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poiok ce goût délicat qui caractérise un graveur habile. Toutefois il faut reconnaître en lui la précision du trait et la «orrection du dessin.
* RAIMONDI ( An MiBAL > , mathématicien du 16« siècle , né à Vérone , mort en 1507 , publia ,h rage de 84 ans , un traité del F/usso e Riflusso del mare , Venise, 1589 j et, quelque temps après , Discorso délia trepieiazione délie stetle fisse. On a encore de lui : paterne Heprensioni a' medici razionali, et deU antica e onorata scienza di Norman^ dia y ossia onomanzia , Venise, 1549. Il existe de ce dernier ouvrage une traduction française.
* RAIMONOï (JeafBaptistb), Tun des premiers orientalistes du 16« siècle, né à Crémone vers Tan 1540 , passa plusieurs années en Asie , où il acquit une connaissance approfondie de Tarabe , de l'arménien , du sjriaquc et del hébreu. De retour en Italie, ' il fut chargé , par le cardinal Ferdinand de Médicis , de la direction d'un vaste atelier de typographie orientale, qui a été comme le berceau de la célèbre imprimerie de la Propagande. Raimondi ne borna pas ses soins ^ la surveillance de cet établissement. Il mit en ordre tous le^i livres orientaux recueillis dans le Levant pour le pape. 11 s'occupa long-temps de re.\écution d'une polyglotte plus complète que celles d'Alcala et d*Anvers ; mais les fonds ayant manqué pour cette entreprise , Raimoodi abandonna ce projet . qui devait , plus lard , recevoir son accomplissemi'nt en France. Par le conseil du cardinal Dupcrron , Raimondi consacra les dernières années de sa vie à la confection d'une grammaire arabe , qu'il dédia , en 16!0 , au pape Paul V , et qui fut trbs-répandue dans le Levant. On ignore Tépoque de la mort de cet orientaliste.
* RAINSS.ANT ( Pierre), savant numismate , né à Reims en 1640, étudia d'abord la médecine avec beaucoup de succès. La découverte d'une urne remplie de médailles détermina ensuite son goût pour la numismatique , sans lui faire négliger sa profession première, qu'il vint exercera Paris. Ses connaissances le 6rent nommer directeur du Cabinet des médailles du roi , et il fut admis Tun éa premiers à l'Académie des inscriptions et belles-lettres. Se promenant un jour dans le parc de Versailles , il tomba par accident dans une pièce d'eau, et s'y noya en 1689.
* RAIS ou RAIZ ( Gilles db LAVAL , maréchal db). Voyez Laval.
R A ISOK . ( PkUosophie , psychologie. ) Les sources de nos premières connaissances sont les sens , la raison , la conscience ; celles de nos connaissances dérivées sont l'abstraction, le raisonnement, l'analogie, l'induction. Chacune de ces sources ayant dominé tour à tour dans les doctrines philosophiques , nous en avons vu naître , au mot Logique , diverses méthodes , telles que la logique-^ empirique d'Épicure et de ses disciples ; les méthodes à priori de Platon, de Leibnilz, de Kant; l'analyse psychologique de Descartes , de Fichle , de Scbelling ; la dialectique des anciens et celle des scolastiques ; le raisonnement analogique de Socrate, et le raisonnement inductif de Bacon.
Nous avons reconnu la légitimité de chacune de ces méthodes dans ses limites ; nous ne leur avons reproché que leur tendance à ramener la diversité des phénomènes à une unité systématique, à les envisager sous un point de vue exclusif; mais nous insisterons d\ine manière plus spéciale sur ce point, dans un article où nous allons considérer la raison dans ses principes , dans ses formes et dans l'échelle de ses applications.
Le mot raison , formé 4lu mot latin ratio , signifie premièrement rapport, perception de rapport ou jugement , le même nom servant à désigner la faculté et son objet ; il signifie ensuite le rapport d'un jugement à un jugement antérieur, et la faculté que nous avons d« conclure l'un de Tautre. La raison peut aussi être considérée dans les choses comme harmonie des êtres, comme principe ou comme fin de leur existence ( voyez Cause ). Dans les sciences , c'est le pouvoir de découvrir ce principe ou cette fin j dans la philosophie , ce sont des principes universels, les jugements primitifset antérieurs auxquels nous rapportons tous les autres. Le raisonnement est l'opération ou la fonction par laquelle la raison communique aux jugements particuliers la vérité ru:itenue dans les jugements primitifs.
Si la vérité du raisonnement n'était appuyée sur des prémisses certaines et incontestables par elles-mêmes , ou sur des prémisses qui ont leur fondement sur d'autres qui les éclairent de leur propre lumière , nos jugements, n'ayant tous qu'une vérité relative et conditionnelle , remonteraient de Tun à l'autre, sans trouver un point fixe où ils pussent s'arrêter. Il y a donc , dan« les profondeurs
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de BQtre àme <, une raison naturelle qui sert d'appui au raisonnement ; il en est une autre empirique ou iicquise que nous devons à l'abstraction , par laquelle Tentendement forme les genres et les espèces. La première fonction de la rajpon e^t de recueillir ces notions artificielles, ainsi que les notions primitiTes ; la seconde , d*en déduire les notions particulières , ou les jugements qui j sont contenus. Deux ordres de vérités , opposées l'une à Tautre , servent donc de prémisaet an raisonnement synthétique : des vérités absolues , nécessaires , universelles , et des vrrités relatives , variables et générales ; celles-ci formées sur les cléments mobile et fugitifs de Texpértence ; celles-là uni«8 h notre constitution intellectuelle , intimes aux formes de nos pensées , et immuables comme ces formes.
La philasophie qui s applique an développement de la raison , l'a presque toujours opposée à l'expérience. On ne peut pénétrer , en effet , dans la pensée humaine , on ne peut en constater les difiërents caractères , et supposer que les perceptions des sens , et les combinaisons que nous en faisons par le langage , en représentent tous les modes , toutes les vues. Celte origine est pen conforme à la nature de certaines idées , auxquelles nous ne pouvdns en assigner aucune réelle; elle est peu conforme à l'indépendance où nous parait être le moi intelligent du monde extérieur, et à la dépendance où il est de ses jugements propres \ et il nous semble que c'est renfermer la philosophie dans une bien étroite enceinte , que de la borner à monti*er comment les sens et le langage instruisent et forment la raison. Sans doute les sens et le langage, étant les canaux d'un grand nombre d'idées, peuvent lui apporter de nombreux matériaux ; mais sans les principes rationnels qui les dominent , nous représenteraient -ils autre chose qa*Hn aalomatisme intellectuel. Serait-ce dans ce fonds tout animal que nous découvririons les idées premières et démonstratives des sciences ,et i'iilée nécessaire de l'être absolu , immuable, universel? Comment se révélerait à nous la raison qui préside à Tordre de l'univers , si parmi les attributs de notre raison n'étaient rinnnutabiKté et la constance ? Les formes originelles de la pensée ont toujours été placées au premier rang des méditations philosophiques par les esprits qui , peu contents d'une vue superficielle de Tàomme , se sont appliqués
à rétudier plus profondément. Platon nous montre ces formes comme les types étemels des choses ; Aristote , comme des espèces intelligibles qui se détachent des objets per un acte de l'entendement ; Kant , comme des manières de concevoir et de juger inhérentes à nos facultés ; Fichte , comme des modes du moi individuel ; Schelling, commes des modes du moi absolu. Kant conserve le parallélisme de la raison et de rexpérience \ mais Platon refuse à celle-ci toute vérité , et ne lui laisse que la vraisemblance ; Fichte ea fait une crcatioq de la raison ; Sdielling ti*ouve l'une et l'autre dans Tunité universelle. Toutefois , la conscience nous atteste la dualité des sens et de la raison , et ne nous atteste point l'unité individuelle ou universelle.
Comparée aux autres facultés , la raison ne peut être confondue avec aucune, et elle les éclaire toutes ; elle garantit la vérité des jugements , elle recueille les notions générales formées par lentendement , et en déduit les jugements particuliers qu*elles renferment; elle prescrit à l'imagination d'associer et de combiner les éléments fournis par la sensibilité ou par l'entendement d'une manière vraisemblable. Réciproquement toutes les facultés concourent à son usage; par fa mémoire , elle opère sur les choses passées ; par le jugement , elle sépare les faits constants des faits accidentels; par l'entendement, elle généralise ceux-Ih et les convertit en lois ; par l'imagination , elle pare la vérité , ou cherche h l'aborder au moyen des hypothèses et des conjectures ; de l'analogie que lui offrent les événements passés avec les événements présents , elle infère les événements futurs; comme de la corrélation de deux idées , elle en infère une troisième. Ainsi , par le raisonnement abstrait et inductif , l'homme embrasse le cours de la vie entière, juge les circonstances probables où il peut se trouver , se propose un but . et règle ses actions de la manière la plus propre à Tatteindre.
Tout être chargé parla natorede pourvoir à sa conservation , a la faculté de discerner ce qui lui est utile ou nuisible , d'accepter l'un et de rejeter l'autre. Ce discernement ou cette raison plus ou moins enveloppée dans la sensibilité , et remarquable dans la sagacité des sens , reçoit le nom d'instinct ; détermination aveugle , mais qni ne l'est pes au même degré dens toutes les espèces. Plus celles-ci s'éloignent de l'homme comme les
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insectes , plus lean mouTeineiitt paraissent bruM|ues , nécesti tés, impulsifs ; moins elles montrent de choix et de délibération , et plus elles semblent appartenir à celte raison universelle qui met en rapport les difTérents corps de la nature ; plus, au contraire , elles se rapprochent de l'homme , moins leurs actes paraissent brusques et déterminés , plus elles donnent de signes d>xamen , de délibération et d'analogie avec les habitudes de notre raison. Aussi ce n'est pas par l'intelligence de la sagacité des sens que nous sommes supérieurs aux animaux ; si la raison ht^niaine conserve son nom , si elle entre dans la définition de rhomme, c'est, au conli^iire» parce quVlle en est plu« indépendante , parce qu'elle n'en reçoit point de ses jugements , qu'elle n*y est point contenue tout entière.
Ce n'est point aussi la parole qui donne à l*homme sa prééminence et sa dignité. La parole donnerait plus de développement et «retendue à sesTacukés ; mais elle n*en céianr gérait pas la nature; elle multiplierait nos idées dérivées de la sensibilité ; elle ne nous tirerait pas de la vie sensuelle. L*animal joui^ de mémoire , de jugement , d*une intelli* gence acquise par Texpérionce , d'une sorte d'imagination, d'un certain raisonnement et d'indoclion ; mais tout cela se ternnne anx soins de sa conservation et de la propagation de son espèce. Ses jugemeiUs n'étant formés quesur l'expérience, sont variables comme elle , et fu^tifs. S'il manifeste dea affections qui ne paraissent jpas toutes physiques , c'est dans la société de l'homme , et par nne certaine imitation ; dépourvu de signes, du langage, il n*a point d'idées générales, il ne fait point de raisonnements abstraits ; il connaît le bon et Tutile : Thomme oennatt le vrai , le juste , rkonséte et le beau. Il aime ces types immuables, comme motifs de ses actions ; il les recherche , comme objets de sa curioské et de son imagination ; il s'y «ttadM-au péril de son 4tr^ matériel et périssable. La première dirediott de la raison la forte sans doute h TutÂle , puisque , avant toat , elle doit supplcev à notre nudité , à noire faiblesse; Bpusgaram* tir de l'intempérie dep éléments { nous ap* prendre k repousser lea attaques des animaux malfaisants , nous prémunir ooiitre les né* eessités de lo vie , proc«nrer notre bien«>étre et celui de ceox qni nous sont conâés : tel est le bat de la prudence. Or, la pvndcnoe ne renferme point tonte la raison. -Les cod« quêtes de iiiorome sur la nntfure sont les Tome 19.
moyens de la vie ; elles n'en sent pas la fin« S'il n'était soutenu dans ses travaux par le sentiment du mérite qui nourrit son cœur, par celui de l'honneur qui l'ennoblit, par celui de la gloire qui Télève ; s'il n'avait pas une imagination faite fiiwir sentir le beau, une intelligeace pour saisir le vrai , il toucherait au but par son organisation; il ne le verrait paf> s'éloigner par les efforts mêmes qu'il fait pour l'atteindre. Content d'une in« dustrie qui lui garantirait sa sûreté, soft bien-être et celui de se postérité , il ^e chercherait point dans les perspectives oe l'avenir ce qui orne la vie , ce qui Hionore , ce qui lui donne. du prix et de la gran- ^ deur.
De la sph^re intellectuelle où nous Tenon»
de nous élever, si nmis descendons dans l'ordi'e moral , le contraste de l'homme et de l'animal n'est pas moins remarquable. La loi <le l'animal est d'obéir ^ ses penchants , celle de l'homme est souvent d'y résister; celui*ei trouve dans sa raison un contre-poids à ses passions , il y trouve la foi-ce qu'il exerce sur lui-même ; celui là, poussé et niatt risé par ûes appétits , n'a rien en lui qui serve de frein, que la satiété de ses appétits même*. Pour l'un , l'utile est souvent opposé au juste , l'honnête à l'agréa Me, et le beau et le vrai le plus souvent hors du réel ; pour Tautre , le juste est nécessairement dans l'utile , le Trai dans l'utile réel, le beau dans l'utile agréable. La raison de l'animal est individuelle et se rapporte tout entière h lui ; la raison de l'homme est sociale et se partage entre lui et ses semblal>les. De lit naissent ■ne multitude de pc^itionf ot\ la raison se place pour /-clairer noire condiiite , et nous dicter les devoirs qui y sont relatifs. Il ne suffit pas , pour rencontrer le bien , que le copur soit (fa-uit , l'âme exempte de vices , et affranchie de toute servitude. La droiture de la conscience , sans les lumières de la raison, peut être mhne nne source d'égarements; ■mis , d^une part , la raison morale n'est paa faite pour éclairer . dans une région soll* taire, de pures intelligences ; elle n^lgit poinA sur la volonté, et ne dirige point ses aotea sons se piéler an sentiment. Le juste, le vnn. le beau moral brillent d'une lumière pave dans lu théorie . juirceque l'analyse \m séfiare de ee qui leur est étranger ; mass en pé4étFant dans notre emur , celte pnreté m lemitvft te raison praiiique n'ieat plus qn^m •IliAge des divers prinoiptt deJ<)Mioe, de Inen^Hanee , d'intérêt , dVimon»i pr op re 4
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qui généraleinent terfeot de motifs h nos •étions. Ainsi, dans Tabstraction , s'il est vrai de dii'o que rien n*est plus opposé que justice et sentiment, dans la réalité rien n'est plus ordinairement uni : ce qu*on exprime en disant qu'il 'n'est point de devoir qui ne soit combattu par des considéra-' tions particulières. Cest à la raison à se tenir assez élevée pour n'être que tempérée par les raisons particulières, auxquelles nous donnons le nom de considérations , et à ne point se laisser envahir et dénaturer par ces éléments étrangers. La liberté seule peut lui donner cette élévation , et la maintenir p«r l'indépendance du caractère.
Dans les sciences , la raison pose les «principes, et l'entendement les applique; la raison montre le but, Tentendement trouve Jesanojens. Ainsi en physique , le principe fondamental est la stabilité des lois de la nature; le but, la reeherche de ces lois; le moyen ou la méthode, Tinduction. En mathématique», la notion d'unité et celle dVspace ou d'étendue , s'oiOTrent comme principes , la mesure pour but ^ le rapport d'identité avec les définitions on de contradictions avec les suppositions, comme moyens. En morale, l'idée du juste, fondée Mir l'égalité de nature comme principe , nos devoirs envers les autres comme but , nos devoirs envers nous - mêmes comme moyens. En politique , l'égalité des droits comme principe , la liberté comme but , les institutions ou les garanties comme moyens.
Dans les sciences nominales , la conception des signes du langage sous des idées déterminées comme principe ; la communication de nos pensées , leur décomposition et leur arrangement synthétique , comme but ; la el^ssification des termes, d'après l'espèce des idées et leur liaison , comme moyens.
La distinction de nos jugements moraux est le fondement de nos devoirs et de nos Tertus morales; celle de nos. jugements intelleclueb, le fondement des, différentes sdetices; celle de nos jugements 'estétiq«es, le fondement de la diversité des arts.
Ainsi, la raison revêt différents noms , •elon les rapports où nous nous plaçons à regard de nous-mêmes , à Tégard des hommes , ou h regard des ciMses : elle est indi- TÎduelle , morale, sociale , politique, matliématiqne, physique , etc. JNulle pôisée, B«lle Mtion de A'homme , nul ouTrag4) ne penreni être exempts de laison » c'est*à-dire , deoette conformité qu'ils doivent ayoir areo nos ju-
gements naturels développés par Ja eultnve. Rien de choquant , rien de contradictoire n'y doit paraître, rien qui en trouble l'harmonie. De là cette expression approbative si familière : vous avez raison , il a raison , pour signifier qu'on se renferme dans le sujet en question , et que Ton pense ou Ton agit d'une manière conforme à ses principes. Le moi humain est le centre d'une sphère immense où la raison mène <les rayons à tous les points où elle touche , soit à nos besoins physiques, à nos sentiments individuels ; soit à nos relations sociales, à nos intérêts respectifs , à nos devoirs de justice , de bienveillance ; soit aux ventés naturelles des^ sciences , ou aux vérités idéales des arts. Ainsi toutes nos pensées et nos spéculations ont leur raison dans Jes conditions de notre existence , ou dans celles de Tunivers. Cette raison renferme , pour tontes les situations où l'homme peut être placé , pour tous les points de vue que l'univers peut nous offrir, une multitude infinie de raisons particulières ; ce que Lcibnitz a justement exprimé par ce principe fondamental de sa philosophie , que rien n'existe sans raison suffisante. La raison universelle- suppose , d'un cùtè , que tout ce qui existe a une cause et un but , et , de l'autre , que nous avons une raison faite pour connaître ce but et cette cause.
On pêche contre la raison de plusieurs manières : en philosophie, quand sur des points de vue hypothétiques , on aspire à se placer dans des conditions d'existence dont on n'a aucune conscience , comme à se placer au sein de l'existence absolue ; en morale , lorsque, par intérêt, par passion , par amour-propre, par préyention, on manque de boune foi avec soi-même ; en religion , lorsque, dans la rue d'en défendre les intérêts, on blesse ou Ton corrompt les droits de la charité et les devoirs de la justice ; en législation , lorsqu'on place la volonté d*un senl au-dessus des lois , et qu'on ne reconnaît d*autres rangs que ceux de la hiérarchie civile. Le nombre des préjugés qui usurpent les droits de la raison est infini, et la plupart d'autant plus inévitables , qu'ils tiennent aux conditions mêmes de notre existencfè. Le plus commun est de ramener tous nos sentiments à un seul sentiment, tous nos jugements h un seul , toutes nos idées , tontes noi pensées à une idée, à une pensée dominante; car Tamour-propre- nous ramène sans cesse à
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noiM ; il fait converger sur un seul point DOS facultés, tandis que la raison les fait diverger sor tous les points qui forment le ajatène de notre vie entière ; et c'est parce qoe nous nous attachons le plus souvent à un seul principe , à une seule opinion , h une aeale idée, que, croyant nous maintenir Jans la raison, lorsque nous sommes conséquents à nos sentiments ou à nos idées de prédilection, nous prenons le raisonnement fïour elle, et nous nous croyons raisonnables quand nous ne sommes que raisonneurs. L'autorité surtout empiète sur la souveraineté de la raison-; ce n*est ps^s assez qu'elle se substitue h elle en Tabsence de I expérience, du raisonnement ou de la science •* elle prétend s'y substituer encore lorsque les espnis sont parvenus à leur majorité, on retarder celte époque , ou même empêcher qu'elle n'arrive. Or, si le joug de Tautorité est si funeste aux progrès des aciences , des arts , de la littérature , combien ne Test -il pas k la morale et à la politique , où les passions viles ou ardentes font une guerre constante h la raison ! C'est là que la subtilité des casuistes change les principes du bien et du mal par des interprétations arbitraires , qne l'intolérance des théologiens pervertit la pureté des vérités évangéliques : c'est lii que les esprits dominateurs ou ambitieux prêchent l'obéissance paasive , l'abus des lois et la sagesse du despotisme; qu'ils offrent à l'admiration du présent les exemples du passé; qu'ils nous renvoient , pour notre instruction , aux leçons de l'hiitoire, comme si tout l'avenir était dans le passé ; comme si les événements et les maximes du passé n'étaient pas défigurés au gré de la puissance ; comme si nne civilisation grossière ou vicieuse faisait autorité pour une civilisation plus polie ou plus perfectionnée ; comme si l'esprit humain n'avançait pas avec les siècles , et que les générations dussent ressembler aux vieillards calomniateurs du présent et admirateurs du temps passé.
Dans toutes les sciences , dit Pascal , qui ont pour principe le fuit simple , ou l'institution, soit divine, soit humaine, comme rhistoire, la géographie, les langues, la théologie, il faut nécessairement recourir an texte des auteurs. Il n'en est pas de okéme des sujets qui tombent sous le sens on sous le raisonnement; l'autorité y est inutile ; la raison seule a droit d'en connaf- -tre; elles ont leurs droits séparés. De là
résulte done , selon Pascal , le devoir pour chacun d'éclairer sa raison , et, pour les gouvernements , le devoir d'éclairer celle dea peuples. Ce devoir n'est point impunément négligé par les parliciiliert ; et s'il parait l'être le plus souvent par les gouvernements, à cause du vice des institutions, del'égoifsme ou l'ignorance des chefs politiques, la Providence, qui veut que les vérités naturelles sortent du sein de l'expérience , permet par intervalles, dans les empires, des subver-, sions terribles, qui, renversant les institua tiens , déplaçant les personnes et les choses , mettant aux prises les intérêts et le» opinions , font jaillir les lumières du choc des passions , et ouvrent une meilletirc camère aux esprits et aux moeurs sociales. Ainsi, par le progrès des âges , ou par la faUlité des événements , les nations ressaisissent sur leurs maîtres les droits usurpés de leur raison, et alors lui rendent l'autorité que de funestes préjugés lui avaient fait perdre. ( fo/-*»
Raisorvemert. ) Satvb.
RAISONNEMENT. {Ptùlotophie^ Logi^ que.) Les vérités qui sont l'objet de la raison considércci en elles-mêmes ou duns leur principe , sont les formes originelles de la pensée , ou des idées générales acquises par l'expérience. Selon la manière dont elles nous sont connues , nous les divisons en vérités de conscience et d'intuition , vérités d'induction et vérités de déduction ou dt conséquence. Les premières sont celles qui se manifestent par suggestion intérieure ou par simple intuition. Les vérités d'induction sont celles que noua recueillons de leur analogie avec d'autres, soit qu'elles résultent d'analogies particulières ou collectives {vc^ez Ahalogis et Inovcnoa); et les vérités de déduction , celles que nous inférons de vérités antérieures, au moyen de vérités intermédiaires qui les rapprochent et en font voir l'union et la conformité. Le mode de comparaison et de relation par lequel nous obtenons celles-ci, prend le nom de raisonnement. Nous le déîinissons : l'opération par laquelle la raison approche deux idées éloignées par une ou plusieurs idées intermédiaires, pour juger de leur rapport mutuel.
La raison se subdivise donc en deux facultés : celle qui recherche et pose les principes , et celle qui déduit les conséquences.
L'analogie et Tinductiou sont les auxiliaires de la raison , comme elles le sont des sens , de I imagination , de la mémoire ; mais c'est •la découverte des principes et celle des con-
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•équeoceft qui la caractérisent spçdaleiaeDt. Si les propositions sur lesquelles le raisoii- ^nemènt est appuyé sont des vérités néces- $aires résultant des formes originelles de la pensée, les conséquences en seront nécessaires, et le raisonnemeut lui-même sera démonstratif; il sera probable, et ne produira que des conséquences probables, si tes principes sont des vérités contingente»
acquises par les sens et Texpérience. Les anciens , mohis jaloux d'appliquer leur raison h la recherche des pnncipes qu^à celle des conséquences , s'attachèrent avec un soin particulier à Tart du raisonnement . dont iU cultivèrent les règles sons le nom de diaUc' tique. Ces règles , résumées et étendues par Aristote dans uu traité auquel il donna le nom à^Organum^ et auquel ses commentaleurs donnèrent dans la suite celui de Logique, ont joui^ jusqu'au milieu du dix-huitième Bièclc, d'une importance d'autant moins contestée , que l^école ayant consacré la m.ixime , qu'il ne faut pas disputer des principes, Taulorité en avait usurpé la place , et qa'il ne restait d'asile à la raison que dans le raifonuement. Nous donnerons ici une vue sommaire de cet ouvrage : nous en montrerons la stérilité et Tinsufiisance comme méthode propre à nous conduire à la vérité , et nous déterminerons le principe sur lequel nous fondons la justesse de la proposition et la rectitude du raisonuenient.
Le traité d'Aristote est divisé en deux parties : la première , où il établit la forrnn dn syllogisme ou la dispo^ilion des propositions et des termes propres à donner une légitime conclusion; la seconde, o\\ il traite de la matière ou de la nature des prémi:ises sous le rapport de la vérité. Dans le premier livre, qui est celui des catégories , il distribue tous les objets de nos idées et les termes qui les expriment en dix classes ; chacune aous-divisée ensuite par Porphyre en cinq classes d'idées universelles ou d*universaux , les catégories renfermant tous les sujets de la proposition , et les universaux les attributs. Dans le livre de 1 Interprétation , il réunit les termes qu'il avait coitsidérés isolement dans les catégories , et traite spécialement des éléments de la proposition.
Il décompose le raisonnement dans les livres des analytiques. Dans les deux premiers, il examine les diflerentes espèces de propositions y leurs qualités , leurs relatioBs , leur conversion. H coBstfuit le syllogisme pur ou catégorique ibroié de propositiena sim-
plea ; il en décrit iea figures et les modes ; il ûxt le nombre des modes légitimes ou cobcluantâ ; il parcourt les dilTérenles formes de raisonneinent , qu^il nomme syllogismes irréguliers , et qu'il ramène au syllogisme pur ; il distingue les ditréreules espèces de syllogismes conjonctifs ou composés , d«Bt il s'efforce inutilement d'opérer la réduction; enfin, il définit les syllogismes idodaux, qu'il s'efforce également sans soccès, de ramener au syllogisme catégorique. Cette première partie qui n'envisage le raisonnement que dans ses formes extérieures, et qui a régné dans les éeoles pendant pkis de quatorze siècles , est exposée avec éteadue dans les logicfues de Hobbes et de Port'* Royal.
h» seconde partie, développée dans lee deux derniers livres des analytiques et dans les huit des topiques , considère la vérité des propositions en elle-même. Aristote y distingue la vérité nécessaire de la vérité probable. Les sens perçoivent , dit-H , les ehjets imlividuels ; de la comparaison de leur ressemblance et de leur différence nous formons les espèces universelles qui fonaikent les notions propres de l'entendement. Ces notions , nommées par lui intelligences , moins dépendantes des sens que de la constitution de notre esprit , sont le fonds des vérités nécessaires on des principes de la science , selon l'adage scientia non est tingulaiium ted uniuersalium. On ne définit point les principes, ils se manifestent intuitivement; on définit les choses singulières ou probablee en les rappelant à quelqu'une des catégories , par le genre prochain et la diléreace spécifique. La proposition probable est celle qui parait vraie à tous les hommes , ou «is plus grand nombre , ou aux plus sages. La probabilité est seule l'objet de la définition ; les principes ou les vérités nécessaires sent l'objet de la démonstratiou : les choses singulières , fondement de l'expérience et de la vérité probable, sont comprises dans les catégories ; les notions ou espèces universelles » fondement de la science ou de la vérité nécessaire , sont comprises dans les cinq ooi- ▼ersaux. La définition redierche ce qn'nae chose est : la démonstration recherche fa cause , ou pourquoi eUe est ; d'où suivent les différentes espèces de définitioo et les différentes espèces de cause, et en eenséquence \e% différentes espèces de démonttraiion , lenrs qoaUtés et leurs cendiliene.
Les diyerses coDsidératioAS que pcnt offrir
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la probabilité de la proprosition , les dWen mpporU souA lesquels Taltribut peut 6tre envisagé à Tégard du sujel dans la propûti'* lion probable , tous les éléments de lu preure et Ies»artific6s de TargumenUition sont Fobjet des buit livres des.topiques. Cette partie de VOr^num, très-obscure au jugement de Cicérou, formait , dans les vues d'Âristote, la dialectique proprement dite. Les ques* lions y roulent sur le genre du sujet , son espèce, ses différences, ses propriétés ou accidents, c'est-à-dire, sur les cinq classes d^idées universelles recueillies par Porphyre, et qui , de même que les catégories , parais* sent avoir été empruntées à 1 école de Pythagore. Le livre des sophismes , où sont discutés les vices de la (orme et de la matière, est le dernier des quinze livres de l'Organum.
L'unité de système est remarquable dans cette distribution de parties } mais tout n'en est pas également exact et lumineux : Aristote a conçu Texistence des vérités ration* nelles indépendantes des véiités empiriques; cependant il ne les a pas assez distinguées des vérités générales , qu'il paraît confondre avec les axiomes. Il n'a pas expliqué «oo»* ment le nécessaire réside dans Tidée de la chose, et le probable dans Topinion que nous en avons. 11 sVst proposé de faire ren« trer tous les raisonnements dans le syllogisme pur; mais, outre que cette forme prolixe, par laquelle, dit Leibnitz, on a Tair de compter par les doigts , est ordinairement bannie du discours , dont Télégsnce et la précision doivent toujours laisser quelque chose à rintelligence, outre que le raisonnement y prend le plus souvent la forme de renlhymème , que Cicérou nomme l'argument oratoire , et qu'on le trouve quelquefois énoncé par une seule proposition ; lés termes et les projiosilions dont il est formé j paraissent généralement chargés de tant de modifications accessoires , qu'on ne saurait le réduireà la forme technique , sans le dénaturer ou le détruire entièrement. Voilà pourquoi , indépendamment des règles générales communes à tous les raisonnements , chaque forme simple ou composée en a dé particulières que l'on trouve exposées dans toutes les logiques , et auxquelles nous sommes forcés de renvoyer. Le triomphe d'Aristote est dans la constitution du syllogisme, dans la délinilion des propositions , la distinction de leurs qualités , de leurs relation», des arrangements dont lenrs termes sodt
susceptibles , et des dispositions possible»
des proposition» entre elles pour en déduire les modes concluants ; et si l'on considère , en effet, les ressources que Tart syllogistique fournissait à l'argumentation de l'école , l'adresse avec laquelle Tsdversaire pouvait échapper au moyen des distinctions et des conversions de propositions , ou des cbangemetits de modes ^ la vigueur avec laquelle il pouvait presser à son tour l'attaque , en contenant son antagoniste dans le méRje médium, on doit convenir qu'Aristote ne pouvait fotirnir de meilleures armes pour arriver à la victoire , et qu'il ne pouvait mieux mériter de ses concitoyens, phis jaloux, dit Crassns * dans le Traite de l*orateur, de contestation que de vérité : Conttfntionia cupidiores quàm tf^rilatis.
Sous ce dernier rapport, de quel avantage pouvait être, en effet, une méthode qui plaçait tous les objets individuels dans les catégories , et faisait résulter les vérité» qoi ê'y rapportent de leur déOnition par le genre prochain -et la difiërenee spécifique; qui plaçait les vérités nécessaires dans les axio'mes, Ou dans des principes dont il n'était pas permis de disputer? Quel progrès le raisonnement pouvait^il faire? Ne pouvant rendre que ce qu'on y avait mis, et semblable au jet d'eau qui ne s'élève qu'à la hauteur du réservoir , il no reproduisait que des propositions arbitraires, des vérités communes et frivoles, comme on le voit dans les exemples cités par les logiciens à l'appui de leurs règles. Cependant , en assujettissant le raisonnement à des fortnes techniques . Aristote et ses disciples avaient senti combien les mots sont nécessaires au rapprochement des idées , à la jiaison des jugements , à leur compa^raison , à leur substitution, et combien, jusqu'à un certain point , ils sont capables de remplacer les idées; car si cette puissance des signes , si remarqua ble dans les mathématiques , se manifeste dans les divers actes de la pensée, c'est surtout dans le procédé mécanique du raisonnement. Du moment que les termes sont rigoureusement déterminés, et qu'on n'en change pas le sens, les propositions s'eraboitent facilement les unes dans les autres , et la justesse de leur liaison se résume très-bien dans ces deux axiomes d'Aristote, que ce qui est affirmé du genre est affirmé de ses espèces , et que ce qui est nié du genre l'est de ses espèces également , ce qui revient à dire que la conclusion doit être nécessairement contenue dans les pré-
BAIS
RAIS
mjtses , ou , comme Tez prime Port-Royal , que> dans tout syllogisme régulier , la majeure comprend la conclusion et la mineure montre quVlle y est comprise; d^où il suit que tout paralogisme ou sophisme pouvant être envisagé comme un syllogisme dont la conclusion u*e$t point comprise dans les prémisses , est convenablement ramené à deux divisions principales, l'ignorance du sujet pour les choses , et Tambiguité des termes pour les mots. LVrreur des scolastiques n'est donc pas d*avoir méconnu la nature du raisonnement , mais d^avoir pesé leurs principes sur des déânitions généralement arbitraires , ou sur de prétendus axiomes qui n'étaient rien moins que des vérités mathématiques , et d'avoir donné à la déduction des conséquences une attention qu'ils auraient mieux employée 2i la recherche des principes.
Condillac fait consister la justesse de la proposition dans Téquation ou Tidentité du sujet et de Tattribut, et le raisonnement dans une suite d*équations ; mais d'abord dans une équation les termes ne sontpas identiques, et le raisonnement mathématique ne procède point par propositions identiques , mais par propositions équivalentes, chacune, dans la série qui forme la démonstration , oflrant un point de vue diflërciit de celle qui la précède et de celle qui la suit* Quoique les trois angles d*un triangle , deqx angles droits et la demi-circonférence soient des valeurs égales ou équivalentes, qu'on peut substituer Tune à Tautre , il suffit qu'elles expriment des rapports différents, et qu'elles puissent servir^ chacune à démontrer' des vérités différentes , pour qu*on ne puisse les considérer comme des propositions identiques. Quand nous disons : tout métal est fusible ; or , l'argent est un ' métal , donc Targent est fusible ; Jusible s'attribue k d'autres substances qu'à métal , et métal h, d'autres propriétés qu'k/usible. Il y a donc uiiion ou attribution de l'un a l'autre , mais il n'y a point identité. Le père BufHer, et M. de Tracy, qui . en la développant, a suivi sa théorie, se représentent le syllogisme comme un sorite , où le grand terme serait compris dans le moyen et le moyen dans le petit, et par conséquent le grand terme dans le petit. Ainsi, dans notre exemple, fusible serait dans métal , métal dans argent, d'oi\ il suivrait que fusible serait dans argent ] et comme, dans le raisonnement ainsi que dans le jugement, tout consiste à voir l'attribut
dans le sujet, seulement au moyen d'un ou plusieurs autres sujets , il en conclut que Ir raisonnement est un jugement en plusieurs parties.
L'école distingue la compréhension d^un terme , qui est la somme des propriétés comprises sous son idée , de sou extension , qai est la somme des individus qu'elle comprend.
Sous le premier aspect, le terme est particulier comme argent par rapport ^ métal , métal par rapport à fusible ; sous le second , le terme est général , métal par rapport k argent, fusible par rapport à métal. Si Ton prend avec M. de Tracy l'étendue du sujet de sa compréhension , on dira que Tidée générale est comprise dans l'idée particulière , et cela est vrai , puisque celte-la est tirée de celle-ci. Si Ton entend, au contraire, par l'étendue du sujet ce que les scolastiquc* appellent extension , ce sera l'idée particulière qui sera compiîse dans l*idée générale, et cela sera encore vrai , puisque l'idée générale est une idée de classe qui en embrasse plusieurs particulières. L'un ou Taulre point de vue est indifférent , et n'importe pas à la justesse de la conclusion , les trois termes du syllogisme étant respectivement particuliers et généraux h l'égard les uns des autres. Il ne s'agit que de savoir si, en changeant l'acception commune des termes, on ne porterait point atteinte à la constitution même du raisonnement. En effet , si le raisonnement s'appuie sur des faits généraux et non sur des faits particuliers , c'est lorsque les faits généraux sont convertis en lois , qu'il commence. Sa fonction est de faire rentrer les cas particuliers dans la loi qui les domine , ou de communiquer aux propositions particulières la certitude acquise aux propo- ! sitions générales ; et comme l'analyse a servi à découvrir les principes , c'est k- la synthèse à en faire l'application. Les idées générales sont donc dans les idées particulières , suivant l'ordre de génération ; mais l'ordre systématique, qui est l'ordre rationnel, les objets particuliers n'existant plus , il n j a dans notre esprit que des idées plus oa moins générales , que nous associons , oa combinons, ou des idées originales, qui sont les modes de nos pensées. L'esprit humain n'a, dans sa nphère d'activité spéculative, d'autre moyen d'atteindre les objets particuliers que les idées générales : c'est , en descendant l'échelle par laquelle il s'y | est élevé, qu'il arrive aux idées individuelles ; le raisonnement le ramène alors à la nature
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réelle dont il 8*e8t séparé par la généralisalioo , au moyen de ces idées iDtermédiuires que les esprits pénétrants savent s^iisir entre les propositions dont la vérité leur est connue, et celles dont la vérité est encore à connaître. C*est dans ce sens qu^on peut dire seulement que^ les idées générales rentrent dans les idées particulières, dont elles aont sorties originairement ', mais , antérieurement à cette opération ^ exbte celle qui a conduit aux idées générales , sans lesquelles il n'est point de raisonnement. Toutefois il est d'autres idées qui ne doivent rien k Tordre naturel. Outre les vérités mathématiques qui en sont indépendantes , s*il n*y avait origijieliement dans notre esprit un principe de vérité , qui , semblable à raiguille de la balance , nous montre la rectitude du jugement et du raisonnement, il nous serait impossible de rien affirmer ou nier avec certitude sur lea rapports que nous observons entre les objets, ou que nous concevons entre nos idées. Le raisonnement ne saisit donc pas la vérité dans les faits particuliers pour les convertir en faits généraux. Il ne s'empare ^aa des propositions particulières pour les convertir en propositions générales. C'est i office de Tanalyse qui , au moyen de l'analogie , découvre une série de propriétés renfermées les unes dans les autres. Tel ctait le raisonnement inductif de Socrate, qui consistait à porter la lumière des exemples et des jugements vulgaires sur les jugements ies plus complexes et les plus éloignés ; et tel est le procédé que nous suivons dans la recherche des faits extérieiurs ou de la nature humaine. Nous disons : si la fusibilité est apalogue à la propriété constitutive de métal, et celle ci à la propriété constitutive «l'argent; donc la fusibilité est analogue k «elle d'argent. C'est une suite d'analogies , mais ce n'est pas un raisonnement. Le rai- «oanemeut proprement dit procède par synthèse : on peut le définir une opération par laquelle nous classons une proposition dans une autre, dont la vérité nous est connue, au moyen d'une ou de plusieurs autres déjà classées dans celle-ci. C'est une méthode rationnelle de découvrir l'inconnu dans le cooAu , non d'après quelques analogies , jaais en nous les faisant concevoir l'un dans l'autre, c'est-à-dire, les idées sensibles et particulières dans les idées générales , déjà foroiées et établies dans notre esprit. Nul doute que le raisonnement proprement dit ne s'appuie donc sur des. catégories, puis-
qu'il s'appuie sur des classes de faits que l'entendemeot a recueillis par le développement de ses facultés, et qui ont reçu la sanction du jugement. Mais ces catégories difièrent de celles d*Arislote en ce que cellesci sont arbitraires , tandis que celles-là s'introduisent et se déterminent en nous , selon les lois de la pensée, dans sa formation et ses développements. Les sciences, ont , dans ce sens , chacune leurs catégories , qui sont leurs vérités générales , admises d'un commun consentement. 11 ne s'agit que de mon* trer que les faits particuliers, à mesure qu'ils se présentent , y sont compris. Si dans l'origine des sciences , avant la création de leur' système , nous ne pouvons procéder que par raisonnement analytique et inductif, lorsqu'elles sont constituées et que leurs principes sont établis, c'est par raisonnement synthétique que nous procédons plus particulièrement. 11 s'agit alors de transmettre la lumière des propositions démontrées ou convenues à des propositions éloignées ou contestées , soit pour établir la certitude de ces dernières , soit pour la faire reconnaître aux autres.
De celte distinction des deux formes de raisonnement il suit qu'il y a des sciences où le raisonnement analytique doit éti*e d'une application plus fréquente , comme celles dont les principes sont contestés ou faiblement établis , et d'autres où le raisonnement synthétique doit prévaloir , comme celles qui ont des principes arrêtés, soit qu'ils le soient par l'autorité, comme la théologie, ou par l'autorité et la raison , comme la jurisprudence. Mais comme toutes en général sont destinées à des progrès indéfinis, il y a peu de principes qu'on doive regarder comme définitivement arrêtés , et les raisonnements n'y peuvent avoir par conséquent qu'une vérité conditionnelle et eh quelque sorte provisoire, {f^ojrgi Ahalogib, laoDCTiov , LoGitçoB et Raisoh. )
Satda.
* RAITSCH ( Jbam ) , savant servien , né en 1726 à Carlowilsch, mort en 1801 à Kovila, où il était archimandrite du couvent de Saint-Michel-Archange , a fait des recherches sur l'histoire ancienne de son pays. On lui doit une Histoire des divers peuples slaves^ en langue slave. Vienne, 1794, 4 vol.
in8o; une relation de ses voyages et des Fragments pour sentira r histoire de Sentie,
* RA JALIN ( Thomas dx ) , né en Finlande en 1673 , fut d'abord simple matelot , s'éleva