‹ Encyclopédie moderne, ou Dictionnaire abrégé des hommmes et des ..., Volume 19Chapitre 22 sur 135 · DEPENSE · texte numérisé non relu

DEPENSE

journalière.

fr. c.

annuelle.

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Cette misérable somme de dix sous de* Tant fournir au. prisonnier tout ce qui est de nécessité première , moins le vêtement, que Ton ne s*est pas cru jusqu^ici dans Tobligation de lui procurer, représente une condition qui n*a pas d'égale dans la société , c*est-à-dire au-dessous du mendiant et du galérien. Or, que Ton se reporte au tableau ci-dessus , on reconnaîtra que Iç plus grand nombre des délits ne constitue point d'offense à la morale , et , sans doute , on n^aper- Cevra aucune bonne raison pour traiter à régal des crimes les plus odieux la désertion , la désobéissance , Tabus du pouvoir , et beaucoup d'autres manquements aux règles militaires. Ces délits y sont au nombre de 13,365 sur 17,724, c'est-à-dire, que les 7 de ces condamnés sont des hommes m.éri-

tant intérêt et égards , et qu'on traite avec toute la dureté imaginable.

Peut-être on objectera qu'il ne faut rien conclure de la parcimonie de TÉtat envers les prisonniers , attendu que leur travail supplée à rinsuffisance de ce que le trésor leur accorde. Cette objection est fondée pour sept prisons sur dix-huit, pour 600 condamnés suri ,772. Tout le reste , à moins que des chantés particulières n'y pourvoient , subit les conséquences d'un ordre, légal aussi rigoureux. Je ne veux pas nier qu'il y ait dans Tadministration volonté d adoucir tant de misère. Je croia même savoir que , dans l'année courante , la moitié des prisons aura des ateliers, et que , sous peu d'années, la totalité sera montée sur le même pied. Mais , tout en applaudissant à des projets qui , sans bourse délier , amélioreront le sort de ceux que les lois militaires ont frappés , je n'aperçois encore aucune tendance à les corriger de leurs mauvais penchants , aucune intention de les ramener dans une meilleure voie.

U me semble cependant que le but qu'on se propose dans une maison de correction, n'est pas uniquement de faire vivre ceux qu'elle renferme.

Les philosophes êcl^rés à qui l'Amérique du nord dut, il y a^j^uante ans, ses lois et sa liberté , regardaient les vices comme des maladies guérissables. Ils croyaient possible qu'à l'aide d'un traitement convenablement applique , on replaçât dans sa dignité première l'homme que des passions en avaient fait déchcoir. Cette pensée consosanté , fécondée par les moralistes de diverses nations , donna naissance aux maisons péni-

tentiaires de quelques États de l'Union 9 qu'imitèrent plusieurs canton» d# la confédération helvétique , et que perfectionna la vieille Angleterre , qui en a réalisé à la terre de Van-Diemen et à la Nouvelle Galle» du sud , l'application la plus étendue dont l'eBprit se puisse former une idée.

De ces expériences , tentées en des lieux et sur des peuples différents , est sortie une vérité de fait; c'est qu'au moyen de privations successivement adoucies ; avec le secours de l'isolement , de Tinstruction et du travail , enfin par des remèdes àla-fois physiques et moraux , on parvient à subjuguer les naturels les plus indociles. Il est désormais hors de doute que même des acélérats , justes objets d'épouvante pour la société , peuvent être graduellement ramenés dans des voies de raison et de vertu , et replacés finalement sans danger au milieu des populations innocentes.

Notre France , long-temps la première dans la carrière des perfectionnements sociaux , était restée cependant étrangère à ces tentatives philanthropiques ; ou pluidi , engagée qu'elle était dans une lutte disproportionnée ( lutte qu'il lui aurait été impossible de soutenir si elle n'avait déchatné toutes les passions ), le temps lui avait man. que pour s'occuper de cette sorte d'amélioration, lorsqu'au retour du calme et de l'ordre , un premier essai de ces sages institutions fut hasardé par un militaire de la capitale.

Le général comte Defrance , frappé de U multiplicité des condamnations en temps de paix, et de leur rareté pendant la guerre, en avait induit que le plus grand nombre des délits militaires devait procéder d'un mauyais emploi des loisirs du soldat. Il jugea que si l'on combinait avec art le travail mécanique, non-seulement on perfectionnerait les mœurs de l'armée , mais que les mêmes moyens , appliqués aux hommes que ces lois disciplinaires ont frappés , les ramèneraient à une vie régulière et sociale.

Il n'appartenait pas au simple commandant d'une division d'essayer sur les habitudes des troupes des changements dont le signal doit leur arriver de plus haut. Mais le général comte Defrance avait sous sa main un dépdt de condamnés que la maladie, que les privations , que les chagrins moissonnaient. Il résolut de faire diversion h tant de maux en occupant à-la-fois leur esprit et leurs bras. Montaigu , séjour de

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misère et d'oîsÎTeté , vît donc , sous llnfloence de ce géoéral, et ayec le secours de la Société royale des prisons , s'oaTrir simultanément on alelier et une école.

Des chances de succès étaient assurées k cette tentative , conseillée par une saine philosophie. Les condamnés de Tarmée , martyrs la plupart de lois reconnues trop sévères , n'étaient point de ces êtres dégradés qu*une société repousse avec effroi de son sHn. L'honneur militaire , qui chez le soldat se conserve au milieu du désordre et de régarement , offrait un moyen spécial et paissant de les ramener an sentiment de leur dignité primitive : Tesprit de confraternité , les habitudes d* obéissance , le ressort énergique de l'émulation , se trouvaient comme autant d'actifs aniiliaircs à la disposition de qui saurait les manier. Mais quoique de vulgaires adages placent dans l'ignorance la cause la plus féconde des erreurs humaines, il ne manque pas , et malheureusement presque toujours dans les classes influentes , de ces esprits chagrins et rétrécis, qui, revendiquant réducation comme le privilège de quelques - uns, s'effarouchent à la seule idée de voir s'établir, par le moyen de Tinstruction , une sorte d'égalité entre les hommes.

Aussitôt donc que fut ébruité le dessein d'ouvrir à des militaires frappés par les lois les sources du travail et du savoir, un cri s'éleva parmi ceux que révolte toute idée nouvelle. « Quoi ! des soldats qui ont man-

• que au devoir se trouveraient plus favora-

• blement traités que ceux qui le remplissent

• avec zèle! Le militaire , appui du trône et

• bonneor de son pays , perd dans les occu- B pations du service les plus belles années

• de sa vie : il oublie dans le rang jusqu'à la

• profession pour laquelle il avait été destiné, » et qui bientôt formera son unique tcb»

» source...; tandis que des êtres déchus , inu-

• tiles, f^utètre flétris, recevant Tinesti-

• Bable bienfait de l'éducation primaire, » deviendront par là l'objet de la préférence

• la moins méritée , etc. »

La réponse à ces clameurs était bien farile; car si les condamnés militaires ont manqué à lenrs devoirs , c'est apparemment pour les. avoir imparfaitement connus. Or,

s'il est incontestable que c'est par l'enseignement de vérités d'un ordi*e moins élevé que doit être précédé celui des obligations morales , il s'ensuit qu'une instruction élémentaire est indispensable pour préluder à ces connaissance d*une catégorie supérieure.

Le soldat doit donc avoir préalablement appris quelque chose pour concevoir 1 idée des lois et des devoirs , et quand il a failli par ignorance des uns et des autres, c'est le moins, si l'on tient à ce qu'il ne retombe pas , qu'on se donne la peine de l'instrCiire.

Ce fut cependant contre l'instruction qu'on se déchaîna avec non moins de véhémence que de succès. Il fallut' absolument que le professeur descendit de la chaire , ou il ne faisait que de monter, et dès lors l'autorité militaire dut se contenter de procurer aux condamnés les avantages du travail mécanique.

On éprouve un rif regret de ce triomphe, passager, je l'espère , des idées rétrogrades, lorsqu'on lit , dans un rapport de M. le maréchal Suchet , du 26 mars 1821 , les paroles suivantes :

• Depuis la formation de l'école élémen-

• taire fondée à Montaigu par les soins et

• avec les fonds de la Société royale , 22t

• soldats , dont 201 ne sachant absolument « rien , ont suivi avec le plus grand succès

• les leçons d'enseignement mutuel; 131 de

• ces militaires sont capables aujourd'hui » de remplir des places de sous-oflîciers.

L'amélioration de leur caractère a été si « complète, que plusieurs sont déjà capo- » raux , et doivent bientôt passer sergents.

n D'autres sont portés dans les compagnies » d'élite. En6n ceux qui étaient les plus in- I» dociles se conforment maintenant sans » murmurer à la dicipline sévère de Téta- » blissement, etc. »

Si le travail intellectuel a été banni de Montaigu , il est juste de dire que le travail n^écanique y a prospéré. Conformément au but qu'on se proposait , il procure aux détenus un supplément de nourriture, un peu de vin , des objets de couchage, des vêtements , et toujours un décompte assez considérable au moment de leur libération.

Voici le résultat des travaux depuis la création :

PRIS

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Moyennes.

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