CERBÈRE
la vénalité n'eurent pas envahi l'obtention des grades, cette hiérarchie qui existait entre tous les officiers de la légion était une échelle qu'on ne gravissait que degré à degré : la nomination d'un nouveau centurion, venant occuper nécessairement la dernière place, poussait en avant tous ses prédécesseurs, et dans ce mouvement ascensionnel, l'ancien»
neté était ta règle : l'avancement au choix , accordé comme récompense, était l'exception.
Les centurions avaient pour signe distincte un cep de vigne (1), terminé par une espèce de petite masse taillée dans la souche même du sarment (2). Cet insigne leur servait aussi d'instrument de correction. Leur costume n'offrait d'ailleurs que peu de différence avec celui des simples soldats. Ils avaient une cuirasse, un bouclier, et un casque dont le cimier argenté portait des lettres indiquant le grade et le rang du centurion (3).
Ces officiers étaient chargés de fonctions nombreuses, tenant au complet l'effectif de leurs centuries, maintenant la discipline (4), surveillant le service, ayant dans leurs attributions une foule de détails qui exigeaient une vigilance active et incessante. Ils avaient pour les aider deux lieutenants ou sous-centurions (6), appelés optiones, du verbe optare, choisir, parce qu'originairement ils étaient à leur choix. Plus tard, la nomination de ces officiers inférieurs appartint aux tribuns (6). Pendant un certain temps aussi, les centurions eurent le droit de choisir deux enseignes ou porte-étendards (7). A mesure que la corruption leur enleva ces privilèges, ils cherchèrent des dédommagements dans la corruption même, et à leur paie ordinaire les centurions ajoutèrent certains droits lucratifs, tels que les congés et les exemptions de service qu'ils Tendaient aux soldats. C'était un moyen de rentrer dans leurs avances lorsque l'armée romaine étant, comme l'empire lui-même, mise aux enchères, on n'obtenait un grade qu'à prix d'argent (8).
CERBERE. (Mythologie.) Le chien à la triple tête qui gardait les enfers était, selon Hésiode (9), fils de Typhon et d'Échidna.
Homère plaçait déjà dans l'Érèbe un chien vigilant, mais sans lui donner de nom, et sans eu décrire l'aspect terrible (10). Hésiode
(i) Ov., ArtAvu, lit , m. - juv., Sat XIV, 19S.
- Tac, Ann., 1,13. — Nln., XIV, l. - Lacan., VI, 146.
— Plut., Calb., w ; etc.
. (t) Jqt., SaU VIII, 147. - Apul., Metatn., IX t (S) VegeL, II, 1*, 16.
; (4) Tac, Ann., 1, 13. — Seoec, De Ir., I, 16.
(S) TU. Ut., VIII, 8.
t (6> Varr., De L* L., V, ( 91. — Fest , s. v. Optio.
(7) TIU Llv., V, 8 ; XXXV, 5. - Tac, Ann., II, 81 , Ht$t., I, 41 ; III, 17. - Cic, De Div., I, 77.
(S) Dlo., LU, 18.
(S) Theoç., su.
(WJ //., VIII, Ut ; 04., XI, SU.
fut le premier qui en Iraça un portrait effrayant : il lui attribua une voix formidable et l'appela TtevTTixovTaxàprjvoç, c'est-à-dire gui a cinquante têtes. Plus tard, ce nom fut remplacé par celui de Tpto-w|xato;, TpixipTjvo;, gui a trois corps, gui a trois têtes (I), chei les auteurs latins triceps ou tri/aux (2) Enfin, quoique cette triple forme ait prévalu chez les poètes et soit devenue la figure sous laquelle il nous peignent le plus souvent Cerbère (3), on le trouve encore désigné par le nom de chien à cent têtes, centiceps, ixa- Tovraxiprivoc (4). Sa demeure était placée à l'embouchure de l'Achéron (5) , ou pins fréquemment , à l'entrée de l'Orcus ou du Tartare : là , il laissait passer sans aucune opposition les flmes qui entraient an séjour infernal; mais il leur interdisait le retour, et les écartait par ses redoutables aboiements (6).
De là vient que les poètes l'appellent portier de l'enfer, janitor Orci, wuXwpoç "A«ou (7), et qu'ils donnent à l'entrée du Tartarê le nom de Cerbereœ porta (8). Malgré la férocité du monstre et son inflexible rigueur, des dieux, des mortels parvinrent à calmer ses fureurs et à tromper sa vigilance. Mercure l'apaisa avec son caducée, Orphée le rendit pour lui Inoffensif et le charma par les doux sons de sa lyre ; Déiphobe , le guide d'Énée, lui jeta un gâteau que la sibylle avait pétri de miel mêlé au suc du pavot ; enfin Hercule le combattit corps à corps, l'enchatna, et l'amena sur la terre. Cerbère, dont la triple gueule distillait un poison plus subtil que celui des vipères , répandit alors son venin sur les herbes qui couvraient le sol, et ces herbes, désormais mortelles, servirent aux magiciennes pour accomplir leurs sortilèges et leurs incantations. Quelques mythographes prétendent qu'Hercule accomplit cet exploit en Thrace, d'autres disent en Laconie , d'antres encore dans le Pont. Pausanias , qui se met à douter cette fois de la véracité des poètes , trouve plus vraisemblable l'hypothèse imaginée par Hécatëe de Milet : celui-ci place sur le Ténare un serpent monstrueux, qu'on nommait le chien des enfers, parce que son venin était si subtil, que ceux qu'il mordait mouraient sur-le-champ : Hercule le combattit et le conduisit à Kurysthée. Pausanias s'appuie, pour soutenir cette opinion, sur le silence d'Homère, qui dit seulement qu'Her-
(1) Barlp., Herc./ur., 14, 611.
(l) Vlrff., Ain., VI, 417.- OtW., Met, IV, 44».- Tiboll., III, IV, 88.
(8) Apollod., il, v, il.
(4) Hor., Od., II, xtu, 84.— Tcetz., in Lycophr — Cf. Eustath.,p. 617, 55. - Sen., Hetx./ur, 784.
i5) Apollod., I. c- Porop. Mel., I, 1».
(o) Tibull., I, m. 71. - Tzcti., /. c.
(7; Virg., Ain., VIII, 296. — SiL liai., III, «.-Brunei, Anal., III , p. 183.
(8) SUt., rAet> ,VIlI,if6.