‹ Encyclopédie moderneChapitre 279 sur 308 · C. Famin · texte numérisé non relu

C. Famin

chevaliers. (Antiquités romaines.) Les chevaliers romains , qui devaient former plus tard un ordre distinct dans l'État, ne furent dans l'origine qu'un corps de cavalerie , élite de l'armée et garde du corps du prince. De là leur nom équités. Lorsque Romulus, ainsi que nous l'apprend Tite-Live, eut divisé le peuple en trois tribus, il prit dans chacune cent jeunes gens, les plus distingués par leur naissance, leur fortune, leurs qualités personnelles, leur donna des armes, des chevaux, et leur confia la garde de sa personue. Ils étaient divisésen trois centuries, et, comme les trois tribus étaient celles des Rhamnenses, des Tatienses ou Tilienses et des Luceres, on appliqua à chaque centurie des chevaliers le nom de la tribu d'où elle était lirée. Le nom commun que reçurent d'abord les chevaliers fut celui de celeres ; cette appellation venait, soit de leur chef Fabius Celer (t). soit de leur agilité (2). Numa, prince pacifique, ne fit point de chevaliers; tout au contraire, il cassa \esceleres, si nous en croyons Plntarque. Mais Tullus Hostilius, ayant détruit la ville d'Albe, en incorpora les habitants dans son royaume, et ajouta trois cents Albains à la cavalerie romaine (3). Servius Tullius créa dix-huit centuries de chevaliers : il choisit douze nouvelle» centuries parmi les citoyens les plus distingués de l'État, et en forma six autres avec les trois que Romulus avait d'abord établies. On donna dix mille livres en

(1) Festus, s. v.

(S) Dion y s., Il, 13.

(3) Varr., De Ling. Lat., Uv. 1,80.

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monnaie de cuivre (1) à chacune d'elle pour I commença cette séparation complète en ren-

l'achat de ses chevaux » et la taxe imposée sur les veuves, qu'on exempta d'ailleurs de toute autre contribution , fut destinée à leur entrelien (2). Tels ont été les commencements de l'ordre équestre, qui semble jouer dans l'an* tiquité romaine le rôle de la bourgeoisie dans nos sociétés modernes et qui fut comme un lien intermédiaire entre la plèbe et les patriciens.

La double acception du mot équités a pu donner lieu à bien des méprises, et a rendu difficile de préciser l'époque à laquelle les chevaliers commencèrent à être regardés comme un ordre distinct. Ou pourrait croire, d'après Tite-Live (3), qu'elle a précédé l'expulsion des rois. Mais il est évident que , pendant bien longtemps, toutes les preuves de l'existence politique de cet ordre se bornent à certaines distinctions, telles, par exemple, que des places honorables dans le cirque, données aux chevaliers dès le règne de Tarquin l'Ancien. Toutefois, dans les continuelles discussions des patriciens et des plébéiens, on ne voit jamais l'ordre équestre former un troisième parti, ni s'associer même tout entier à l'un des deux autres. Lorsqu'on agite la question de savoir si des plébéiens pourront parvenir aux premières magistratures, on n'examine jamais si la qualité de chevalier suffit ou ne suffît pas pour y être admis. On peut peut-être en induire que la chevalerie, se recrutant également parmi les patriciens et les plébéiens, formée des meilleurs soldats de l'armée, regardée comme la pépinière du sénat, n'était pas une caste, mais un passage, une transition d'une caste à une autre. Quand d'ailleurs un plé béien qui s'était distingué à l'armée possédait une fortune suffisante, il pouvait être admis parmi les chevaliers , et de là il s'élevait bientôt au-dessus de la classe d'où il était parti. Les patriciens avaient tout intérêt à favoriser ce mouvement qui poussait vers eux l'élite de la classe inférieure , affaiblissant d'autant le parti plébéien, et apportant de nouvelles forces au parti aristocratique.

La constitution définitive de Tordre éqnestre en ordre politique fut le résultat de circonstances diverses, qui semblaient quelquefois contraires à la pensée première de leur création. Ainsi, la qualité de chevalier était dans l'origine inséparable du service militaire, et, depuis Servius Tullius, elle obligeait à faire au moins dix campagnes; puis, quand les chevaliers formèrent un ordre à part , ils cessèrent bientôt de fournir tout contingent au service militaire. Ce fut un magistrat du peuple, C. Gracchus, qui, pour mortifier le sénat,

(1) Environ 700 (*) Ttt Llv., I, w. -Pett, ». v. Equestre, Hordea-

(»)!,»; Il, 1.

dant les chevaliers dépositaires exclusifs ces fonctious judiciaires (1). Ces fonctions, remplies d'abord par l'ordre équestre avec un zèle et une intégrité dont les sénateurs avaient déshabitué les justiciables, lui assurèrent une considération et une consistance qu'il n'avait pas encore eues. Durant seize ans, il demeura seul en possession de cette importante partie des pouvoirs publics, et les sénateurs, qui depuis s'efforcèrent de l'en dépouiller ou de le partager avec lui, n'obtinrent que des succès éphémères ou contestés. La loi Servilia admit les sénateurs à faire partie des tribunaux, conjointement avec les chevaliers ; la loi Livia rendit le nombre des juges égal de part et d'autre; la loi Plaulia ( a. U. c 664) associa les plébéiens aux deux autres ordres; Sylla attribua de nouveau aux sénateurs le droit déjuger; enfin César rappela les chevaliers aui tribunaux.

De tout temps, les chevaliers, jouissant déjà nécessairement d'une certaine fortune, avaient cherché à l'augmenter par des opérations financières. Vers la fin de la république ils s'attachèrent plus que jamais à l'exploitation des deniers publics, et leur importance politique se rehaussa encore tant par ces nouvelles attributions que par l'opulence qui en résulta pour eux. Partagés en compagnies dont chacune avait son président, appelé magister societatis (2), les chevaliers se firent publicains ou fermiers généraux, et affermèrent les revenus de l'État. Après l'abolition de la taxe par tête ou capitatioo, qu'on avait payée jusqu'à la conquête de la Macédoine, et que fit supprimer l'immense butin rapporté par Paul-Emile, on distinguait encore trois grandes fermes : celle des dîmes, decumsc, à retirer des terres publiques ou conquises qui avaient été concédées, celle des droits à lever sur le bétail que les particuliers envoyaient dans les pacages de la république, genre d'impôt qu'on désignait par le mot soiptura, et enfin celle du porlorium on des droits À payer en raison des marchandises qui entraient dans les ports ou qui en sortaient. Le bail de chacune de ces fermes durait quatre ou cinq ans, et l'adjudication se faisait au plus offrant par les censeurs.

D'autres compagnies de chevaliers prenaient au rabais l'entreprise des fournitures publiques. Quelques inscriptions, où la qualification de nautx est jointe à celle d'equites, donnent lieu de croire que les chevaliers se livraient aussi à des entreprises de navigation. En général, ils ne négligeaient aucun moyen de gagner beaucoup d'argent, et leur opulence progressive est un des points les plus cons-

(i) Plia., xxxiii, t,

(s) Oc., Ad Fam.. XUI, 9.

CHEVALIERS

tanls de leur histoire. Ces sources inépuisa' blesde richesses, qui arrivaient dans Rome en passant par ces mains privilégiées, leur valaient dans la ville une grande considération ; et cicéron, le membre le plus illustre et l'admirateur le plus zélé qu'ait eu l'ordre équestre, appelle les publicains les modèles de l'honneur, la fleur de l'ordre équestre, l'ornement de la cité, les colonnes de la république (1). Il faut dire qu'on était loin d'avoir pour eux la même considération dans les provinces, où ils étaient détestés, eux et les commis qu'ils amenaient à leur suite (2).

Les chevaliers étaient, comme nous l'avons déjà dit, indistinctement choisis parmi les patriciens et les plébéiens. Ce choix était ordinairement fait par le censeur, qui ne prononçait qu'après avoir constaté la fortune personnelle du nouveau chevalier (3). Le cens a toujours été la condition obligatoire du titre de chevalier ; mais il doit avoir varié selon les différentes époques. Dans les derniers temps de la république et sous les empereurs, il était de 400,000 sesterces (4). Cette somme équivalait à 107,560 francs de notre monnaie. Quelques écrivains prétendent qu'il fallait posséder cette somme en revenu, c'est beaucoup; d'autres disent qu'il ne s'agit que d'un capital, et dans ce cas ce n'était guère relativement aux grandes fortunes créées par la conquête. Indépendamment de ces conditions de fortune, il fallait satisfaire à une condition d'âge, qui exigeait que l'on eût au moins dixhuit ans (5). L'ordre était déjà fort nombreux a la tin de la république, et il le devint encore davantage sous les empereurs. Ceux-ci, en effet, admirent à ladignitéde chevalier tous ceux qu'il leur convenait de favoriser, et très-souvent ils conférèrent ce titre à leurs affranchis.

En admettant un citoyen dans l'ordre équestre, le censeur lui remettait les insignes de sa nouvelle dignité, ou au moins les principaux de ces insignes ; c'était d'abord le cheval que la république fournissait à chaque chevalier, qu'elle entretenait à ses frais, et que l'on appelait pour cette raison equus publiais ou equus legitimus (6) ; puis l'anneau d*or (7), que les chevaliers portaient au petit doigt de la main gauche. Le préjugé qui fait remon»

ter ces anneaux d'or aux premiers temps de Rome ne saurait tenir contré l'autorité de Pline, qui dit que l'usage n'en devint fréquent que depuis fédilité de Flavius, vers l'an 300 avant l'ère vulgaire. Cet usage n'était pas tout à fait général, et quelques mern-

(1) Ctc, Pro kg. Mon., T ; Pro Plane., 9.

(*) Aeoon., In Cfe., f err^ II, ».

UJLiv., III, *r.

(») Hor., Ep., I, 1, 87. - Nln., EpUt., 1, Il

(S) Dto, Lit, ».

<») Of ld„ F«UL, III, m.

(«< Wtn., XXXIII, 1.

bres de l'ordre équestre n'avalent qu'un anneau de fer comme les plébéiens (1); mais tous portaient un collier d'or (2). — Vangusticlave était une tunique sans manches, ornée d'une bande de pourpre; la largeur de cette bande servait à distinguer les chevaliers des sénateurs, qui la portaient plus ample et dont le vêtement était pour cette raison appelé latklave.— Par-dessus Paugusticlave, les che > valiers portaient la trabée(Z) : cette espèce de toge, courte comme il convenait pour des cavaliers, et agrafée sur l'épaule droite (4), était, soit, comme le prétend Denys d'Halicarnasse, tout entière en pourpre marine, soit, comme il est plus probable, bordée seulement de pourpre et rayée de bandes pourprées auxquelles elle devait son nom. — Il est assez difficile de déterminer ce qu'était la phalère .* selon les uns, c'était un harnais de cheval ; selon les autres, un baudrier orné de clous d'or ou dorés (5). Enfin les chevaliers, d'après la loi faite par Roscius Olho, tribun du peuple, l'an de Rome 686, avaient une place séparée aux spectacles publics (6) : ils occupaient quatorze files de gradins (7), dont le premier rang entourait immédiatement l'orchestre (8) réservé aux sénateurs. Sous l'empire, ces places furent garnies de coussins moëlleux (9).

Chaque année, le 15 juillet (idibus quintllibus), les chevaliers se rendaient isolément au temple de Mars Gradivus, situé à un mille de Rome (10). Là ils se partageaient par tribus et par centuries, prenaient leur rang comme s'ils revenaient du combat , et marchaient vers la ville , couronnés de branches d'olivier, et portant sur leurs trabées les diverses récompenses accordéés à leur valeur (il). Arrivés devant le temple de l'Honneur et la Vertu, qui touchait à la porte Capène, ils s'arrêtaient un instant pour reformer leurs rangs (12), puis entraient dans la ville, qu'ils traversaient pour se rendre au Capitole. Cette cérémonie , que l'on nommait transvectio (13), ne manquait jamais d'attirer sur son passage Un grand concours de peuple, et jetait beaucoup d'éclat sur l'ordre équestre. Aussi était-elle protégée par les lois; il

(I) Plln., xv, *. - nt. Ut., ix, *6.

(i) Clc, Fragm., in Clod. et Cnr. — Non. Mar- «wll., j. v. Punica.— Lyd., De Mogist., Il, St.

(3) VoL Max., II, 11, ». — Tac, Ann., iil, 1 — Pers., .Sot., 111, ». -SUt, Sylv., IV, 11, 38.

(4) Dtooya., tl, 18; VI, 13.

(0) Vlrg..- y£n., IX, 369.

(•) Dion., XXXVI, ». — Clc, Pro Mur., 19. — TU. Llv., EpU., CXIX. — Paterc, II, 3«. — Plut., de, 16.

(7) Suet..Caw.,»; Aug., W.-Tac. Ann., VI, 3.- Scnec.Da Benef., VII, li. - Macrob., Saturn., V1I.3.

(8) Suet, Cttt., S9. — Pctron., «a. (0) Jtnreo., SaU III, 133.

(10) Ht. Ut., VII, «S. — Ovid., Fatt., VI, 191.— Dionys., VI, 18. — Serv., in Ain., I, »«.

(II) Dlonys., VI, 13.

(«) Aur. Vlct., De vir. illustr., ».

'13) Tlt. Ut., IX, *S.

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n'était pas permis, pendant sa durée, du citer les chevaliers devant les cours de justice (1). Tous les cinq ans, cette promenado militaire prenait un caractère plus sérieux.

Il s'agissait, pour l'ordre entier, de passer en revue devant les censeurs-. Chaque chevalier, appelé par son nom (2) , passait devant les magistrats , conduisant par la bride son cheval (3) sans housse et sans selle , afin qu'on pût hien voir dans quel état il était. Si quelque chevalier s'était montré déréglé dans ses mœurs, avait diminué sa fortune, si même il n'avait pas pris de son cheval le soin nécessaire (4) , le censeur lui ordonnait de le vendre (5), et cet ordre impliquait la dégradation et l'exclusion de Tordre. Parfois, à certains noms appelés , le cheval passait conduit par un esclave, et le cavalier sortait de la foule du peuple : c'étaient les chevaliers qui venaient demander leur congé, et qui rendaient aux censeurs le cheval de la république (6). Dans l'origine, il fallait absolument, pour obtenir cette libération, avoir servi pendant dix années; mais ce règlement fut modifié plus tard. Auguste décida que tout chevalier rangé dans la catégorie des plus âgés (7), c'est-à-dire âgé de quarantecinq ans, aurait droit au congé.

Lorsque les chevaliers dont les censeurs avaient approuvé la conduite avaient passé outre, emmenant leurs chevaux, on lisait la liste des membres de l'ordre , telle qu'elle demeurait constituée. C'était un grand honneur de tenir la première place sur cette liste, et le chevalier qui jouissait de cet honneur et dont le nom était appelé le premier recevait de cette distinction le titre de prince de l'ordre équestre (8) ou de prince de la jeunesse (princeps juventutis ). A Rome , les hommes étaient appelés jeunes tant qu'ils étaient aptes au métier des armes, ce qui s'étendait jusqu'à la cinquantième année, et le titre de prince ou premier de la jeunesse, mot qui s'appliquait parfoisà l'ordre tout entier (9), élite de la nation en armes, s'explique par ce fait. Sous les empereurs , ce titre, détourné de son application, appartint de droit aux héritiers du trône, et nous les voyons fréquemment désignés ainsi (10).

Sam., Pitlscus, Ltxicon antiquitotum romanomm, j. v. Equités.

(1) Suet., Aug., 38

(t) Tlt. Llv., XXIX, 37. - StlCt., Aug.. 38. - VaU Max., II, IX, 6.

(3) Plut., Potnp., n.

(A) Gcll., IV, 90.

(6) TiU Llv., XXIV, 87.

(6) Plut., Pomp., n - Non. Marcell. *. c. "Cabalius.

(7) Suet., Aug., 38.

(8) Plin., Ep., 1, U.

(9) Tlt. Liv., XLll . 61.

«o)S\xtt. Calig., U. -Ovid., Pont., II. et les inscription*.

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