‹ Encyclopédie moderneChapitre 24 sur 308 · AI0UB1TES · texte numérisé non relu

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life. Saladin avait été presque forcé par Noured-din à faire Ja campagne d'Egypte ;il avouait par la suite qu'à cette époque il ne rêvait nullement sa future grandeur. Tar une hésitation qu'on peut croire moins sincère, il se fit prier longtemps a vantd'accepter le vïzirat ; « comme ces êtres, remarque ici un auteur arabe, qu'il faut tirer avec des chaînes pour les faire entrer au paradis (I).» Enfin il accepta : il reçut aveesa uouvelle dignité le titre de Malek naçir ( roi protecteur), car les califes octroyaient le titre de roi comme les empereurs romains celui de César ; et Adhed lui donna de sa main, en signe àHnvesliture, le turban blanc et or, les robes somptueuses, le collier de bijoux, le sabre d'honneur et un cheval alezan tiré des écuries du palais fatimite. Nour-ed-din, qui déjà regardait avec inquiétude l'élévation de Schircou à une place où H était devenu à moitié son général et à moitié le lieutenant du pontife souverain et schismatique de l'Égypte , subit plutôt qu'il n'accepta l'élection de Saladin. Quoique celui-ci n'eût pas épargné les assurances de la plus humble soumission en se nommant dans ses dépêches le mamlouk ( esclave vendu ) de l'a tabek de Syrie, Nour-ed-din affecta d'adresser les siennes « à l'émir Salah-ed-din et au corps des émirs de l'armée de Syrie. » C'était un acte de défiance et une demi-mesure, qui ne lui conciliaient certainement pus le respect du futur conquérant.

En face des obstacles qui s'opposaient de tous côtés à son ambition , Saladin adopta un plan de conduite aussi prudent que résolu pour se rendre le maître de l'Égypte en dépit du calife, de Nour-ed-din et des chefs de l'armée. A peine proclamé vizir, ce jeune homme , à qui ne déplaisaient ni le vin ni les femmes , renonce à ses habitudes et s'impose une abstinence rigoureuse des jouissances de ce monde , une stricte observance des pratiques extérieures comme des principes moraux de l'islamisme, en un mot, une vie de puritanisme musulman qui le fit passer pour un saint chez ses coreligionnaires. Par quelques actions d'éclat contre les ennemis de la foi , il excite l'enthousiasme des masses et s'entoure d'une auréole de gloire militaire. Il saisit l'occasion d'une émeute au Caire pour déblayer le pays des partisans les plus remuants de l'ancien régime, en faisant massacrer plusieurs milliers de nègres attachés à la cour ou à l'armée du calife : exemple terrible qui refroidit singulièrement le zèle des partisans de la dynastie des Fatimites. D'autre part, Saladin prodiguait à ses soldats en donatifs, et à la populace en aumônes, les trésors amassés par son oncle Schircou. Il fit

(l)nclnaud, op. cit., p 138

venir de Syrie son père et ses autres parents pour s'entourer de leur dévouement et soustraire des otages à Nour-ed-din , dont il caressait les penchants religieux , en lui écrivant qu'il voulait imiter en tout son homonyme Yousouf ( le Joseph de l'Ancien Testament) , vizir comme lui des monarques de l'Égypte. Après avoir affermi ainsi pendant trois ans les bases de sa puissance , Saladin se décida, en 1172 , à monter la première marche du trône , en se faisant aider de Nour-ed-din lui-même. Cédant aux sollicitation de ce prince sincèrement pieux, Sa* ladin arracha l'Égypte à l'hérésie des Fatimites. II profita , dit-on, de la maladie mortelle de son bienfaiteur Adhed pour faire supprimer le nom de celui-ci dans les prières publiques et y substituer l'invocation pour les califes abbassides, et on ajoute qu'Adhed mourut quelques jours après, ignorant ce changement de formule qui contenait sa déposition , la fin de sa dynastie et une révolution réligieuse. D'autres , avec plus de vraisemblance, assurent que la maladie mortelle d'Adhed ne fut que l'ambition de Saladin et la lâcheté ou l'indifférence avec laquelle les Égyptiens acceptèrent le changement de la prière. Guillaume, archevêque de Tyr, écrivain très-grave, comme ou sait, va jusqu'à accuser Saladin d'avoir tué lui-même l'infortuné Adhed. Quant aux enfants de celui-ci, Saladin les épargna, mais il s'assura de leurs personnes et il ajouta, dit-on, aux rigueurs de la captivité celles d'un célibat forcé. La dynastie fatimite s'éteignit avec eux.

L'attentat coutre Adhed, horrible aux yeux des uns et méritoire à ceux des autres', fut suivi de rudes secousses : conspiration au Caire dans laquelle trempèrent des émirs de Saladin; soulèvement dans la haute Égyple; attaque d'Alexandrie par Guillaume le Bon de Sicile après la découverte du complot et le supplice des conjurés, avec lesquels il s'était mis d'accord ainsi que le roi de Jérusalem. Mais la vigilance et l'énergie du fils d'Aïoub triomphèrent de tous ses ennemis. La mort le délivra presque en même temps du plus redoutable de tous, Nour-ed-din, qui, après avoir ménagé longtemps son puissant vassal, se décidait déjà à aller l'attaquer en Egypte. Saladin, qui devait s'attendre à cette lutte, avait poussé ses précautions jusqu'à s'assurer une retraite et une nouvelle base d'opérations en cas de défaite, comme le dit explicitement Aboulféda (I). D'après cet écrivain, il avait conçu d'abord le projet d'une invasion dans la Nubie; mais ensuite il préféra se tourner du côté de l'Arabie. Dès 1173, son frère Touranschah, suivi par une armée égyptienne, prit les

il) Abulfcda, Annales, t. IV, ad. ann. m.

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