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cède la tranche du côlé du mors. On colle sur le dos, par les bords seulement, du cdtè du mors, ce qu'on nomme la carie; c*est un carton mince qui recouvre le dos , et qui en a la forme , atin de recevoir la cou* verture , et par ce mojen , on met le volume ù dos brisé.
La peau de veau est celle qui donne les couvertures les plus solides: On coupe la peau de grandeur convenable , après Ta voir fait tremper dans de Teau bien claire pendant un quart d'heure. On pare les bords de la peau , c'est-à-dire , qu'avec un outil bien tranchant on en amincit les bords , qu'on réduit à rien. On le colle sur le livre en l'étirant bien dans tous les sens. Le plus important consiste à bien 'coller les coins , et a faire ta coiffe tant en têlc qu'en queue. On colle ensuite les gardes , et il ne reste plus qu'à dorer le dos et j placer les titres.
Donnée. On gUirc le dos avec du blanc d'oeuf pur ; on fixe de l'or en feuilles sur les parties qui doivent être dorées , et on laisse sécher. Avec des fers gravés en relief, que Fouvrier fait chauffer au point convenable , il marque tes nerfs ^ place les ornements , écrit les litres , etc. , Partout où le fer chaud a touché , l'or se trouve fixé : on frotte avec du coton non filé , et tout ce qui n'a pas reçu l'impression de la chaleur s'enlève. On conserve ces brins de colon pour ' en retirer l'or. On met en pi*esse et l'on serre fortement.
PoUssure, L'ouvrier polit d'abord , à l'aide d'un brunissoir eu agalhe , les tranches ; ensuite , avec un tampon en laine, il passe légèrement un peu de suif sur tout le plat de la couverture , eu tiécrivant de petits ronds ; il n'en passe pas sur le dos. Ensuite, avec le Jer à poser , il brunit toute la surface du plat, ainsi que le dos, dans tous les sens.
On le vernit enfin , et l'on polit le vernis avec un nouet de drap fin blanc rempli de coton , et sur lequel on met une goutte d'huile d^olive qui le fait glisser. Alors le volume est terminé.
Le lecteur qui aurait intérêt à se procurer de plus grands détails sur l'art dont nous venons de parler , consultera avec fruit le Manuel du Relieur ^ par L.^Séb. Le Normand. Lehormand et Mbllbt.
RELIGION. (Moraleet Philosophie.) Tous tes législateurs ont pris le soin de donner une sanction h leur ouvrage. La société ne saurait récompenser individuellement le respect des lois chez les citoyens : c'est le
cas général sur lequel on compte ; Tordre en est le résultat , et Testime publique y de* vient seulement le prii de la bonne conduite de chacun. Mais le cas exceptionnel était à prévoir , et des peines ont été attachées aux délits suivant leurs degrés divers de culpabilité. On s'est aperçu que ces mesures ne suffisaient pas à la répression des passions. Les sages ont parlé. Après être descendus en eux-mêmes, ils y avaient déjà trouvé la morale , qui est la conséquence immédiate des rapports sociaux ; ils y avaient trouvé aussi le sentiment d^une force prédominante dans la nature : il était simple de rallier ces deux découYcrtes , et c*e$t de leur idée complexe que s'est formée celle du de^ voir , qui dès lors a eu sa sanction toute prête. Celle-ci ne pouvait venir que de haut- Destinée 2k régler la vie présente, elledevait s'adresser à la vie future. Il était très- facile de marcher dans cette route, peut-être même de s'y égarer h la voix des intérêts ; car l'homme est une créature essentiellement religieuse. Nous confesserions volontiers ,' et sans être efi*rayé de cet aveu , qu'il est tellement porté à admettre autour de lai des influences occultes , que , d'une extrémité de la terre à l'autre , on Ta va accueillir les croyances les plus bizarres et les plus indignes d'occuper unç place dans sa pensée.
Ce serait folie que d'entreprendre la simple énumération des cultes qui ont exercé ane autorité sur les esprits depuis qu'il existe des sociétés, se dispensât-on de comprendre au nombre de celles-ci les tribus de sauvages qui ont foulé les savanes du Nouveau- Monde , et les hordes qui ont parcouru les déserts aujourd'hui silencieux de l'A&îe , où le genre humain parait avoir eu son berceau.
Quoi qu'il en soit, vous rencontrerez partout des traces d'adoration. L'ignorance la plus profonde des arts qui contribuent aux douceurs de la vie, la privation la plus entière des institutions qui en assurent le i*epo8 , n'ont empêché nulle part l'essor de Tâme vers un pouvoir inconnu dont on a voulu fléchir la colère , implorer ou reconnaître le bienfait. L'esprit de rhooame, involontairement ou non , s'est lié à quelque chose d'extérieur à lui-même , mais dont il avait pourtant la raison suflisante dans ses aperçus et dans sa propre activité. L'autel n'est sorti de terre que pour répondre à te besoin. D'abord modeste , il a été de pierre ou de gazon; il s'est ombragé du feuilla^
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des arbres comme danâ led ancienDes Gaules, ou il a été construit sous un ciel découvert, ainsi que les traductions bibliques nous le montrent sur la montagne de Moria dans la Palestine. Plus tard , quand les religions se sont établies, quand, sous la main des prêtres , leurs préceptes se sont rassemblés en un corps de doctrine , les temples ont ajouté à Ja majesté du culte. De Tenceinte étroite de quelques pieux , qui soutenaient un toit de peaux de brebis, ils se sont élancés dans les airs arec l'appui superbe de la colonne ionique ou corinthienne. Mais ce n'est pas l'appareil de ces constructions qui a conduit au sacrifice \ ce n*est pas le sacrifice lui-même qui a dit aux genoux <le fléchir. S'il n'avait existé daus Thomme un germe d'adoration tout prêt à se développer, si le sentiment de notre faiblesse ne s'était fait jour au milieu des phénomènes imposants qui nous révélaient une puissance sous la protection de laquelle il nous importait de nous placer, nos regards se fussent tournés vers le ciel , sans lui rien demander; nous eussions gémi sans en riea attendre.
Soyons - en certains , l>oracle n'a pris la parole que parce qu il a étë interrogé , et la Divinité n'est venue remplir le sanctuaire de sa présence que parce que dès auparavant les mortels l'avaient trouvée au fond de leur cœur.
La religion naturelle a donc précédé toutes les autres. C'est sur celle-ci qu'elles se sont implantées. Avec une racine commune , leurs rameaux se sont diversement ombragés. Ici leur fane a été triste et sombre ; là leur verdure a été riante et amie de l'œil.
Cependant chacune a eu son caractère positif; toutes sont également attestées ; en droite ligne , leurs preuves descendent du ciel. Le disciple de Brama et celui de Mahomet ont leurs livres sacrés , où cette origine se fonde d'une manière irréfragable. L'esprit des croyants s'est attaché à la démoutrer par tous les témoignages qui sont en possession de la confiance des hommes, et il faut avouer que partout il y a assez bien réussi.
Il serait, en effet, aussi difficile d'en révoquer en doute les articles fondamentaux que de nier l'existence de César ou de Napoléon ; car la vie de ces illustres capitaines n'est pas mieux établie dans l'histoire , que le culte de Visnou et celui du prophète de la Mecque ne le sont dans la pensée de l'Indien des bords du Gange et de l'Arabe du désert.
Cependant ces codes religieux et presque
tous les autres se condamnent mutuellement, ou impliquent contradiction. On ne saurait admettre celui-ci, sans réprouver celui-là : que doit-on en conclure? Que le sentiment des principes conservateurs qui intéressent la généralité du genre humain ne peut plus être sujet à controverse , puisque tous les cultes y ont pris leur point de départ. Quels que soient les emblèmes dont il se voile, les symboles sous lesquels il se cache , sur toute terre , ce sentiment a droit au respect du sage. La pagode, la mosquée , le temple et l'église répondant pareillement à ce qu'il y a de plus élevé dans le cœur humain , de plus grand dans ses espérances , de plus certain dans son avenir. En désaccord sur de simples accessoires, tous ces établissements déposent, jusque dans leur bigarrure , de notre immortalité garantie par la justice d'un Dieu et la conscience de l'homme. L'erreur est peut-être partout dans les mots ; peutélre les signes mentent, eu tant que représentation arbitraire et variée de ce qui est un et simple de sa nature; mais, h coup sûr, la vérité est dans la chose, l'unité dans l'intention. L'homme se sent faible , et il craint; il prie et il espère d'un bout du monde à l'autre : c'est assez , il n'y a pas de raisonnement qui puisse infirmer les conséquences de celui-là.
Ainsi , dans les religions , il y aura toujours deux parties distinctes : Tune, immuable , intime et permanente , a sa vie en nous. Elle tient à notre être, elle y a ses attaches; l'esprit ne saurait se remplir sur lui-même sans la trouver. C'est un des besoins les plus positifs de notre natuit} :
aussi demaude-t-il partout des aliments qui lui soient propres. On peut l'exagérer par un fa uxzë le, l'égarer par la superstition, le condamner au silence par l'ivresse des passions ; mais il ne meurt jamais. Pour le réveiller , il suffit souvent d'un beau ciel qui vous éclaire , d'un orage qui vient gronder sur l'horizon , d'une voix douce de femme qui se fait entendfe à la porte d'une chaumière , asile de paix et d'innocence , ou de l'aspect imprévu d'un enfant que la Providence jette entre le crime et celui qui le médite. Combien de fois le son de la cloche funèbre qui accompagne le villageois à son dernier asile après une vie de peines. Combien de fois un coucher de soleil et une journée d'automne qui reflètent à nos côtés leurs teintes de mélancolie , au milieu des folles dissipations du monde, n'ont ils pas excité un
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trouble inefiable dans notre sein! Alors, on peut le dire , Dieu parle k notre âme; il se rend présent à nous , et il nous rappelle , avec plus ou moins de succès , à nos devoirs oubliés et à notre destination méconnue.
C'est dans ces sortes d'avis , plus multipliés pendant une carrière d'homme qu'on ne le suppose ordinairement, que nous discernons le sentiment religieux.
Le culte est la forme que revêt ce sentiment , ou plutôt celle qu'il reçoit des accidents divers du climat, de l'influence des site^ sur les caractères , des luttes que les • peuples ont- eu à soutenir avec eux-mêmes ou contre des voisins avant de parvenir h la civilisation , euGn de la portée de certaines esprits supérieurs, qui, se saisissant delà société dans l'état où elle se trouvait, lui ont imprimé un cachet d'autant plus durable , que c'est à Tautel même qu'ils en ont demandé l'empreinte.
Telles sont , en partie , les causes de la diversité des systèmes religieux qui ont doimé une physionomie particulière aux grandes divisions de la famille humaine.
Faudra-t-il s'^ètonner que, variés dans leurs injonctions , dissidents autant qu'absolus dans leurs dogmes secondaires , quoique réunis par les dogmes principaux sur lesquels s'appuie toute religion, les cultes aiejit été généralement exclusifs et dominateurs ? Non , puisque , si les dogmes fondamentaux appartiennent au sentiment reli' gieux , qui est le même d'un bout de l'univers à l'autre , les dogmes secondaires ue sont , pour ainsi dire , que les signes au nom desquels certaines fractions de la so* ciété humaine et certains chefs de ces fractions ont prétendu à des prérogatives , en communauté desquelles ils ne recevront jamais que des adeptes soumis à leur pouvoir. *
Le cercle de la religion est grand f celui des cultes est étroit. Leur insociabilité tient à la foi même qui les anime. Dès qu'ils vivent en parfaite harmonie , dès qu^ils se tendent la main l'un h l'autre , le cercle de la l'eligion peut s'élargir , mais bien certainement celui des cultes s'efface. Ceci ne peut arriver, sans qu'ils s'éloignent de la pensée qui les créa. En toute exactitude, ils s'en détachent , ils ne sont plus ce que le fondateur avait'voulu qu'ils fussent. Un juif tolérant, se mêlant à l'étranger, circulant dans les fêtes et dans les riches h<)te1s des capitales de l'Europe, n'est plus le juif au-
quel Moïse rendit abominables ces sortes de réunions. Dès qu'il trouve des joies ailleurs que sous les tentes d'Israël, il a effacé son nom du livre qui contient les noms des enfants de Jacob. Ainsi eu sera-t-il des autres cultes. Nous ne nous plaindrons pas d'une condescendance qui , sans mettre en péril les vérités essentielles au bonheur de l'homme , parce qu'elles sont le gage de son avenir , aura enlevé à la doctrine religieuse des peuples des aspérités trop repoussantes ; nous ne nous affligerons pas de ce que , dans tels cantons de l'Allemagne et de la France, le pasteur protestant et le curé catholique, h des heures difl<èrentei, appellent dans le même temple leurs fidèles à la prière. C'est un progrès du temps , dont nous rendrons grâces au ciel ; mais nous dirons aussi que ce pasteur et ce curé, que les coreligionnaires de l'un et les ouailles de 4'autre ne tiennent que légèrement aai croyances dogmatiques , qui , trois siècles plus tôt, eussent rendu ce rapprochement impossible. Ceci nous met sur la trace d'une lettre adressée au duc de Savoie par saint François de Sales f lettre dans laquelle Vhvêque de Genève se plaignoit amèrement de ce que la cloche qui avertissait ses diocésains de l'heure des saints offices , serrait également à annoncer celle du prêche. « be même , son ajoutait-il énergiquemeot, ne doit pas rallier les enfant» de Bélial et cenx du Christ. « Pour son temps , M. de Sales avait raison ; peut-être aujourd'huit parlerait-il un autre langage , qui encore , suivant nous , décèlerait un relâchement d^ns le& croyances secondaires (1).
Toute religion , au surplus , doit avoir pour objet principalde prendre sous sa sauvegarde , même dans Tordre temporel , ce qui importe le plus au bonheur des peuples; nous voulons dire les principes de justice , de pitié envers le malheur , de respect aux lois , d'attachement k la famille , d'activité dans le travail , sans en exclure les joies innocentes du repos dont une nature bien ordonnée nous impose l'obligation. Dieu qui , par qn admirable calcul, a fait dériver toute vertu de nos rapports sociaux, a voulu la vie des nations , comme celle de l'homme, comme celle de chaque être animé pris isolément.
Les sociétés périssent peu par des calamités
(1) CeUe leUr« appartient en origfod i M. d* 'Villenavo. Le portefeuille de ce Mvant dittivfoi e«t ridie on autographes non moins remar^aUei.
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physiques ifsaes d*une pertnrbation élémeiitaire ; eUes saccombent presque toutes par des causes morales qui , s'attaquant aux persoDnes , détournent leurs efforts d*un but de conserration et flétrissent dans sa fleur la félicité du toit domestique. Tout ce qui peut éterniser cette vie d'ensemble par le respect des droits individuels , tout ce qui p*eut la rendre et plus supportable et plus douce , est donc du domaine d*une religion éclairée.
Certes , cette dernière aura toujours des douleurs à consoler , des plaies h guérir; elle doit aui âmes tendres une nouiriture qui leur soit appropriée ; si elle ne sèche des larmes vertueuses , il lui appartient de faire entrevoir aux yeux qui les versent des jours où les distributions seront réglées sur les mérites. Mais ce n'est pas assez pour elle :
quelque beau que soit son ministère , quand, prenant Taffligé par la main , elle semble d'avance Tintroduire dans un monde meilleur , il n*est pas moins digne d'elle de mettre un terme au désordre par lequel la destinée de milliers de créatures innocentes , dès leur berceau , se trouve compromise. Le privilège a régné assez long-temps sur la terre; assez long- temps il jr a eu des heureux et des malheureux, désignés pour tels , par le seul fait de leur naissance ; l'espèce humaine, presque partout abaissée au-dessous du titre dont l'Étemel , dans chacun de nous , a marqué son ouvrage , demandait k se réfugier dans le droit commun. Le cri de sa douleur a été écouté ; il serait impie de s'opposer au grand mouvement social qui se manifeste de toutes parts , et dont nous sommes redevables aux eflbrts combinés des plus célèbres génies dont la présence ait réjoui la terre. C'est par eux qae , d'intervalle en intervalle , de siècle en siècle , nous avons appris que le ciel ne noas avait pas délaissés. En effet, l'idée qu'il nous est permis de nous former de lÊtre suprême nous ordonne de croire à une bonté providentielle sans cesse agissante. Si, dans le repos des sociétés elle ne sommeille pas, elle marche également au milieu des troubles civils, quand les nations trouvent en elles-mêmes asseï d'énergie pour survivre h ces orages. Ici nous ne saurions nous dispenser d'adorer une sage direction de causes secondes qui , se bornant à mûrir la raison publique, laisse à l'homme et son libre arbitre et le mérite d'avoir préparc ses propres deatius. Un examen impartial des anciens jours et de ceux où nous sommes apprendrait à chacun quel a été Tespace parcouru. Il se- 7om« 19.
rait facile de démontrer par des faits qui , de tous les arguments , sont les plus solides , qu'en morale même il y a eu des progrès , soit qu^on applique celle-ci aux masses , toit que l'on se borne a remarquer son action dans la vie privée. Une extension notable de l'existence relative a ajouté à la dignité de l'homme; estimé au dehors, compté pour quelque chose par le suffrage qu'il apporte aux affaires de son pays , ses foyers lui sont devenus plus chers. A des êtres sans importance , il fallait des dissipations ; à des citoyens occupés , il faut le bonheur que donne la famille. Cette amélioration est sensible ; elle frappe tous les bons esprits ; le christianisme a le droit d'en réclamer sa part , puisque son influence a été loin dy être étrangère. Par l'égalité devant Dieu , qu'il a été le premier h professer au pied des autels, il nous a conduits h l'égalité devant la loi si diCBcile h obtenir. Pourquoi refuserait-il de s'associer aujourd'hui à ce beau mouvement auquel il a donné la branle? Pourquoi sa main essayerait-elle de fermer les portes du saint édifice dont il a posé les fondements , et dans l'enceinte duquel toutes les nations de la terre incessamment chercheront un asile? Ce serait se rendre infidèle h la parole qui lui a promis l'empire du monde. Il y aurait même ici un contre-sens palpable.
A notre vif regret, nous sommes toutefois forcés de reconnaître que le clergé catholique de l'Europe, dans sa tendance actuelle , s'éloigne de la ligne tracée par le livre de sa loi. La responsabilité à laquelle il s'expose sera d'autant plus grande devant Dieu et dans I histoire , qu'adapté à tous les temps , venu même en son temps propre , le christianisme bien compris nous semble plus particulièrement applicableà l'ère présente. S'il ne Ta puissamment hâtée , au moins il n'y sera jamais un anachronisme. Sa haute phi- Sophie avait déjà laissé loin derrière elle tontes les autres philosophies. Avant son établissement, les touchantes communications qui lient l'homme à son Créateur, étaient presque ignorées. Les dieux des anciens participaient trop de notre nature pour être les objets d'un respect soutenu. En s'inclinant , les frontj avaient à rougir pour eux devant l'autel. De \h , les chefs d'école sentirent la nécessité de fonder , en dehors do cidte même , des principes de morale propices à régler leur conduite et celle de leurs disciples. Privée de son point d*appui nécessaire , leur doctrine fut chancelante. Dans
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robscarité doDt le ciei se comrrk à leuri yera, ils suivirent des routes dÎTerscs , et presqve toutes erronées. Cenx-là seuls qui , interro* géant leur conscience , recoururent à la loi naturelle, religion toujours vivante , grâces à ce f uide , échappèrent à des chutes honteuses. Encore s^cn trouva-t-il dans le nom* bre qui tirei'entdes conséquences outrées de leurs notions primordiales , comme le firent les Stoïciens, ou qui ,à Texerople des Plalotiicîen8,voulurentdoter leur ouvrage d'une perfection dont les établissements des hommes ne sont point susceptibles ; car il est il remarquer que , depuis Socrate , la morale s'akéra en passant pur U bouche de ses successeurs. Ce sage fut à son siècle ce que Jésus-Christ fut à la philosophie ancienne. Toujours en deçà ou eu delà , les autres bouleversèrent les idées reçues , plongèrent les esprits «Uns un doute désespérant après le% avoir nourris dHllnsions , et ouvrirent les portes au sceptieisme qui , de toutes les absurdités du temps , fut , sans contredit , 'la moins déraisonnable*
Telle était , il jr a dix- huit siècles , la situation de la partie la plus éclairée du genre humain , sous le rapport des principes religieux. On peut juger de leur pauvreté par la nature des influences contre lesquelles Ton avait eu à se prémunir. Quand le ciel même semble conspirer contre la morale , à quoi •e rattachera -t- elle? et à quel protecteur aura-t-elle recours , qui ne lui laisse craindre de périr un peu plus tôt un peu plus tard dans un commun naufrage ? Le christianisme vint mettre chaque chose à sa place; il affermit les bornes qui séparent le vice et la vertu ; à bien dire , il les planta. Avant lui , le pardon 4es injures n'était que le mépris de celui qui nous attaqué , la patience dans le malheur un hommage rendu à la nécessité , Tamour de la patrie un égoïsme concentré dans Tenceinte de quelques murailles , et la pudeur n'offrait elle-même qu'un aliment de l'amour, ou un sacritice fait à l'opinion publique.
£coatec Épictète ; il dira , en souriant , au maitre qui le torture depuis une heure :
« Je vous avais bien prévenu qu^en continuant ainsi vous me casseriez la jambe. « A louïe de ce trait d'impassibilité , ne croiriez-vous pas entendre parler d'nu vil meuble |ilacé par le hasard entre les mains d'un furieux qui le brise? Je ne nie pas qu'il ny ait de la force d'ame dans l'abnégation que l'enclave d'Épapfarodite lait de son corps; mais le
méprÎB qu'il en montre n'atténne-t-il pas ee mérite? Le sentiment d^indifférence q« il affecte à cet égard n'est-il pas ezagéré , et , par cela même , atteint de froidure ? L'ouhii dn mal physique , peut-être celui d'un traitement barbare, s'y trouvent; mais je ne vois pas trop à qui on en offre le sacrifice , ni ce qu'on en attend. Cependant , comme nous l'avons déjà remarqué ailleurs, l'homaie ne donne rien pour rien ; tout au pins , il s'ajourne. Ceci me rappelle qu'Épictète n'estimait pas médiocrement la philosophie de Pyrrhon , et qu'à l'exemple de ce sceptiqne il aurait bien pu apprendre à douter de tonl, et jusque de la douleur.
Celse , très-peu chrétien , ainsi que personne ne l'ignore , ne craignait pas d'élever ce Irait au-dessus de tous ceux qui signalent la vie de Jésus. C'est un sentiment auquel il serait difficile de se rendre. J'aime que l'homme sache ici bas ce que c'est que le mal, puisqu'il y est sujet par sa nature ; j'aime qu'il le supporte avec courage , et qu'il n'en toit point abattu , mais qu'il en sente aussi la poignante étreinte. S'il ne soufire , il n'e»t pas de mon espèce; dès-lors, je ne le reconnais plus. Impassible, il m'humilie tout autant que , dolent et plaintif, il me fatigue, sans m'iuspirer un intérêt durable. Le fondateur du christianisrae a tout ce qu'il (aut pour que , dans ses peines , je sympathise avec lui ; il confesse que son ame est irisle ^ mais il la possède en paii ; il pitit , mais sans reculer devant l'accomplissement de sa mission. Je remarque même qu'aucun à^ sentiments tendres ou sublimes qui lui étaient fomiliers ne Tabondonnent. J'onvre au hasard le mémorial de sa courte carrière^, tracé de la main de ses disciples (conformiié honorable pour Socrate qui n'avait rien écrit non plus) , et j'y vois que celui qui se laissait approcher avec plaisir des enfants , qui rappelait sans aigreur les courtisanes à la vertu , qui consolait les affligés , et qsi frappait d'une sentence de réprobation les oppresseurs et les hypocrites, du haut de l'arbre ensanglanté et du sein de la douleur, ne prononce pour tonte plainte cootre ses bourreaux que ces seules paroles : • O moa père , pardonnez-leur , car ils ne savent ce qu'ils font ! • Celse est jugé. Qui ne voit pâlir ici la philosophie d'Épictète ? Qui nf serait tenté de croire que l'on y prend «a rdle , tandis que l'Évangile nous nuMitrc l'Être divin dans toute son élévation , et ne lui dérobe aucun des caractères d« celle
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Jiomamttt à laquelle il a "voulu appartoair ?
Le fondateur du christianisme a élé accusé d'a?oir combattu les tendres affections qui font le charme de notre eiistence ; au moins s'esl-on autorisé de ses préceptes pour leur déclarer la gueiTe. C'est qu'on a eu le malheur de ne le pas comprendre. Presque tous tes commentateurs , en se bornant à saisir la lettre de ses discours, en ont méconnu Tesprit. Au reste , si parla doctrine on juge quelquefois des actes , il est bien plus ra-r tionnel de chercher dans les actes le secret de la doctrine , Or, le fils de Marie , loin de rider son front à Taspect des plaisirs décents , accepte les repas des publicains ; il y lait le premier essai «de son pouvoir sur la nature pour prolonger la joie des con?iyes ; plusieurs femmes 8*attachent à %Qi pas; il permet à 1 une d'elles de répandre des parfums et des pleurs d^attendrissement sur %eB pieds. Dans cette aBecUon cxpanaive, il trouve fiti motifs d'indulgence pour des fautes nombreuses. Placé dans une telle position qu^aucuue créature ne puisse s'élever jusqu'à lui , et qu'il ne puisse descendre )usqu'aux filles d'Adam, il ne labse pas de rendre hommage à la plus douce et à la moins impétueuse des passions humaines , en se choisissant un ami, et en laissant le disciple bien-aimé reposer sur son sein avec un tendre aband^. Sa vie n'est qu'one vie d'amour que son cœur chaud et sensible termine par un trait d'amour. A Theure solennelle où le sacrifice prédit va se cousommert au milieu des intérêts iouoenses qui pèseat sur la tète de Thommo de douleur , il se souvient de ce qui va rester derrière lui.' Sadiant quel vide creuse chea une mère la porte d'un fils , ches un ami celle de 8<mi ami, il donne à Marie un en&nt adoptif , comme pour tromper la nature f à Jean une mère , pour qu'ils puissent le pleurer et se consoler ensemble. Ainsi, dans tous les deux se faisant substituer par un autre lui-même, il semble laisser tomber encore un regard dé tendresse sur une terre prête à s^efl^cer sous ses pas. Les dernières paroles qui ûchappent à stê lèvces ont pour objet la ré* daction de ce contrat d'échange , digne testament de celui qui ne parut parmi les enfonts des hommes que pour leut apprendre "k se supporter et à se chérir !
Accordez à cet observations le poids qu'elles méritent, entres dans l'esprit d'une telle carrière de législateur , et vous verres , par l'autorilc des aotcs , que.le précepte ae
lienverse rien de ce qui constitue ioi-l>as le bonheur des familles ; qu'il n'est venu briser aucun des liens dans lesquels notre nature se plaît à s'enlacer. Ainsi cherchez un sens qui n'exclue aucune des émotions sous lesquelles les cœurs vertueui: palpitentr avec délices , dans ces passages trop mal expliqués par la foule des écrivains ascétiques :
« Je suis venu apporter le glaive et le feu » sur la terre ; je suis venu séparer Tépous • et réponse , les pères et les enCsnts. Celui » qui aime son ame la perdra. • Rendues à leur nécessaire interprétation , ces paroles « et quelques autres que nous nous abstiendrons de citer , sont évidemment applicables aux seules passions dont le propre est (le troubler l'existence, et do la détacher d'une perspective qu'au milieu de ses joie« les plus innocentes rhomnw ne doit pas perdre de vue.
Les religions ont eu toutes une destinée bien singulière! Envisagées des leur bei*ceau , elles ne respirent que justice , concorde, commisération et philanthropie. Dans rin)(érét bien entendu de la vie présente »
leurs forces, par une direction qui leur est généralement commune, sont employées ù fonder lu vie future. Deux grands principes les dominent plus ou moins : Dieu et notre immortalité. Cependant quelques siècles , quelques années se sont à peine écoulés que la doctrine des mystères et des signes étoufle les vérités les plus essentielles. Voyez le christianisme : à combien de controverses oiseuses et môme funestes n'a-t-il pas donné lieu ! Les dogmes qui lui sont propres d'une manière exclusive occupent très-peu de place dans l'Évangile , comparativement aux belles notions de Texiskence de Dieu et de la vie future qui en sont les pierres angulaires. A chaque page , il y est parlé du Pè^'e céleste , et de la charité qui doit unir lu grande famille , dont nous sommes ici-bas les membres épars ; partout la voix de l'avenir y retentit pour consoler l'homme de bien , et pour imprimer une terreur salutaire à l'ame du méchant. Lises le discours de la Montague , c'est une charte tout entière proclamée au profit du malheur et des vertus obscures ; c'est bien là auui ce qui devrait être sans cesse présent à lu pensée des successeurs des apôtres, s'ils avaient voulu marcher sur les traces du maitre \ mais au lieu de rassembler , autant par la pratique que par la foi, les matériaux de l'Église universelle, on a vu l'Église du
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moyen Sge se jeter dans une carrière de disputes tbéotogiques qui , d*ane extrémité du monde à Taatre, ont ensanglanté Tuntel du Dieu de concorde. Ce qu'il y a de meilleur en nous a été détourné de son but ; le sacrifice de la raison a été insolemment demandé au nom de celui qui en (it Tattribut le plus noble de notre nature; et la vie, qui pouvait être conduite utilement h de touchantes abnégations , a été immolée aux idées stériles d'une perfection imHginaire.
L^erreur de nos pères leur a été fâcheuse.
Plaignons-ies; mais ayons garde de les traiter avec mépris ; les temps qui nous favorisent n'étaient pas |>our eux. Epargnons aussi le christianisme innocent de leurs torts ; bornonsnous à le rétablir dans la dignité de son origine , sans Taccuser, car tous les cultes ont snbi les mêmes destinées ; tous ont été surchargés de pratiques et de superstitions, sous lesquelles la pensée principale a disparu. Religieux d'abord , le genre humain a fini par devenir presque partout idolâtre.
Voilà sans doute ce qui a autorisé quelques penseurs célèbres à marquer le chiffre de la borne au pied de laquelle doivent expirer la plupart des religions. Ils ont cru ne pouvoir leur assigner plus de deux mille ans de durée. L'événement viendrait h justifier l'oracle , qu'il ne serait pas permis d'en tirer des inductions peu favorables aux croyances essentielles. Quand les cultes se sont organisés , pour avoir de la force , ils ont dû la chercher dans leurs rapports avec les mœurs, les besoins et les habitudes des peuples : ce préalable était nécessaire. Les dogmes principaux ont pu s'attaquer avec succès à nos penchants déréglés ; une lutte corps à corps contre nos passions leur était permise ; mais à coup sûr l'institution religieuse, en d'autres points, a dû se monter au diapason de l'intelligence humaine , partout où elle a eu à s'adresser aux esprits , partout où elle a eu à parler aux yeux ; certaines formes sociales ont même exigé un respect illimité. Ainsi le christianisme a-t-il fait par rapport au judaïsme sur lequel il avait h prendre racine en Syrie; ainsi a-t-il dû se ressentir, sous beaucoup de rapports , de l'état airiéré de la civilisation européenne au milieu de laquelle , plus tard , il a planté son drapeau. C'était beaucoup pour lui que de poser des principes et de semer de beaux germes , remettant à une époque plus propice d'en obtenir le développement. Il a rencontré sur pn route des serfs, des esclaves de tontes
couleurs , des grands feudataires , des mal' très de tous étages .. des droits féodaux de toute nature , l'inégale répartition des propriétés laissées par le père commun ; tantôt celles-ci dévolues au fils atné , comme héritier du fief . tantôt au fils cadet , comme dana 1 usement de Roban en Bretagne ; il s*est vu jeté au milieu de l'ambition de ses propres chefs qui , après s'être déclarés princes spirituels , se sont saisis des deux glaives . qui ont ceint leurs fronts de couronnes et de tiares , qui ont eu des palais et des soldats sous leurs ordres , des trésors et des juridictions; contraint de subir , avec ces influences , celle des préjugés qu'il avait à combattre, il a échelonné une hiérarchie qui probablement n'eût pas été avouée de son fondateur. Il n'jr a pas eu en lui diversité de croyances fondamentales \ car il était difficile que les nations ne tinssent pas à la bonne nouveUe qui leur avait été annoncée : mais les croyances secondaires ont varié indéfiniment. La vraie doctrine , si elle n'a été dénaturée , s'est caéhée dans le mysticisme , et a disparu ploa d'une fois sous des voiles trompeurs et des allégories détournées de leur sens primitif; enfin , le christianisme , avec une supériorité de pensée et une foi*ce d'action iufaérenté à son essence , a dû être d'ailleurs , pendant quinze siècles , ce qu'était l'espèce humaine elle-même , c'est-à-dire en défiance contre toute nouveauté , stationnaire par instinct de conservation , associé , sans l'avouer , par un mélange adultère de pratiques , à deux, religions éteintes , et obligé de respecter des us£(gei dont il cherchait à faire oublier l'origine idolâtre. Ainsi on s'étonnera peu qœ le paganisme et le druidisme aient laissé leurs traces dans la religion qui est venue s'asseoir sur leurs débris.
Le temps, qui démolit tout, jusqu'aux opinions, quand elles n'ont pas la vérité pour base , a dispersé en lambeaux les dépouilles d'un âge dont nous n'avions pu répudier la succession. L'expérience , cette grande institutrice des peuples , a parlé ; on nouveau jour a lui ; et la société , entraînée presque malgré elle , ou plutôt remuée p«r la main qui avait préparé en silence le naoment où chaque créature raisonnable serait appelée à sa part naturelle de droits et de bonheur , est entrée dans une voie de perfectionnement.
Lorsqu'une impulsion pareille se fait sentir, qu'arrivera-t-il des religions? De deox choses l'une , ou que , devant la lumière qui
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Tient à Ict frapper elles-mémei , •'«ttachant ibrtement à ce qu^clles renferment d'essentiel, elles se prêteront , dans leurs formes extérieures, aux besoins de Tépoque; ou qu'obstinées à garder le bagage suranné qui les embarrasse et qui a perdu le respect d'une génération adulte , elles restcrq^il immobiles , quand tout marcbe autour d elles.
Les conséquences de cfes deux partis sont inévitables : par l'adoption de lun, la vie dea cultes se continue ; en suivant l'autre , on s'isole et on inspire unedi-fîance bientôt suivie d'abandon. Or , une religion abandonnée , fût-elle mise par décrets sous la protection de l'État, n'en est pas moins une religion morte.
La prophétie qui borne h un certain laps d'années la durée des cultes , peut donc sW complir quant à ralliage dont le christianisme s'est cbi«rgé. Il doit lui échapper en substance , parce qu'ayant une doctrine fixe et étemelle à sauver , il se conformera , dnns sa partie flexible, aux besoins des sociétés modernes , prés desquelles une adhésion à des opinions et à des pratiques d'un autre temps n aurait pas même l'excuse des anciens usages. Ce qui était vérité , par rapport à l'itat des esprits il j a quelques siècles , ne serait plus que mensonge aujourd'hui. La foi couvre tout; et dans les choses qui ne touchent pas essentiellement au vice et à la vertu , au moins eire met en paix la conscience : où Ton ne croit pas , aii contraire , en quelque matière que ce soit , il y a péril à feindre de croire; et la morale publique sera menacée partout où les citoyens se diront d'une religion sans autorité sur leur jagemenL
Lorsque les symboles pâlissent , et quand les emblèmes sWacent ou se montrent aux jeux sans frapper les esprits, le moment est Tenu de séparer la partie mprte de la partie vivante. La religion du Christ ne saurait ' mourir dans l'univers. Certainement elle se réfugiera quelque part ; car la terre ne peut être déshéritée de sa plus noble espérance :
mab certainement aussi elle périra chez les peuples qui ne l'auront pas laissée se coordonner, dans sa discipline , aux besoins positifs des sociétés4
Nous avons déposé , dans Tune des pages de ce dictionnaire , noti'e sentiment sur rioopportunité avec laquelle se présenterait désormais une religion nouvelle. Nous avons Qoéme déclaré que le fondateur d'uu culte «juelconque trouverait peu d'accès auprès
d*une foule d*esprits graves , et pour lesquels toutes les sources du merveilleux sont taries. Cependant , s'il lui était permis de se flatter de quelque succès sur l'un des deux hémisphères , nous avons dit et nous le répétons encore, il ne faudrait pas qu'il le cherchât en dehors du christianisme ; car il n'y a plus de religion possible , surtout en Europe, que celle qui se rattachera plus ou moins directement h l'Évangile. Koyez Cdku- TiAirasMB , ChEnci , Culte, Dibu , HéRtsiss « Judaïsme . Mahombtismb , Mobàlb , Mivis-
TOB DBS CULTES, PaGAHISMB , PhILOSOPHIB,
Prièbes et QuAxéBisMB. Kbbatkt.
RELIQUES. {Religion, ) C'est le nom que Ton a donné d'abord aux dépouilles mortelles des saints , et ensuile , par extension , à tout ce qui avait touché leurs dépouilles , à tout ce qui leur avait appartenu.
La vénération des reliques remonte à l'antiquité la plus reculée; mais elle se bornait au simple respect. 11 était tout naturel que les corps des martyrs qui avaient sacrifié leur vie pour le nom de Jésus-Christ, fussent en grande vénération parmi les fidèles, et devinssent, suivant l'expression d'un Père de l'Église , àes exhortations au maHjrre.
Lorsque Antoine voulut émouvoir les Romains en faveur de César , il leur montra la i-obe ensanglantée de ce dictateur. Ainsi , quand les successeurs des apôtres voulaient confirmer les chrétiens dans la foi , ils choisissaient la présence des tombeaux qui renfermaient les restes précieux des martyrs , pour opérer cet efl*et. 11 était presque produit par le lieu même , par la vue du sang adorable de l'auguste victime de la nouvelle alliance que les prêtres faisaient couler sur l'autel dans des catacombes , où gissaieut de toutes parts les ossements encore sanglants des athlètes qui avaient versé le leur pour la même cause , par le souvenir du courage qu^ils avaient montré dans le combat , et par une foule de circonstances qui agissaient sur l'imagination des spectateurs, et ne laissaient que peu de chose à faire à l'orateur sacré.
Du respect pour les reliques des saints et du simple culte qu'on leur rendait, quelques fidèles passèrent promptement jusqu'à une espèce d^adoration. Quand ils eurent , en quelque sorte , identifié les saints avec la Divinité , ils ne tardèrent pas à confondre avec l'honneur qui est dû à leurs dépouilles mortelles , celui qu'ils méritent eux-mêmes dans le sein de Dieu. Les corps des saints ont été les temples du Saint-Esprit. Us se
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rele?eroiit à la résurrection génvraU, pour servir eDCorc de liemeure atui âmes bienheu* reuses qui les opt habites , et pour jouir ayec elles d'une félicité éternelle. Le seul attou> cberaent des os d'Élysce rendit la vie à un homme qui fut jeté par hasard dans son tombeau; et \ Ecclésiastique nous dit làdessus que le corys mort d' Lljr$ée prophé' tùa , c'est-à-dire, suivant saint Cyrille de Jérusalem , celui gui était sans vie la rendit à celui ^ui l'auait perdue (1). Dans le Nouveau-Testament, il est rapporté que Tombre du corps de saint Pierre rendait la santé aux malades , et que les mouchoirs et les tabliers qui avaient touché au corps de saint Paul , opéraient les mêmes guérisons.
Tels sont les fondements d*un culte qui jeta de profondes racines dans le cœur des premiers chrétiens. Appuyés sur raatorité de l'Ancien et du Nouveau Testament , et confirmés par les miracles que nous venons de citer, ils frayèrent le chemiu à des superstitions, que la fin du troisième siècle vit se développer. La vénération des reliques prenait su source dans les sentiments de la iiatupe. La religion , d'accord avec la i*aison la plus sévère, ne pouvait la condamner; inais qui ne sait que 1 homme passionné abuse de ce qu'il y a de meilleur et de plus sacré? Oserai-je dire ma pensée tout entière ? Il me semble que le culte des reliques doit, en grande partie, son extension au ' manichéisme. Cette secte regardait le corps comme l'ouvrage du mauvais principe , et la prison dans laqiielle gémissait Ta me, sublime émanation du bon principe. De là l'horreur que les manichéens témoignaient pour la chair. Les catholiques ne crurent pas pouvoir mieux combattre cette hérésie qu'en iiundant un culte aux dépouilies mortelles des bienheureux : du début à l'excès la distance est aisément franchie ; elle le fut.
Les docteurs qui combattirent les erreurs de Majiès , s'attachèrent à prouver que rhommc tout entier, composé d'un corps et d'une ame , était l'ouvrage du Dieu créateur, et que la substance luatérielle, quoique inférieure à la substance spirituelle, était pourvue de qualités précieuses. Ils invoquèrent la vénération des reliques, comme une preuve de la doctrine qu'ils enseignaient. Si
(l) Caiéck, XfUi. Voj«s le Tmité des saimies i^liques, par t'«bbé d« Cordmnoy , Pari», 1719, ia-12.
le Dicn suprême avait fait des miracles par les cendres des martyrs , il ne les avait donc pas en horreur ; c'étaient donc ses mains qui les avaient pétries.
Cette doctrine , qui relevait la dignité des reliques , produisit aussi des ex<^. Quand on adipct, avec les Pères de l'Église et les Actes des martyrs, que les os sacrés des bienheureux ont la vertu d'attirer les grâces «t les bénédictions du ciel sor eeox qui les révèrent ; qu*iU sont plus prédeux que Tor et les perles ; qu'ils font la défense des villes qui les possèdent; qu*on est heureux de pouvoir se prosterner devant eux , et de leur donner toutes les marqnes d'un respe^-t religieux et siucère , etc., on n'est pos éloigné d'ouvrir la porte à l'abus et à la superstition. Ce furent cet graves inconvénients qui soulevèrent la bile de Vigilance, prêtre de Barcelone , et le portèrent à l'extrémité opposée. 11 est biesi rare qu'une dévotion mal entendue n'engendre l'impiéfé : on ne le vit que trop dans cette circonstance.
Saint Jérôme, qui remplissait runtvers du bruit de son nom , se chargea de réfuter Vigilance , qu'il appelle Dormitanee, maovais calembourg, indigne d'un si illustre docteur. La réfutation de Thérésie du prêtre espagnol renferme de grosses injures, des allusions malignes, de misérables soplmaies an milieu des raisonnements les plus rigoureux en faveur du culte des reliques. Hih§ !
qu'avait-il besoin de tant do rhétorique, lorsque le sentiment seul résout la diffienhè? M. de Montlosier l'a bien senti dans nn de ses derniers ouvrages . « Par elles-mêmes , » dit-il ., les reliques ne méritent p«s plus de » défaveur que la dévotion. Même humain nement parlant, rhonaenr accordé aux » reliques ne présente à personne rien de
• déplacé. Quel est celui de nous dont le » coeur ne s'atUehe pas aux restes qu'il
• aora pa recueillir d'un père , d*un ami , « d'une leonne chérie? Quel est celoi qm « ne serait pas satisfait d*avoir quelque » chose d'Henri IV, de Sully ou de Montes V qniea ? Ce qui est vrai et beau dans l'ordre « des sentiments humains , comment ne le » serait-il pas dans Tordre des sentiments » religieux (1) ? »
Au surplus , immortel Bossuet a ramené cette controverse à ses termes les phis simples , en s'exprimant ainsi dans son Expast-
(1) Les Jésuites, Us Cwfgtigmtlems* Mêmeù^è aL iU rUièie , pmg. 118.
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titi lie Ut doctrine de l'Égliu cathoiùpte ;* « Ce serait être trop aveugle que de ii« pas 1» apercevoir Textréme dtiTérence qu'il y a » entre ceux qui se confiaient aux idoles par » l'opinioa qu^ils avaient que quoique divi- « nilé ou quelque vertu y était , pour ai&si V dii-e , attachée ; et ceux qui déclarent ^ » comme nous , qu*ils ue se veuleni servir » des images que pour élever leur esprit an » ciel , afin d'y honorer Jésus-Christ on les
• saints , et dans les saints Dieu méine , qui » est Tauteur de toute sanctification, de » toute grâce. On doit entendre de la mèoie » sorte l'honneur que nous rendons aux ren liques , k l'exemple des pi-emiers siècles de » rÉglise; et si nos adversaires censidé- « raient que nous regardons les cor|>s des » saints comme ajrant été le$ victimes de
• Dieu par le martjre ou par la pénitence ,
• ils ue croiraient pas que l'honneur que <» nous leur rendons par ce motif pût nous » détacher de celui qne nous rendons à
» Dieu même 11 est vrai néanmoins qtie^
B comme les marques sensibles de révérence « ne sont pas toutes absolument nrcessaîi'es,
• rÉglisc, sans rien altérer «lans la doc* » triae, a pu étendre plus on moins ces » pratiques extérieures suivant la diversité
• des temps, des lieux et des occurrences, ne » désirant pas que ses enfants soient servilen ment assajéds aux choses visibles , mais » seulement qu'ils soient excités et comaM
• avertis par leur mojren de se tourner à
• Dien, pour lui oflrtr en esprit et en vérité » le service raisonnable qu'il attend de ses
• créatures.... Il rCy a rien de plus injuste
liens de la fratemit'é parmi les fidèles , que rJÉglise catholique honore les bienheureux et vénale leurs l'cliqiiea.
Mais s'il n>st pas défendu de vénérer les dépouilles mortelles des saints ; s^l est même bon et utile de le faire , il 'est bien diifict4e qn'à la longue ce culte ne dégénère en superstition et en abus de tout genre^ "U Histoire ecclésiasiique est là pour l'attester . « Je confesse, dit Calvin , qu'on ne vient pas n du premier coup à ridolitiic manifeste ; « mais petit à petit on vient d'un abusa •• Tautre , jusqu^'à ce qu'on trébuche en l'ex n trémité. Tant y a que le peuple qui se dit n chrétien en est venu jusque lu , qu^il a B pleinement idolâtré en cet endroit, autant » que tirent jamais les païens.... £t il ne faut )t excuser que c'a été un zèle désordonné de
• quelques nides ou idiots, ou desimpies j» femmes ; car c'a été un désordre général , i> approuvé de ceux qui avaient le gonreme-
• ment et conduite de l'Église (1). »
On commença par supposer des rdiques , même dans les premiers temps du christiasisme ; on le voit dans saint Optât de Miléve , dans la vie de saint Martin , par Sniptce Sévère, dans saint Augustin ; et ces suppositions donnèrent lieu à de vives discussions et à des schismes déplorables. Onen vint jusqu'àplacer sur l'autel les corps quiétaient, dans l'origine, ensevelis sous rautcl; on les porta solenneU lement en procession ; on les divisa , tandis que d'abord ils étaient laissés tout entiers bien avant dans la terre ; et céfut là, dit le ji/dicieux abbé Fleury (2), l'occasion des impostures ; on les multiplia d'une manière
• que d\>bjecter à rÈglise qu'elle fait consis- ridicule; on leur attribua de nombreux
• ter toute la piété dans cette dévotion aux * ~ .. . . ^ .
• saints , puisque le concile de Trente so
• contente d*enseigner aux fidèles que cette n pratique leur est bonne et utile , sans rien » davantage. Ainsi Tesprit de l'Église est de n con4amner ceux qui rejettent cette prati- » que par mépris ou par erreur (1). »
Saint Augustin avait déjà tout dit sur oe point en peu de mots : « Nous honorons les n martyrs de ce culte d'amour et de société
• dont les saints qui sont encore sur la terre , » et qui sont prêts à mourir pour 1» vérité « de l'Évangile, sont honorés (2). « C'est principalement pour participer à la communion des saints, et pour resserrer les
(1) OEuvres de Botsuet , «Ht. de Vercalllès , tome t^ , p«g. 87.
(2) Auguct., eonir, Wmttstum nmnichnnm.
miracles , dans la vue d'attirer des offrandes et des pèlerinages qui enrichissaient les villes. Les croisades mirent le comble a ce débordement de reliques, il semble que les musulmans et les chrétiens orientaux aient fait assaut de fourberie pour mieux tromper les Latins , et leur vendre an poids de l'or les premiers ossements qui leur tombaient sous la main , ou les vieux meubles dont ils étaient embarrassés. On peut dire, sans hésiter, que Teffiet le plus incontestable des croisades a été l'envahissement de l'Occi* dent par les superstitions et les fraudes pieuses de l'Orient.
Autant de fois les reliques ont été en proie
(1) Traité lies relitjues , ëdil.Wc 1599, in-8o.p. 4.
(2) Troisième discours sttr l'H'stoirê eedèsintti'