‹ Encyclopédie moderne, ou Dictionnaire abrégé des hommmes et des ..., Volume 19Chapitre 89 sur 135 · R£CR · texte numérisé non relu

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France dut tant de prodiges. La restauration l'adopta , et les mots sacrés honneur et patrie brillent encore avec éclat auprès de Timage dn monai-que-citoyen , dont le souvenir vit dans tous les coeurs.

Les Romains donnaient aux généraux qui avaient soumis de vastes territoires le nom des contrées où ils s*étaient illustrés , et les surnoms d'Africanus, de Numidicus ,de Germanicus , rappelèrent de glorieux services , et immortalisèrent ceux qui les avaient rendus. Catherine II avait renouvelé cet usage pour les Orloff , pour les Romanzoflf. Napoléon qui conquit des royaumes , qui changea la destinée de tant de nations , ne pouvait le négliger, et la France eut ses ducs de Rivoli, de Castiglione, de Montebello, ses princes d^Âuerstedt et de la Moscowa !

Si je n'étais resserré dans de justes limites , j'examinerais ce que sont , ce que doivent être les récompenses dans les différentes formes de gouveruement , et le degré de civilisation où les nations sont parvenues. Il serait curieux surtout d'observer la force que leur donnent les idées religieuses , quand elles sont d*accord avec les institutions ; mais ce serait le sujet d'un grand ouvrage , et je ne dois faire qu*un article. (Voyez Cbe-

VALiaiB , NoBLXSSB , PsiVlLécXS. )

MlRBBL.

* RECORD ( RoBXKT } , savant anglais , né dans le pays de Galles , professa d'abord les mathématiques à l'université d'Oxford , fut ensuite reçu docteur en médecine à celle de Cambridge , et mourut en 1558 , dans la prison du Banc-du-Rôi où il avait été mis pour dettes. Il est, dit-on, le premier Anglais qui ait écrit sur l'algèbre. Sg& ouvrages ( en anglais) sont : Principes des arts , dont là meilleure édition est de 1623 ^ in-é"» ; la Pierre à aiguiser les esprits, Londres , 1557, in-4°; le Chemin de la science, contenant les premiers principes de la géométrie; le Château de la science, ou Explication de la Sphère, deuxième édition , 1596 ^ in*8° , etc.

RECOUSSE. Vojrez Patsxs bv mbb.

RECRUTEMENT. ( Jrmée de terre. ) L'organisation d'une défense commune est le principe vital de toute société. La raison n'en imaginera pas , l'histoire n'en signale aucune qui n'ait obéi à cette nécessité.

Faire concourir toutes les intelligences et toutes les volontés h ce but de conservation doit être la pensée dominante d'un gouvernement : c'est aussi son premier devoir,

et la royauté n'a pas d'autre origine , d'autre contrat ni d'autre destination.

> De l'organisation de la défense commune découlent pour les États leur lustre, leur indépendance et leur durée ; ce n'est qu'à ce prix que la terre produit pour celui qui la possède, et que le travail profite à celui qui s'y livre. Nulle part cette question fondamentale n'a excité phis de sollicitude que chez les anciens : on s'y était tellement attaché h créer et à maintenir des mœurs militaires , que, si tout ce que les arts , les lettres, la morale et la philosophie ont de grand , de noble et de beau ne nous venait aussi de cette source , on serait tenté d'accuser leurs législateurs, à qui la postérité confirme pourtant le nom de sages , d'avoir regardé l'homme comme uniquement destiné pour la guerre.

Remontant à leurs codes immortels qui ont servi de modèle aux peuples venus depuis , on trouve que chaque membre d'une société naTssante est tenu d'abord au service personnel. Long-temps la dette est payée sans murmure ; car le premier des devoirs sociaux ne saurait peser à Thomme que n'a pas açiolli le luxe , et que satisfait la médiocrité. Mais, à mesure que les peuples croissent en savoir, en industrie , en richesse, lorsqu'ils approchent cette période d'abâtardissement que l'on appelle haute cit^ilisa" tien , alors la loi du service personnel devient gênante et dure. C'est à cette époque de crise qu'on a vu certaines sociétés chiarger quelques-uns de leurs membres du fardeau de la défense commune ; qu'on en a vo d'autres, plus déchues encore, réduites à soudoyer chez l'étranger la vigueur et le courage devenus introuvables chez elles.

Pour les premières , l'esclavage des masses est la conséquence prochaine d^une mesure imprudente, et le grex imheUis ne taitle guère à être foulé aux pieds par la caste belliqueuse : c'est l'histoire de l'Inde, de la Chine , des États mabométans et de notre Europe féodale. On sait ce qu'ont à endurer les masses qui ont résigné le plus noble de leurs droits. Néanmoins de telles populations peuvent subsister comme États , attendu qull y reste un principe plus ou moins pubsant de conservation et de vie.

Mais chez celles ou tontes les mains ont désappris le maniement des armes , le principe vital a cessé d'exister. Aussi n'en est-fl pas qui n'ait disparu de la terre, comme il arrive à ces infortunés tombés en démence ,

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que leur instinct n^ayertit plus du aoin de se oonseryer eux-mêmes. C^est Vhistoire d'Athènes, deCartbage, de la Rome d*Auguslaie, de la Byzance des Paléologue et des Comnène , de tout pajs enfin qui a perdu sa yirilité .

L'histoire, d*accord avec la raison, proclamedonc hautement qu'il n'y a de garantie pour les individus, et de durée pour les États, que dans Torganisation d'une défense commune. Cette organisation est d'autant meilleure qu'elle familiarise a ree les armes un plu s grand nombre d'individus.. Ce n'est pas seulement parce que le nombre est formidable à la guerre qu'il convient d'aguerrir toute une population : c'est aussi parce que la nature est avare des hantes capacités militaires , et que ces capacités décident le destin des combats. Il faut présenter aux grands talents , trop disposés à s'ignorer eux-mêmes , le plus de chances possibles pour se sentir et se montrer. Qu'on réfléchisse combien peu de généraux capables de diriger de grandes armées se sont manifestés dans la guerre de vingt-trois ans. Le choix s'exerça cependant sans restriction ni limite sur plusieurs millions de soldats qu'armait notre indépendance.

Les institutions organisatrices ont pris , selon les temps et les lieux , des caractères et des noms. variés. On peut consulter le troisième rolnme de V Encyclopédie méthoiiùfue, pag. 160 à 188, on y trouvera un précis intéressant des combinaisons imaginées par plusieurs peuples- célèbres ; mais, pour ne parier ici que de notre France, si la forme a souvent changé, le fond est toujours demeuré le même : toujours , dans les dangers publics , le gouvernement s'y est appuyé sur les masses, et les mots de ban, d'arrière- ban , de levée , de milice , de réquisition et de conscription , tour à tour choisis et abandonnés , ne représentent , en dernière analyse , que l'obligation où se trouve un peuple, animé du sentiment de sa dignité , de se lever en masse toutes les fois qne son existence ou son honneur sont en péril.

Quelques publicistes regrettent qu'on n'ait pas naturalisé chez nous les institutions romaines, rappelées par notre assemblée constituante (décret du 12 décembre 1790), lors de la création déa premières gardes nationales. Os pensent que , dans une société convenablement ordonnée , on doit ne confier d'armes qu'aux seuls citoyens, c'est-k-

dire , à tout homme qui payant , comme propriétaire, un cens quelconque, se trouve intéressé à la conservation de l'État, laquelle apparemment est indifférente aux non-propriétaiires.

Il y aurait beaucoup à dire sur les vertus civiques inhérentes h la propriété et sur cette qualification de prolétaire adressée dédaigneusement à quiconque vit du travail de ses mains. Je me contenterai de faire remarquer qu'il n'est pas exact d'avancer que chez nous le non^propriétaire ne participe point aux charges publiques. N'est-ce donc pas un véritable cens que ce surcroît de prix dont les prélèvements du fisc affectent les objets de première nécessité ? L'impôt indldirect n'exisUit pas à Rome , où , bien loi»

de Uxer le blé , le sel , etc. , le gouvernement les fournissait gratuitement à la plébécule. Il s'ensuit que les publicistes qui assimilent entre elles les classes inférieures ^es deux pays cherchent futilement des rapports là où il n'existe que des différences.

Au reste ce n'est pas le lieu d'examiner si l'individu à qui le travail de chaque jour permet de dépenser 50 sous , n'est pas aussi bien propriétaire de neuf cents francs de revenu que celui qui en possède le capiul en fonds ou en marchandises. Je rapellerai seulement qu'à l'époque récente de nos désastres militaires , ces distinctions subtiles de prolétaires et de citoyens , n'ont pas été avouées de la nature comme source d'amour pour le pays , et gage de dévouement à sa cause. Ce fut alors la classe qui n'a rien à perdre, celle qui, selon notre ingénieux fabuliste , ne peut être condamnée à porter deux bâta , qui se montra le moins ébranlée de nos revers de fortune et le plus disposée à faire à l'honneur ce sacrifice de la vie devant lequel ceux de la fortune sont peu de chose. J'ajouterai qu'encore aujourd'hui c'est elle qui conserve le nerf militaire , et elle seule qui nourrit le patriotique espoir de notre réveil et de notre revanche.

Rendons toutefois cet hommage aux esprits éclairés qui discutent et votent notre législation, qu'ils ne consacrèrent jamais ces vaines théories. Les lois du 10 mars 1818 et du 9 juin 1824, qui régissent maintenant cette matière, appellent, au contraire, indistinctement tous les enfants du pays à l'honneur de le servir, et leur reconnaissent des droits égaux pour l'avancement et les récompenses.

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Ces loi» , répudiant le mot à&eontcHption^ ment , un tribunal composé de foactioiimH'-

comme rappelant des souvenirs douloureux y res de Tordre civil , qu*on nomme c^nteU de

ont introduit h sa place le nom de recrute» févision , lequel prononce eu dernier res-

meni pour désigner Temprunt annuel des s<Mrt.

hommes que le prince fait au pajs. Cet em- On ne peut qu'applaudir au principe de U

prunt ne peut excéder soixante mille soldats, libénition définitive. Dans un pajrs i>à il

dont chacun , après huit années passées naît annuellement (1) 498,824 enfanta «lu

dans les rangs^ est rendu à sa volonté propre ; sexe masculin , il o j a pas nécessité d'oUi-

ce qu'on appelle libéré, ger indéfiniment toute la population au.

L'article l"- de la loi consacre une fie- service personnel ; mais le terme de cette

tion que je voudrais en voir bannie , parce libération tombant à Tâge où Thomme est

qu'il me semble que ce qui sent Tartifice ôte plu< apte aux travaux militaires , ne me pa«

quelque chose à la majesté d'un acte destiné niit pas uue inuovation bien heureuse.

à rappeler à tous la pvemiéce obligation de Quant aux exeoipttons et aux.dispenses ,

rétat social. Cet article suppose que Tai-raéc les chiffces officiels parlent plus- éloquem-

se recrute par des engagements Tolontaires , ment que des réHexions. Voici le travail

et qu'il n'est recouru au service obligé que produit au Conseil à l'époque d adoption de

dans le cas de leur insuffisance. Or, il n'est ^ loi du 10 mars. Jl s'agissait de mettre sur

pas vrai que les armées modernes puissent P>ed les classes de 1817 et 1818, que lev

se recratcr aTec des volonUires (1). Ou éura tableaux de receiuemeniévakioienl à 2âl),U0U«

beau arguer de l'héroïque détermination individus,

qui , au début de ta révolution , nous ira* il se trouva :

provisa trois cents bataillons d'infanterie; l>*€imnptés, pour déisau natm^ls 77,939^

on excipcia vainement de ce qui a été imité , *- ?^^' xMrim^in MtérfeiM-s â 1« loi. . . . 38,260-

ou, suivant une heureuse expression du — Aliiw-4'orpbelin» ^^1(^

maréchal Saint^yr, pa«>dié par d'autres I ^îi) ^ .^Jj:^ \ • ^V^^

État. : cesoutdosexceptionsàl-ordrenatu. I ^l^^^^^^l'i;^^^^^^^ ^^^

rel d« choses , qui condamne îes peuple» p, dispensés, pour eogagemeoU milî-

ClVlhsés ^ répugn^ au métier des armes. Je ^re» . certain» servicoi publies , coD.eril.

ne sais d'ailleurs si k défense d'un pays ga- marliimes , ecclésiastiques 9»f00^

gne beaucoup à ees résolutions enthousias- I>« résvrpés, à raison fl'insUnee derant

tes , le ressort moral des populations se re* ^ uHrnoanx 569

lâchant bientôt proportionnellement à l'efibrt ^

qui l'a tendu. J'aurais trouvé plus digne que 199.901

Tarticle 1er de la Ipi ne contint que ces C« qui réduisit It eontlogenl â 90,049.

mots : tout Français naît soldat , et doit Écartant dé ces résultats ce qu'ils offrent

prendre place dans le rang, lorsque son de transitoire , les mariages, par exemple,

ége et l'utilité du pays exigent ce sacrifice, qui ne donnèrent que cette fois droit à

Bien différente de la conscription , dont exemption , on trouve que deux cinquièmes

on a dit avec raison qu'elle était d'une équité seulement de la matière recru table concou-

inexorablo , la loi de recrutement admet des rent à la formation de l'armée,

exemptions , reconnaît des dispenses , et De ce qui vient d'être sommairement ex-

favorise le remplacement. Toutes ces con- posé, résulte que la loi la plus importante à

cessions amènent, dans lenr application la conservation do pays renferme plusieurs

aux individus , un examen et un débat pour vices considérables :

lesquels est institué , dans chaque départe- lo Elle constitue une armée jeune , à qui

- manque une réserve, c'est-à-dire, l'appui

(1) A répoque delà formation derarmée nouvelle, <ies vétérans .

il existait une foule de militaires survirant aux dé- -— -——^— -—-——— —^^-^——

sastres et au licenciement de raodenne, qui sera- (l) VAnnunii-e pour 1829, page 54, monUc qu«

blalcnl n'avoir deressoarce que celle «le senrir.Cétaii ^e 1817 i 18*27^11 est né en France :

asMu-émeat , pour rengagement Tolontaire, la cireoo- ( léglliroes 5. 106.493

lUnee la plus farorahle possible :«h bien 1 du 10 rosri Entants «aies., (^i,^,^ 380.590

1818«ul«roetobret819,ilnei*en présenta que 16371. ■■ ■

C'est sur U pied de 10,248 par a«. |>epuis lors les 5,487,083

engagements TolonUires ont touyourséié décroissant, Dooi la 1 1« pariie est. . . 498,6ii

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2* Klle élMgue du rang , par la facilité <doonée au remplacement, toutes les iuteUifeoces que Téducalion a développées.

3o Elle dispense trois cinquièmes de la population d^apprendre à manier des armes, ce qui doit les rendre impropres à défendre le pays.

Ces causes réunies non-seulement tendent à amortir le feu militaire, mais ont pour résultat inéfitable d'assigner à nos troupes une râleur intrinsèque moindre que que les troupes des États nos rivaux, qui font passer toute leur population dans Tarm^e , satisfaisant au principe fondamental de toutes les institutions de ce genre qui ont •exiné , savoir, de faire concourir toutes les forces physiques et intellectuelles du pays au gmnd but de sa conversation.

Ces réflexions ne sont pas nôtres. Elles résultent d*ouvrages justement estimés (1), de discussions publiques. Elles oni appelé les méditations du conseil de guerre.

Notre intention, au reste, n'est pas de les faire peser h titre de reproche sur la mémoire de Tauteur illustre de la loi du 10 mars. D abord son système , comme recalant la libération à doute années , dont si& dana Tarmée active et six dans les vétérans , était plus essentiellement militaire que ce qui a été substitué. Par la création de légions départementales , hommage rendu- h la mémoire de nos trois cents fameux bataillons, il avait fondé des moyens d'émulation, ramené la fraternité d'armes et ranimé lespril de provinces et de corps. 11 projetait aossi une solide ôk'ganisation de la garde nationale , institution dont on ne sait comment expliquer Toubli en présence des landwher de TAUemagne et des colonies' mililaires de la Russie.

Ce grand citoyen a beaucoup fait pour sa propre gloire et pour Tintérét du pays , en triomphant de toutes les oppositions que rencontra la réorganisation d'une armée ; car à Tépoqoe où sa volonté ferme obtint ce résultat, nos forteresses étaient occupées par Tennenii , nos trésors absorbés en tributs. A peine la patriotique intention du maréchal Saint-Cyr fut connue , que l'étranger s'effaroucha de la possibilité de notre résurrection militaire , que le pays se demanda si 1 existence d'une armée permanente était compatible avec la liberté. Je ne

(1) L« géoéral Ii«m«n|iit, U e^ioinï llarbot, «le.

parle pas d'inquiétudes plus fondées que le pouvoir était autorisé à nourrir, et qu'il a fallu de la magnanimité pour surmonter. Il était difficile de transiger avec des intérêts et des préjugés si divers. C'est cependant ce qu'a fait la loi du 10 mars , dont on peut dire , comme de celle de Solon , qu'elle est la meilleure que l'on pût alors instituer.

{f^oyez Arh^b. ) La Neuville.

RECRUTEMENT, (ifarme.) Napoléon captif, discourant sur les actes de sa vie politique et militaire , disait un jour : u Avec un habit, un mousquet et quelques jours d'exercice, on transforme un artisan ou un Uboureur en soldat; tandis quil faut des années pour former un matelot médiocre.

On impi*ovise une armée ; mais point une marine. •

Tout État que sa position géographique met dans le cas d'avoir à soutenir des guerres maritimes ne saurait donc apporter trop d'attention à s'assurer . par avance , le» olliciers et marins qui doivent former les équipages de sa flotte.

Examinons quels moyens on a pris jusqu'ici en France pour arriver a ce résultat, et d'abord occupons-nous des officiers.

Nous avons déjà fait remarquer que ce n'est guère qu'aux approches du règne de Louis XIV qu'il faut remonter pour trouver les premières traces d'une mariile miUtaÎA'e régulièrement organisée. C'est ce prince qui fut, à proprement parler, le créateur du corps royal de la maripe. Mais , comme il en fit un corps privilégié , accessible à la noblesse seule, et qu'une naissance distinguée ne s'allie pas toujours avec l'instruction pratique essentielle à l'homme de mer , il n'eut, dans le principe , que des officiers de marine, braves comme tous les militaires français , mais qui n'avaient guère de marins que Ifi nom. Les véritables marins de la flotte étaient alors les pilotes et les maitres d'équipage. Poory remédier , et en même temps se former une pépinière de jeune» officiera , il créa trois compagnies de deux cents genti<:ihommes gardes delà marine, à l'instar des compagnies de cadets de l'armée de terre, et U établit en même temps à ilrest et à Toulon des écoles pour leur instruction. Cet mesures, ainsi que les guerres maritimes dans lesquelles la France se trouva engagée, ne tardèrent pas à former un cei'lain pombiv de bons officiers , et à procurer à nos armées navales et escadres des succès qui portèrent tout d*un coup la gloii*e de notre marine &

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un point qu*on ne Ta pas vue atleindi« depuis cette mémorable époque.

L'organisation définitire que Louis XIV donna au corps royal de la marine par son ordonnance de 1689 , quoique souvent modifiée dans quelques détails par les faiseurs dont Tespèce est si commune en France, demeura intacte , pour le fond , jusqu'au ^rand bouleversement politique qui eut lieu tout juste un siècle après.

A la révolution , tout changea de face. On vit émigrer le corps presque entier de la marine royale , et ^ lorsque la guerre éclata sur mer^ au commencement de 1793, il fallut remplacer à la hâte tous les officiers qui avaient regardé comme un devoir de suivre les princes h Tctranger , malgré les ordres réitérés d*un roi que depuis 1789 ils ne considéraient plus comme Kbre. Mais comment procéda-t-on à ce recrutement pour ainsi dire général des états-majors de la flotte? on amalgama ensemble une foule d'éléments divers et la plupart hétérogènes. Autour du petit nombre d'oOiciers de la marine royale ilemeurés à leur poste , on groupa d'anciens ^jffieiers bleui (1) , des capitaines marchands, des premiers et seconds pilotes des vaisseaux du roi, des maîtres d'équipage , et enfin des g«p9 qui n'avaient guère d'autre titre que la recommandation toute puissante des sociétés populaires dont ils étaient membres. C'est-à- «lireque, parmi d'habiles marins dont les lois et les préjugés de l'ancien régime arrêtaient l'essor, on introduisit des hommes que la plus commune pratique de la manœuvre d'un vaisseau pouvait seule recommander, mais qui ne possédaient même pas tous cette pratique grossière , et qui d'ailleurs ne se distinguaient par aucune des autres qualités indispensables à un officier.

£n vain , par des épurations successives , on écarta la plupart des individus dont les clubs révolutionnaires avaient infesté tous les grades , même les plus élevés. Jusqu'il la fia de la guerre , la marine se ressentit de cette bizarre et funeste composition de la première branche de «on personnel.

Cependant les écoles d'hydrographie et de navigation qui furent établies dans plus de quarante ports , et le concours public pour

(1) Nom 4|v« Torgaeil aristoerali^e avait donné •Qx officiers aiuUlialres, par «llotion à la coolanr de leur habit tout onl et dénué des galons et broderies qui ornaient eelol des hommes iitri» ou gtaUllIires composant ce qa*on appelait le grand corps.

les grades d'aspirant et d'enseigne, ramenèrent chaque année sur les vaisseaux quantité d'officiers à qui une benne instruction théorique donnait le moyen de perfectionner promptement les connaissances pratiques; enfin l'École polytechnique y sema quelques sujets distingués. L'instrtiction se répandit progressivement dans tous les grades , et vint à bout, non sans peine , d'y supplanter la routine opini&tre et orgueilleuse.

A la chute de l'empire , les états-majors de nos bâtiments de guerre abondaient en jeunes officiers qui donnaient les plus hantes espérances , et qui les auraient réalisées , ai la guerre se fût assez prolong()&e pour qu'ils pussent faire quelques longues campagnes.

Ceux qu'épargnèrent les diverses réformes qui suivirent les cent-jours-cont aujourd'hui (après quelques anciens chefs d'un mérile éminent ) l'cÛte du corps royal de la marine ; circonstance qui doit faire vivement déplorer les violentes et impolitiques mesures dont leurs compagnons furent victimes.

En 1815 , non-seulement le corps de la marine établi sur le pied de paix fut conaidéral>lemen| réduit ; mais encore on vit remplacer un certain nombre déjeunes réformés par des officiers de l'ancienne marine revenus de l'émigration. De là résokait une double nécessité de se composer une bonne pépinière. Dans ce but , il fut créé un collège royal de marine ; mais les faiseurs de l'époque, par une ridicule «dulation envers un auguste personnage ^ placèrent ce collège loin de la mer , dans la ville qui p^^^t le nom du*prince grand-amiral.

Ce que tout homme doué de 9ei sens pouvait prévoir arriva. Après deux années d'études mal faites , les élèves sortaient du collège d'Angoulême la mémoire chargée de notions mal conçues , qu'ils oublioiant avec une grande facilité au milieu des exercices de la mer , et le but de l'institution se trouva tout à fait manqué. De nombreuses réclamations s'élevèrent , et l'autorité se vit obligée -tle mettre en question s'il ne convenait pas de substituer d'autres écoles au collège d'Angoulême. La suppression de. ce monstrueux établissement aurait procuré, sur le personnel seul , une économie de soixante mille francs. Cette suppression avait ukhae été décidée; mais des influences secrètes, sur la nature desquelles il ne convient pas de s'expliquer, l'empêchèrent d'être effsctuée. Chi se borna à quelques modifications qui ne remédiaient point aux vices qall fal*

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lait détruire , et force fut d'en revenir h ces raisseaoz- écoles qu'on avait établis sous TEmpire , ainsi qu'au concours direct pour les places d'élbvert et de volontaires , 2k quelque source que les candidats eussent puisé les connaissances dont ils devaient faire preuve. Eu attendant le résultat de ce retour à de saines idées , on manque d'élèves pour compléter les cadres d'officiers auxiliaires.

Avec le temps , nous verrons sans douté disparaître les difficultés qu'éprouve encore le recrutement des officiers de notre marine militaire. Au reste , l'instruction des membres actuels du corps est en général satisfaisante. Ce que nous avons dit aux articles Navicatbui» et Pilotage montre à quel degré sont portées les connaissances théoriques de nos officiers. Quant h celles relatives h la j>ratique de la navigation , et à l'art militaire de mer, les rapports des campagnes de nos divisions navales , leurs exercices et manœuvres faits dans toutes les stations simultanément avec des bâtiments de guerre anglais , et enfin la conduite de notre escadre h la bataille de Navarin , prouvent que celte brandie essentielle de la science navale a marché de pair avec la théorie. Tout enfin nous fait augurer pour une guerre future des résultats bien différents de ceux de la dernière guerre.

Passons maintenant à ce qui regarde les équipages.

On manque de notions sur la manière dont s'opérait le recrutement des marins destinés a monter les bAtimenls de guerre françab h des époques un peu- reculées. La plupart des ouvrages qui contiennent les récits des combats et expéditions de la marine frani^aise , antérieurement au règne de Louis XIV , ne font aucune mention des mesures employées pour recruter et composer les équipages. Il paraîtrait que, de même que les capitaines furent long-temps chargés de l'achat et de la distribution des vivres k leurs matelbts , ils eurent aussi la charge de lever ceux qui étaient nécessaires pour composer leur équipage. Du moins cet usage se maintint jusqu'à une époque asscx rapprochée de nous pour la marine de la Méditerninée qui comptait beaucoup moins de ▼aisseaux que de galères , et par conséquent exigeait plus de chiourmes de forçais ou d'esclaves turcs et maures , que d'équipages de matelots. A mesure que le nombre des vaisseaux s'accrut dans notre marine du Tome 19.

Levant , on adopta le système de recrutement en usage pour celle du Ponant.

Ce système consistait dans des levé^ arbitraires faites sur les navires marchands , et dans toutes les paroisses du littoral , ce qui interrompait le commerce et gênait la pêche. Des capitaines et officiers de marine, munis d'une commission de Tamiral, étaient envoyés dans les provinces limitrophes de la mer, pour y enrôler les matelots de bonne volonté ou de force. Ils exerçaient ainsi une sorte de presse. On a peine h concevoir, et c'est assurément une chose bien remarquable, que les Anglais, qui souvent ont perfectionné avant nous* diverses branches du service de la marine , n'en soient encore aujourd'hui qu'à ce mode de recrutement odieux et vexatoire.

Les mesures de^ rigueur qu'il nécessitait ne faisaient que redoubler l'éloignement des marins français pour le service de l'État. En vain lii solde allouée par le roi aux matelots était supérieure à celle que donnaient les négociants et armateurs, leur répugnance était si forte pour TembarqMement sur les vaisseaux de guerre , qu'ils préféraient souvent s'expatrier. Ces émigrations devinrent même si nombreuses, qu'un édit royal porta la peine des galères perpétuelles contre tout matelot ou ouvrier des ports qui passait à l'étranger. Par un édit postérieur , il fut déclaré que tout marin qui aurait manqué à deux revues de suite serait puni comme déserteur , c'est-à-dire de la peine de mort.

Toutefois , on en revint ensuite à la peine des galères , moins par humanité que par intérêt , et parce que TapplicatiOn de celte peine avait pour résultat d'augmenter les chiourmes qui armaient les galères.

Cependant Louis XIV , ami de l'ordre, et surtout jaloux de connaître en tout temps les ressources dont il pouvait disposer pour armer ses escadres , établit , par les conseils de Colbert , un nouveau système de recrutement .: celui des classes.

Diaprés ce système, les gens de mer furent partagés en quatre parties ou classes dans les provinces maritimes du Ponant, à l'exception du Poitou et de la Saintonge , et seulement en trois dans ces denx dernières et dans celles du Levant , c'est-à-dire de la Méditerranée. Chacune de ces classes était alternativement réservée pour le service du roi pendant une année ; les deux autres classes devaient avoir une entière liberté de naviguer an commerce et de se livrer à leur

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