CERBÈRE
cule amena le chien des enfers. Tout le reste, selon lui, est de l'invention des poètes posté* rieurs, qui ont bâti toutes leurs (abtes sur ces quelques mots détournés de leur vrai sens (1). Plusieurs bas-reliefs ou peintures de vases nous offrent Cerbère sous sa triple forme. Un vase trouvé à Canino le représente à deux têtes arec une queue de serpent (2), et une coupe de Vulci nous le montre avec une seule tête. C'est une particularité, dit M. de Witte en faisant la description de ce monument , qui ne doit pas étonner si Ton se souvient que, dans les nombreuses compositions relatives au combat d'Hercule contre Géryon, le chien Orthrus a tantôt deux têtes et tantôt une seule (3). N. des V.
céré. ( Géographie et Histoire. ) Cxre , appelée dans l'origine Agylla, fut une des plus anciennes villes de l'Italie centrale. Soit qu'on attribue sa fondation aux Sicules, soit qu'on la regarde , aiosi que l'ont cru plus communément les historiens grecs et latins, comme une fondation des Pélasges et des Aborigènes, il est certain que son existence remonte à plus de treize siècles avant l'ère vulgaire. Le nom primitif d'Agylla se trouve mentionné par plusieurs auteurs. Denys d'Halicarnasse dit que les Pélasges nommaient ainsi la ville de Céré , qui changea de nom en passant aux mains des étrangers (4); Pline (5), que Céré était nommée Agylla par les Pélasges qui l'avaient bâtie; Stra* bon (6), que, les Tyrrhéniens étant venus assiéger Agylla , et ayant demandé le nom de la ville, un des habitants, Pélasge, qui ne comprenait pas la langue qu'on lui parlait, répondit à la question en saluant les étrangers du mot Xaïpc , qui signifie bonjour. Les Tyrrhéniens accueillirent ce mot comme un augure, et, après avoir pris la ville, ils la nommèrent Caere. Servius , le commentateur de Virgile (7), rapporte, sur la foi d'Hygin (8), une anecdote étymologique du même genre :
selon lui, ce furent les Romains qui, ayant fait une incursion en Élrurie , demandèrent le nom de la ville d'Agylla , et reçurent pour réponse le salut grec Xaîps; ils supposèrent, dans leur ignorance , que ce mot était la réponse à leur question, et, depuis ils appelèrent toujours Agylla Caere. Enfin Étienne de Byzance (9) s'accorde avec le récit de Strabon.
Agylla avait été fondée quatre-vingts ans avant la prise de Troie , c'est-à-dire 1360 ans
(1) Pros* t II, p. Ut ; éd. Clavier.
(S) BulUt. deW lniU Arek., tSW, li*.
(5) Voy. M. de Wttte dans le Bulletin de Vins t. Archet*., mt, 80.
(4) I,M;UI t tt.
(6) PUn.,III.T,t.
HJ in Jin., vin, rrr.
(S) De VrbibuM Italix.
W S. v t 'AITAAA.
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avant l'ère vulgaire, selon les calculs de Petit Radel (1). Elle n'existait donc pas depuis très-longtemps lorsque les Tyrrhéniens ou \ea Étrusques s'en emparèrent ; car aussitôt aprèJ» la prise de Troie, nous voyons qu'elle avait pour roi Mézence , et que c'était une cité opu» lente parmi celles de la riche confédération étrusque. Mézence prit les armes pour la cause de Turnus et des Rutules contre Énée, et, après la mort du fils d'Anchise la paix fut conclue entre les Rutules cl les Céiites -. cet événement eut lieu en 1276 avant Jésus- Christ, c'est-à-dire quatre-vingt-quatre ans après la fondation de la ville qui nous occupe. Six cent quatre-vingt-six années s'écoulent ensuite, sans qu'il soit fait aucune mention de Céré; mais en 590 les Cériles eurent à soutenir, contre Tarquin l'Ancien, uue guerre dans laquelle ils fuient vaincus, et qui se termina par un traité d'alliance (2). A la mort de Tarquin, toute l'JÊtrurie se crut libre, et les Cérites formèrent, avec les Véïens et les habitants de Tarquinies, une ligue dans laquelle entrèrent aussi les neuf autres lucomonies de l'Étrurie. Après vingt ans de guerre, les douze cantons confédérés furent obligés de se déclarer vaincus et de reconnaître la suprématie des Romains (3).
Les trois villes qui avaient poussé les autres à la guerre en furent punies par la perte de leur territoire. Dans les dernières années du règne de Servius, vers l'an 536, la peste ravagea Céré, dont les habitants envoyèrent consulter l'oracle de Delphes : l'oracle leur ordonna d'instituer des jeux, dont parle Hérodote (4). Cest peut-être à celte époque qu'ils dédiérenl à Delphes le trésor votif dit des Agylléens (5).
Tarquin le Superbe, chassé de Rome, se retira d'abord à Céré (6), dont les habitants, selon toute probabilité, prirent les armes en sa faveur, lis furent certainement compris dans la paix conclue entre Porsenna et (a république romaine, dont il se montrèrent, dès lors, les amis constants et les fidèles alliés. Quand les Gaulois s'emparèrent de Rome, c'est à Céré que se retirèrent les vestales, les flaminea et tous les pontifes, emportant avec eux les objets sacrés (7). Les Romains se montrèrent reconnaissants de cette hospitalité, accordée aux ministres de leur y religion : le second article du fameux sénatus consulte promulgué après le départ des Gaulois portait que les Cérites jouiraient de l'hospitalité publique. En outre, on leur accorda
(1) Examen analytique, p. m.
(1) DiOD.j III, M,»
(8) Won., IV, il.
(S) Strab., V, n, s.
. (6) TU. Ll»., I. 69.
n) Huratorl, liucr., p. OXXII, n. 4.
St.
une espèce de droit de cité , mais sans suffrage» et de là furent appelées tabula Cœriles les listes sur lesquelles les censeurs inscrivaient les citoyens dégradés et privés du droit de voter dans les assemblées publiques (1).
(Voyez Cens.) Straboo, indigné qu'on eût si strictement mesuré aux Cérites un peu de* liberté, taxe d'ingratitude la reconnaissance des Romains, en ajoutant que les habitants de Céré avaient assailli les Gaulois qui se retiraient, et leur avaient repris le butin qu'ils emportaient de Rome.
Trente-cinq ans après l'invasion gauloise, les Cérites se laissèrent persuader par les habitants de Tarquinies d'entrer avec eux dans une ligue formée contre les Romains; mais ils s'en repentirent bientôt, et envoyèrent à Rome des ambassadeurs qui plaidèrent si bien leur cause devant le peuple, qu'ils obtinrent une trêve de cent ans (2). Pendant la seconde guerre punique, Céré fournit à la flotte de Scipion du blé et toutes sortes de provisions (3).
Depuis cette époque (549 avant Jésus- Christ), celte ville ne figure plus que comme cité dépendante de Rome : elle fut rangée parmi celles qui devaient, au titre de leur principal magistrat, le nom de préfecture. Elle s'acquit une grande réputation, en s'abstenanl, malgré la puissance maritime que lui donnaient son port et son arsenal , situés à Pyrgé, de prendre part aux actes de piraterie que commettaient communément les autres villes de PÉtrurie maritime.
Dans les dernières années d'Auguste et les premières de Tibère , cette ville, autrefois si importante, conservait à peine quelques vestiges de son ancienne splendeur. Mais alors elle participa à la prospérité que firent renaître l'avènement de l'empire et la fin des guerres civiles ; de telle sorte que les monuments épigraphiques nous la montrent de plus en plus florissante jusqu'au temps de Trajan. Sous ce prince elle était devenue municipe, de préfecture qu'elle était auparavant; elle avait des magistrats nombreux, de beaux monuments, tels que les temples de Mars et de César, la basilique Sulpicienne, la curie, et ce qu'où appelait le Phetrium (4).
Malgré les désastres qui accompagnèrent la chute de l'empire d'Occident , Céré conserva une population suffisante, et échappa à la destruction , grâce à cette circonstance qu'elle ne se trouvait pas située sur la voie aurélienne, dont elle était voisine , ni sur la côte où elle avait un port. Elle conserva pendant plusieurs siècles ses évéques particuliers. Mais au on-
(t) Aul. GeU., Noet. Att., XVI, 1S. - Hor., Bpitt. i.vi, es.
(S)TltUv., VH. tO.'
W m Liv., xxviii, ta.
(*) C'était un monument consacré aux Cérémonies
zième siècle commença pour elle une décadence si rapide qu'elle était complète au treizième, et qu'une partie de la population quitta alors la ville, tombant en ruine, pour aller s'établir sur une colline voisine, à laquelle on donna le nom de Cstre novum; l'ancienne ville fut nommée Cxre vêtus, et de là l'origiue du nom qu'elle porte à présent , Cerveteri. Ce changement était déjà arrivé en l'an 1236.
Cerveteri, comme le prouvent des documents certains , appartenait , à la fin du treizième siècle, à la famille de Venturini. En 1470, cette ville passa sous la dépendance immédiate du saint-siége, puis des ventes successives en donnèrent la propriété à Barthélémy de la Rovère, à Francesco Cibo (1487), à Vîrginio Orsini (1492), et enfin au marquis de Ruspoli (1674), dont la famille la possède encore.
Virgile (l) a décrit Caere comme une ville située sur le sommet d'un rocher, et c'est en effet sur l'extrême pointe méridionale d'une longue colline de tuf, taillée à pic de presque tous les côtés , et accessible seulement dans sa partie septentrionale , que s'élève aujourd'hui Cerveteri. Un mur bâti au moyen âge entoure la ville ; il a emprunté ses matériaux aux antiques murailles, construites par les Pelages, de gros blocs tétraèdres irréguliers, et dont on voit encore des vestiges. Mais ce qui rend ce lieu vraiment curieux pour l'antiquaire , ce sont ses grottes sépulcrales taillées dans le roc. Ces tombeaux se composent soit d'une seule chambre, soit de deux , soit de trois , différentes de grandeur, mais pareilles de forme et d'aspect. On y arrive par des degrés coupés dans le roc vif, et tont autour sont des lits également taillés dans la pierre : c'était sur ces lits que reposaient les cadavres. On a fait dans ces chambres souterraines, et partout dans les environs de Cerveteri , de curieuses trouvailles. En 1829, on a trouvé, près de l'enceinte antique, un très-grand nombre de bras, de jambes, de têtes ; le tout en terre cuite , et ayant serri sans doute d'offrandes votives. On y a trouvé aussi une quantité considérable de statuettes en terre noire, réprésentant une déesse à quatre ailes , qui était sans doute la divinité à laquelle s'adressaient ces offrandes, et peut-être la déesse Cupra, adorée cher les Étrusques, les Sabios et les Picentins. Kn 1S36, de riches découvertes ont été faites dans un sépulcre à trois chambres ; dans la première étaient des vases et d'autres objets en terre cuite; dans la seconde, des ustensiles de bronze; enfin, dans la troisième, où était le corps , on trouva sur ou lit de bronze une tunique Ussue en or, une espèce de pectoral du même métal , des chaînes, àec
II) JE»., VIII, M8 ssq.