ANUBIS
représente sous la forme d'un chien gardien des deux hémisphères, à cause de la faculté qu'a cet animal de discerner les objets la nuit comme le jour. C'est aussi, ajoute-t-on, parce qu'il est placé sur la limite des ténèbres et de la lumière que ses images sont tantôt de couleur noire et tantôt dorées.
C'est en effet ainsi qu'Apulée nous le montre dans sa description d'une pompe isiaque (i) : Hic horrendum adtollens canis cervices arduas; ille superum commeator et inferum, nunc atra, nunc aurea /acte subit mis, Isrva caduceum gerens , dextera palmam virentemquatiens. Lesslatues d'Anu bis, ainsi que le remarque Lucien (2) , étaient souvent d'or massif ou tout au moins de vermeil, d'après un procédé que Pline indique (3) : JSngit et &gyptus argenlum ut in vasis Anubium suum spectet. Cette habitude de représenter Anubis d'or pouvait être, d'après lablonski (4), une manière allégorique d'exprimer le nom de cette divinité, qui parait dériver du mot noub qui signifie or en égyptien (5). Cette conjecture ingénieuse , et très-conforme au génie du symbolisme égyptien , n'a cependant pas été confirmée par la lecture des hiéroglyphes, qui emploient pour écrire ces deux mots des signes différents. A la vérité, on n a pas encore tiré des textes sacrés des renseignements complets sur les surnoms et les rôles divers de cette divinité, et nous sommes à plusieurs égards réduits aux assertions contradictoires des Grecs.
Plutarque, dans le traité déjà cité, où il a recueilli des traditions de toutes mains, dit qu'on assimile aussi Anubis à Cronos ou Saturne (6) ; mais c'est avec V Hermès Psychopompe des Grecs qu'il offre le plus de rapport, et on 1 même allié quelquefois le nom grec et le nom égyptien en celui d'Hermanubis, comme d'Horus et d'Apollon on a formé Horapollon.
Anubis a donc, comme Hécate, un double caractère, céleste et infernal. Il peut être à la fois, comme lablonski cherche à l'établir (7), dans le ciel la planète de Mercure, que les Alexandrins nommaient Stilbon , et sous terre le Mercure que Cicéron (8) nomme le quatrième :
Quartus Mercurius, Nilopatre t quemMgyptii nef as habent nominare.
Pour s'en tenir à la légende la plus populaire, recueillie par Diodore (9), Osiris, dans cette grande expédition où il portait aux extrémités du monde les bienfaits de ses décou-
(i)Apul., Metataorpk., I. XI.
(t) Lucien. in Jove tragado.
(S) Hist. Nat., I. XXXUI, 0.
(k) PantheonijSwptiorum, P. III.
(5) Voy. Peyrou., Lmieon Ling.
(t) De Iside et Osiride , § «.
Cl) Panthéon, I. m, eh. 6, ~
(8) De Natura deorum, III,
(9) Bibt. liiêt., 1, 18.
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vertes et de ses lois, ou, comme on dirait aujourd'hui, les conquêtes de la civilisation égyptienne , Osiris, disons-nous, était accompagné de ses deux fils Anubis et Macédo, remarquables tous deux par leur courage, et dont le premier avait adopté pour casque une tête de chien, le second une tête de loup.
Diodore prétend que Macédo s'arrêta dans la contrée voisine de la Thrace sur laquelle il régna et qui a gardé de lui le nom de Macédoine. Anubis, qui avait été le fidèle compagnon d'Osiris jusqu'à sa mort, aida de plus Isis à retrouver les membres épars de son époux.
On ajoute que dans cette recherche il était accompagné d'une troupe de chiens de chasse, circonstance introduite pour rendre raison de la forme sous laquelle on le représente.
(Nous examinerons à l'article Ans les divers motifs qu'on allègue du culte des animaux en Égypte. )
Ce lut Anubis qui enveloppa de bandelettes le corps d'Osiris. Aussi remarque-t-on sur les peintures des sépulcres royaux , sur les caisses de momies ou les vignettes des papyrus funéraires dans lesquels le défunt est identifié à Osiris , un personnage à tête de chien debout près du lit funèbre sur lequel le mort est étendu dans son enveloppe (I) ; c'est le pastophore (2) ou l'ensevelisscur sous les traits d'Anubis. Ses fonctions ne s'arrêtaient pas à la porte du tombeau : ou le voit dans plusieurs des scènes du rituel funéraire accompagner le défunt dans les épreuves qu'il doit subir (3), et enfin, dans le tableau du jugement dernier (4), c'est encore lui qui tient et parait faire pencher celui des deux plateaux de la balance daus lequel est le symbole de la justice, en même temps queThoth {voy.) t à la tête d'ibis, inscrit sur une tablette le résultat favorable du jugement.
D'après le témoignage unanime des anciens, l'animal sacré d'Anubis était le chien. Une ville, chef-lieu d'un nome de l'Égypte nioyenue (5), dont Anubis était la divinité principale, est nommée par les Grecs Cynopolis (6). Le culte du chien était eu outre général en Égypte. « Lorsqu'un de ces animaux vient à mourir dans une maison, dit Hérodote (7), tous ceux qui l'habitent se rasent la tête en signe de deuil, puis ils ensevelissent son corps dans des
(1) Voy. Deser. de l'Êg., Antiquité, vol. II, pl. 91. Creuzer, Commentationes Herodotese, cap. S, % a*.
(5) Horapollon, Hierogl., 1. 1, cb. 39, et les notes de M. Leemana.
(8) Voy. Dos Todtenbuch der Aîgypter nach dem hieroglyphischen papyrus in Turin, von D r Lepslus; Leipzig, 1841.
(4) lbUi., pl. 4. - Deser. de l'Ég. Ant,, vol. 11 , pl. 60 et 67.
(8) ChampollloD, Egypte sous les Pharaons, t. I er ,
(6) Strabon, I. XVII. - Etienne de Byiance. -.Clément d'Alex., Protr.