‹ Encyclopédie moderne, ou Dictionnaire abrégé des hommmes et des ..., Volume 19Chapitre 23 sur 135 · JOURNÉES DE PRÉSENCE · texte numérisé non relu

JOURNÉES DE PRÉSENCE

POPULAT. MOYENNE.

Proport, de

1« prison.

rhôpiul.

toUl.

Ift prison.

ITiôpit.

total.

OMiUdie.

Moyennes. . .

Ces chiffres prouvent que la huitième partie des détenus est constamment à Thôpital. Oe ces malades , le tiers est mort dans les trois dernières années; le reste était atteint de maladies plus ou moins graves , dont le traitement a varié de vingt-cinq à trente jours. Mais Timportunité que mettent les détenus h solliciter des billets d'hôpital , leur empressement à se donner des alTections que le contact communique , leurs artifices pour simuler des plaies , des douleurs ou des indispositions , montrent assez que le but pénitentiaire n'est pas atteint dans cette institution <. et qu'il faut autre chose que le travail mécanique pour rasseoir et calmer ces imaginations plus ou moins fortement excitées.

Au reste', on ne doit pas dissimuler que le local de Montaigu ne soit Tud des moins

convenables qu'on ait pu choisir pouir une telle destination. Il y manque de l'espace, dti jour, de Tair, quelque végétation , des eaux abondantes, avantages dont rinfloence n*est pas moins sensible sur le moral que sur le physique des individus. Ces éléments de guérison n'ont pas été méconnus dans les établissements vraiment splendides, élevés ailleurs par de faibles États. Dans les maisons pénitentiaires de l'Amérique et de la Suisse , par exemple, le détenu trouve, indépendamment des écoles et des ateliers , du terrain pour se livrer à certains exercices , et jusqu'à des plantations pour égayer ses yeux.

C'est ce que savait l'illustre maréchal dont j'ai déjà cité un rapport. Occupé presque sur son lit de mort du soulagement de celte classe de malheureux , il avait conçu

PRI V

PRIV

l'iJée d*ttDe prison-ioodèle, dont le plao en relief exûte dans les maiiu de sa yeuye. Cet édifice, auis sur mie tle non bÂtiedela Seipe , devait contenir tous les condamnés militaires du royaume , a?ec les tribunaux de divers degrés chargés de les juger. Dans one enceinte yaste, aérée, bien plantée, sont placés des ateliers et des écoles. Le genre d'instruction n'était pas tellement élémentaire que quelques aperçus de géométrie, des idées de tactique , des notions sor l'histoire militaire , ne s'ajoutassent aux leçons de l'enseignement primaire. Les travaux mécaniques étaient d'une espèce relevée, comme l'exige la dignité deTarmée; car il faut que le soldat, devenu ouvrier, soit des premiers de sa classe , et pratique «ne industrie qui annonce ce développement de facultés qui caractérise géuéralement l*homme de guerre. Le plan de M. le maréchal Suchet , qui reçut de grands éloges à la Société rojrale, et à qui ne manqua pas le plus auguste suflra|fe qu'on y pût ambitionner, est resté comme une preuve de plus de la haute philanthropie et des connaissances variée de ce général d^armée, Tun «les plus complets qu'ait produits notre pays. Il est le véritable lype d'une maison de correction à Tusage des troupes , et les vœux de tous les militaires hommes de bien doivent se réunir pour solliciter son exécution.

( yojrez Pbiiirs. ) La Neuvili^b. ^

* FRITZ ( J bàx-Gboeois ) , en latin Prittut ou Prîizius , théologien protestant, né h I^ipsig en 1662, professa la théologie à Gripswald, fut appelé à Francfort en 173t pour y être placé à la têle du ministère ec^ clécîastique , et y mourut en 1732.11 avait travaillé long-temps aux journaux scientifiques et littéraires publiés dans sa patrie , et notamment aux Jcia erudUorum. Ou a de lui , outre des sermon» et un grand nombre de traductions allemandes , une Introduction àlaltcturedu Nowfeau^Testament{ en latin ) , dont la meilleure édition ejit celle de Franc fort , 1724 , in-8« ^ une Dissertation surl'im^ mortalité de l'âme, ibid. ; de bonnes éditions des OEufres de Saint- Macaire ( en grec et eu latin ) \ du Nouveau-Tettameni ( en grec ) j des Leures de Milton ; et plusieurs autres oavrages peu remarquables.

PRIVILÈGE. (Politique, ) Exception au droit commun , avantage , distinction, prérogative , accordés , soit par la nature , soit par la société , dans llntérét général , ou usurpés par l'intérêt particulier.

Cest pour le bien de tous que la nature a départi h quelques-uns une vigueur extraordinaire, un courage héroïque, un esprit supérieur, le Ulent, le génie : tout pririlége confère une mission qu'il £sudra remplir pour s'en montrer digne. Les hommes n'accordent leur respect et leur amour qu'à ceux qui , prenant pour devise ce beau vei's de rAfricain Térence :

JTomo sum , kumani nil â me aÙênum puto ,

ont servi et aimé leurs semblables. Quant aux mortels privilégiés pour qui le génie n'a été qu'un instrument de domination et de renommée , ce sont des prodiges qui étonnent , mais qui n'inspirent qu'une admiration stérile , lorsqu'il^ n'excitent pas une émulation funeste.

Il en est de même pour les privilèges sociaux. Les uns , garanties d'ordre et de bonheur, sont accueillis par la reconnaissance et la vénération des peuples ; les autres, fruits de Tusiirpalion , et sources Je discorde, n'enfantent que haines et malédictions.

Le but vers lequel sont dirigées les iiutitutions sociales qui confèrent des privilèges, Tesprit qui anime les corps , ou les hommes investis de ces prérogatives , les rangent dans l'une ou l'autre de ces catégories. Le plus ancien des privilèges , la propriété du sol , a pour objet le maintien de l'ordre et le plus grand avantage commun dans l'exploitation des terres, {^ojrez Psopaiéré .) Le plus éminent des privilèges , la puissance souveraine, fut le produit du premier des besoins, la félicité publique. Que ce grand pouvoir soit exercé par la société elle-même , par set principaux membres , ou par un seul , le privilège de l'autorité suprême a toujours sa règle et sa direction dans Tintérét général.

Le despotisme même n'avoue pas une autre origine ni un autre but. David n'est l'oint du Seigneur que comme l'élu le plus digne du sceptre, qui doit protéger tout le peuple d'Israël. Le parricide Néron prétendait gouverner dans l'intérêt de l'empire , quand des soldats forçaient la populace romaine d'applaudir à ses chants, ou lorsque .le rhéteur Sénèque récitait, aux acclamations du sénat avili , 1 apologie du meurtre d'une mère. Le seigneur du moyen .^ge , portant le fer et le feu sur les domaines de ses voisins , pillant les marchands, rançonnant les voyageurs, levant des taxes suivant ses caprices, se croyait , se déclarait du moins aussi le pro-

PRIV

PRIV

tecteai* de ses vassaux. La distioction entre le privilège utile et le privilège nuisible est dans la part que s^attribue le privilégié , ou qu*on lui laisse prendre. Que devient Tintérêt public , quand tous les avantages sociaux , les hommages , les richesses , le pouvoir su^ limites , sont d'un cdlé; les charges , les souffrances , une humble servitude , de l'autre ?

A ces époques malheureuses où dominent la force , la \ iolcnce et la ruse , sur des peuples subjugués et avilis, la part du privilège est celle du lion de la fable. LSgnorance , la misère, une résignation stupide, ou le désespoir , sont le lot de la multitude. Elle est trop dédaignée alors pour trouver des protecteurs; mais il sVn présente h mesure qu'elle s'éclaire, à mesure que ses travaux et son énergie réveillée lui font faire des progrès. Les rivalités d'intérêt entre les puissants , qui se partagent tous les privilèges , les intentions généreuses de quelques hommes de bien , le besoin ds s'appuyer sur les masses , lui créent bientôt des patrons et des défenseurs. Ainsi , le sentiment d'un intérêt commun, d*accord avec l'impulsion d'une équité bienfaisante chez quelques bons princes , invita nos rois à s'assurer la reconnaissance des peuples par l'appui qu'ils leur prêtèrent contre l'oppression des seigneurs.

Ainsi , nos anciens parlements avaient fondé le crédit et la durée de leurs privilèges sur une meilleure administration de la justice , sur la défense des intérêts populaires contre les charges toujours croissantes de l'impôt et contre les usurpations du sacerdoce. Le besoin de la faveur populaire s'unissant à une noble sympathie pour les intérêts des communes , a perpétué long-temps en Angleterre Talliance du privilège avec les droits du grand nombre , depuis l'insuiTection des barons contre Jean*sans-Terre.

Dans quelle classe de privilèges faut-il ranger ceux de la noblesse héréditaire , que l'on retrouve h. une date si ancienne et dans tant de pays? Les descendants des héros et des hommes supérieurs aux autres conservent-ils quelques titres à Taffection et aux hommages des peuples ? Leur naissance leur confère-t-elle un avantage fondé sur Tordre naturel, ou bien cette illustration d'emprunt ne serait-elle qu'un préjugé nuisible? Le cœur et la raison des hommes ont répondu depuis long-temps \ ces questions. De tout temps un sentiment involontaire et prolongé de respect et d'affection accueillit dans leur

berceau les rejetons des hommes illustres ; de tout temps le vœu public admit la croyance que des étincelles du génie et des grande* qualités des pères pouvaient , avec le sang de ceux^ïi , se transmettre aux enfants. Toujours on a espéré que ces semences heureuses , enracinées par de beaux exemples et cultivées par l'éducation , produiraient aussi d'excellents fruits ; pressentiment généreux, quelquefois justi6è, trompé plus souvent encore ! Cet espoir de la perpétuité des talents et des vertus dans les familles des grands hommes ne s*est pas moins emparé de l'esprit des peuples : c'était une garantie d'ordre et de durée. La foi en cette hérédité promettait une série non interrompue de services et de bienfaits ; elle dispensait de les chercher ailleurs au risque de rivalités souvent fatales au repos public. Ainsi, Athènes, si jalouse de sa liberté , vit avec joie reverdir sur la tête de Cimon les lauriers de Miltiade ; ainsi le peuple romain transmettait aux familles des Brutus , des Valérius, des Fabius, des Sdpion , des Caton , des Emile, les couronnes triomphales dont il avait décoré le front de leurs ancêtres. Sa piété reconnaissante honorait ieui*3 images vénérées. La pompe du deuil en recevait toute sa splendeur. Ce reflet de gloire , cette moisson anti* cipée des suffrages publics sont aussi le tribut offert , chez les peuples modernes , aux descendants des personnages célèbres , à leur entrée dans la vie. La bravoure , le dévouement , les talents des Montmorenci , des La Fayette , des Turenne , des Condé ; le savoir et les vertus des Mole , des Séguier , des D*Agdesseau; la vaillante audace et l'habileté des Warwick , des Percy , des .Marlborough , des Hohenstaufen, des Nassau , des Médicis , ont été ou sont encore honorés dans leurs races. Mais que sont au fbnd ces hommages d'une reconnaissance généreuse, survivant aux bienfaiteurs de la patrie , sinon des encouragements à les mériter? Qu'est-ce autre chose qu'un surcroit de prix payé à d'anciens services , et imposant aux heureux légataire* l'obligation de services nouveaux? Telle est la condition et en même temps la consi^ration indispensable pour le privilège de la naissance. Les vertus et les services en consolident seuls le titre ; les vices , |a nullité , l'effacent aux yeux de la raison. L'indigne descendant des héros renie sa race , et tout noble dégénéré «a déchiré ses parchemins. Avilis , opprimés^ égorgés par Îbs sicaires des Domltien , des

PRIV

PRIV

Commode , des Cartcalla , comment les Romains auraient-ils reconnu dans ces monstres coaronnés le sang des FlaTius, des Antonins et des SéyèreTL^liéroïque Villars n'estil pas pour la France le dernier de sa race , lorsqu'elle trouve consignée dans les récits contemporains la honteuse dégradation de son GU?

Les Chinob , ce peuple singulier , dont beaucoup d'usages semblent le revers de nos médailles , n'admettent qu'une noblesse rétrograde. Chez eux, les vertus des enfants la font seulement remonter à leurs aïeux ; coutume inspirée sans doute par le culte qnlls rendent aux ancêtres. Franklin , ennemi de tout privilège , décerne à cette insti* totion un éloge au moins à demi-ironique.

Il est certain qu'une noblesse qui remonte toujours et ne descend jamais , ne saurait entraîner d'abus bien grave. Plus sévères en* core, les compatriotes de Franklin n'en reconnaissent d'aucune espèce. Quelque jour . peut-être , un peuple, |aioux de concilier sa gratitude et ses espérances avec la justice et rintérét public , créera un tribunal d'honneur , autorisé à prononcer contre un sujet jagé indigne la perte de ses prérogatives , comme on prononce aujourd'hui , dans certains cas , la dégradation civique ou militaire. Croit-on qu*un semblable frein n'aurait pas prévenu des crimes ou des bas-

QoeU furent autrefois les privilèges du sacerdoce chrétien? Que sont- ils devenus?

Que doivent-ils être 7

Lorsque la religion de la paix , de l'amour et du dévouement fut prêchée sur la terre , les vertus de ses apôtres, le sang de ttA prosélytes, toujours prêts à s'immoler pour leur foi , cimentèrent son pouvoir sur les CQsnrs. Aux premiers temps de l'Église chrétienne , %e% chefs n'avaient d'autre privilège que celui d'enseigner la morale divine , d'autre autorité que celle des croyances et des doctrines sanctionnées par la pureté des moeurs et par la sainteté de la vie. C'était par une constance éprouvée dans les périls et les souffrances , c'était par une longue habitude d'abnégation, par la méditation assidue des vérités de l*Evangile, par la constante pratique des bienfaits \ c'était enfin par l'exercice fréquent de la parole, que des vieillards révérés , de saints martyrs , des dirétîens dont le zèle et les lumières avaient devancé l'âge , étaient appelés sous les titres de nftvêmtfH y tmffxmti ( prêtres ou anciens y

évèques , c'est-à-dire surveillants ), à la ce- « lébration des mystères au milieu des fidèles réunis , à l'instruction et à rédificaiion plutôt qu'à la direction des néophytes. Ce fut à ces titres que les Paul, les Timothée, les Justin .. que saint Augustin, saint Cyprien, saint Ambroise, et tant d'autres pieux évèques , furent appelés au gouvernement des églises chrétiennes ; que les Tertullien , les Clément d'Alexandrie , les Origène , lés Jérôme , méritèrent de servir de guides à la foule empressée d'écouter leurs doctes leçons. Combien dans ces temps de ferv<^ur était pur et désintéressé le zèle de ces ])rédi* cateurs de la foi! Avec quel effroi d'humilité vraiment chrétienne la plupart d'entre eux s'efforçaient de se dérobera ces prérogatives du talent et de la piété, comme on rejette un fardeau trop pesant ! Ne fallut-il pas faire violence aux Augustin, aux Ambroise, aux Chrysostôme , pour les revêtir de la robe sacerdotale , pour les forcer à remplir les augustes fonctions de l'épiscopat ? Temps heurenx où des dignités révérées n'étaient acceptées qu'avec une modeste répugnance; où les privilèges jdu sacerdoce n'offraient pour tout avantage à l'élite des fidèles que plus de bien à faire , que l'exercice de vertus plus difficiles , que de plus beaux exemples à donner, et de plus grands sacrifices à accomplir ! Jours de gloire où la plus éminente prérogative du prêtre et de l'évêque était celle des souffirances et du martyre! C'est sur l'exemple de ces rares vertus que se sont modelés les Borromée , les François de Sale, les Vincent-de-Paule , les Fénelon ; c'est sous cet aspect que les Arnauld, les Pascal, les Fleury, les Massillon, les Brydaine, envisageaient les devoirs du saint ministère. Ces dignes représentants des Pères de l'Église , ces vénérables légataires de l'apostolat ont protesté hautement , par leurs œuvres , comme par leurs discours et leurs écrits , contre cette autre œuvre de ténèbres, contre cette œuvre de fraude et de domination mondaine , entreprise d'ambitieux pontifes , des Grégoire VII , des Innocent III , étayée sur les sanguinaires institutions des Dominique et des Torquemada ; édifice d'iniquité recrépi par l'astuce et les intrigues des enfants de Loyola. Comment reconnaître dans la cupidité ardente à tout envahir , dans la haine persécutrice, toujours prête à frapper avec le glaive des proscriptions ; comment retrouver au milieu des tortures, des bâchers et des bourreaux , l'esprit de

PRl V

PRI V

paix et de charité , la morale pure et bienfaisante de l'Évangile 7 M'est-il pas temps que tous ses ministres se montrent animés de cet esprit , sincèrement pénétrés de cette morale; qu'ils protestent, par des paroles de franchise, par des actes vraiment religieux , contre les anatbèmes dont le pieux et sévère génie de Pascal a flétri de perverses doctrines ? Ceux-là seuls pourront désormais conserver ou l'essaisir les vrais privilèges du sacerdoce chrétien , qui sauront marquer leurs discours et leurs actions du sceau de la parole divine.

Combien de privilèges funestes ne trouvonsnous pas enregistrés dans les <|rchives de Thistoire ? Dans Tlude, en Egypte, la caste sacerdotale , celle des guerriers , non contentés du respect et de la reconnaissance des peuples , font intervenir la religion pour perpétuer l'avilissement et l'oppression de races dégradées par des superstitions et des distinctions fondées sur le mépris des hommes. C'est , au contraire, sur le dépôt sacré de pures et bienfaisantes croyances dans la toute-puissanc6 et la providence divines que Moïse fonde les privilèges du peuple élu et ceux de ses lévites. Le prophète de l'Arabie a aussi prêché de grandes et utiles vérités ; mais il lésa dé6gurées par l'alliage d'un privilège trop large de voluptés et par l'intolérant orgueil d'un fanatisme conquérant. De tenibles superstitions cimentèrent dans les Gaules, comme dans l'Inde, la domination des druides et des larles. Les discordes enfantées par les rivalités de ces inaltres turbulents , la lassitude des peuples opprimés , divisant les peuplades gauloise», et paralysant trop souvent leur résistance , livrèrent le pays aux légions de César. Les querelles perpétuelle des familles riches et puissantes avec le peuple, causes sans cesse renaissantes de troubles et de révolutions dans les républiques de la Grèce , 6rent ployer sous le joug des Romains , cette belle et glorieuse contrée. Les plaintes et les résistances du peuple-roi contre les usurpations de son patriciat, sa lutte de plusieurs siècles pour entrer en partage de prérogatives , dont la possession exclusive était pour l'aristocratie romaine un instrument d'oppression , les épouvantables réactions de Marius contre le sénat , de Sylla contre le parti populaire , attaqué de nouveau par Pompée, et relevé par le génie de César , remplissent les annales de cette colossale république jusqn a l'époque où l'astucieux Ck:tave , réunissant

en lui tous les privilèges , soumet ^ son joug la maîtresse du monde. Ces fameuses loia agraires , dont la seule proposition mit tonjours Rome en feu , ces lois qui coûtèrent la vie aux deux Gracques , n'étaient que des tentatives pour rendre au peuple son antique droit à un partage égal dans les terre* conquises; condamnés par Juvénal, mais, célébrés par Cicéron, ces grands citoyen»

ne voulaient que restituer leur juste empire à des lois toujours violées : car les ienrea usurpées par un petit nombre de familles , avaient cessé de nourrir , comme autrefois , une multitude de cultivateurs libres. Ce fat l'aspect de ces champs abandonnés à dea mains serviles , et de nombreux citoyens réduits à la misère qui , soulevant de pitié et d'indignation l'âme généreuse de Tiberiua Gracchus , lui inspirèrent le dessein d'arracher aux patriciens d'iniques prérogatives.

Quand la conquête de la Grèce, de la Macédoine et de l'Asie, allumant la cupidité des généraux et des proconsuls , eut habitué les délégués de la république aux déprédations et au pillage , la spoliation des provinces devint aussi un odieux privilège , dont l'exercice resta impuni grâces à la corruption des juges. Pour flétrir un* Verres , il fallut tout le courage de Cicéron et aa véhémente éloquence. Rarement attaqués par de pareils adversaires , les Verres se mul tiplièrent, et. le joug de Rome, appesanti par la rapacité de ses envoyés, fut en horreur. Les peuples enfln, découragés, ne trouvèrent plus d'armes contre les barbarea.

Avec la domination de ces nouveaux conquérants s'ouvrit une ère nouvelle d'nsorpations privilégiées. Même aujourd'hui , après tant de siècles, les vestiges ue a'ea retrouvent que trop : les divers peuples de l'Europe en portent encore les tristes empreintes. Presque partout la servitude dont l'excès de la misère et dea tmpêts avait flétri le colonat romain , a laissé dans les campagnes des traces plus ou moins funestes. C'est à la domination des hordes toutes guerrières de la Germanie , que remonte l'origine de ces bénéfices en terres conférés par les rois à des chefs belliqueux, d'abor4 pour un tempi , ensuite à vie, enfin comme propriétés héréditaires. De là la concentration entre les mains de ces grands propriétaires , prêtres ou laïcs, du premier des privilèges, de «ïelui de délibérer sur les affaires publiques avec les princes, prérogative aupara*»

vaut commune à tous les hommes libres. De

PR IV

PRIV

la aussi, lors({ue les terribles et fréquentes incursions de nouveaux barbares , sortis du Nord et de TOrient, eurent ébranlé le trône des derniers Carloringiens , Tnsurpation du prifilége de la souveraineté par les propriétaires de domaines', et la conversion de ces domaines en fiefs soumis à une hiérarcbie de vassaux et de suzerains. Ce fut ainsi que chaque seigneur devint roi dans ses terres , et que tons à Tenvi s^arrogèrent sur les peuples les prérogatives les plus abusives et les plss bizarres. Le servage du laboureur , iléjk grevé du service militaire , fut encore accablé de redevances et de charges pesantes. Attachés à la glèbe, sa personne, sa femme, ses enfants , n'étaient plus^ qu'autant de victimes liées par une chaîne de fer. Rien n'échappa aux caprices du seigneur , pM même la chasteté de la vierge et de Tépouse. Toutes les joies de celui-ci , son avènenient , son mariage , sa naissance et rétablissement de ses enfants, devinrent, par Tarbitraire des prérogatives féodales, autant de prétextes d extorsion, autant de sujets de larmes pour ses vassaux. A quelles vexations , à quelles tortures cette classe , non moins méprisée que malheureuse , n'était-elle pas exposée de la part de maîtres dont la violence , Torgueil trop souvent féroce et rayarice ne connaissaient aucun frein? On ne peut se faire une idée de leur misère qu'en la comparant au sort des noirs sons le fouet des colons européens, ou des serfi de la Pologne et de la Russie. Tel était alon et t^ est encore aujourd'hui, dans ces pays , ce système de privilèges à-là-fois insensés et tyranniqnes , que regrettent et que voudraient ressusciter de soi-disants publieist». L'histoire des temps modernes n'est que le tableau de la discorde entre les privilégiés, de leurs querelles sanglantes^ et des longs et douloureux efforts des nations, pour secouer le joog de ces révoltants abus. Celte lutte seule excite notre sjrmpatbie , et c'est aussi la seule partie du tableau qui soit digne d'intérêt. On prend part aux mouvements généreux des républiques municipales de l'Italie, tant qu'elles combattent pour leur liberté. Avec quelle chaleur on épouse la cause des barons et des communes de l'Angleterre , unis contre le despotisme et les exactions dea princes normands et angevins ! Avec quelle allégresse on salue cette grande charte , quLsubstitue les droits du peuple k l'arbitaire privilégié du pouvoir! Belle époque, à laquelle fut

planté ce chêne robuste, frappé par tant d'orages , mais destiné h porter pour fruits les libertés britanniques ! Quel cœur français ne sent point battre au récit des débats, des luttes et des sacrifices de nos pères pour arracher k d'avides seigneurs ces chartes municipales , ces droits des communes , premiers remparts contre des prérogatives accablantes , germes précieux de nos franchises nationales ! On ne s'enquiert point du prix que ces afl'ranchissements ont coûté, et l'on chérit encore la mémoire de Louisle-Gros , qui les favorisa. L'équité de saint Louis autant que sa piété, cette justice vraiment royale que ce prince sut opposer à d'iniques privilèges , lui ont mérité des autels ; et c'est en tendant la main au peuple pour Taider à se défendre contre des droits usurpés', que nos rois ont fait de l'amour pour le monarque un sentiment tout français. « Ah! si le roi le savait ! > Cri national de la reconnaissance et de la confiance dans une autorité protectrice, spectacle consolant d'union entre le prince et le peuple. On se distrait ainsi du tableau des fureurs, des complots et des trahisons des grands et des privilégiés, toujours prêts à invoquer le secours de l'étranger h l'appui de leurs déprédations et de leuï>s crimes , témoins les temps de Charles VI , de Catherine de Médicis, de la Ligue et de la Fronde! Qui n'a pas applaudi aux triomphes des braves pasteurs de l'Helvélie, prompts h s'afi'rancbir de prérogatives déshonorées par la cruauté et l'arbitraire ?

Comment, au contraire, ne pas gémir sur les défaites de ces communes de Flandre et de Brabant, lorsqu'on les voit succomber, aux quatorzième et quinzième siècles, dans leurs luttes contre les arrogantes prétentions des nobles et des seigi^urs? N'applaudissons- • nous pas au zèle patriotique de nos États généraux, quand, sous les règnes des rois Jean , Charles VIII et Louis XIT , nous les voyons travailler h faire prévaloir l'intérêt national sur les prérogatives des deux ordres prépondérants ? Combien nous regrettons qu'il ait fallu près de trois siècles et le bouleversement complet de l'ancienne société française pour remplacer \n coalition de deux ordres privilégiés , par le concours de trois pouvoirs , tous intéressés à conquérir l'opinion générale, tous heureusement contraints h n'admettre de privilèges que ceux qui sont consacrés par un besoin public. OEuvre bienfaisante, chèrement ache-

PROB

PROB

tée , contre laquelle protestent des prétentions surannées , mais que'tou^ les obstacles n'empêcheront pas de s^accomplir !

C'est, en effet , maintenant une conviction universelle et profonde , que tout privilège social, pour être légitime et durable, doit avoir pour but unique le plus grand bien du plus grand nombre. Tels sont les privilèges consacrés par noire pacte social , Thérédité, Tinviolabilité , la supi^ématie royales , les prérogatives , les honneurs et Téclat de la pairie , Tirresponsabilité et les attributions (^minentes ^de la chambre élective , le cens des électeurs et des éligibles, lautorité et la dignité des ministres fidèles h leurs devoirs , l'inamovibilité des fonctions de la magistrature.,

Le prince est inviolable, et la vénération publique , les hommages populaires honorent son pouvoir, pour qu'il soit placé dans une sphère élevée au-dessus de tous les conflits d*intéréts , pour que sa sagesse et sa puissance maintiennent du rétablissent partout réquilibre. Dans la transmission héréditaire du pouvoir suprême, la nation trouve, au profit de Tordre social , une barrière qu^aucune faction , aucune usurpation ne sauraient espérer dé franchir. Par Thérédité et les honneurs de la pairie , un corps auguste est également intéressé au maintien des lois fondamentales et à la paix dans rÉtat. L'indépendance de la chambre élective , celle des électeurs et des éligibles , celle des magistrats garantissent de bonnes lois, une justice impartiale, les bienfaits d'une bonne administration. C*est ainsi , mais ainsi seulement , que se justifient et se consacrent les privilèges, {yojrez les mots

AsSBMBLieS , ChABTB , ÉlECTIOHS, LiBBBTi ,

.MoMARCHiB, Noblesse, Paibib, Pari.bvbht8,

pBléaOGATIVB . ) AcbbbT DB VlTRT.

PROBABILITÉ, {jénul^se. ) Tout événement est le résultat nécessaire de diverses causes qui le produisent : cet axiome de philosophie est ce qu'on appelle , dans les écoles , le principe de la raison suffisante. Mais, cuire que les causes nous sont souvent inconnues , aussi bien que les lois de la nature qui les modifient , notre intelligence , nos connaissances sur l'état réel des choses sont renfermées dans des bornes si étroites , qu'il est rare que nous puissions calculer avec certitude les événements les plus simples. Il nous semble que les faits soient amenés par une suite de volontés capricieuses et sans règle, et nous les attribuons au hasard,

«orte de divinité occalte qui n'est créée que par notre ignorance des causes et de leurs effeU.

Mais s'il ne nous est pas donné de prédire les choses futures , il est possible de calculer des mesures de pinidence qui , sans enchaîner le destin , offrent de justes espérances de succès. Une urne contient mille billets tous blancs , moins un seul qui est noir ; il n'y a personne d'assez insensé pour croire qu'il soit indifférent de parier que , si l'on tire un billet , il sera plutôt noir que blanc. Sans doute le sort, qui se joue de toutes les combinaisons , peut amener ce billet noir , de préférence aux 999 billets blancs avec lesquels il est mêlé : mais avant le tirage l'incertitude du résultat porte à réfléchir sur la multitude des billets^ et à reconnaître que , si mille personnes en tiraient chacune un , il n'y eu aurait qu'une seule qui serait tombée sur ce billet noir. Cet événement unique , entre tant d'autres , est regardé justement comme presque impossible à chacun des joueurs en particulier , et il n en est aucun qui consente à courir un risque égal pour et contre cet événement. De là dérivent les notions de la probabilité. Voici comment on la mesure.

Nombrez tous les événements également possibles, et tous ceux qui amènent un résultat indiqué ; faites une fraction qui ait ce dernier nombre pour numérateur, et le premier pour dénominateur; celte fraction est ce qu'on appelle la probabilité mathématique que ce résultat aura, réalisée. Par exemple , je tiens deux dés à jouer , et je désire, en les jetant, amener des points dont la somme soit 8. Il est aisé de voir que parmi les 36 hasards également possibles , il n'y en a que 6 qui puissent produire 8 , et qu'il en existe 31 qui réalisent d'autres sommes; en tout 36 chances : -1 es^ la probabilité d'amener 8 avec deux dés. Cette fraction exprime qu'il y a 5 à parier contre 31 qu'on aura 8, si l'on veut jouer à jeu égal : c'est à peu près 1 contre 6.

Il suit de là qu'une probabilité est toujours exprimée par une fraction plus petite que l'unité ; car le nombre de combinaisons favorables n'est qu'une partie des combinaisons possibles; et si le numérateur était seulement égal au dénominateur , tous les événements possibles seraient favorables ; il y aurait certitude. Quand la probabilité est î, il y a autant de motifs pour que contre l'arrivée de l'événement : si la fraction passe ^,

PROB

PROB

l*é?éneiiieiit derieDt probable f il «8t vraiêembUble , ai la fraction .est plut grande encore : pn a la eertiUufe morale lorsque la fraction est presque l\mité , et certitude absolue quand elle est un, £n faisant au contraire décroître la fraction à partir de i, on tombe sur le doute y la prétomptiom, le soupçon , la Jmusseté morale ; enân lajau»' seté absolue quand le numérateur est »§ro.

Une chose qu^il importe de remarquer , c'est que la probabilité d*un éyénement dépendant de la connaissance des causes qui le produisent, est différente pour chacun, selon Tétatoù Ton est, la capacité , etc. Cinq cartes inconnues, dont «me seule ^fiifv, «ont j^acées sur une table , et je veux désigner quelle est celle qui est figure ; la probabilité de succès est -i. Mais si j*ai surpris la connaissance que Tune de ces cinq cartes n*est f^s figure , mon incertitude ne porte plus que sur les quatre autres cartes; la probabilité est i *, elle serait «î- ou ^ pour quelqu'un mieux inslruit : enfin il y aurait eertitude pour celui qui aurait aperçu la figure.

Tout ce qui rentre dans le domaine des crojanœsest dans le même cas. On rapporte un fait : connaissanb le caractère du narrateur , il j a des auditeucs qui le régardent comme incapable de tromper , et ajoutent foi h son récit. D'autres, qui savent que des personnes aussi respectables ont des opinions contraires , demeurent dans le doute , et cet état « oea degrés qui dépendent de Testime qa'oD porte aux autorités. Maid si parmi les aiidilear» il en est qui sont assarés du contraire v qui savent que le fait est opposé aux lois de la nature, ceux-ci regarderont le rapport comme absdInmeAt faux. Les grandes erreurs qui ont dominé Tonirers , ainsi que le remarque La Place , ont précisément eu leur origine dahs la confiance du vulgai^ en des hommes d'un génie supérieur qui les avaient adoptées. Les pythoniases , les ora** eitM 4 la magie, les augures, Tastrologie, soBt de tristes exemple^ des- effets de Tintérét personnel , de la superstition , de la cralotc et de l^éupireque lo peuple accorde tonjoan aux erreurs qui' le séduisent et le doaaineot.

Le calcul- des probabilitéis ^'applique direètement à tous les jeQxde hasard; on rédvyit d^abord par l'^nalyle lOUA les cvénenieiits il être également possibles, c'eft-adire à être tels qu-II n'y ait aHotitie raison pour que l'un se réalise plulét'qiietoat^itlre. On 7'ome 19.

compte combien il j a d'événements favorablea kJa ohancé signalée, et'flondûensout posalbka ; puis on forme une .fra^oUon de ces deiti nombre». Suivant que cette fraction eslploftou moins voisine de Tunité, on juge de son degré de probabilité.. 11 nous serait impossible .d'éclairer cette théorie par des exemples propres à diriger le calculateur dans la multitude d'applications qu'il peut en faire : cette entreprise dépasserait retendue qu'il nous est permis de consacrer k cet article. On pourra consulter le mot LoTXara, où nous en avons fait quelque usage ; le mot CoMBTHAisons , OÙ l'ou enseigoc à trouver les nombres qui composent le plus souvent la fraction de probabilité , etc.

Supposons un dé formé de p faces blail* ches et de q noires . et un second de p' faces rouges et 9' bleues : si Ton jette les deux déè dans le dessein d'amener une face blanche et

une rouge , la probabilité sera 1 — , — 1

c'est-k-dire le produit des probabuités par»

ticulières à chaque dé. Cela résulte évidem»

ment des nombres de chances également possibles et favorables, qui sont ip-hg) ip'-^q') eipp\ Et comme prenant un 3« dé^ un 4«... la même conséquence se retrouve , on en conclut que , si dès éfénement» sont indépendants les .uns des autres , la proba* bUilé de leur existence simultanée est te pro*' finit des probabilités particulières reladues à ckarfae événement, Cest ce qu^on appelle une pi^hiabilité composée. Ce théorème facflitç bealt^tip la recherche des fractions qui mesurent 1^ probabilités duns des cas compliqués. Cfe' produit devient une puissance quand 1^|^ fractions composantes sont égales» Si les événements sont de nature à dépendre le&uns desimtres, laprobabilili de leur con^^ cours est lo produit de la ptXfbabilité du pre^ mier événement t par la probabilité que c«- /u/-c< ayant eu lieu, l'autre oi'riuera. On a 10 cartes, savoir, 5 blanches y 3 rouges et 2 noires : on demande la pjrobabilité qu'en tirant 3 c|irtes, elles .seront de couleurs difiibentes. Celle de tirer une carte blanche est 17 'on \\ mais alors il .ne reste pkis que 9 cartes , et Id probabilité^de tirer iine rouge est 1 ou ~; enfin il en reste 8 , et 1 ou 1 est fa probabilité de tirer une noire. Doue le produit 7X7X5 00 7; «st celle de tirer les trois couleurs : e'est ce qu'on peut d*ailleui-s vérifier directement par la doctrine des combinaisons.

C'est par le théorème des probabilités

Page 1