ANTIUM
Il est utile d'ajouter que les miasmes marécageux, qui donnent habituellement naissance à des affections intermittentes, peuvent aussi occasionner des maladies continues, telles que la cachexie, la dyssenterie paludéennes, et que le quinquina réussit dans ces derniers cas aussi bien que dans les premiers. De là est venue l'habitude dans les pays de marais de désigner indistinctement toutes les affections de causes miasmatiques sous le nom de maladies à quinquina. D r . Racle.
antium. (Géographie et Histoire anc.) Antium, la plus ancienne parmi les villes des Volsques, Tut souvent le centre et le cheflieu de leur confédération. Située au bord de la mer, sur l'extrémité d'un cap qui rompt la ligne droite que forme le rivage de la Méditerranée, depuis l'embouchure du Tibre jusqu'au cap Circé, elle eut de bonne heure une marine, qu'elle fit souvent servir à la piraterie. Ennemie implacable de Rome, elle fut la dernière des cités volsques subjuguée par elle', et sa soumission fut le signe de la conquête définitive du Latium par les futurs conquérants du monde. Ses dépendances étaient, au bord de la mer, Cenone, qu'elle regardait comme son arsenal , et, daus l'intérieur des terres , Longula et Foilusca, i>ctites villes ou plutôt bourgs entourés de murailles. La fondation d'Antium a été l'objet de deux traditions différentes, dont l'une, venue de Xénagore et conservée par Denys d'Halicarnasse (l) et par Étienne de Byzance (2), la faisait remonter à Antias ou Antéas , fils d'Ulysse et de Circé, tandis que l'autre, plus généralement admise, en faisait honneur à Àscagne. La guerre que le dernier des Tarquins fit à Suessa Pometia fut la cause première de la constante inimitié qui divisa les Volsques et les Romains pendant au moins deux siècles (3). Tarquin profita de sa victoire pour chercher à réunir par le lien de la religion les peuples déjà soumis, soit Volsques, soit Latins, et à cet effet il bâtit le temple de Jupiter Latiat, sur le mont Albain, et établit les fériés latiues- Pourtant , au bout d'un certain temps , on ne voit figurer dans cette association que deux villes importantes parmi les cités volsques : Antium et Ecetra(4). Les Antiates, devenus ainsi les alliés des Romains, furent compris dans le premier traité que ceux-ci conclurent avec les Carthaginois, sous le consulat de L. Junius Brutus (5). Bien qu'après l'expulsion des Tarquin Antium fût entrée dans la ligue formée par les peuples latins pour les replacer sur le
(i) s. v. 'AvOeicc et Avreta.
(s) Liv.. i, *s.
(«) Dion., IV. «s. 1 (u) Poljfb., 111, as.
trône, et eût contribué fortement à la défaite d'Aruns, fils dePorsenna, roi des Étrusques, devenu l'allié des Romains (1), la bataille du lac Régille, où les Latins essuyèrent une corn plète défaite, ne découragea pas les Antiates : abandonnés par leurs voisins, trop rudement éprouvés, ils n'en profilèrent pas moins des dissensions qui agitaient Rome, des querelles du peuple et des patriciens, de la retraite sur le mont Sacré, pour prendre de nouveau les armes (Tan de Rome 260).
Mais les divisions intestines s'apaisèrent, et le consul Posturaus Cominius, envoyé contre eux, les mit en déroute, s'empara de Longula et de Pollusca, assiégea Corioles,et s'en rendit maître, grâce à la valeur de C. Marcius, surnommé depuis Coriolan (2). On était alors en l'an de Rome 202 ; deux ans plus tard ce même Coriolan, injustement exilé par le peuple romain , venait s'asseoir au foyer d'Attius Tullus, à Antium, poussait les Volsques à la guerre, et marchait a leur téte contre Rome. Il prit plusieurs places, vint camper près des fossés Cluiliens, à 40 stades;de la ,ville,;et on sait qu'il fallut les larmes de sa mère pour éloigner de Rome le danger qui la menaçait (3).
Cependant la guerre continua plusieurs années avec des succès divers. Enfin, Pan de Rome 288, le consul Titus Quinctius, après avoir remporté une victoire décisive sur les Antiates , parvint à s'emparer de leur ville (4). La plupart des habitants s'enfuirent chez les Èques, et les Romains repeuplèrent Antium en y envoyant une colonie. Néanmoins cette conquête n'était pas encore bien assurée. En l'an de Rome 351 , Tite-Live (5) nous montre Antium non-seulement comme indépendante de Rome, mais comme hostile aux Romains, et en 371 elle se déclara ouvertement contre sa métropole. Vaincue de nouveau, elle fut forcée de rentrer dans le devoir en 380 (6). Enfin, elle tenta un dernier effort en entrant , l'an 412 , dans la grande coalition formée par les Volsques, les Samnites et les Latins pour secouer le joug de la ville éternelle. Cette fois encore la fortune des Romains remporta, et les Antiates eurent à subir de cruelles conditions. Une nouvelle colonie fut envoyée dans leur ville, leur marine fut complètement détruite , et les rostres de leurs navires, attachés à la tribune du Forum, perpétuèrent à Rome le souvenir de leur défaite. Pendant les guerres intestines de Sylla
fi) Dion., V, M.
(I) Dion., VI, 91 etaalv. — Uv. U. sa et sulv. - Plut, Coriol., 8 et soir.
rW Dion., VIII, m. -,LIt., U, 3Uo. - Plut,, Coriol, sa et sahr.
(*> M*., H. es.
(«) Llv., VI, 33.
ANTIUM 164 et de Marins, Antium fut ravagée par les trou
pes de ce dernier (1). Sous l'empire, elle devint un lieu de plaisir , où les riches Romains venaient chercher le repos dans de somptueuses villas. Caligula (2) , qui était né à Antium, dans la villa de Germanicus, en aimai t tellement le séjour qu'il avait formé le projet d'y transporter le siège du gouvernement. Néron y naquit aussi , et montra pour cette résidence la même prédilection. 11 y envoya une nouvelle colon ie de prétoriens vétérans (3) , et y construisit un port magnifique. — Au temps de Domitiea, Antium était un lieu de repos et d'étude, un rendez-vous pour les philosophes (4). Adrien préférait son séjour à tous les autres (5). Antotin y lit construire un aqueduc (6). Enfin, Sep- Urne Sévère et ses fils y habitèrent fréquemment (7). Depuis douze siècles, l'ancienne prospérité d' Antium n'était plus attestée que par des ruines, lorsque, en 1698, Innocent XII, reconnaissant l'importance de ce point, situé à moitié chemin entre Naples et Livourne, résolut d'en rétablir le port , et y fit d'énormes dépeoses à peu près inutiles , car les travaux furent mal dirigés, et la rade, exposée aux vents do mid i , est sans cesse comblée par les sables qu'apporte la mer. Depuis la construction de ce nouveau port, une bourgade a groupé sur le rivage ses maisons, qui renferment environ cinq cents habitants. Cest ce qu'on appelle Porto d'Anzo.
Il ne reste aujourd'hui de l'ancienne ville des Volsques que quelques vestiges de muraille qui peuvent à peine servir à eu marquer la place. On les observe vers la partie nord-est du bourg actuel, et particulièrement dans la rue qui porte le nom délie Vignaccie, au delàde la villa Costaguti, appartenant aujourd'hui aux Borghèse8 et où se trouvait probablement l'acropole. Ces ruines des murailles volsques construites en pierres quadrilatères, de forme toutefois Irrégulière, ne manquant pas d'une certaine grandeur, mais sont loin d'offrir l'appareil imposant des constructions pélasgiques dans le Latium ou la Sabine. M. Nibby, qui a suivi et relevé avec soin les rares débris de l'ancienne cité volsque, a constaté qu'elle avait une forme oblongue et environ trois milles de circuit Quant à l'Antium romain , il offre de vastes ruines, dont la magnificence se révèle par Tétendue des monuments et les précieux fragments de sculpture ou d'architecture qui y ont été découverts. On peut rapporter le mode de construction employé dans ces édifices à deux époques : la première, indiquée par l'appareil
(1) Strab., V. - Appian., Bell. Civ., I.
(2) SueL, Cal., 8.
(3) Tac.. Jnn., XIV, tf. - Suet, Net., 9.
(4) Phtlostr, Apoll. raya»., VW.iJ.
(5) ld., tbUL, VIII, ».
(6) Capitol., Ântonin., 8.
(7) Hcrod.,III, ia.