ABRÈGE
ABSINTIIK
le jugement sur les causer diverses qui les ont produites, et doot les principales sont, comme on sait, les capricieux ravages du temps, souvent aussi un juste oubli.
L'époque la plus féconde en abrégés, chez les Romains, à en juger d'après ce qui nous reste, parait avoir été ce malheureux temps de leur histoire où des princes qui savaient à peine lire, comme Yalens, se faisaient dresser de rapides notices et même de simples rôles des peuples soumis à leur empire ; où des empereurs, sans cesse battus par les barbares, étaient réduits, comme le second Valentiuien, à commander de petits traités de l'art de vaincre, tirés, c'était son ordre, des plus grands maîtres en cet art, mais qui ne l'apprenaient plus à personne. Plus tard encore , l'immense fatras de la jurisprudence eut aussi ses abrégés, commandés par des empereurs, et aussi* lot noyés dans un autre fatras de gloses et de commentaires.
11 faut remonter à une meilleure époque littéraire pour trouver des noms dignes d'être cités : Cornélius Népos, l'ami d'Atticus et de Cicéron , aimable auteur, àqui quelques pages out donné une sorte de popularité classique ; Justin, qui appelait son propre livre * un parterre de fleurs, » mais dont les meilleurs morceaux paraissent tirés textuellement du graud ouvrage, perdu, de Trogue- Pompée; Palerculus, que le président Hénau II proclame, avec un peu d'exagération , « un modèle inimitable , » et même « le plus agréable écrivain que l'on puisse lire » ; Florus, dont l'abrégé original a le plus accrédité le genre et le plus excité l'imitation, mais à qui l'idée qu'il s'était faite ou qu'il voulait donner de la grandeur du « peuple-roi , » a parfois inspiré un ton trop enthousiaste et des tours trop poétiques. Il a d'ailleurs des chapitres où la plus sévère critique ne trouve rien à reprendre , et il a mérité que Montesquieu et Bossuet lui fissent des emprunts.
C'est au moyen âge que commencèrent à se multiplier les abrégés destinés au premier enseignement. L'imagination des auteurs s'épuisait déjà, sur le titre, en noms charmants, qui voulaient cacher l'ennui du fond. C'étaient, par exemple, de Petits jardins, pleins de fleurs, en tête du livre; des Récréations, pleines d'agrément, au premier feuillet ; des Délices sans fin au commencement. On pensa aussi aux pauvres écoliers de l'université, qui , loin de pouvoir acheter de gros livres , étaient souvent obligés de se faire mercenaires ou mendiants pour en avoir de petits, et auxquels, dans une touchante prévoyance, on avait même consacré un cimetière. On eut ainsi des Dictionnaires des pauvres, des Grammaires et des Rhétoriques des pauvres, etc., etc.
L'imprimerie a prodigieusement grossi le catalogue des abrégés pour tous les âges et sur toutes les matières; leur seul dénombrement ferait aussi des volumes. Ils n'ont fait que s'ajouter, bêlas ! sans en tenir lieu, à celle effroyable quantité de livres qui , dans nos grands dépôts publics, semble défier l'ardeur des plus résolus, et qui fait souhaiter tout bas, à ceux-là même qui aiment le mieux les livres, qu'un accident heureux dans ses choix en fasse disparaître toute la partie évidemment détestable ou inutile. On a calculé , il y a plus d'un siècle', qu'à lire quatorze heures par jour, il fallait huit cents ans pour épuiser ce que contenait alors la Bibliothèque royale, sur l'histoire seulement. Il ne faudrait peutêtre pas moins de temps aujourd'hui pour lire les abrégés accumulés par les derniers siècles. Il est juste de citer, dans le nombre, quelques-uns de ceux qui sont réputés les meilleurs : Y Abrégé de l'Histoire de Port- Royal, par Racine, que Boileau regardait commn a le plus parfait morceau d'histoire que nous eussions en notre langue ; » le Précis des Guerres de J. César, par Napoléon, qui ne fera pourtant pas oublier l'abrégé, déjà ancien, du duc de Rohan sur le même sujet ; de même que la- Grandeur des Romains de Montesquieu n'a rien fait perdre aux courtes Réflexions de Saint-Évremond sur les divers géniesde ce peuple; Y Abrégé chronologique du président Hénault, le seul sur notre histoire, le seul, il faut l'avouer, qui soit encore In avec fruit, quoique rédigé en partie comme une table de matières ou un inventaire de faits . Un récit abrégé, mais plein, sévère, original, élevé, est une tache qui ne parait pas destinée à être remplie. Les plus capables s'y dérobent. De très-belles propositions ont été faites plus d'une fois à M. Augustin Thierry pour un pareil livre ; il les a refusées, et on ne le verra pas fait de longtemps par un pareil historien.
Tout le monde sait que notre époque en particulier a produit une quantité innombrable d'abrégés sur tous les sujets et sous tous \e& xum$ : précis , résumés , manuels, ck .
Mais il n'y a guère à s'applaudir de cette fécondité épidémique : généralement mal conçus , mal digérés , mal écrits ,
Cet abrégés sont longs au dernier point ; suivons pour ceux-là le conseil du poète :
Rendons-les courts en ne les lisant point
T. Baudemott.
absinthe. (Botanique.) Artemisia absinthium. Plante du genre armoise, que quelques botanistes en ont séparée, sous la considération que son calice est presque globuleux et que ses écailles sont obtuses. Elle appartient à la syngénésie superflue et à la famille des corymbifères. L'absiulhe est* une plante vivace à feuilles persistantes. Ses racines sont
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pivotantes ; ses tiges cannelées, presque ligneuses; ses feuilles multifides , blanchâtres; ses fleurs pendantes ; toutes ses parties sont odorantes et très-amères. De celle amertume Tient le nom d'alisinthe , devenu presque proverbial; il est dérivé de a privatif et de ^tvOo;, douceur. Quant à son nom latin artcmisia , Pline nous apprend que l'opinion, de 6on temps, le faisait venir de la reine de Carie, Artémise, femme de Mausole; mais, en habile étymologiste , il se garde de nous en dire la raison. D'autres le fout dériver d'Artemi&ia, l'un des surnoms de Diane, et ceux-ci, moins habiles que Pline, s'expliquent : ce seraient les vertus emménagogues de cette plante qui lui auraient valu le patronage de la déesse de la chasteté.
La grande absinthe, l'absinthe officinale ( artcmisia absinthium, L. ) , très-connue et d'un emploi vulgaire , croît naturellement en France et dans presque toute l'Europe , dans les lieux incultes et roontueux. On la cultive aussi dans les jardins pour l'usage de la médecine. Elle peut s'employer fraîche. On la récolte à l'époque de la floraison ; elle conserve par la dessiccation une partie de ses propriétés. D'autres espèces, la petite absinthe (artemisia pontica, L. ), originaire de la Hongrie, et l'absinthe maritime (artemisiamarilima,L.) f jouissent, mais à un moindre degré, des mêmes propriétés. — On fait en médecine un grand usage des feuilles de l'absinthe. Ce médicament peut être classé parmi les stimulants généraux ou parmi les toniques : il se rapproche des premiers par son essence et des seconds par son principe amer. De l'union de ces deux propriétés, il résulte qu'il est utilement employé pour relever les forces digestives dans les dyspepsies, la chlorose, l'aménorrhée, les fièvres intermittentes; il jouit de propriétés anthelminliquesnnn équivoques.
Dans les pharmacies , on fait subir à l'absinthe différentes préparations, qui permettent de l'administrer en huile essentielle , extrait , sirop, tisane, etc. Les anciens faisaient un fréquent usage du vin d'absinthe, qu'ils nommaient vinum absynthiatum ; ils le considéraient, d'après Galien, comme un puissant tonique.
Tout le monde connaît la liqueur d'absinthe; sa réputation comme apéritif est des mieux établies; on en fait aujourd'hui en France une prodigieuse consommation. Dans le nord de l'Europe, on substitue parfois l'absinthe au houblon dans la fabrication de la bière.
Cette plante se multiplie de graines, et plus rapidement par le déchirement des vieux pieds. Comme elle est sensible aux gelées, dans le nord du climat de Paris il convient de l'abriter et de la couvrir de paille l'hiver.
G. de Larenaudière.
absoute. ( Théologie. ) L'Église primitive avait consacré le jeudi qui précédait le jour de
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Pâques à l'absolution qu'elle accordait aux péuilents, dont les fautes étaient expiées par l'aveu qu'ils en avaient fait et l'accomplissement des œuvres de pénitence qui leur avaieut été imposées. « Le jeudi saint, dit l'abbé Fleury dans ses Mœurs des chrétiens (tit. xxv ), les pénitents se présentaient à la porte de l'église ; l'évêque, après avoir fait pour eux plusieurs prières, les faisait entrer, à la sollicitation de l'archidiacre, qui lui représentait que c'était un temps propre à la clémence.... 11 leur faisait une exhortation sur la miséricorde de Dieu et le changement qu'ils devaient faire paraître dans leur vie , les obligeant à lever la main pour signe de celte promesse ; enfin, se laissant fléchir aux prières de l'Église, et persuadé de leur conversion, il leur donnait l'absolution solennelle. » Maintenant encore, et en commémoration de cet antique usage , on prononce , le jeudi saint , dans les églises, l'absoute, qui consiste dans la récitation des sept psaumes de la Pénitence , suivie de quelques oraisons relatives au repentir que le fidèle doit ressentir des fautes dont il s'est rendu coupable. Les formules Misereatur et Indutgentiam terminent cette cérémonie, qui toutefois, d'après l'avis unanime des théologiens, n'est qu'un souvenir de l'ancienne absolution publique et n'opère pas la rémission des péchés.
accès. (Médecine. ) On donne communément le nom d'accès au retour ou à l'exacerbation des symptômes d'une maladie : c'est ainsi que l'on dit accès d'hystérie, d'épilepsic; accès de douleur, de fièvre , etc. Cette interprétation du mot accès n'est point rigoureuse , car elle tend à faire confondre ensemble plusieurs ordres de phénomènes morbides distincts. On doit réserver le nom d'accès aux phénomènes d'une maladie qui reviennent à des intervalles fixes , c'est-à-dire périodiquement, comme cewxdesftèvres intermittentes , rémittentes, des névralgies , etc. La dénomination de paroxysme indique seulement l'exaccrbation , c'est-à dire l'augmentation d'intensité des symptômes d'une maladie co/iiinue, et celle d'attaque le retour d'une maladie qui ne se manifeste qu'à des intervalles plus ou moins longs et sans périodicité, comme l'épilepsie, l'hystérie, les névroses, la goutte, le rhumatisme.
En général, les maladies dont les symptômes reviennent par accès réclament l'emploi des antipériodioues, tels que le sulfate de quinine.
D r . RACLE.
ACHE. (Botanique.) Plante de la famille des ombellifères, dont une espèce est cultivée, dans nos jardins, sous le nom de céleri. On a longtemps compris dans le genre ache (apium, L. ) une autre plante usuelle, le persil, opium pelroseimum , L. Il en a été distrait dans ces
ACHE — ACHELOUS
derniers temps, et forme aujourd'hui un genre à part. Les racines, les feuilles et les fruits ou semences de Tache non cultivée , Tache proprement dite ( apium graveolens, L. ) , étaient employés autrefois en médecine. La racine seule y est encore en usage ; elle est principalement administrée comme diurétique.
Les anciens la faisaient entrer au nombre des cinq racines apéritives majeures. On donne vulgairement le nom d'ache d'eau à la berle (stumsisarum,L.),bl d'ache demontagne à la livêche ( ligusticum levisticum , L.. ) Voyez l'article Céleri. G. L.
achéloùs. {Mythologie.) Prenant sa source dans les montagnes du Pinde, T Achéloùs, aujourd'hui TAspro-Polamos, après avoir séparé TÉlolie de l'Acarnauie, vient se jeter dans la mer d'ionie en face de Céphalonie , à Touest du golfe de Palras. La Grèce, en divinisant ses fleuves , avait donné à chacun d'eux sa généalogie, ses titres, ses attributs : Acheloùs, d'après Hésiode (1), était fils de l'Océan et de Téthys , ou bien de l'Océan et de Gœa ( la terre ) , ou bien encore de Gœa et d'Hélios(2). Ayant eu de Stérope plusieurs filles, qui furent les Sirènes , il éprouva un tel chagrin de leur perte, lorsque vaincues par Orphée elles furent changées en rochers, qu'il pria sa mère de le cacher dans son sein : elle s'enlr*ou? rit en effet pour le recevoir, et il n'en sortit plu s que sous la forme d'un fleuve (3). Le fait le plus important qui se rapporte à Acheloùs dans la mythologie grecque est son combat avec Hercule , dont Déjanire raconte ainsi la cause et l'issue dans les Trachiniennes de Sophocle : « Pour prétendant j'avais un fleuve , Acheloiis , qui sous une triple forme me demandait à mon père : tantôt sous la figure d'un taureau, tantôt dragon à la croupe tortueuse , tantôt homme au Iront armé de cornes, dont la barbe limoneuse laissait couler Toude à grands flots : tel fut l'époux qui m'était réservé; et alors, dans mon désespoir, je souhaitais de mourir plutôt que de jamais t>arta&er sa couche. Enfin arriva, au gré de mes vœux, le glorieux fils de Jupiter et d'Alcmène,qui entra en lultei avec lui et me délivra. Je ne dirai point les détails de ce combat, ils me sont inconnus; ce serait au spectateur indifférent à en faire le récit. Pour moi, j'étais frappée de stupeur dans la crainte que ma beauté ne me fût fatale. Jupiter, arbitre du combat, y donna une heureuse issue (4). » Ovide a été plus explicite : les phases du combat sont décrites une à une. Acheloùs raconte à Thésée comment il fut vaincu , d'abord sous la forme humaine, puis dragon
(l)ThéOR.. mo. . , . „ .
(t) NatalU Cornes. Explfationes tabuL, l. vil, a. (s) Serf ias, AA flrg. Ccorg., t, 9 (*) Trach., v, » * ««•
impétueux, puis taureau menaçant : pendant cette dernière métamorphose , une de ses cornes est rompue par le fils d'Alcmène; et, consacrée par les naïades, remplie par elles de fleurs et de fruits, elle devient le symbole de l'abondance (1). Selon Apollodore (2), Acheloùs échangea sa corne brisée contre celle d'Amallhée, dont il se trouvait possesseur. On rendait à ce fleuve, le plus important des cours d'eau delà Grèce, un culte solennel.
Dans les Métamorphoses d'Ovide , il raconte encore à Thésée que des Naïades l'ayant oublié dans un sacrifice aux divinités du pays , il gonfla ses eaux, emporta le lieu du sacrifice, et roula le corps des Naïades jusqu'à la mer, où elles devinrent les lies Écbinades (3). Parmi les monuments de Tart ancien qui représentent Achéloùs , les deux plus importants sont ceux dont Pausanias nous a laissé la description (4). L'un, qui se trouvait dans le trésor de Mégare, retraçait le combat d'Hercule et du fleuve : les personnages étaient représentés par des figurines en bois de cèdre incrustées d'or, œuvre du Lacédémonicn Dontas, élève de Dipenus et de Scyllis; Jupiter et Déjanire assistaient à la lutte , comme dans le récit de Sophocle : on y voyait de plus Minerve , protectrice d'Hercule, et Mars, prêt a secourir Acheloùs. L'autre, qui représentait le même sujet, était sculpté sur le trône d'Apollon à Amyclée. Quelques monuments du même genre sont parvenus jusqu'à nous; mais ils ne sont ni nombreux ui tous incontestables; car on a quelquefois confondu la lutte d'Hercule et d' Acheloùs avec celle de Thésée contre le Minotanre. M. Welcker croit reconnaître Achéloùs dans le beau fragment de marbre de la galerie de Florence, publié série iv, vol. i, pl. xxv , où Ton voit un taureau à face humaiue tombé sur les genoux sous la main puissante d'un héros dont il ne reste qu'un des bras appuyé sur le cou de l'animal. Un vase peint de Girgente, publié et illustré par M. Millingen (5) , une pierre gravée publiée par le même, un autre vase décrit dans les Annales de l'Institut archéologique (6), représentent également Achéloùs sous la forme d'un taureau à tête d'homme barbu. 11 existe aussi sous forme de monstre marin sur un vase de Nola appartenant autrefois au général Galassi et passé en Angleterre. Un autre monument, une pierre gravée, également publiée par M. Millingen , représente Achéloùs sous une forme complètement humaine, avec des cornes au front. C'est également sous la forme d'un vieillard à longue barbe ayant des
(0 Métam-, 1. ix, v. 8-m.
M LlV. nU. V. 618-629.
(«) L. vi. 19, et ni, 18.
(») TrtmiacUons o/ tfw Roy. Soc. of JJter., iaso. (s) Année lira, p. m.
ACHELOUS — ACHERON
cornes de taureau , une |*atère à la main et un dauphin devant lui, qu'Achéloïis se trouve représenté sur une médaille de Mélaponte où sont gravés en caractères grecs les mots : 'Axe><£ov âOXov, Prix de VAchéloûs, et qui se rapporte sans doute à des jeux célébrés en l'honueur de ce fleuve. Quelques médailles des Acarnaniens, dont le territoire était arrosé par ses eaux , l'ont aussi pour empreinte. Éphore nous a laissé une idée de l'importance qu'Achéloiis avait chez les Grecs , par le fragment suivant parvenu jusqu'à nous (l) : « Les autres fleuves reçoivent seulement l'hommage des peu pies qui vivent sur leurs bords ; mais Achéloùs lui seul est honoré par tous les hommes. Ainsi, au lieu d'appeler l'eau de son nom spécial , nous lui donnons le surnom d'Achélous , emprunté à ce fleuve. Je ne saurais assigner d'autre cause à celte exception que les paroles de l'oracle de Dodone répétant à presque tous ceux qui allaient le consulter : Sacrifiez à Achétoûs. De sorte que plusieurs personnes, pensant que l'oracle n'entendait pas désigner seulement ainsi le fleuve qui | coule chez les Acarnaniens , appelèrent de ce nom l'eau des fleuves de leur pays, appellation I qui est passée dans le langage ordinaire surtout quand il s'agit de l'eau qu'on offre à l'occasion des sacrifices. » Didyme , en commentant ce passage (2), ajoute : « Peut-être serait-il mieux de dire que les hommes ont lait l'honneur à Achtious de donner son nom à toutes les eaux en général parce qu'il est le plus ancien des fleuves. En effet , Agésilas , dans le I er livre de son Histoire, nous instruit du droit d'aînesse du fleuve Achéloûs. L'Océan, ditil, ayant épousé Téthys sa sœur, il naquit de cette union trois mille fleuves , et Achéloûs fut l'alné de tous ; c'est pourquoi il est le plus révéré. » L'Aspropolamos est aujourd'hui , comme l'était l'Achéloùs, le seul des fleuves de la Grèce qui mérite ce nom. Inondant, l'hiver, les terres basses qu'il traverse dans le voisinage de son embouchure, il a encore, pendant les chaleurs de l'été, la largeur du petit bras de la Seine à Paris, avec une profondeur plus grande. Ses eaux, roulant le limon qu'elles entraînent sur les pentes du Pinde, conservent leur couleur terreuse jusqu'à une certaine distance dans la mer, et continuent à former ces atterrissements qui, au dire de Slrabon (3) , occasionnaient de fréquents débats entre les Étoliens et les Acarnaniens, dont ils changeaient les limites; dételle sorte que le géographe grec explique le mythe du combat d'Hercule et d'Achéloûs par l'endigueroent que le fils d'Alcmène, dans ses nom-
(i) Fragments des Historiens grecs, publiés par M. A. Uldot. 1. 1. p. as».
\D I o>j. Macrobo, Sat., I. v, 18 (s) !.. x, p.
breux travaux en faveur de l'espèce humaiue, aurait fait subir au fleuve indompté.
Noël ues Vergers.
acherom. (Mythologie et Géographie anc'enne.) Nom d'un des fleuves des enfers. « L'Achéron, fleuve noir, gouffre sans fond dont l'eau bourbeuse bouillonne en immondes tourbillons, vomit ses flots de fange dans le Cocyte, » dit Virgile (t). Homère avait dit au contraire (2) : « Le Pyriphlégélhon et le Cocyte, qui est un bras du Slyx, se jettent dans l'Achéron. » Or, depuis ces grands poêles la question ne s'est pas éclaircie. Toujours est-il que l'Achéron était le premier fleuve que devaient passer les ombres. Quant à son origine, les uns lui donnent pour mère la Terre, les autres Cérès. Il fut précipité dans les enfers pour avoir désaltéré les Titans pendant leur lutte contre Jupiter. Il devint père d'Ascalaphe (3), qu'il eut d'Orphné ou de Gorgyre. Le nom d'Achéron fut attribué, dans l'antiquité, à plusieurs fleuves, qui le devaient, soit à la tristesse de leurs rivages, soit à la couleur foncée de leurs eaux, soit surtout à cette circonstance que leur source ou une partie de leur cours était encore inconnu. Voici ceux que désignent les mythes les plus anciens :
1° Un fleuve de l'Épire , qui passait à Thesprotie, près de Pandosie, traversait le lac Acherusia et se jetait dans le golfe d'Amhracie (4); 2° un fleuve de la Bithynie, qui coulait près d'Héraclée, et avait son embouchure dans le Pont-Euxin. Dans son voisinage se trouvait une grotte méphitique, profonde de plus de deux stades (250 pas). On nommait cette grotte Achérusia, et on prétendait que c'était par là qu'Hercule était descendu dans les enfers (5); 3° un fleuve du Bruttium, dans l'Italie méridionale, qui baignait une autre ville du nom de Pandosie , et tombait dans le golfe Térinéen. La population Œnotrienne, venue de Grèce en Italie , avait fait de ce fleuve et de ses bords une exacte assimilation avec celui qui coulait en Épirc (G) ; 4" un fleuve qui prenait sa source daus les monts Rhipécs, et qui arrosait les frontières de la Sarmatie (7).
Socrate , dans le Phédon (8) , nomme l'Achéron comme le second des quatre grands fleuves de la terre qui, au lieu de couler vers la mer, coulent du côté opposé et vont se jeter dans le lac Achérusien. Quoi qu'il en soit , les anciens ont souvent désigné les en-
(1) Ën., VI , S97.
(2) Od., X, 513.
(3) Nat. Coin., Ht, i.
(*) l'are*., I, 17, 5.
(s) A poil.. ✓/., II, 749 et suiv. — Xenoph., Anab., V, 10, î. - Mcl., I. 19.
(6) TU. Mv., VIII, S4.
(7) Orphée, A., 1IÎ6, (S) P. m.
13 ACHrtRON —
fers par le nom d'Achéron (I). Nous trouvons chez les Étrusques des livres acbéruntiens , qui formaient une partie importante de leur théologie et renfermaient la doctrine roystique de la purification des âmes, ainsi que de leur élévation au rang des héros ; ils passaient pour avoir été apportés aux écoles sacerdotales de PÉtrurie par Bacchès, disciple de Tagès. Le nom et le culte de PAchéron (Acheruntia sacra), parvenus en Italie avec Œnotrus ou avec Hippoclès et Mégasthènes , avaient pu pénétrer chez les Étrusques lorsque ceux-ci s'étaient trouvés en contact avec les Grecs émigrés en Campanie. — Si plusieurs fleuves portaient le nom d'Achéron , il n'y avait pas moins de lacs et de marécages auxquels s'appliquait le nom de lac Achérusien (Acherxuia palus). Ainsi on en comptait un en Épire, un autre en Campanie tout près de l'Averne, petit lac entre Misène et Curnes, qu'on nomme aujourd'hui le Fusaro , et qui n'est plus célèbre que par ses huîtres. Enfin il y en avait un en Égypte, au sud de Meraphis, au milieu duquel se trouvait une nécropole où les morts n'arrivaient qu'après une espèce de jugement. C'est de là que les mythographes qui voulaient attribuer à PÉgypte la plus grande part dans la naissance et le développement des mythes de la Grèce ont fait venir la fable du Tartare défendu par sa ceinture d'eau , et la barque qui transporte les ombres à l'autre bord, et l'obole payée au nocher, et le nom du fleuve infernal.
achillées. ( Botanique. ) Achillœa.
Genre de plantes vivaces appartenant à la syngénésie superflue de Linné et à la famille àescorymbifères, de la classe des composées dans la classification de Jussieu. 11 en existe une cinquantaine d'espèces, pour la plupart originaires de l'Europe et du Levant, et dont quelques-unes ont droit à un certain intérêt, moins comme plantes médicinales que comme plantes d'ornementation. Linné a rapporté au genre achillée toutes les plantes à fleurs radiées, munies de demi-fleurons courts, peu nombreux, et dont le calice est imbriqué tTécailles inégales et serrées ; le réceptacle étroit, garni de paillettes; les semences nues au sommet. — Vachillée tire-t-elle son nom du fils de Pelée et de Thétis, ou d'un certain Achillé, élève du médecin Chiron? Est-ce le héros ou le médecin grec qui le premier attribua à cette plante la propriété de guérir les blessures, et l'employa? La question étymologique est de fort mince importance, et les vertus de l'achillée pour la cicatrisation des plaies sont d'ailleurs tellement douteuses, si elles ne sont pas complètement inefficaces, que l'inventeur du remède , quel qu'il soit, a peu
(1) Vlrg., £'»., Vil, SU, - ClC.,D<5 Stn., 10. - Ncp., Z)ion.,io, s.