‹ Encyclopédie moderne, ou Dictionnaire abrégé des hommmes et des ..., Volume 15Chapitre 18 sur 145 · LU XA · texte numérisé non relu

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désunion est incorable. La réduction est impossible , et il ne peut y avoir de soudure parles raisons que nous ayons indiquées ailleurs.

Les luxations des membres, qui sont les principaux instruments dé la volonté de rhomme , sont très-communes. Elles s'établissent le plus ordinairement dans les articulations orbicuhdres , comme étant de celles qui sont les plus mobiles , surtout lorsque les pièces qui les composent sont disproportionnées; telles sont les humérus bycc les scapulums.

Celle-ci peut se faire dans tous les sens , excepté en haut, à moins de fracture à Tapophjse acromion , qui forme un auvent à l'articulation et empêche Thumérus de sor tir de sa cavité vers ce point. Les signes de la luxation de cet os sont faciles à reconnaître. Le plus certain est une dépression plus ou moins profonde dans le point dé l'articulation où la tête de rhumérus fait une saillie plus ou moins prononcée , selon la conformation variée du sujet. Le membre est aussi dévié dans une direction opposée à la luxation , et on ne peut lui faire exécuter le moindre mouvement vers cette première direction , sans causer de vives douleurs au malade, etc. : dans presque tous les cas , la luxation se fait en dedans et en avant sous le tendon du grand pectoral : elle peut avoir une étendue plus ou moins grande, de manière même que la tête de Tos déplace ou distend au devant d'elle les nerfs et les vaisseaux axiUaires, complication grave qui commande une prompte réduction , ou le malade est condamné, en outre de Timmobilité du membre , h un travail doulou- *reux permanent, qui peut nécessiter Tamputation. On en a vu des exemples. Nous rapporterons ici le précis d'un fait très-remai'quable par Taberralion que la tête de Vos luxé a éprouvée chez un jeune homme qui a survécu long - temps à son accident.

Dans une chute violente que ce sujet avait faite sur la paume de la main , le membre fortement étendu et écarté du corps, la tête de rhumérus non-seulement sortit de sa cavité par le côté antérieur , mais encore s'enfonça entre les deuxième et troisième vraies côtes dans la cavité de la poitrine, ou elle fut retenue et étranglée par le resserrement de deux côtes , qui n'avaient d'abord cédé au passage de Téminence osseuse quepaMa violence de sa pression ou de son introduction.

Le professeur Prochaska nous a montré ,

dans notre première campagne d'Autriche , le thorax disséqué de ce sujet , dans l'intérieur duquel on vojrait toute la tête de rhumérus enveloppée par la plèvre , et le reste de cet 08 formant au dehors une équerre avec le tronc.

Les anciens avaient imaginé plusieurs ma»

chines h leviei* pour réduire les luxations du bras k l'épaule. L'anatomie et l'expérience en ont fait reconnaître l'inutilité et les inconvénients. Pour opérer facilement cette réduction , il faut suivre l'exemple des praticiens, qui veulent qu'au levier propre à faire les extensions nécessaires sur Textrémité luxée , en supposant que le corps du sujet est fixé immobile sur son séant, on en ajoute un second qui porte sur l'extrémité supérieure ^u bras , et passe sur le col du chirurgien. A l'instant où ce dernier pense que la tête de l'os est rameuée au niveau de la cavité articulaire , il saisit de ses deux mains le sommet du, membre luxé , et, relevant tout à coup sa tête sur le lien que nous avons désigné , il fait exécuter à la tête de l'os un mouvement de bascule , et la replace dans sa cavité. Il est des cas sans doute où les secours de l'art sont insuffisants : tel est celui que nous venons de dter.

La luxation des os qui forment l'articulation du cou(/e est plus rare : elle peut être complète ou incomplète. Après en avoir bien reconnu le caractère, on procède le plus promptement possible à. la réduction , et on fixe ensuite les pièces en rapport, en mettant l'avant-bras dans une demi-flexion et la main en supination , au mojen d'un appareil légèrement compressif, imbibé de vinaigre camphré.

Les luxations du poignet et dés phalanges des doigts présentent les mêmes indications, et Ton doit procéder à leur réduction d'aprè< les mêmes principes.

Les luxations des membres inférieurs sont relatives à chaque espèce d'articulation .Celle de la cuisse avec la hanche est plus rare que celle du bras , parce que la cavité cotyloïde est proportionnée au volume de la tête du fémur , et que les puissances motrices et ligamenteuses de l'articulation sont plus fortes qu'à celle de l'épaule. Cependant cette luxation a lieu en difiérents sens : le diagnostic n'en est pas difficile , mais la réduction offre des obstacles plus ou moins grands à surmonter. Après avoir fait faire les extensions convenables sur le membre luxé , en portant les points d'insertion des leviers le

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ploft k^ possible de la partie Imée, ei en ajant eu la précaution de fixer sur un plan horizontal et solide le tronc dans une immobilité absolue , il faut avoir Tadresse et le courage de forcer le passage de la tète , dans sa cavité articulaire , par un mouvement brusque de renversement vers cette cavité.

Malgré toutes les précautions prises par la nature pour consolider Tarticulation de la cuisse avec la hanche, non-seulement la tète du fémir se déplace en entier de la cavité cotyloïde en bas et en dedans, en bas et en dehors , et successivement en haut et en arrière, points de sortie les plus faciles, mais elle franchit aussi quelquefois le point supérieur et antérieur du bord saillant , osseux et fibreux , de cette cavité , de manière Il produire la quatrième espèce de luxation, très-rare, en haut et en auant. Il faut, en effet, que les puissances qui produisent cette luxation agissentavec une grande force pour opérer un tel déplacement , et il ne m'a rien moins fallu, malgré l'assertion d'Hippocrate, celle de Desault et autres auteurs modernes qui l'avaient signalée, que T^xemple remarquable qui s^est offert à mes yeux , et qui se trouve consigné dans les Bulletins de la <Sbeiéié philomatique^ pour être convaincu de la possibilité de ce genre de luxation.

La luxation de la rotule , facile k rècounattre, n*est guère plus difficile à réduire : il suffit de mettre la jambe dans une parfaite extension, et de ramener avec force, à Taide de tes mains, Tos déplacé en dehors de Tun des condyles du fémur. La luxation la plus commune est celle qui se fait sur le condyle externe. Rarement la rotule éprouve une rétroversion totale.

La luxation àix genou n*est presque jamais complète ; mais on Tobserve assez fréquemment incomplète, Tun des condjles du tibia se mettant en contact avec celui opposé du fémur , et vice versa. Il ne suffit point d'opéi'er la coaptation de la jambe , il faut la maintenir dans une rectitude parfaite et un rapport exact avec la cuisse , au moyen de notre appareil inamovible k fracture que le malade doit conserver long -temps : sans cela, la luxation se reproduirait spontanément et sans efforts.

La luxation complète du pied ne peut aroir lieu sans fracture à Tune des malléoles , mais elle peut se fiiire incomplètement, et c^est ce qu^on observe assez fréquemment. L'astragale peut former cette luxation, et sortir presque entièrement de l'articula-

tion du pied : il est même nécessaire , dans ce cas, d'en achever l'extraction. Cette opération a été faite plusieurs fois avec succès. Il faut ensuite se hAter d'appliquer un bandage compressif et inamovible sur le pour-, tour de l'articulation du pied, pour prévenir rinflammation \ ainsi , il faut laisser cet appareil le plus long-temps possible.

Les luxations àt^oHeiUne diffèrent pas essentiellement de celles qui surviennent aux doigts ; par conséquent les moyens d y remédier sont les mêmes.

Le baron Larrbt.

* LUXDORF (BoLLB Willcm), savant danois, né dans l'île de Seeland en 1716, cultiva la théologie , puis la jurispjudence avec un très-grand succès , devint secrétaire de la chancellerie en 1733, puis juge (1737), assesseur à la cour suprême de justice (1744), procureur - général près la' chancellerie ( 1749) , et enfin conseiller privé. Il mourut en 1788. On a de lui un recueil anonyme de vers latins^ Copenhague, 1775, iu-4o, 1784, in-8o. Wormius a publié un ouvrage de ce savant sous ce titre : Luxdorfiana èPlaione.

On trouve une Notice snr la vie de Luxdorf dans les Scriptor. rerum danicarum , Copen^ hague, 1792,in^ol.

LUXE. ( Morale et Économie politique, ) La matière dont nous avons à nous occuper en ce moment , a été tour à tour une occasion de plaintes, de réflexions plus ou moinsamères et d'écrits apologétiques , depuis que les hommes se sont constitués en corps de société. La controverse a été animée et elle dui^ encore, parce que y comme il arrive - communément on est entré dans les débats, sans fixer la valeur précise des mots et sans partir d'une définition convenue. Pour que cette dernière fût exacte, elle devait être susceptible d'être adoptée également par le philosophe , qui étudie l'influence des fait» généraux sur les mœurs privées , et par Pés crivain , qui , acceptant une échelle encore plus large , soumet à ses calculs les matières d'économie publique : or, la chose était impossible ; il falilait donc établir une distinction entre ce luxe qui , simple résultat du mouvement progressif par lequel les arts tendent à perfectionner leurs produits « ne concourt pas moins aux jouissances de la vie organique qu'à celles de la vie de rapport , et ce luxe bien différent qui , par une sorte de superfélation , crée des besoins mensongers , exagère les besoins vrais, les détourne de leur but, établit une concurrence de

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prodigalité ruineuse entre les citojens , oflVe aux uns des satisfactions d*amour*propre' qui enflent le cœur, mais ne le nourrissent pas , et présente aux autres le tableau trop déseèpérant d'un bonheur auquel ils ne ne pourront jamais atteindre; c est sur quoi il était indispensable de s'entendre.

Sous ces deux points de vue , le luxe , considéré dans un sens absolu , «era un malheur public, partout où il répondra aux désirs effrénés d*un petit nombre d'heureux, et où les masses de population auront la misère poor partage. Son effet immédiat sera alors d'avilir une grande portion de Fespèce humaine au profit de quelques maîtres, qui, pour la regf^rder de haut , n'en ont pas plus de dignité ; car il est h remarquer que tout bonheur exclusif renferme en soi quelque chose d'immoral , qui finit par dégrader , non-seulement les êtres qui en sont les tristes et honteux témoins , mais jusqu'à ceux qui s'en sont réservé la possession ; il semble qu'une nature bienveillante ait voulu nous annoncer de la sorte qu'assis au banquet de la vie , nous devons nous passer la coupe de main en main, et qu'il serait injuste qu'elle restât toujours collée aux mêmes lèvres. ♦ *

Dans le voisinage des châteaux , il n'est que trop commun de rencontrer des chaumières ; et, dans les villes où il s'élève beau* coup de palais, le peuple trouve à peine quelques abris pour y reposer sa tête. Naples, Venise, Milan, Rome, Florence et Turin sont surchargés d'édifices somptueux; mais ces superbes capitales abondent en mendiants , en laxaroni et en misérables , aux ordres de tout ce qui peut leur pajer un crime. Établi sur ces bases , le luxe est évidemment un fléau. Celui des lords irlandais, pour lesquels cinq millions de prolétaires s'épnisent de travail , et qui consomment à Londres leurs immenses revenus , frappe aussi de stérilité l'un des trois rojaumes de la Gi-ande-Bretagne. Il y rend une révolution imminente , et quelque périlleuses que soient les chances de celle*ci , nous n'oserions dire que les vœux de l'écrivain philantrope fussent condamnés à la repousser.

En Allemagne , il y a du luxe dans la classe prépondérante; mais il n'exclut pas l'aisance des classes inférieures : ce luxe ne saurait donc être un objet de réprobation , si d'ailleurs il n'est point accompagné d'immoralité. Quant au luxe de la Russie et de la Pologne, comme il est fondé , en grande par*

tie , sur le servage , nous crojont que le blâme doit Tatteindre. Cependant il serait encore possible dy voir un point de transition vers un meilleur ordre de choses. Il est ceitain , en effet , qu'en sortant de leur vie austère, les seigneurs moscovites et polonais ont répandu , dans les contrées sauvages du nord , le goût des arts et des jouissances qui en sont le fruit. Les magnats ont accepté ainsi de nouveaux besoins ; les besoins eux-mêmes , de façon ou d'autre, appellent de l'instruction , ne fèt-ce que pour y satisfaire ; et où celle-ci pénètre une fois , il faut qu'elle se propage , et qu'elle finisse par relever l'espèce humaine.

Si nos expéditions d'outre-mcr , nos croisades et des invasions aventureuses n'avaient jeté nos pères sur des plages lointaines , sUs n'en avaient pas rapporté des habitudes qui sont insensiblement entrées dans les mœurs, U est certain que la civilisation du monde serait bien moins avftncée qu'elle ne l'est aujourd'hui. Non, sans une certaine dose d'humeur , des moralistes se trouveront prêts à nous répliquer que nous avons perdu en ver^ tus ce que nous avons gagné en éclat et en dehors séduisants. Ici, se présente derechef la grande question controversée par J.-J. Rousseau avec une éloquence qui consiste plus en vives images , en rapprochements adroits et en oppositions bien contrastées , que dans une logique sévère. Nous croyons avoir déjà confié , à quelques p«g«* de çc recueil , une partie de la réponse qoe provoquait la chaude argumentation du citoyen de Genève; toutefois , nous remarque ■ rons ici que, depuis les Grecs jusqu'à nous, «il n'y a pas eu d'époque où les poètes et les prosateurs n'aient déclamé contre le luxe, n'aient crié qu'il allait toujours croissant , qu'il corrompait la morale publique et qu'il renversait le bonheur des familles. Si leurs plaintes avaient été fondées, maintenant que les progrès des arts ont répandu , d'une manière plus universelle, le goût des jouissances avec les moyens d'y atteindre, nul doute que la dépravation ne fût à son comble. H n'en est rien : les temps actuels , dont nous ne nous constituoas pas les panégyristes , exposent infiniment moins le genre hum««^ à rougir de sa propre histoire qu'il n'a eii » gémir de celle de Rome , de la Grèce , d|i Bas-Empire , du moyen âge , de nos querelles intestines et religieuses , du règne d& Valois, de U régence et des jours qui ont précédé la révolution française.

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D*un antre cdté, noua ne pouvons nous empêcher de remarquer que la condition humaine s^est améliorée de ce qui eût dà en amener la raine, suivant les assertions d'une fMile de moralistes , en guerre avec leurs siècles respectifs depuis bientôt deux miile ans. On a déclamé contre le luxe des édifices , et le citadin , évidemment mieux logé , circule dans les rues plus spacieitses , n'a plus son odorat affligé jusqu^au dégoût par Ja vapeur des immondices , respire un air que ne lui disputent plus des quaiS'étroits et des ponts surchargés de demeures insalubres. On s*est plaint de la richesse des parures, et une meilleure direction donnée à Tindustrië a couvert de vêtements propres et commodes la classe laborieuse. On a attaqué le luxe de nos tables , et des mets agréables, mieux manipulés , ont été substitués sans prdfnsîon à de grossiers aliments. Ces conquêtes , faites au profit de la vie organique, sont sensibles ; elles frappent partout les regards sans exciter la surprise, et, pour être entrée dans leur possession , notre espèce n'a rien perdu d'essentiel à sa moralité. An contraire , les masses en ont recueilli le bénéfice : en cherchant ses aises, l'homme a songé à aatruij en évitant la douleur, il a voulu répargncr à ses frères ; par cgoîsme même, il a dû se faire bon : c'était un moyen de plus de n*être pas inquiété dans ses jouissances.

Ainsi , les établissements publics sont mieux entretenus; les prisonniers de guerre traités avec plus de clémence ; les prisonniers pour délits ne subissent plus des supplices anticipés ; le moment approche ou ceqx pour dettes ne paieront plus de leur liberté leur 'malheur ou leur imprudence; les orphelins ont des dotations mieux assurées , les hospices des secours plus effectifs : d'où il faut condnreque, pour être mieux vêta , mieux logé et mieux uourri qu'autrefois , le genre humain est loin d'avoir subi une détérioration morale.

Les lumières ont certes le droit de revendiquer leur part dans les bienfaits dont nous jouissons , puisque la justice distributive elle-même y a gagné un perfectionnement incontestable. Qu^on en convienne : tout prévenu était traité en criminel. Coupable ou innocent , on le torturait avant que la loi du pays eût décidé delson sort. Les captifs languissaient dans les fers des puissances belligérantes; car, si les Pères de la Merci en rachetaient quelques-uns, le plus

grand nombre mourait à la peine. Le commerce des esclaves noirs ne blessait ni les mœurs , ni les consciences. Tout seigneur de fief, à l'exclusion de leurs enfants , s'emparait d'une partie de l'héritage de ses vassaux ; et sans scrupule , un aîné noble confisquait à son profit les moyens d*existence de toute une famille. Tout cela était tellement légal , que ces droits prétendus étaient mis partout sous la sauve- garde des magistrats, et même sous celle de la religion.

Lorsqu'alors on criait contre le luxe, ce n'était peut-être pas à tort , car il n'avait de réalité qu'en faveur de quelques-uns ; maintenant qu'il est presque universel , k bien dire, il n'existe plus ; on sait h peine sur qui et sur quoi tomberait le reproche. Il est facile en effet de reconnaître que la classe la plus élevée de chaque pays ne saurait, se créer une meilleure manière d'être , sans que celles qui sont au-dessous ne parviennent graduellement à améliorer leur condition , surtout quand le travail et l'industrie ont Un libre exercice.

Au reste , bien défini , qu'est-ce que le luxe? Un moraliste rigide nous répondra que c'est le superflu. Mais qui définira ensuite le superflu ? où commence-t-il ? où le nécessaire lui-même finit-il? Ceci devient évidemment une question de position sociale, de localité, et surtout de temps. Prendronsnous ce dernier h l'époque où Téphore retranchait une corde de la lyre de Therpandre ? Mais , dans ce cas , il faudrait briser nos clavecins de Pedsol, nos harpes, et presque tous les instruments dont les sons^ si bien gradués, charment les loisirs d'une société honnête. Daterons-nous de Catdn le censeur? Mais à son exemple , nous faudrat-il reiidi*e des lois qui déclarent les femmes inhabiles à recueillir les héritages? Pour réjouir ses mânes, chasserons -nous de Paris notre respectable Royer-Collard comme philosophe , le docteur Portai comn^e médecin? Nous permettrons-nous d'avoir sous nos ordres des esclaves , ainsi que le fît ce sévère magistrat? Et marchant sur ses traces , les vendrons-nous au marché quand ils seront devenus vieux et infirmes ?

Il est, à notre avis, fort douteux que réphore Spartiate et le senseur romain aient frappé un luxe préjudiciable aux mœurs, l'un en s'opposant aux progrès d'un art agréable, l'autre eu ne voyant dans les femmes qu'une fabrique de citoyens pour sa république ; mais on ne saurait nier que ce

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qtii fut luxe du tempg de tous les deux, quelques siècles plus tard ne Tétait plus.

Plusieurs de ceux qui nous lisent présentement ont été ^ comme nous , en position de constater l'apparition d'habitudes que des tolérances nouvelles finissent par introduire dans la vie des peuples , sans préjudice de leur vrai bonheur. Quel mal est-il résulté de ce que les Jontan§es , auxquelles une maîtresse de Louis XIV, donna son nom , aient passé ensuite dans la bourgeoisie , qui déjà ne s^en souvient plus ? Quel scandale est -il résulté de ce que les épouses des marchands , auxquelles Tusage des soieries était de fait interdit avant la révolution, soient vêtues aujourd'hui comme le comporte leur fortune ? Et la morale est-elle en péril de ce que les femmes de nos avoués prennent le titre de darnes^ tandis que celles des procureurs et des chirurgiens de Tancien régime , dans quelques provinces , n'avaient droit qu*à celui de demoiselles ?

Le rigorisme en cette matière ne serait pas sans inconvénients; il serait fort à cl'aindre qu'effrajés par le fantôme du luxe 9 non-seulement on déshéritât les hommes du privilège qu'ils tiennent de leur nature , celui de soigner leurs domiciles , leurs personnes, leurs promenades et leurs édifices publics , mais qu'encore il fallût les rendre stalionnaires de tous points , renfermer les arts dans des limites infranchissables , et retourner au système des jurandes et des maîtrises; ce qui ne pourrait s'opérer, au milieu de l'accroissement notoire de l'espèce humaine , sans enlever au travail ses principaux débouchés. A cela nous ajouterons* que la même main qui aurait à tracer ce nouveau code , porterait un coup funeste à la sociabilité des peuples.

En effet , comment pourrez-vOus civiliser une contrée ? Comment l'enlever à la barbarie, si ce n'est en substituant des mœurs plus douces à des mœurs sauvages? Mais n'est-ce pas en créant des. besoins où ils n'existent pas, qu'on atteindra ce but?

Qu'a-t-il h. démêler avec vous et avec la société , cet homme qu'une poignée de riz ou de patates sustente pendant un jour, et dont la dépouille d'une bête fauve réchauffe suffisamment les reins et la poitrine ? Vous avez vu qu'à peine les douleurs de l'enfantement et les soins maternels de sa compagne le retiennent auprès du foyer où son premier-né a reçu la vie ; au bout de quelques heures , ils retournent à leur vie er-

rante, la mère un enfant dans ses bras , et leur maître à tous les deux, un arc ou une massue sur les épaules; mais que cette femme en couches réclame une nourritare plus fortifiante , un abri mieux défendu contre la tempête , des vêtements qui , moins grossiers , conservent mieux la chaleur !

Soudain la cabane se dresse , le troupeau se rassemble dans Tétable , le lin et la laine sont mis en œuvre , la terre la plus voisine se défriche , elle produit , et la nourriture de ses habitants devient plus saine et plus abondante.

Pourquoi voudriez- vous , en arrêtant ce mouvement de l'industrie , empêcher que les parois de la chaumière se garnissent de planches ou de plâtre , que les tissus se façonnent d'une manière . agréable , et que l'époux puisse sourire en voyant son épouse parée du travail de tous les deux? La route des plaisirs honnêtes a été ouverte à l'homme : la volonté créatrice les a mis à sa « portée comme des éléments du bonheur. Ne proscrivons pas ce qu'elle autorise; tenonsnous seulement en garde contre l'abus ; car l'abus seul corrompt ; seul , il est préjudiciable. L'Écriture a bien dit que l'on courrait les risques de s'enivrer du fruit de sa propre vigne; mais elle n'a pas ordonné, pour cela , de l'arracher et de la jeter au feu. Dès que l'on est bon père de famille et bon citoyen , dès qu'on ne ferme pas son cœur aux peines d'autrui , et que 1 on a la sagesse d'établir autour de soi une sphère d'activité et de bonheur, Ton a le droit d'user de ce que l'on possède ; l'emploi fin doit être seulement réglé par cette prévoyance bien entendue, qui tient en réserve 4es ressources contre les jours mauvais. Faisons une dernière réflexion : l'homme qui, pour se plaire chez soi , a orné sa demeure suivant ses moyens , et qui ne doit ceux-ci qu'a un travail honnête, bien loin d'être corrompu par une prospérité qui n'a coûté de larmes à personne , sera encore le plus prompt à compatir aux peines d'autrui. L'habitude de l'aisance le maintiendra même dans un état de dignité , qui , en certains cas , moins rares qu'on ne le appose , servirait de supplément à la morale. C'est un roseau, mais tout faible qu'il est , il a empêché bien des chutes.

En résumé , l'étct des sociétés modernes repose sur un échange de travaux, de services réciproques et d'industrie , où le luxe , c'est-à-dire ce qui est compris sous ce nom ,

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occnpe mie très-grande place. En suppri* ; Kuit ce dernier, on renverse les bases du i/stcme social ; il faut alors renoncer à ces I Boimtkies tempérées et constitutionnelles, I oàU îant directrice consomme beaucoup , parce ipK la force agissante est appelée à proJnve beaucoup. Si les déclamations contnk luxe , ne se bornant plus à des lieux doomims stériles, retentissaient à Toreille ies peuples, dans les jours où nous sommes, éks deviendraient bientôt une sorte de prorocatioD au renversement de ce qui existe, oa la demande irréfiécbie d'une loi agraire.

Qa'oo 7 pense bien : des lois somptuaires te sauraient marcher sans un système de castes. Celui-ci donnerait de Timmobilité anxlortones, et c*est alors que , si le luxe, eo dépit des règlements , Tenait à surgir, ainsi qull arrive presque toujours, il serait k'U'fois corrupteur et avilissant pour Tespêee iunnaine. La dispersion des propriétés, qui est en partie son ouvrage, en a boocoup atténué les inconvénients. Au reste, nous n'avons point prétendu tracer, ^3as ces lignes, des règles de conduite pour ^ père de famille. Si nous nous sommes abitcDiis de répéter, après nos plus éloqoeots écrivains , que la tempérance et la ■odérabon dans les désirs sont les gages ^ plus assurés du bonheur domestique , c'ot «lœ nous croyons cette vérité présente ^ la pensée de tous nos lecteurs. Nous avons râit et raisonné d'après ce qui est; c'était Outre devoir ; il nous était prescrit par notre désir d'être vrai. Les utopies entretcnnent de douces rêveries ; on s'y aban- «ionne avec charme ; mais ei)fin ce ne sont ijoe des rêveries , et les méditations des pul>^icistes veulent aujourd'hui une nourriture plus substantielle. KiaATRT.

* LUXEMBOURG , l'une des plus illust'es musons de l'Europe , a possédé pluueurs souverainetés en France, en Aile- *»?iie et en Belgique, et a donné cinq empereurs et un grand nombre de princes , coonétables et maréchaux. — Luxembourg - Ijcit ( Waleran de ) , comte de Saint-Pol , ^ pris par Gibert , sire de Viane , à la ba- ^ de Baeswider en 1371, tandis qu'il ^t allié de la Bourgogne , puis par les Anflais qoand il fut au service du roi de Fnsce^ Mais pendant sa captivité il sut p^ire à Mathilde de Conrtenai, sœuruténoe do prince et l'épousa. 11 quitta ensuite \ TAngleterre , et ne pouvant paraître ni dans ies Pays-Bas ni dans la France, où il était

regardé comme traître à cause de son mariage avec une princesse du sang royal anglais , il se retira chez le comte de Moriammez, son beau-frère, et y resta jusqu'à la mort de Charles V. Rentré en grâce sou) Charles VI, il le suivit^n Bretagne, fut son ambassadeur à Londres, et gouverneur de Gênes. En 1 391 , il ravagea le pays de Luxembourg pour son propre compte ; eu 1403, il fît une descente dans l'île de Wight , provoqua en duel Henri IV , successeur de son beau-frère Richard II. Huit ans après il eut le titre de gouverneur de Paris , institua l'horrible milice des écorcheurs, fut créé connétable en 1412, vainquit Tarmée des Armagnacs en Normandie, et prit Domfront.

Il mourut en 1417 au château dlvoi, sans postérité.

* LUXEMBOURG-LIGNY (Pibmb de) , frère du précédent, né à Ligny en 1369, chanoine de Notre-Dame de Paris h dix ans, puis archidfacre de Dreux , archidiacre de Cruselles , enfin évêque de Metz et cardinal-diacre (1384) , donna à la cour d'Avignon l'exemple de toutes les vertus, et songeait à se démettre de son évéché et de tous ses bénéfices , quand il mourut en 1387 , âgé de dix-huit ans. Il fut béatifié en 1517- On a sous son nom deux petits traités de piété : Liut'e de clergie,,, translaté de latin enjrançait , Paris ( sans date , gothique ), in-4o ; et la Diète du salut , Paris , 1506 , in-4«. Sa vie a été publiée , Paris , 1650 , 1671; Avignon, 1777, in.l2. — Jean de Luxembourg, abbé d'/i'/T* , publia en 1547 V Institution du Prince , de Guillaume Budéc , avec des scholies , in-fol.

♦LUXEMBOURG (Louis de), connétable , comte de Saint-Pol , succéda à son ]>ère Pierre de Luxembourg , sods la tutelle de son oncle. 11 avait alors quinze ans. Celui-ci commença par lui faire contempler dans la campagne contre les Laonnais toutes les atrocités de la guerre la plus furieuse, et Texcita à la férocité en lui faisant massacrer nombre de prisonniers de sa propre main. Ennemi juré de la France , ami des Anglais , il refusa sa signature au traité d'Arras (1435) , et en 1440 il enleva en pleine paix un convoi d'artillerie du roi de France. Charles VII ordonna sur-le-champ d'aller ravager toutes ses possessions ; mais les prières de la comtesse sa mère le fléchirent ; Louis eut sa grâce et vint à la cour de France , où il fut si bien accueilli qu'il abjura, ostensiblement du

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