlouks, enrôlés pour contrebalancer les milices féodales, devinrent à leur tour les maîtres du pays.
Enfin ils assassinèrent lâchement l'avant-dernier sultan de la race de Saladin (1250), chassèrent le dernier et mirent à sa place un de leurschefs(1254). Au bout de quelques années (1258-1260), Holakou, le petit-fils de Gengiskhan, envahissait la Mésopotamie et la Syrie : les principautés aïoubites de ces régions pé« rissaient avec le califat de Baghdad dans l'inondation des barbares mongols. Après la victoire remportée sur ces derniers par les mamlouks d'Êgypte, la Syrie, délivrée des Mongols, obéit encore une fois aux sultans mamlouks qui, par un respect bien tardif envers la mémoire de Saladin, laissèrent le fief de Hama aux descendants d'un de ses frères.
Nous voyons paraître dans cette branche la dernière illustration de la famille aïoubite, le fameux Aboulféda, géographe et historien. Une autre branche descendue de Tonran-schah, sultan d'Êgypte, possédait du temps d'AbouIféda la ville de Hisn Kaïfa sur les bords du Tigre; mais celte famille n'est connue que par un voyage au Caire du prince Nodjin-ed-din, en 1325, et par le crime d'un frère de Nedjuved«din, qui le tua à son retour pour usurper la couronne.
Telles furent les vicissitudes principales delà dynastie aïoubite. Voici maintenant la série des princesdecesdiiïérentesbranches,que nous distinguerons d'après les pays éclius en partage à chaque branche , et en commençant les généalogies secondaires après la mort de Saladin , quoique plusieurs fiefs eussent été concédés du vivant même du sultan.
Sultans d'Êgypte.
Saladin 1174 à 1193
Malek-Azir-Othman, son fils, mort en 1 198 Malek-Mançour, Mohammed, lils du précédent, déposé en 1200
Malek-Adel, Abou-Bekr, Mohammed, frère de Saladin, mort en
Malek-Kamel , Abou'1-Fath , Mohammed, fils de Malek-Adel, mort en
Malek-Adel, fils du précédent, déposé en
Malek-Saleh, Aloub, autre fils de Malek- Kamel , mort en
Malek-Moazam, Touran-Scbah , fils de Malek-Saleh, assassiné par les mamlouks en
Schedjr Ed-Dorr (l'arbre aux perles), veuve de Malek-Saleh , règne pendant six mois.
Malek-Aschraf Mousa, Ibn-Yousouf, prince titulaire du Yémen, règne nominalement aussi en Egypte, et il est déposé en 0 1254