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répandit dans le monde , parce qu'il ajouta faussement h son assertion que, dans un dictionnaire afghan, il avait trouvé une ressemblance manifeste entre cette langue et le chaldéen. Toutefois il s'est bien gardé de citer la moindre preuve de cette analogie ; ce qui n'a pas empêché de faire regarder et proclamer par toute l'Europe les Afghans comme issus des Juifs '.
Les auteurs arméniens modernes (car les anciens n'en savent absolument rien) ont voulu faire dériver les Afghans des Albaniens de l'antiquité. Voici d'où cette idée leur est venue. Les Arméniens ne prononcent pas la lettre L , et lui substituent un gh ou un kh : par exemple , au lieu de Tiflis, ils disent et écrivent Tefkhis; au lieu de Salomon, Sokhoman; au lieu de Luc, Kfiuc; enfin au lieu d'Alba nie , Akkbanie ou Aklwanie. Ils ajoutent à cette corruption du nom , que Tcliinghis-Khan ou son successeur avait chassé les Albaniens de leur ancienne patrie , et les avait contraints à demeurer dans des cabanes mobiles , avec lesquelles ils s'approchèrent graduellement de la Perse, cl enfin arrivèrent dans les environs de Candahar , où ils se fixèrent. Cette fable se répandit dans le temps que Mir- Veils et son fils Mir-Mahmoud firent une incursion en Perse, à la tête des Afghans , parce que ce fut alors que les Arméniens les connurent pour la première fois. Reineggs, homme bien moins instruit que William Jones, mais d'une imagination aussi déréglée , s'empara de ce conte arménien comme d'une trouvaille précieuse, et alla encore plus loin. En donnant les Afghans pour une tribu d'Arméniens, il prétendit que ces deux peuples se ressemblent beaucoup par les mœurs, les usages, l'extérieur, ce qui est faux;
» Quoique M. Elphiostone ait réfuté cette fable , on la trouve répétée dans le Periodical Account ofthe Baptist missionary society (Bristol , 1817). M. Yater a extrait ces rapports dans ses Analcktcn der Sprachkunde (1" cahier, 1820), et en parlant des Afghans, il dit :«Si un peuple descend des dix tribus, il est vraisemblable que ce sont les Afghans plutôt que toute autre nation. » Combien on regrette qu'un philologue si docte et si profond ait contribué à confirmer celte erreur I
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et qu'ils ont l'un et l'autre la coutume de faire cuire une fois l'an [du pain blanc sans levain, qu'ils marquent d'une croix.
- La langue afghane est le meilleur argument que l'on puisse opposer h ces fables et à ces fausses suppositions; elle prouve que , ni dans les mots , ni dans sa grammaire , elle n'offre la moindre ressemblance avec l'hébreu, le chaldéen, l'arabe, ni avec aucune autre langue sémitique. Les mots arabes introduits par l'islamisme et par l'instruction que le peuple puisait dans le Koran, ne peuvent pas plus être pris en considération sur ce point que pour le turc qui se parle à Constantinople. La comparaison des mots afghans avec les langues et les dialectes indo-germaniques fait voir, de la manière la plus claire , que les Afghans appartiennent à la souche indo-germanique, et peuvent être considérés comme un anneau de cette grande chaîne de peuples qui s'étend des bords du Gange aux îles Britanniques , et que par conséquent ils sont restés à leur ancienne place.
Les Afghans sont divisés en oulous ou tribus, qui se subdivisent en une infinité de branches. Chacune a son chef: tous sont subordonnés au chef ou khan de la tribu, choisi par le peuple dans la famille la plus ancienne. Quelquefois il est nommé et destitué par le roi , suivant le bon plaisir de celui-ci, et remplacé par un parent du monarque. On prend en considération, dans les deux cas, le droit de priraogéniture, mais beaucoup plus l'âge, l'expérience et le caractère : cet ordre de succession variable occasione des brigues , des dissensions et des querelles fréquentes.
Les khans, assistés des chefs des subdivisions, gouvernent leurs tribus : ces assemblées se nomment djergas; dans les cas d'urgence, les khans agissent sans les consulter. Cette forme d'administration rappelle le gouvernement féodal et . tous les troubles qu'il enfante. On a observé que les Afghans sont beaucoup plus attachés à leur tribu qu'à la personne de leur chef. Les Afghans de l'ouest sont beaucoup plus unis entre eux que ceux de l'est;
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ceux-ci sont presque toujours en guerre les uns contre les autres*
Le Koran est la loi générale du royaume pour les affaires civiles. La coutume afghane, ou le pouchtouvoulli , est suivie dans les causes criminelles. L'opinion que c'est un droit et un devoir pour chacun de se faire lui-même justice existe encore chez ce peuple. Les prêtres ou mollahs ont beau prêcher contre cette pratique , ils ne peuvent la détruire. Dans quelques tribus, les chefs et les anciens tâchent d'arranger les disputes par la persuasion; s'ils n'en peuvent venir à bout, ils laissent à l'offensé le soin de poursuivre sa vengeance : dans la plupart, au contraire, on force les parties récalcitrantes à se soumettre à la décision des anciens; cependant on ne cherche généralement qu'à
troubles.
Les Dourani forment la tribu la plus puissante , la plus nombreuse , la plus riche et la plus civilisée ; elle habite dans l'ouest du royaume, ainsi que les Ghildji , les Câker et d'autres moins nombreuses. Dans l'est, on remarque les Berdourani, les Youssoufzi, les Chirâni , les^Viziri, et les tribus de Peichaouer et de Daman.
Une division qui abandonne son oulous peut être adoptée par une autre. Les règles de l'hospitalité des Afghans leur prescrivent de traiter , dans ces circonstances , les étrangers avec un soin particulier; la tribu à laquelle ces nouveaux venus se joignent leur assigne des terres. Leur chef siège dans le principal djerga : sa horde conserve son gouvernement intérieur; elle jouit des mêmes droits que les autres bandes de l'oulous; et quoiqu'elle garde le nom de la tribu dont elle tire son origine, elle cesse toute relation et toute liaison avec elle ; quelquefois elle y retourne. Si cette tribu et celle par laquelle la bande a été adoptée se font la guerre , celle-ci , chez les Afghans de l'ouest, reste neutre; chez ceux de l'est, elle doit aider la tribu primitive.
AFG 027 Les individus qui désertent leur tribu sans vendre leur» terres sont, dans plusieurs cas, reçus au nombre des membres de l 'oulous qu'ils joignent ; on leur donne même des terres : mais ceux qui vendent leurs terres et abandonnent leur tribu par pauvreté sont placés dans une classe particulière ; on les appelle kemsakya. Ils ne siègent pas dans les djergas; la bande à laquelle ils appartiennent, et les personnes auxquelles ils se sont attachés, soignent leurs intérêts. Chacun se fait un point d'honneur de protéger ses hemsahya. Dans quelques oulous , il y a autant d'hemsahya que de membres de la tribu; ils sont peu nombreux , au contraire, dans celles qui sont éloignées des grandes routes ; ordinairement ils n'ont pas de propriété territoriale.
Cet assemblage de petites républiques compose la nation afghane , et l'ensemble forme un état sous l'autorité d'un souverain commun.
Le roi est le chef naturel de la tribu des Dourani. Son autorité s'est graduellement étendue sur les autres; il veille à la sûreté commune ; il lève sur chaque oulous la quantité de troupes et d'argent fixée pour la défense commune. Cependant, malgré cette réunion sous un chef unique , la nation est rarement animée par un même esprit ; chaque oulous est plus attachée à ses intérêts particuliers qu'à ceux de l'état. Le roi ne fait donc pas tout ce qu'il veut; mais dans les provinces peuplées par les Tadjik et autres peuples différents des Afghans , de même que dans les villes, ce pouvoir est absolu : ainsi le monarque est à même de percevoir des revenus et de lever des troupes sans être obligé de recourir aux oulous. 11 résulte de cet ordre de choses que les intérêts du roi et ceux de la nation sont en quelque sorte distincts. D'ailleurs les opinions sur sa puissance légale sont très partagées : le roi , les courtisans et les mollahs soutiennent qu'il est revêtu de toute l'autorité exercée par les despotes de l'Asie ; tandis que les membres des tribus ne le
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regardent que comme un monarque jouissant de prérogatives limitées. On conçoit , d'après cet exposé , que l'action de son pouvoir, très forte dans les villes et dans les cantons qui les entourent , n'est que précaire chez les tribus les plus voisines, et devient nulle chez les plus éloignées. Celte forme de gouvernement est favorable aux désordres , mais d'un autre côté elle met un frein au pouvoir absolu ; et les Afghans sont fiers de n'être pas , comme le reste des Asiatiques , soumis aux caprices d'un despote. Malgré les guerres civiles qui ont désolé l'Afghanistan , ce pays offre des marques visibles d'une prospérité toujours croissante , excepté dans les villes et les territoires qui les environnent, parce que c'est là que se livrent les combats entre les compétiteurs à la couronne, et que tout est abandonné au pillage de leurs armées.
Les Afghans professent l'islamisme; ils sont sunnites, et très tolérants en matière de religion. Il y a parmi eux des juifs et des parsis. Les riches ont plusieurs femmes qu'ils tiennent étroitement renfermées ; celles des pauvres font l'ouvrage de la maison; celles des habitants de la campagne travaillent dehors sans être voilées , et reçoivent les étrangers quand le mari est absent. On vanle leur chasteté , surtout celle des épouses des bergers.
L'Afghanistan est le seul pays de l'Asie où l'on observe quelque trace du sentiment que les habitants de l'Europe occidentale ont appelé amour : on l'y trouve principalement chez les gens de la campagne ; quelquefois il se glisse même chez les grands. Beaucoup de chansons et de contes sont consacrés à l'amour; le langage en est passionné au plus haut degré.
L'éducation n'est pas entièrement négligée : chaque village et chaque camp a son maître d'école , auquel on assigne le revenu d'un champ , et qui perçoit une rétribution de ses disciples. Il exerce souvent les fonctions sacerdotales ; quelquefois il a chez lui les jeunes gens qu'il instruit. Plusieurs villes ont des collèges où l'on
AFG 3*9 forme les mollahs : quand ceux-ci veulent approfondir l'élude de la théologie et de la jurisprudence, ils vont a Boukhara. Cependant Peichaouer parait être la ville la plus lettrée de ces contrées; plusieurs jeunes gens y viennent même de Boukhara pour étudier la médecine , l'histoire , la poésie , et tout ce qui complète l'éducation d'un homme qui se desline aux professions savantes. 4
On regarde comme une œuvre agréable à Dieu la fondation d'établissements destinés' à propager l'instruction. Indépendamment des collèges royaux , chaque village a un fonds pour subvenir à l'entretien des étudiants : ces bonnes intentions ont eu l'inconvénient de remplir le pays de mollahs à moitié savants, qui, bien loin de favoriser, retardent les progrès de la science.
Le pechtou est, comme on l'a vu plus haut, un rameau du grand arbre des langues indo-germaniques; il a emprunté de l'arabe, par le canal du persan , les mots relatifs à la religion , à l'administration et aux sciences. Les Afghans se servent de l'alphabet persan , et emploient ordinairement le* caractère nichkhi. Comme leur langue a quelques sons que les lettres persanes ne représentent pas , ils les expriment en ajoutant des points ou d'autres signes à la lettre qui s'en rapproche le plus.
Le pechtou , quoique rude , est une langue mâle ; il ne déplaît pas à une oreille accoutumée aux idiomes de TOrient. Les dialectes de Test et de l'ouest diffèrent et par la prononciation et par les mots. Aucun des auteurs pechtous les plus fameux n'a plus de cent ans d'antiquité; et M. Elphinstone, de qui l'on tient tous ces détails intéressants, ne pense pas qu'aucun des livres écrits dans cette langue ait plus de deux cents ans d'existence. La littérature de ce pays dérive de celle de la Perse. Les compositions poétiques des Afghans ressemblent à celles de leurs modèles , mais sont moins châtiées et bien plus simples. Ce voyageur connaissait jusqu'à neuf poètes
afghans, indépendamment des traducteurs qui avaient lait passer dans leur langue les œuvres des Persans.
Parmi les poètes afghans, on ne doit pas oublier Ahmedchah , souverain du pays. Cet exemple de monarques lel très n'est pas rare dans l'Orient. Ahmed- chah fit un livre d'odes en pechtou : le khan Ouloum les a accompagnées d'un commentaire volumineux. Ahmed-châh composa aussi des poëmes en persan. ^
Les auteurs en prose sont principalement des théologiens et des légistes ; quelques uns aussi ont écrit le récit de cer laines périodes de leur histoire : mais le persan continue à être employé dans la plupart des grandes compositions. Les /ois de l'Afghanistan ont tous été les protecteurs des lettres.
Comme tous les orientaux, les Afghans sont très superstitieux;lls croient aux revenants , aux rêves , aux devins, à l'astrologie , et à toutes les rêveries du même genre; ils ont grande confiance au pouvoir des talismans.
Quoique très hospitaliers, les Afghans sont des brigands déterminés qui détroussent les voyageurs sans aucun scrupule. Une partie de la nation , surtout dans l'ouest , est nomade; celle qui habite la partie orientale du pays préfère le séjour des maisons à celui des tentes. Les Afghans • ne sont pas si grands fumeurs que les Persans ; en revanche , ils prennent beaucoup de tabac en poudre. Us sont très sociables; ils aiment à entendre des contes et des romances. Ils sont passionnés pour la chasse; ils ont des courses de chevaux. Un de leurs amusements est de ficher en terre une cheville , et de tâcher de l'abattre ou de l'enfoncer avec la pointe de leur lance. Ils tirent au but avec le fusil et les flèches. Ils ne connaissent pas les jeux de carte , et font peu d'usage des dés : ils ont d'autres passetemps sédentaires qui nous sembleraient bien puérils, par exemple les billes, la savate, les osselets, le saut à cloche-pied. Les Afghans occidentaux ont un goût décidé pour la danse.
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Le costume des hommes offre des différences ; celui des provinces occidentales parait être l'habillement primitif de toute la nation. Il consiste en une paire de larges pantalons en toile de coton de couleur foncée ; une chemise (camiss) , qui a la forme d'une blouse , mais à manches plus amples, et qui descend un peu au-dessous du genou ; un bonnet, composé d'une calotte en drap de couleur éclatante ou en brocart d'or, et de côtés relevés en soie ou en satin noir ; ils ont de plus des demi-bottes de cuir brun , boutonnées ou lacées jusqu'au mollet. Ils s'enveloppent , pendant la pins grande partie de l'année , d'un grand manteau de peau de mouton bien tannée, avec la laine en dedans , ou bien de feutre doux et moelleux : ce vêtement se place sur les épaules , avec les manches pendantes , et tombe jusqu'à la cheville. Dans les villes et les parties du pays les plus civilisées , on s'habille généralement à la persane; et sur la frontière orientale, on suit la mode de l'Hindoustan.
Les femmes ont une chemise semblable à celle des hommes , mais plus longue ; elle est de toile plus fine et généralement peinte ou brodée en fleurs de soie. Dans l'ouest , elle est quelquefois toute de soie. Les pantalons sont en couleur, plus justes que ceux des hommes. Le bonnet est en soie de couleur brillante , brodé en or ; il couvre rarement le front ou les oreilles. Enfin elles ont un voile uni ou imprimé , qui leur sert à cacher leur visage quand un étranger approche. Dans l'ouest, les femmes entourent souvent leur bonnet d'un mouchoir de soie noire; elles partagent leurs cheveux , et en font deux tresses qu'elles fixent derrière la tête; elles l'ornent de cordons de sequins de Ve- Tnise, et de chaînes d'or et d'argent, qui, après en avoir fait le tour, retombent près des oreilles. Elles ont des pendeloques, des anneaux aux doigts, etd'autres à la cloison du nez. Les jeunes filles se distinguent des femmes mariées par leurs cheveux épars et par des pantalons blancs. On ne voyage qu'à cheval , les femmes mêmes ne font pa&
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usage des palanquins; celles du roi sont portées sur de* éléphants , d autres dans des espèces de litières. Le roi s'en sert aussi ; cette voiture , que l'on nomme nalki , lui est particulière. Quelques nobles ont le droit d'aller en djampan , sorte de petit palanquin avec un dessus en voûte. Le bagage des voyageurs est porté à dos de dromadaires ou de mulets.
On ne sait ce que c'est que la poste. Le roi envoie sesdépêches , comme en Perse , par des tchoppers ou courriers à cheval. Ceux ci ne se chargent pas des lettres des particuliers, qui se servent de cossids ou messagers à pied qui vont très vite , et quelquefois parcourent soixante-dix lieues en quatre jours.
L'esclavage a lieu dans l'Afghanistan , de même que dans tous les pays mahométans. La plupart des esclaves sont nés dans la maison. On reçoit des Abyssins et des Nègres par l'Arabie ; les Béloutchi vendent des Persans et d'autres peuples qu'ils ont pris dans leurs excursions ; beaucoup de Câiirs sont achetés de leurs compatriotes ou des Youssoufzi : ceux-ci sont les seuls parmi les Afghans qui fassent ce trafic; il y est en horreur. On emploie les esclaves ou comme domestiques , ou à la culture des terres : on en a le plus grand soin; ils mangent à la table de leurs maîtres; rarement on les bat.
Quand les Afghans affranchissent leurs esclaves , c'est toujours gratuitement ; ils regarderaient comme une honte de leur rendre la liberté à prix d'argent.
Les Afghans sont grands et robustes , et généralement maigres, quoique musculeux. Ils ont le nez aquilin,les pôrnmettes des joues saillantes, le visage long, la barbe et les cheveux ordinairement noirs, quelquefois bruns , rarement rouges. Ils se rasent le milieu de la tête, et laissent croître le reste de la chevelure : leur barbe est longue et touffue. Ceux de l'est ont le teint presque aussi brun que celui des Hindous ; ceux de l'ouest Pont beaucoup moins foncé ; quelques uns sont très blancs : leur physionomie annonce généralement la vigueur et la santé.
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Leurs manières sont franches et ouvertes; ils ont un air maie et décidé , uni à une certaine simplicité bien éloignée de la faiblesse. Ils gesticulent beaucoup, mais avec gravité. Les Persans les accusent d'ignorance et de grossièreté; mais s'ils ne sont pas aussi polis que leurs voisins occidentaux , et si leur peu de communications habituelles avec les étrangers rétrécit leurs idées sur quelques objets , on ne peut leur refuser de la prudence , du bon sens et de la pénétration; ils montrent même un degré de curiosité bien éloignée de l'apathie naturelle aux Hindous.
On peut compter sur leur bonne foi ; ils ont une activité remarquable; d'un autre côté, ils sont avides, fiers de leur origine, vindicatifs et obstinés. Ces défauts ne balancent pas leurs bonnes qualités, auxquelles il faut ajouter leur respect pour les vieillards.
Il est rare qu'un Afghan fasse le commerce ou exerce une profession mécanique. La plupart des marchands sont Tadjik, Hindous ou Persans. Il y a des fabriques de toiles de coton , de cuir et de tapis. On envoie au dehors des chevaux, du tabac, de la garance et de l'assa-fœtida. Le pays étant dépourvu de rivières navigables, et peu favorable au roulage , le transport des marchandises a lieu par des bëtes de somme et se fait par caravanes; elles vont dansl'Hindoustan, le Pendjab, le Thibet, la Boukharie et la Perse. La position intermédiaire de l'Afghanistan, relativement à ces pays , y rend le commerce de transit très actif; il fournit aux uns ce qu'il tire des autres. Les soies et les tapis de la Perse , les châles de Cachemyr , les mous vélines , les toiles de coton , l'indigo et le sucre de PInde ; la laque, le vernis, les étoffes de soie de la Chine; des drogues, des épiceries, une quantité d'autres marchandises, même de celles qui proviennent des manufactures de l'Europe , sont apportées dans l'Afghanistan , soit pour être consommées dans le royaume , soit pour être transportées ailleurs.
L'organisation des Afghans en tribus rappelle ce qu'on lit de celles des Perses dans les écrivains de l'antiquité ;
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elle doit exister depuis très long-temps. Mais quoique ce peuple n'ait pas cessé d'habiter une partie des pays qu'il occupe , son nom n'est cité que fort tard dans l'histoire. A une époque très reculée l'on voit les Paropamîsades qui habitaient des contrées montagneuses situées entre la Perse et l'Inde; Alexandre eut beaucoup de peine à les Taincre. Enfin , au septième siècle , il est question des Afghans dans les écrivains orientaux pour avoir embrassé l'islamisme; cependant quelques uns étaient encore païens deux siècles plus tard. Vers cette époque les khans de Boukhara conquirent quelques portions de l'Afghanistan et les firent gouverner par un officier qui demeurait à Ghizni. Un de ces officiers se déclare indépendant et fonde l'empire des Ghiznevides. Il est détruit par un Afghan. L'histoire de ce peuple est ensuite enveloppée dans l'obscurité jusqu'à l'invasion de Tamerlan. Dans l'intervalle, des princes patans avaient régné à Delhy dans THindoustan , et l'un d'eux avait chassé de Ghizni les successeurs de Tchinghiz-Rhan. Pendant que les différentes provinces de l'Afghanistan passaient tour à tour sous la domination des souverains de la Perse et de l'Inde , les tribus afghanes , retranchées dans leurs montagnes, conservaient leur indépendance. LesDourani vivaient au milieu de celles du nord. Au commencement du d/xseptième siècle, tyrannisés par les Ouzbek, ils convinrent de payer un tribut à la Perse pour prix de la protection qu'elle leur promettait. En 1 708 , profitant de la faiblesse d'un état que l'indolence de ses souverains entraînait vers sa ruine , ils se révoltèrent. En 1 716 ils envahirent la Perse, remplirent le royaume de trouble et de confusion , et s'emparèrent du gouvernement. Vaincus en 1728 par le farouche Nadir-châh , ils ne tardèrent pas à s'insurger de nouveau. Il les soumit ; mais , charmé de leur bravoure , il les récompensa par des concessions de terres , et leur montra beaucoup de confiance. Ce sentiment fut , dit -on, une des causes qui contribuèrent à le faire massacrer par les Persans au mois de juin 1747.
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Le lendemain de cet événement , une bataille sanglante lut livrée entre les Afghans et les Ouzbek commandés par Ahmed-châh d'un côté , et les Persans de l'autre. L'issue en fut indécise. Ahmed-châh se hâta de gagner Candahar, s'empara des trésors de Nadir-châh , se fit proclamer roi au mois d'octobre , et fut le fondateur de la dynastie qui règne encore. Ses successeurs n'ont pas gardé toutes ses conquêtes. Elles s'étendirent à une grande distance à l'est du Sindh , et jusqu'aux rivages de la mer.
Quoique le pouvoir souverain soit héréditaire dans la maison des Seddozy , le droit de succession n'est pas réglé d'une manière fixe, et déjà plusieurs révolutions ont fait passer et repasser la puissance d'une main à l'autre.
Le titre du roi est châhi dourri dourrân; mais on ne l'emploie que dans les traités de paix et autres actes publics. Ordinairement on le qualifie simplement de châh ou padichâh (roi). La cour est désignée par le nom de Derrl- Khané , ce qui signifie la Porte comme en Turquie*.
Le roi se fait aider dans le gouvernement de l'état par un vizir et des ministres. Quelques emplois étaient héréditaires ; le monarque a fait bien des mécontents en contrevenant à cet usage. On évalue les revenus du royaume à trois crores de roupies ou soixante-quinze millions ; ils pro viennent principalement d'un impôt foncier, ou d'une contribution équivalente. L'armée se monte à deux cent mille hommes, et consiste principalement en cavalerie; l'artillerie est peu nombreuse.
L'Afghanistan renferme plusieurs villes remarquables. On se contentera de citer les plus célèbres.
Candahar fut fameuse dès les temps les plus reculés ; c'est VAleœandria ad Paropamisum des anciens. Les Mille et une nuits font souvent mention et de cette cité et de ses rois, ce qui indique qu'elle a constamment joué un rôle important. Elle est située sur l'Hilmend, dans une plaine. Forte par sa position et par les ouvrages dont l'art a su l'entourer, grande et peuplée, elle n'est pas moins intéres-
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santé par son commerce et par la fertilité de ses environs. Les roîs y ont quelquefois résidé. Elle est dans le territoire occupé principalement par les Dourani. Les grands personnages de cette tribu ont à Candahar des maisons que Ton dit être vastes et élégantes. Cette ville renferme beaucoup de caravansérails et de mosquées. L'on voit près du palais le tombeau d'Ahmed-châh , objet de vénération pour tous les Dourani, et asile inviolable pour quiconque s'y réfugie.
Ghizni , dans le territoire des Ghildji , fut dans le onzième siècle la capitale de l'empire des Ghiznevides , qui s'étendait des rives du Tigre à celles du Gange , et des bords du Jaxartes aux côtes du golfe persique. Ce n'est plus qu'une ville de cinq cents maisons , indépendamment de ses faubourgs qui ne sont pas murés. Elle est sur une hauteur baignée par le Dilen. On voit , dans ses environs , quelques restes de son ancienne grandeur; mais rien ne montre plus la magnificence des palais des monarques ghiznevides, ni celle des mosquées, des bains et des caravansérails , ornements de la capitale de l'Orient. Seulement , à une lieue de distance, subsiste encore le tombeau du fameux sultan Mahmoud; il est vaste et fort simple. Les musulmans nomment Ghizni la Médine de l'Inde, à cause de la grande quantité de tombeaux de saints personnages qui s'y trouvent.
Caboul , au nord de Ghizni , n'est pas très grande , mais est jolie , quoique les rues soient étroites comme dans tout l'Orient. Les maisons sont généralement en pierres brutes, en terre ou en briques crues. Le palais du roi est dans une espèce de citadelle sur une colline au nord de la ville. Le séjour du roi, et son grand commerce , la rendent très vivante ; elle est partagée en deux par une rivière qui porte son nom , et entourée de jardins et de vergers. Beaucoup de poètes persans et hindous ont célébré les charmes du climat et les beautés pittoresques des environs de Caboul. L'abondance de ses
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belles fleurs est passée en proverbe, et ses fruits se transportent jusque dans les parties les plus reculées de l'Inde.
Péchaouer , dans F Afghanistan oriental , est la résidence d'hiver des rois. Cette ville est dans une plaine vaste, fertile , et bornée de tous côtés par des montagnes, excepté vers l'est. La rivière de Caboul l'arrose, et reçoit deux ruisseaux, qui sont bordés de saules et de mûriers entremêlés avec les maisons. Bâtie sur une surface inégale, Péchaouer a des rues étroites et mal pavées. Aucun édifice ne mérite d'être remarqué. Sa population est de 100,000 âmes. Ses euvirons sont délicieux.
Balkh , dans le Turkestan , dont une partie appartient à la Boukharie , fut connue des Grecs par l'expédition d'Alexandre sous le nom de Bactra. On suppose qu'elle avait été auparavant la résidence de Cyrus. Les Orientaux la nomment par distinction Om-oui-Beled ( la mère des pays). Cette antique métropole est* bien déchue de sa splendeur. Ses murs renferment plus de ruines que de maisons habitées ; un quart seulement de son étendue est peuplé. Les Ouzbek sont plus nombreux dans son territoire que les Afghans.
Hérat ou Héri, dans le Korassan, province dont la Perse possède «une portion , est une des villes les plus anciennes et les plus célèbres de l'Orient. Elle donna son nom à un pays considérable du temps d'Alexandre; plus tard elle fut la capitale de l'empire transmis par Tamerlan à ses fils ; elle passa ensuite aux Persans , sur lesquels elle fut prise par les Afghans. C'est la ville la plus magnifique du royaume. Sa grande mosquée est surmontée de dômes et de minarets ornés, comme en Perse, de tuiles vernissées. On estime sa population à 100,000 hommes, la plupart Persans d'origine. Elle est sur l'Aroïs : il s'y fait un très gros commerce; on y fabrique des tapis. Ses environs sont extrêmement fertiles.
Histoire de TimurBec , sonnu sous le nom du grand Tamerlan, par Ghe- 1. 22
reffedin-Àli, traduite du persan par Petit de la Croix. Pari», 1722, 4 vol.
in- 12.
Voyage du Bengale à Saint-Pétersbourg , à travers ies provinces septentrionales de l'Inde, leKachemyr, la Perse, etc., par G. Forster, traduit de l'anglais, avec des notes par M. Langlès. Paris, 1802, 3 vol. in-8°.
Uebcr die Sprache und den Vrsprung der Aghuan odtr Afghancn , von J. Klaproth. Saint Pétersbourg, i8io,in-4° (réimprimé avec des changements dans VAsia polyglotta du même auteur ). Paris, 1823.
An account oftho hingdom of Caubul and its dependencies in Persia, Tartary and India comprising a viéw of the Afghan nation, and an History of the Doorance monarchy, by Mountstuart Elphinstone. London, i8i5, 1 vol. in 4°. E...S.
AFRIQUE. {Antiquités.) L'Afrique est représentée sur les médailles par une femme coiffée avec la dépouille d'un éléphant dont la trompe avance au-dessus du front. On voit auprès d'elle un scorpion et un cheval , ou un cheval ailé , ou un serpent , ou un lion , ou des montagnes. Sa fertilité lui a fait donner encore pour symboles de°s paniers et des bouquets d'épis. Son nom latin Affina vient du latin apricus, a, uni, exposé à l'ardeur du soleil, d'où apricari, s'exposer et se chauffer au soleil ; adjectif composé du grec a augmentatif, et w&y* , torreo , tQrrtfacio, sicco, frico, «pptyoç, aridus, torridus, qui torret vel fricot, Plirygius. De là il suit que le nom de l'Afrique et celui de la Phrygie sont un seul et même mot qui signifie pays de feu; ce qui vient sans doute de ce que, de même que l'Afrique est au sud de la Méditerranée, la Phrygie est au midi du Pont-Euxin.
Les anciens ont souvent confondu l'Afrique avec la Libye, et la Phrygie avec l'Asie, comme ils confondirent l'Asie avec l'Éthiopie , et l'Europe avec la Celtique et la Scythie , en prenant la partie pour le tout , soit par ignorance de la géographie, soit par un langage propre aux poêles , leurs premiers géographes et leurs premiers historiens. Je vais le prouver.
i° Il est certain qu'ils ont souvent entendu l'Asie et même l'Éthiopie par la Phrygie; c'est pour cela qu'ils ont dit Ésope, dont le nom n'est qu'une variante à'j£-
thtops, nom composé d'att*, et<M, v„/
, était Phrygien. 2« Ils ont quelquefois entendu l'Afrique par l'Asie. La terre fut successivement divisée en deux trois et quatre parties , et d'abord en deux selon Varron, Pline et Salluste. « Ut o,nnh natura', dit Varron, m cœlum et terram divisa est, sic cœlum in regianes terra in Asiam et Europam. Asia enimjacet ad rweruUem et atcstrum, Europa ad septentriones et aqutlonem. , Les anciens plaçaient donc l'Asie au sud ■ et voilà pourquoi le nom de l'Asie, qui vient d*tf&, ou «6r<«, Umosa, a une signification analogue à celui de la
■T'Y» V,'enl de StUla> fun(lo> lib°> W», sUHo de/luo, et est si souvent confondue avec la Libye,
avec 1 Ethiopie , et avec l'Afrique même tout entière. Ceux qui partageaient la terre en deux parties réunissa.enl 1 Afrique à l'Europe ; ceux qui la partageaient en quatre faisaient de l'Égypte une partie distincte de l'Afrique. 3- Enfin il est certain que les Grecs n'appelaient 1 Afnque que la Libye, « Africain Grœci Libyam appellavére, dit Pline ; » de là le vent que les Latins appelaient afrtcus, auslro-africus , et qui souffle en effet inler africum et austrum, les Grecs l'appelaient A.Sbç (radical de Libya), et ><&>votOÇ, libonolus, comme on le voit sur une base de marbre de la Villa - Albani à douze pans, sur laquelle on lit les noms des douze vents en grec et en latin ; comme le prouve même le nom actuel de ce vent dans la Méditerranée , le lébèche, qui vient évidemment de Libya ou La Libye des Grecs était donc l'Afrique des Romains. g j
AFRIQUE. ( Géographie.) Cette partie du monde , citée dans l'histoire depuis les temps les plus reculés , ne nous est encore que très imparfaitement connue. Elle forme une grande péninsule , ne tient au nord-est à l'ancien continent que par l'isthme de Suez , et de tous les autres côtés est baignée par la mer; au nord par la Méditerranée, h l'ouest et au sud par l'océan Atlantique, au sud-est par
la mer des Indes, à Test par le golfe Arabique. Coupée par l'équaleur en deux parties égales , elle s'étend de 070 5' de latitude nord, à 34° 5o' de latitude sud, et de 190 00' de longitude ouest, à 4<J0 de longitude est; sa longueur est donc de 1820 lieues* sa largeur de i65o, et sa surface de 1 ,750,000 lieues carrées. Celte immense étendue n'offre pas de ces coupures profondes dans les terres qui, facilitant les communications par eau , sont un des grands véhicules de la civilisation. En effet, on ne remarque sur la côte du nord que des baies pompeusement décorées du nom de golfes de Cabès , de la Syrte , des Arabes. La côte occidentale forme, vers 5° au nord de la ligne, un enfoncement qui se prolonge à l'est sur une étendue de près de 4oo lieues, c'est le golfe de Guinée; mais il est entièrement ouvert au sud et à l'ouest, et ne contribue nullement à rapprocher les uns des autres les habitants de ses rivages.
Depuis plus de trois siècles les Européens ont reconnu et décrit successivement les côtes de l'Afrique; ils n'ont pu parvenir à une distance considérable dans son intérieur. On est donc réduit, sur un grand nombre de points relatifs a sa géographie, à de pures conjectures; aussi les hypothèses des écrivains qui ont traité ce sujet se sont-elles tellement multipliées que leur simple analyse excéderait les limites que nous nous sommes prescrites : bornons-nous donc à l'exposition des faits connus et à la mention des systèmes les plus probables.
On sait que l'Atlas se prolonge de l'ouest a l'est dans la partie occidentale du nord de l'Afrique; ses ramifications, en s'abaissant vers l'est, se rapprochent de la côte sur quelques points, puis se prolongent dans l'intérieur, toujours vers l'orient , par des plateaux qui se rattachent a d'autres hauteurs bordant du sud au nord la côte du golfe Arabique. Ces dernières montagnes se relèvent considérablement à l'entrée de ce bras de mer, s'étendent dans le sud -ouest en Abyssinie , où elles forment le Lamalmon , le Samen , les monts de Géès et d'Amid-Amid; à l'est, elles abou-
AFR 541 tissent au cap Bab-el-Mandeb , redouté des navigateurs; et plus à Test encore, leur dernière saillie est le cap Guardafui, extrémité de l'Afrique vers l'orient. Les géographes indiquent la chaîne des monts Lupata comme s'avançant du cap Guardafui vers le sud , en longeant à une certaine distance la côte orientale, et arrivant aux monts Nieuwe-Veldt , qui occupent l'extrémité méridionale de l'Afrique , et for ment drs plateaux qui se terminent au célèbre cap de Bonne-Espérance. On suppose que, dans l'ouest , des montagnes régnent à une certaine distance de la côte , en allant au nord , jusqu'à 3° au-dessus de l'équateur. On place un peu plus haut, dans le centre, les monts Al-Komri, ou de la Lune, que l'on fait communiquer avec les montagnes d'Abyssinie : on ignore si leurs ramifleations dans l'ouest atteignent aux monts de Kong, qui, sous le dixième parallèle nord, paraissent s'élever à une grande hauteur; leurs ra meaux s'abaissent, en s'approchant de la mer, dans le sud ouest ; ils y forment cependant des caps escarpés , tels que celui de Sierra-Léone. D'après le rapport des indigènes , les monts Kong ont la cime blanche; ce qui indiquerait la présence de neiges perpétuelles. Or, sous ce parallèle, ce phénomène , qui n'a rien d'improbable , indiquerait une hauteur de plus de 2000 toises au-dessus du niveau de la mer. Au nord du cap Sierra-Léone , la côte s'éloigne des montagnes , qui , vers le 1 5e degré , s'abaissent au niveau du grand désert. A l'est, elles ont une plaine immense dont l'étendue est inconnue.
L'on ne connaît guère mieux les fleuves que les montagnes de l'Afrique. Le Nil, si célèbre dans l'antiquité, de même que de nos jours, a ses embouchures à l'extrémité nord -est de l'Afrique dans la Méditerranée, par 3i° 25' de latitude. De ce point jusqu'à 180, il offre le phénomène singulier de ne pas recevoir un seul affluent. Le Tacazze est le premier qui lui apporte, à droite, le tribut de ses eaux; le Bahr-el-Azrek est le second; tous deux viennent de l'Abyssinie. Le premier a été pris à tort par quelques É
voyageurs pour le bras principal du Nil des anciens , ou Bahr-el-Abiad; celui-ci est encore grossi du même côté par le Maleg; son cours a été suivi en remontant jusqu'à io° de latitude nord. On place ses sources dans les monts de la Lune; la vraie position de cette chaîne est inconnue.
Le long de la côte septentrionale on ne voit que des embouchures de fleuves peu considérables qui viennent de l'Atlas. Il en est de même de la côte occidentale jusqu'à i6° de latitude nord, où Ton trouve le Sénégal, et successivement, en allant au sud, la Gambie, le Rio-Grande, et d'autres moins importants. On sait, par le rapport d'un voyageur moderne, qa'ils ont leurs sources fort près les uns des autres , dans un groupe de montagnes sous le dixième parallèle, et que, poussées dans différentes directions par les chaînes des montagnes , leurs eaux finissent par suivre la pente du terrain vers l'océan Atlantique. Les monts, qui probablement courent de l'ouest à l'est , parallèlement à la côte septentrionale du golfe de Guinée, donnent naissance à beaucoup de fleuves , dont les embouchures sont connues et marquées avec précision sur les cartes, depuis Sierra- Léone jusqu'à 70 à l'ouest de Paris : leurs cours, au-delà d'une petite distance, sont inconnus; la masse d'eau de leur embouchure n'est pas très forte. Il n'en est pas ainsi du Rio-Formoso; ce fleuve, ainsi que le Galbar, le Gabon, le Coanza, le Zaïre et l'Avongo, apportent à l'Océan un si grand volume d'eau que l'on a pu supposer que leurs sources §e trouvaient à une distance immense dans l'intérieur. On en a remonté un seul assez haut pour reconnaître que celte conjecture , au moins pour ce qui les concernait, paraissait peu fondée. Le reste de la côte a été si peu visité que l'on ignore quelle est la force des fleuves qui arrivent à la mer. A 270 de latitude sud, on trouve le Vis- Revier, qui vient du nord-ouest , on ne sait de quel point; plus bas, l'Orange-Revier, qui sort des montagnes du centre de l'Afrique méridionale. Depuis ce fleuve, et ensuite à l'est du cap de Bonne - Espérance , jusqu'au 27e degré sud, les
AFR 543 fleuves qui arrivent à la mer ont élé suivis jusqu'à leur source; Ton ignore celle du Méquinès, du Zambèze ou Coanza , et de^tous ceux qui baignent la côte jusqu'au cap Guardafui; beaucoup sont insignifiants.
Dans l'intérieur de l'Afrique, le Niger a long-temps occupé et occupe encore les méditations des géographes. " Quoique l'on ne sache pas précisément où est sa source, on a lieu de penser qu'elle n'est pas éloignée de celles du Sénégal , de la Gambie et du Rio-Grande. Il coule d'occident en orient; son cours est connu avec assez de certitude jusqu'au méridien de Paris. Que devient-il ensuite? Chacun forme des hypothèses sur ce sujet; ce n'est pas le lieu de s'en occuper.
On sait qu'il existe un grand lac en Afrique ; celui de Dembea , en Abyssinie. On parle d'un lac Maravi , vers le sud-est , au-delà de l'équateur. On a reconnu que le Niger traverse le lac de Dibbi ; on a , d'après le témoignage des géographes anciens et des Arabes, supposé que ce fleuve arrivait au Bahr-el Soudan , qui était le Libya ou le Nuba- Palus 9 que c'était même une mer intérieure, et que différentes rivières y arrivaient de plusieurs côtés.
Un des traits qui caractérisent particulièrement l'Afrique est ce vaste désert de sable qui occupe une si grande partie de sa surface dans le nord; on en trouve plusieurs autres soit sur différentes portions des côtes, soit dans l'intérieur.
L'Afrique ayant près des deux tiers de son étendue située sous la zone torride , cette circonstance , jointe à la grande quantité des sables qui réfléchissent les rayons du soleil , y entretient une chaleur et une aridité dont les effets sont fréquemment funestes aux Européens. Aux ardeurs du printemps succèdent les pluies d'été, qui , tombant avec violence pendant plus de trois mois, ne leur sont pas moins pernicieuses. Ces torrents d'eau du ciel font gonfler les ileuves , facilitent la navigation de quelques uns, et remplissent leur lit d'un limon gras qu'ils déposent sur les terres
où ils passent : ils foraient fréquemment à leur embouchure , ou dans les pays plats qu'ils arrosent , des marécages pestilentiels. L'Afrique, à ses deux extrémités du nord et du sud, jouit d'un climat plus tempéré et plus salubre. Presque partout les vents qui arrivent de l'intérieur vers les côtes sont d'une ardeur et d'une sécheresse excessives. Le seimouui ou samiel , vent qui tue et suffoque les malheureux qui ne peuvent s'en préserver, étend ses ravages dans plusieurs parties de l'Afrique. Il se fait sentir même au-delà de la Méditerranée sur les contrées méridionales du continent européen , où ses effets moins désastreux affectent désagréablement les hommes et les animaux. Les ouragans sont communs dans certaines saisons sur divers points des côtes.
Par une suite du peu de progrès que Ton a fait dans l'intérieur de l'Afrique , on est peu instruit de la nature de ses montagnes. On a pensé qu'elles se composaient de plateaux successifs, s'élevant par étages les uns au-dessus des autres, eHaissant entre eux des vallées ou des plaines. Quant à leur composition l'on a reconnu du granit dans le nord-est et dans le sud; du mica, du schiste, du porphyre, de la siénitc, de la serpentine, dans les montagnes du nord est; du marbre dans ces mêmes chaînes , et plus loin dans l'ouest ; du grès et du calcaire dans les monts du nord-est , dans la chaîne de l'Atlas , dans l'ouest et au sud. Le sel gemme abonde des deux côtés de l'Atlas dans plusieurs cantons du désert ; on en tire d'un grand nombre de petits lacs ; il y en a aussi dans le sud. Le sable du désert, tantôt mobile, tantôt aggloméré en masse, renferme quelquefois des troncs d'arbres entiers.
L'or est le métal le plus abondant en Afrique , notamment dans la partie centrale et vers le sud-est. On dit qu'il y a de l'argent dans le nord, au sud-est et au sud-ouest. L'Atlas occidental , les montagnes du sud-ouest, et celles de l'est, fournissent du cuivre. Le fer se trouve dans plusieurs endroits , le plomb est rare. Diverses pierres précieuses ,
ïiitre autres les émeraudes, se rencontrent dans cette parie du monde.
Le nord de l'Afrique, en-deçà de l'Atlas, et le sud de ce continent, produisent plusieurs végétaux d'Europe : les céréales et les fruits de la zone tempérée y réussissent. On y cultive la vigne; le dattier, le lotus, sont particuliers à la région du nord. La végétation est presque nulle dans les déserts de sable; celui du nord n'offre que des plantes chélives , épineuses , peu feuiilées : mais au milieu de cet océan de sable se trouvent çà et là comme des îles en terre ferme , où , grâce à l'humidité que procurent des sources d'eau vive , les végétaux ombragent le sol échauffé par les rayons d'un soleil verlical ; ce sont les Oasis, dont les anciens onj; vanté la fertilité. Le mimosa, qui produit la gomme, forme des forêts considérables dans cette contrée. Sous la zone torride se déploient plusieurs espèces de palmiers , le tamarinier et beaucoup de mimosa , des euphorbes gigantesques , le monstrueux baobab ; à l'est des montagnes, le chi oui arbre à beurre. L'on cultive le sorgho ou millet, et le riz; dans quelques cantons, le bananier, la canne à sucre , les orangers et les citronniers. Des graminées s'élèvent à plusieurs pieds de hauteur,, et fournissent des fourrages abondants : quand l'excès de la chaleur les fait sécher, on y met le feu pour en débarrasser le terrain. Dans la zone tempérée du sud , on admire diverses espèces de protées, de géranium , de bruyères , de liliacées , et d'autres plantes qui font l'ornement de nos jardins.
Les anciens disaient que l'Afrique enfantait toujours quelques monstres nouveaux. Quoique l'on n'y voie plus des serpents de la dimension gigantesque de ceux que les Romains ont décrits, il en existe encore de monstrueux dans cette partie du monde , et d'autres de moindre dimension : les lézards y fourmillent; le plus redoutable est le crocodile, qui infeste la plupart des rivières; quelques tortues en dévorent un bon nombre à l'instant de leur naissance. On y rencontre aussi des caméléons; les saute -
relies sont un des fléaux de cette contrée; des fourmis, insectes non moins formidables; des nuées de cousins , de moucherons et de mouches extrêmement incommodes; des araignées , des scorpions, des mille-pieds, enfin le ver de Guinée, qui s'insinue sous la peau de l'homme, sont aussi au nombre des inconvénients qui résultent de l'extrême chaleur. On pêche du corail le long de la côte baignée par la Méditerranée, ainsi que des éponges , et diverses productions marines Irès curieuses. Plusieurs parages sont très poissonneux*
L'autruche habite les confins des déserts et les plaines voisines ; la pintade , la grue de Numidie , l'oiseau couronné , le marabou , qui donne un duvet si élégant, les calaos au bec monstrueux , le secrétaire , qui semble réunir les caractères des oiseaux de proie et des échassiers , l'ibis , vénéré par les anciens Égyptiens, la perruche à collier, le perroquet gris, le pélican, la spatule, les aigrettes, qui fournissent de si jolis ornements de tête, sont les plus remarquables des oiseaux indigènes de l'Afrique , où l'on en trouve^une infinité d'autres qui brillent autant par leur ramage que par l'éclat et la diversité des couleurs de leur plumage.
Le lion fait retentir de ses rugissements toutes les contrées de cette partie du monde , depuis les rives de la Méditerranée jusqu'aux solitudes voisines du cap de Bonne- Espérance ; la panthère , le léopard , le lynx , les hyènes , le chacal , répandent également la terreur parmi les troupeaux d'animaux paisibles : ce sont les antilopes, dont les nombreuses espèces parcourent d'un pied léger toute la surface du continent; les moutons, dont les uns ont, au lieu de queues , de larges pelotes de graisse , et dont les autres perdent par l'effet de la chaleur leur laine , qui est remplacée par du poil. Le bœuf du Cap , ou cafre , a un caractère de férocité qui ne permet pas de le dompter; le bœuf domestique se trouve partout où il trouve de la nourriture. L'Afrique est la patrie de ces chevaux barbes admirables par l'élégance des formes et la vitesse à la course ; l'âne y
AFR 347 acquiert une taille et une force inconnues en Europe. Dans le sud, le zèbre et le couagga offrent leur pelage rayé avec une régularité qui semble un effet de l'art. La plupart des fleuves nourrissent le pesant hippopotame; le rhinocéros à deux cornes est commun dans toute la partie du sud et de l'est, qui est aussi la patrie de la girafe au cou d'une longueur si extraordinaire. Le chameau et le dromadaire aident aux Africains à traverser le désert , qui serait impraticable sans leur secours. Les forêts sont remplies de plusieurs espèces de singes, de chauve-souris, d'écureuils; des rats , des hérissons , des porc-épics , des lièvres , des civettes, de singulières musaraignes, des taupes, le daman, le pangolin, couvert d'écaillés et dépourvu de dents, l'oryctérope,qui vit également de fourmis, l'ichneumon , ennemi du crocodile , se trouvent en Afrique. L'ours n'habite que les cavernes de l'Atlas; l'éléphant paît dans les campagnes, depuis la limite méridionale du désert jusqu'au cap de Bonne-Espérance.
On ne peut marquer avec précision les limites des divers pays que renferme l'Afrique. On remarque dans le nord TÉgypte, la Barbarie, Maroc; dans l'ouest, le Sahara ou grand désert, la Sénégambie , la Guinée, le Congo; dans le sud , le pays du Cap , la Cafrerie ; dans l'est , Mozambique, le Zanguebar, l'Abyssinie et la Nubie; dans le centre , la Nigritie.
On rattache à l'Afrique plusieurs îles isolées ou réunies en archipel; dans l'océan Atlantique, au nord, les Açores, Madère, les Canaries; à l'ouest, les îles du cap Vert ; sous l'équateur, les îles de la Guinée ; au sud , Sainte- Hélène , l'Ascension , et quelques autres ; dans la mer des Indes, Bourbon , l'Ile-de-France et Rodrigue, les Comorres et les Amirantes, les Sechelles et Socotora.
Il est difficile de dire quelque chose de positif sur la population de l'Afrique. Les calculs les plus raisonnables la portent à 70,000,000 d'âmes, nombre bien chétif relativement à la vaste étendue de ce continent. Deux races
distinctes et une variété de l'espèce humaine habitent l'Afrique : les Maures dans le nord; les Nègres dans toute la partie du centre, d'une mer à l'autre; iesCafres dans le sudest. Ces hommes parlent une multitude d'idiomes qu'il est presque impossible de classer faute de connaissances suffisantes ; quelques uns semblent ne renfermer que des sons à peine articulés , des cris , des sifflements qui rappellent ceux des animaux. On peut distinguer le copte en Egypte , le berber et ses dialectes dans toute la Barbarie et en Nubie. Les peuples qui habitent ces régions et celles de l'est entendent plus ou moins l'arabe; il est la langue du commerce; ses caractères sont les seuls dont on fasse usage, excepté en Égypte et en Abyssinie , où il y a aussi une autre écriture. Le gheez se parle en Abyssinie; l'yolof, le mandingue , le foulah , chez les Nègres de l'ouest et du centre ; le fantin dans la Guinée; le congo dans le pays de ce nom; l'ambounda , depuis cette contrée jusqu'en Mozambique; le cafre et le hottentot dans le sud; le madécasse à Madagascar, où Ton retrouve l'arabe, ainsi que dans les archipels, au nord de cette grande lie et sur la côte de l'est.
La religion chrétienne n'est professée par les indigènes qu'en Egypte et en Abyssinie. Les Européens l'ont introduite avec leurs différents langages dans les lieux où ils ont formé leurs établissements. Le m ;i ho métis me domine chez une partie des Égyptiens , dans toute la Barbarie et à Maroc chez les tribus nomades du désert, en Nubie, dans plusieurs royaumes de la Sénégambie, de la Nigritie et de la Guinée , dans les archipels de l'est et dans plusieurs portions de Madagascar. On trouve quelques juifs en Barbarie , à Maroc , en Égypte , en Abyssinie , en Nubie. La plupart des peuples nègres et cafres ne connaissent d'autre cùlte qu'un fétichisme grossier.
Autrefois plusieurs parties de l'Afrique connurent la civilisation ; elle était sans doute fort imparfaite , mais au moins elle tendait à maintenir l'ordre; elle a partout dé-
AFR 349 généré. On ne rencontre presque partout que des esclaves nombreux obéissant aux caprices bizarres et souvent sanguinaires d'un despote. Quelques peuplades sont indépendantes , mais dans toute l'étendue du continent la force établit le droit; ce ne sont généralement que des guerres de peuple à peuple pour y prendre des esclaves.
Le commerce des hommes noirs a de tout temps été très actif en Afrique; le monarque vend ses sujets ou enlève ceux du voisin pour en faire le trafic. Ces esclaves sont transportés à des distances immenses de chez eux avant de s'arrêter chez le maître qui les gardera. Les autres marchandises que l'on tire de l'Afrique sont l'ivoire , l'or , les plumes d'autruche, la gomme, différentes drogues. La côle du nord fournit des grains à différentes parties de l'Europe.
Les anciens désignèrent d'abord par le nom d'Afrique une petite portion de la côte de Barbarie au sud du cap. Les Grecs donnèrent à celte partie du monde le nom de Libye. Long-temps on considéra l'Égypte comme appartenant à l'Asie. Dès les temps les plus anciens les tentatives de découvertes eurent principalement l'Afrique pour objet. On n'est pas sûr que des navigateurs, à une époque très reculée, n'en aient pas fait le tour par mer; cette connaissance, si on l'avait acquise, se perdit. A peine les écrivains de l'antiquité décrivent ils les côtes de l'ouest avec quelque précision un peu au-delà du tropique du cancer; du côté de l'est, ils donnent des notions jusqu'au cinquième degré au sud de l'équateur. L'intérieur leur était bien mieux connu ; nous n'en savons pas encore as^ez pour retrouver avec certitude tous les points dont ils parlent.
Les modernes , après beaucoup de tentatives successives , arrivèrent au cap de Bonne Espérance. II fut découvert en i483 par Barthélemi Diaz , Portugais. En 1498, Vasco de Gama le doubla pour aller aux Indes, où le premier il arriva par mer.
55o A F II
Les Portugais, les Français, les Anglais, les Danois et les Hollandais ont , par les établissements qu'ils ont formés sur différents points des côtes de l'Afrique , contribué à nous faire acquérir sur cette partie du monde les notions que nous possédons. Le voile qui couvre l'intérieur n'a pas encore été soulevé. Plusieurs voyageurs ont essayé d'y pénétrer par différentes voies : Ledyard , Hornemann , Ritchie, Houghton, Mungo-Park, Tuckey, et beaucoup d'autres, ont péri victimes de leur zèle; d'autres , tels que Bowdich , Mollien , ont été plus heureux , ils ont revu l'Ëurope , mais sans avoir pu aller bien avant dans l'Afrique. Enfin nous sommes redevables de quelques lumières à des Européens qu'un sort malheureux a jetés sur les plages inhospitalières du Sahara , et que la providence a sauvés des horreurs d'une affreuse captivité ; Brisson , Saugnier, Follie , Rîley, Adams , Cochelet , en racontant leurs infortunes , ont mêlé à leurs récits les renseignements qu'ils avaient obtenus des Maures. Cette masse de notices , qui ne suffit pas pour nous instruire, est propre à enflammer la curiosité , et fait désirer ardemment que des voyageurs plus heureux parviennent enfin à fixer les incertitudes des géographes.
Hérodote , Strabon , Ptolémée. — Relations de voyages modernes, — Edrisii Africœ, edente Hartmann. Gcttingue, 1796, in-8°. — L1 Afrique de Jean Léon. — L' Afrique de Marmol. — Heeren. Jdéen ùber die Poiitik,
etc. , der vornehmsten Vœlher. (2 ter. th. Africae.) E...S.
AG
AGAME. (Histoire naturelle. ) Dans son acception rigoureuse ce mot signifie qui ne s'accouple point , et , par extension , privé de sexe. Il est effectivement des êtres qui ne présentent aucune trace de sexe, et qui conséquemment ne sauraient s'accoupler.
Quelques botanistes avaient à tort étendu cette dénomination à tous les végétaux compris par Linnéc dans la vingt-quatrième classe de son système sexuel , qui renferme,
AGA 55i sous le nom de cryptogamie, les plantes qui , n'ayant pas de fleurs apparentes , semblent vouloir nous dérober leurs noces mystérieuses. Des observations mieux faites ont démon! ré des sexes dans les mousses et dans les fougères qui font partie de cette vingt-quatrième classe , si nombreuse, si obscure , mais dont l'étude dédommage l'observateur des peines qu'il se donne pour la connaître par la découverte d'une quantité de faits nouveaux. Aujourd'hui les diverses familles qu'on a établies parmi les champignons, les lichens, et les algues aquatiques, sont les seules cryptogames qui soient réputées agames, encore que plusieurs d'entre elles présentent des propagules , organes destinés à perpétuer leur espèce par une sorte de semis.
Parmi les animaux , ces hydres connus généralement depuis Trambley et Réaumur sous le nom de polypes d'eau douce , la plupart des radiaires , et tous les infusoires , paraissent être agames. Quelque soin que nous ayons apporté à saisir les traces de leurs amours ou de leur union , nous n'avons rien observé qui ait pu nous autoriser à leur supposer des organes générateurs. On sait que tous, coupés par morceaux, loin de trouver la mort dans leur lacération , transmettent toute leur existence à chacun de leurs morceaux, qui deviennent des animaux aussi complets que celui dont ils ont été détachés. On sait que plusieurs se divisent naturellement , et que chaque division forme bientôt un être parfait. Nous en avons vu se multiplier par des dédoublements successifs. On pourrrait les appeler tomipares, c'est-à-dire qui se multiplient par coupures.
II est possible que la plupart des animaux anciennement nommés acéphales par Lamarck , c'est-à dire des conchifères, soient entièrement agames; du moins on n'a rien observé chez eux qui indiquât un sexe , et la manière dont ils se reproduisent est encore un mystère. Le microscope nous a encore refusé la découverte de leur mode de reproduction; car tout ce qu'on a dit sur la présence d'une multitude d'embryons dans un état laiteux, où sont