‹ Encyclopédie moderne, ou, Dictionnaire abrégé des sciences, des lettres et des artsChapitre 41 sur 62 · AFF · texte numérisé non relu

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famantes. L'affiche ayant pour objet de donner de la publicité à la condamnation peut être considérée comme une aggravation de peine. Aussi est-ce un point constant en jurisprudence que les juges ne peuvent l'ordonner hors des cas formellement prévus par la loi. L'affiche d'un placard séditieux est au nombre des délits prévus par les lois répressives des délits de la presse. C...s.

AFFILIATION. {Politique. ) Introduction dans la famille. Dans le droit civil , c'est une espèce d'adoption anciennement en usage dans quelques provinces de France; dans l'acception commune, ce mot désigne la réception d'un individu dans une société quelconque. Nous nous bornerons ici à l'affiliation proprement dite, celle par laquelle les ordres monastiques recevaient des séculiers à la participation de leurs prières.

Lorsque la religion est le but réel de la communauté, l'affiliation est avouée. C'est publiquement qu'on s'affiliait à ces quatre ordres qui regorgeaient de richesses , et qu'on appelait mendiants; on portait même un emblème de celte adoption : les augustins donnaient une ceinture de cuir, les carmes un scapulaire, les dominicains un rosaire, les franciscains un cordon. Le gouvernement pouvait se plaindre de ce qu'il y avait d'impolitique dans ces affiliations; la philosophie pouvait attaquer ce qu'elles cachaient de superstitieux et d'immoral , et toutefois leur publicité était la preuve de leur bonne foi.

Mais si la religion n'est que le moyen adroit, et si le pouvoir terrestre est le but véritable delà communauté , alors l'affiliation est mystérieuse et désavouée. On veut se faire des appuis , soit pour résister à la puissance , soit pour la diriger , soit pour l'envahir ; par conséquent on ne doit enrôler que des personnages qui , par leurs emplois et leur fortune , puissent servir d'instrument à l'ambitieuse communauté, ou la couvrir de leur protection. L'affiliation doit alors être cachée sous un voile impénétrable , afin que, toujours inconnus , les Séides de la société puissent se mon-

AFF Soi trer avec plus d'audace, tromper avec plus de fruit, ou frapper avec moins de crainte.

Les jésuites sont les seuls qui mirent en pratique ces affiliations ; ils sont aussi les seuls qui aient tendu avec constance, sans relâche et par toutes les voies, à l'envahissement des pouvoirs politiques. De là leurs efforts pour s'emparer exclusivement de l'instruction de la jeunesse et de la direction des consciences; ils décréditaient les modestes et pieux travaux du clergé par la pompe de leurs fréquentes missions; ils transigeaient avec la foi , et pliaient la morale évangélique au gré des gens du monde et selon la corruption des gens de cour. La conscience de leurs affiliés n'était que le point d'appui du levier de leur ambition : mais lombre ne put long-temps cacher leurs desseins, et la justice du monde civilisé mit enfin au grand jour ce noir mystère d'iniquité.

Leur système de prosélytisme parmi les gens du monde était connu depuis long-temps. Pasquier avait signalé leurs • affiliés sous le titre de jésuites de la petite observance. Grotius, défenseur zélé du pouvoir royal, ne put voir sans effroi « cette puissance sacerdotale qui menaçait les trônes en admettant dans la religion jusqu'à des hommes mariés, qui ne faisaient d'autre vœu que celui d'obéissance passive au général des jésuites. » La société repoussa cette accusation , et le philosophe Bayle ne la crut pas assez prouvée; mais bientôt leur procès révéla qu'il existait des jésuites du tiers-ordre en Italie , de robe-courte en France. Le vertueux La Chalotais dénonça « ces jésuites inconnus, vivant dans leur famille; » l'avocat général Castillon , «ces espions cachés au milieu du monde et s'ignorant les uns les autres; » le sage Joly de Fleury, « ces hommes de toutes les conditions , papes , rois , princes , évêques , ministres et magistrats , pensant devoir leur état et leur puissance aux desseins occultes et coupables de la société. » Dans le nombre immense de leurs Séides , on plaçait cet infâme chancelier Duprat , qui avait détruit les libertés de l'église

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gallicane par le concordat , l'indépendance de la magistrature par la vénalité des charges , et dont le fils amena du concile de Trente et établit publiquement en France les premiers jésuites, pour lesquels il fonda le collège de Clermont. Burnel avait cité ce malheureux Jacques II, que l'ambition jésuitique égara dans le labyrinthe du pouvoir absolu , où il perdit sa gloire , son trône et sa dynastie. On connaît cet infortuné don Sébastien, qui disparut à la bataille d'Àlcacer, et dont un prétendu ermite, conduit par un jésuite se disant évêque de Garde, vint bientôt réclamer la couronne.

La publicité de leur procès et l'évidence des preuves ne permirent plus aux jésuites de nier ces affiliations séculières. Ils prétendirent que l'objet en était tout religieux. L'affilié s'obligeait à révéler son affiliation au chef des jésuites de sa résidence, et, s'il changeait de demeure, à se faire reconnaître au chef de son nouveau domicile; à n'entreprendre aucune affaire d'intérêt ou de famille sans en prévenir les jésuites; à favoriser l'ordre de tout son pouvoir; à dénoncer tout ce qu'il pourrait découvrir dans la vie civile; à -ne jamais renoncer à son affiliation ; enfin , par un article secret, il s'engageait à faire servir toute sa puissance personnelle à l'agrandissement des intérêts temporels de la société.

Les ordres religieux ne portent dans le monde l'esprit de prosélytisme que par ambition. Celle des jésuites fut funeste; elle coûta le trône à leurs affiliés Jacques II et don Sébastien; elle causa l'assassinat de Henri IV et de Joseph Ier. Un pays assez malheureux pour posséder des cloîtres doit, s'il veut être en paix, forcer les moines à ne pas en franchir le seuil. La religion peut les retenir au dedans ; la politique seule les conduit au dehors.

Nous ne dirons rien de ces superstitieuses affiliations par lesquelles on s'engageait à mourir dans l'habit d'un ordre religieux. Un des mignons de Henri III s'affubla d'un froc de capucin , comme s'il voulait aller en masque en para-

A FF 5o3 dis, espérant qu'on lui en ouvrirait les portes parce qu'on ne le reconnnîtrait pas.

Pour les rites et les cérémonies de l'affiliation, voytz Mystères; et Sociétés secrètes pour les affiliations politiques, leur Lut apparent et leur tendance cachée. J. P. P.

AFFINAGE. (Agriculture.) C'est l'opération qui a pour bu t de diviser la terre et de la soumettre par là môme plus

Parfaitement à l'accès de l'eau et è l'influence de l'air et de la lumière. C'est en multipliant les binages, et en faisant entrer en assolement les cultures qui, comme les pommes de terre, exigent le plus de préparations de ce genre , qu'on affine les terres. D.

AFFIINEUR. (Technologie.) Dans les arts, on donne le nom d'affinage à l'opération par laquelle on purifie diverses substances , telles que le fer et les autres métaux; mais on désigne particulièrement sous le nom d'affineur l'ouvrier qui s'occupe de l'épuration de l'or et de l'argent. Son travail a pour but de rendre ces métaux parfaitement malléables, en les séparant des matières étrangères qui en allèrent les qualités; celte opération leur donne plus de ténacité et de ductilité, et les rend susceptibles de former sous le marteau du batteur d'or ces feuilles si légères, et à la filière du tireur d'or ces fils si déliés qui entrent dans la composition des étoffes les plus riches.

Les matières d'or et d'argent se trouvant presque constamment mélangées de cuivre, d'étain et même de plomb, on commence par les débarrasser de ces derniers métaux, afin qu'il ne reste plus qu'un alliage d'or et d'argent , qu'on sépare ensuite par une opération subséquente. L'alliage impur est donc mis d'abord dans un creuset avec un vingtième de nitre, et exposé à une chaleur suffisante pour fondre le métal , décomposer le nitre , et oxyder les métaux étrangers, qui se séparent sous forme de scories au-dessus du bain métallique : cette opération se nomme la poussée ; on laisse refroidir, et on relire le culot d'or et d'argent qui se trouve au fond du creuset.

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Ce culot est de nouveau fondu, et ensuite versé par petit filet dans de l'eau , où il se réduit en grenaille. On traite cette grenaille par de l'acide nitrique dans des vases de platine ; l'argent se dissout , et l'or reste au fond des vases sous forme de poussière ou de petites masses d'un brun jaunâtre. On fait fondre cet or dans des creusets où l'on met un peu de nitre , et l'on obtient ainsi ce qu'on appelle or de départ. •

Pour retirer l'argent contenu dans les dissolutions, on y plonge des plaques de cuivre rouge décapé; l'argent se dépose peu à peu sous forme d'une mousse cristalline; on n'a plus qu'à le fondre avec un peu de nitre et de borax pour le réduire en lingot.

Lorsque l'alliage qu'il s'agit d'affiner contient plus du quart de son poids d'or, l'acide ne peut pas l'attaquer; on est obligé d'y ajouter de l'argent en quantité suffisante pour que Por ne forme plus que le quart de l'alliage : cette opération se nomme inquartation.

L'argent de départ obtenu par le procédé ci - dessus contient encore un millième d'or. M. Dizé", affineur des monnaies, a trouvé le moyen d'extraire ce millième en substituant, dans sa méthode d'affinage, l'emploi de l'acide sulfurique à celui de l'acide nitrique. L. Séb. L. et 31.

AFFINITÉ. (Chimie.) Lorsque deux corps sont mis en contact, quoique la pesanteur ne provoque aucun déplacement, que la température soit uniforme, la lumière également répartie, en un mot que rien ne paraisse capable de troubler l'équilibre ou le repos du système , il arrive souvent que les deux corps, par une action réciproque et comme volontaire, donnent naissance à des êtres nouveaux , au milieu de circonstances plus ou moins remarquables ; bien plus, le même corps, si on vient à modifier l'action qu'exercent sur lui les agents naturels, comme l'électricité, le calorique, la lumière, se trans forme aussi très souvent en des produits nouveaux. Enfin il arrive parfois qu'un corps abandonné à lui-même, quand

AFF 5o5 rien ne change autour de lui, acquiert des propriétés, prend des formes nouvelles : ces changements dans la constitution intime des corps sont dus h une force ou à des forces désignées par le nom général d'affinité, dont on cherche à expliquer la nature et le mode d'action par l'interpréta tion de leurs effets. D'anciens philosophes attribuèrent ces transformations , si fréquentes dans le règne minéral , et perpétuelles dans les végétaux et les animaux , à l'action d'un être particulier répandu dans tout l'univers (mens agitât molem). Suivant les autres, il n'y avait qu'une seule matière capable de prendre par ellemême des formes variées à l'infini. Aristote et ses partisans firent découler tous les phénomènes naturels du jeu de quatre éléments, dont les combinaisons, dues à des forces inhérentes à leur nature, donnaient naissance à tous les corps composés.

On attribue à Mayow les premières observations sur les combinaisons des corps ; il remarqua celles qui s'opéraient entre les acides et les alcalis , et conçut l'existence d'une force capable de les produire. Cette force , par laquelle les corps s'unissaient entre eux, fut désignée par le mot d'affinité (alliance) ; ainsi Ton disait que deux substances qui s'unissaient fortement avaient Tune pour l'autre une grande affinité, ou qu'il existait entre elles une grande force d'affinité. L'idée la plus naturelle qui se présentait pour estimer le degré d'affinité de deux corps était de chercher à la vaincre par une autre force de même espèce. Ainsi, voulait-on savoir lequel des deux corps A et B avait le plus d'affinité pour un troisième X, on formait le composé AX , et Ton faisait agir sur lui le corps B : si ce dernier avait la puissance de déplacer A, en formant le composé BX , on en concluait que B avait pour X plus d'affinité que n'en avait A ; dans le cas contraire , on tirait une conséquence opposée. Geoffroy établit sur ce principe les premières tables d'affinité; elles parurent en 1718. Chaque substance était placée tour à tour à

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la tête d'un tableau, sur lequel étaient inscrites toutes les autres par ordre de leur plus grande affinité pour la première.1 Linibourg , Rouelle le jeune» y firent des corrections. Gellert donna aussi des tables d'affinité , fondées , non pas comme celles de Geoffroy, sur les décomposition* chimiques , mais sur la facilité plus ou moins grande avec laquelle les corps se combinent, et sur la stabilité de leurs produits. Enfin Bergmann , en 1775 , puis en 1783, développa la théorie des affinités , et forma de nouvelles tables , copiées quelquefois , il est vrai , sur celles de Gellert , tout en suivant la méthode de Geoffroy. Considérant toujours les combinaisons comme le résultat d'une force unique, indépendante des circonstances qui semblaient devoir au moins modifier ses effets , Bergmann distingua l'affinité immédiate d'un corps pour un autre lorsque ceux-ci sont libres tous les deux , de l'affinité de ces mêmes corps lorsque l'un d'eux seulement entre déjà dans une combinaison, enfin de leur affinité lorsqu'ils entrent l'un et l'autre dans des composés différents. La première fut une affinité simple ou élémentaire, la seconde une affinité élective, et la troisième une affinité compUxt. L'affinité simple est bien la véritable, mais il est impossible de la mesurer directement. Par l'affinité élective, un corps détruit un composé pour s'emparer de i'un de ses éléments; elle peut donner la mesure de la première. Quand deux sels sont en contact, il y a quatre affinité* en action. Deux tendent à maintenir en combinaison l'acide du premier sel avec sa base , et l'acide du second sel avec sa base : ce sont les affinités quiescentes. Deux agissent en sens contraire, l'affinité de l'acide du premier sel pour la base du second , et l'affinité de l'acide de celui-ci pour la base du premier : ce sont les affinités divellentes. S'il n'y a point décomposition réciproque, c'est parce que les premières l'emportent sur les secondes ; et si , au contraire , la décomposition a lieu , celles-ci ont vaincu les premières. Les phénomènes dus

AFF 307 -sk de pareilles actions combinées devaient offrir la confirmation de l'ordre établi dans les affinités électives.

Berlhollet combattit victorieusement cette théorie. «L'affinité, selon lui , est une force qui tend toujours à réunir, et jamais à décomposer. Mais il est difficile, pour ne pas dire impossible, de la séparer de tout ce cjui n'est pas elle; car à l'affinité, qui, si elle agissait seule, produirait la combinaison intime de deux corps, s'opposent la cohésion, qui tend à maintenir ensemble les atomes de chacun de ces corps, et l'élasticité , par laquelle ils se repoussent. La liquidité même des deux corps ne permet pas à l'affinité d'avoir tout son effet, puisque les liquides ne sont pas dépourvus de cohésion. Qu'on atténue , qu'on détruise même ces deux forces perturbatrices , en dissolvant les solides et les gaz dans un liquide tel que l'eau, l'affinité réciproque des substances dissoutes sera encore contrariée par leurs propres affinités pour le liquide. Bien plus , continue l'illustre chimiste , les corps n'agissent pas en vertu de leurs affinités seulement, mais encore par leur quantité, puisqu'en faisant varier celle-ci , les résultats de l'affinité ne sont plus les mêmes. Pour déterminer les affinités relatives de deux substances sur une troisième, il faudrait les mettre en présence, toutes dans un état de liberté absolue , et voir en quelle proportion cette troisième se partagerait avec des quantités déterminées des deux autres. Si ces quantités étaient entre elles, par exemple, comme 1 est à 2 , lorsque le partage se fait également, on en pourrait conclure que les affinités correspondantes sont entre elles en raison inverse, comme 2 est à 1.

» En considérant la neutralisation d'un sel comme le point où l'acide et la base qui le forment ont des actions égales et opposées sur un troisième corps, sur les couleurs bleues végétales par exemple , on peut dire que deux acides ont pour la même base des affinités qui sont en raison inverse des quantités de ces acides nécessaires pour saturer une

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même portion de la base, puisque, dans l'un et l'autre des sels neutres qui en résultent , les acides exercent sur une couleur bleue soumise à leur action un effet qui est justement compensé par l'action contraire de la base. On pourrait donc regarder les affinités comme inversement proportionnelles aux quantités , aux masses qu'il faudrait prendre de chaque acide pour neutraliser la même quantité d'une base, ou aux masses de chaque base nécessaires à la saturation d'une même portion d'acide. Et, dans tous les cas , l'action chimique serait proportionnelle à la saturation ; en sorte que l'acide qui saturerait deux portions de base aurait une action double de celle d'un autre acide qui, pris en quantité égale, ne saturerait qu'une seule portion de base. Enfin , la capacité de saturation à laquelle l'affinité est proportionnelle ayant été déterminée, pour chaque corps, à un certain degré de saturation, il serait possible que les capacités ne fussent plus dans les mêmes rapports à un autre degré de saturation. ( V oyez Sel. )

• Quand un sel est dissous dans l'eau, si on vient à y verser un acide dans l'intention d'expulser celui du sel , ou une base pour la substituer à l'autre, tant que la dissolution se maintient parfaite , les trois corps dissous agissent l'un sur l'autre en proportion de leurs affinités et de leurs masses. S'il y a deux acides et une base , celle-ci se partage entre les deux acides ; et s'il y a deux bases et un acide, ce dernier agit sur les deux premières; et, dans l'un et l'autre cas , en vertu des masses et des affinités mises en jeu. On voit par là, continue Berthollet, qu'il n'y a point d'expulsion; car, quelque grande que soit la force d'affinité de l'un des acides pour la base commune, et quelle que soit la faiblesse de l'autre acide , si ce dernier est en quantité suffisante , son action chimique pourra l'emporter sur celle du puissant acide, parce que sa masse suppléera à la force d'affinité qui lui manque. S'il arrive qu'il y ait séparation , elle ne sera pas l'effet

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d'une prétendue affinité élective, mais celui des forces étrangères déjà signalées plus haut. La précipitation d'une des subslances devra être attribuée à la force de cohésion qui surmonte l'action du dissolvant. La cristallisation sera une précipitation lente. Le dégagement d'un des corps à l'état de fluide élastique sera dû à la force répulsive du calorique , force que le dissolvant n'a pu vaincre. Il restera néanmoins dans le liquide une portion du corps éliminé; portion compatible avec la force de cohésion ou d'élasticité d'une part, et d'autre part avec l'action du liquide et des corps dissous. Dans cette dissolution, les actions chimiques seront toujours proportionnelles aux affinités et aux masses; et ce qui sera précipité ou volatilisé devra être considéré comme soustrait à la combinaison par des forces étrangères à l'affinité, quoique provoquées par elle. Les déplacements de certaines substances par d'autres substances n'indiquent donc pas leurs forces d'affinité respectives ; les affinités électives n'existent donc point réellement, et leurs tables ne peuvent donner qu'une fausse idée de l'affinité proprement dite. Ce n'est pas qu'on ne puisse comprendre sous le nom général d'affinité toute la puissance chimique qu'un corps exerce sur un autre dans des circonstances données; mais alors il faut éviter de la considérer comme une force constante qui produirait les compositions et les décompositions chimiques. »

Berlhollet, il faut l'avouer, a complètement renversé la théorie des affinités électives , au moins telle qu'on la concevait alors. Un grand pas qu'il a fait faire à la science, c'est de lui avoir ôlé*cette prétendue perfection qui , représentant par des nombres invariables les forces des éléments matériels , devait mettre en état de calculer d'avance tous les phénomènes chimiques. Ce n'est pas qu'il ne crût qu'après avoir observé et mesuré les effets de toutes les forces qui concourent à la produire, on ne parvînt un jour à découvrir la force véritable de l'affinité, et à prévoir les mou-

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venients infiniment petits des atomes, comme on avait déterminé ceux des corps planétaires. Mais la capacité de saturation ne semble pas être la véritable mesure de l'affinité, comme il l'avait admis. Ainsi , après tous les travaux de tant d'illustres chimistes, on était encore à se demander quelle était la nature de cette force, et les lois en vertu desquelles s'exerçait son action.

Les phénomènes de la pile voltaïque commençaient à fixer l'attention des savants. La théorie de Lavoisier sur la combustion éprouva plus d'un échec par les belles expériences de Davy sur le dégagement de chaleur et de lumière produit dans le vide même, parla combinaison des fluides électriques. On crut pouvoir ramener à cette cause unique tous les phénomènes de combustion. En outre, d'après les nombreuses observations de MM. Hisinger et Berzéliussurla correspondance des phénomènes chimiques et électriques, on n'hésita pas à prononcer sur la nature de l'affinité. Qu'on charge deux substances l'une d'électricité positive, l'autre d'électricité négative, et qu'on les abandonne à elles-mêmes , aussitôt elles se précipiteront l'une vers l'autre par l'effet attractif de leurs électricités ; il y aura neutralisation de celles-ci et combinaison des substances. Cette neutralisation des électricités produira la chaleur que l'on observe à la suite de toute combinaison chimique, de la même manière et par la même raison que ces fluides produisent de la chaleur par leur réunion , indépendamment de toute combinaison. La lumière qui accompagne quelquefois ces phénomènes no sera qu'une modification dans les effets des mêmes causes. Si l'on considère en outre que les éléments matériels ont plus de tendance à se charger d'une certaine électricité que d'une autre , en soumettant un composé de ces éléments à l'action d'une pile voltaïque, l'un d'eux , plus apte à prendre l'électricité positive, se portera au pôle négatif, attiré par celui-ci, tandis que l'autre , chargé d'électricité négative, se rendra au pôle positif de la pile. L'électricité

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pourra donc tout à la fois provoquer et détruire les combinaisons.

On savait déjà que l'étincelle électrique allume plusieurs corps , tels que l'hydrogène , l'éther, etc. ; Davy avait décomposé les alcalis par la pile ; mais Berzélius et Hisinger ont trouvé cette loi importante, qu'un composé , soumis à l'action d'un courant électrique, se partage toujours en deux parties , dont Tune se rend à l'un des pôles, et l'autre à l'autre pôle. L'oxygène et les acides vont au pôle positif , et sont par conséquent électro-négatifs ; les combustibles et les bases salifiables vont au pôle négatif, en montrant ainsi leur vertu électro-positive. En allant des plus électronégatifs aux plus électro-positifs , la série des corps élémentaires est la suivante : oxygène , combustibles non métalliques, métaux acidifiables, métaux non acidifiables , radicaux des terres, radicaux des alcalis. Les oxydes et les acides se suivent à fort peu près comme leurs radicaux. L'oxygène est toujours électro-négatif, les alcalis toujours électro-positifs; mais les substances intermédiaires sont électro-négatives par rapport à ceux qui les suivent , et électro-positives en présence de ceux qui les précèdent dans la série.

On retrouve une confirmation frappante de cette théorie dans les précipitations des métaux en dissolution , par d'autres métaux à l'état naturel. (Voyez Sel.) Cependant il s'en faut de beaucoup qu'elle soit à l'abri de toute objection. Lorsque les éléments qui doivent se combiner sont amenés en contact, ils perdent par cela même leurs électricités. Quelle est alors la force qui maintient leur combinaison ? On ne peut l'attribuer à la pesanteur universelle ; elle est trop faible. Est-ce l'effet d'une force particulière aux atomes, comme la polarisation électrique? Dans ce cas , la cause active de la combinaison serait une électricité libre qui se neutralisêrait au moment même de la combinaison ; mais la permanence de celle-ci serait due à un développement d'électricité produit par le contact

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des éléments du composé. Au reste, on ne peut former làdessus que des conjectures plus ou moins heureuses , mais dont aucune n'est capable de rendre raison de tous les phénomènes attribués à 1'affiqité. Cela tient en grande partie à la nouveauté de la théorie électro-chimique, qui n'a pu encore appeler à son secours tous les faits destinés à l'établir solidement. En outre , l'affinité qui réunit les éléments de natures différentes, et la cohésion qui maintient la liaison des particules homogènes , n'ont-elles rien de commun entre elles ? L'étude delà première peut-elle se séparer de celle de la seconde , et la connaissance de l'une n'entraînerait-elle pas celle de l'autre ? De même que la lumière et la chaleur sont des modifications d'une seule substance , l'affinité et la cohésion ne seraient-elles pas des effets variés d'une même force?

Voyez les auteurs cités, et principalement Berthollet dans sa Statique chimique , et Berzélius dans sa Théorie des proportions chimiques. g.

AFFINITÉ. {Histoire naturelle.) Force qui s'exerce sur les molécules des corps et les tient unies entre elles. C'est en parlaut de la matière que nous traiterons des affinités , qui sont les conséquences d'une loi de son organisation. ( V oyez Matiehe. ) B. de St.-V.

AFFIRMATION. {Voyez Sebment. )

AFFOURCHER. {Marine.) Manière d'établir un vaisseau au mouillage sur deux ancres dont les câbles font un angle, c'est-à-dire une espèce de fourche. La seconde ancre , qu'on emploie pour affourcher, est ordinairement plus légère que la première ; on l'appelle ancre d'affourcht.

AFFRANCHIS, liberti. {Antiquités.) Les esclaves des Romains ayant été mis en liberté par l'affranchissement, manumissi, jouissaient d'une partie des droits des citoyens ; ils prenaient les noms et les prénoms de leurs patrons , et étaient compris dans leurs familles. On pouvait remettre sous le joug de la servitude ceux qui se montraient ingrats envers leurs anciens maîtres. Les affranchis

AFF 3i3 portaient à Athènes le nom de bâtards, vo9o<, parce qu'ils tenaient , à l'égard des citoyens libres , le même rang que les enfants naturels à Pégard des fils légitimes , et que la plupart des esclaves, en effet, étaient les bâtards des bommes libres , nés dans la maison de leurs maîtres , et de là nommés vernœ chez les Romains. E. J.

AFFRANCHISSEMENT. {Antiquités.) Les Romains en distinguaient de trois sortes : i° Manumissio per vindictam, l'affrancbissement par la baguette; d'où l'on disait vindicare in libertatem pour affranchir. C'était le plus solennel. Le maître tenait son esclave par la main , ensuite il le laissait aller, manumittebatur , d'où est venu le mot manumissio , affranchissement ; il lui donnait en même temps un léger soufflet, qui était le signal de la liberté. Cet usage ancien rappelle le soufflet qui se donne encore dans le sacrement de la confirmation , et prouve que ce mystérieux soufflet y est un symbole de l'affranchissement du démon ou de l'enfer. L'esclave était ensuite conduit par son maître au consul ou au préteur, qui le frappait légèrement (comme Mercure , qui délivrait de même avec son caducée les âmes des enfers ) avec sa vindicta ou baguette , en prononçant la formule : Aio te liberum esse more Quiritum, Je dis , ou déclare , que tu es libre à la manière des citoyens romains. Ce mot Quiritum, mis ici en place de Romanorum, en fait bien sentir la force et la différence. On l'inscrivait sur le frôle des affranchis; il se faisait raser la tête, et la couvrait avec le bonnet appelé pileus , symbole célèbre de la liberté chez les Romains et chez les Français. Vindicare, délivrer, affranchir, que les uns font venir du nom de l'esclave Vindicius, qui fut affranchi pour avoir découvert la conspiration des fils de BruUis , et qui n'est autre que Mercure; les autres de vindicta, baguette d'affranchissement, ne vient ni de l'un ni de l'autre : il vient de vindex, vengeur, qui vient lui-même de vinctum dico, en sous-entendant liberum, celui qui déclare libre un captif.

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2° Manwmissio per epistolam et inter amicos, l'affranchissement par lettre et entre amis. Cet affranchissement avait lieu lorsqu'un maître, ayant invité ses amis à un repas, admettait son esclave à sa table et l'y faisait asseoir en sa présence.

3° Manumissio per testamenlum 9 l'affranchissement par testament. Quand un testateur ordonnai! à ses héritiers de donner la liberté à tel esclave qu'il désignait par ces mots, Davus, servus meus, liber esto, que Davus, mon esclave, soit libre, il l'affranchissait per testamenttim; et ces affranchis étaient appelés orcini, dWcew, enfer , comme s'ils revenaient de ce séjour d'esclavage , comme s'ils étaient in pecu.Uo Proserpinœ et orci familia numerati, ainsi que le dit Apulée : ce qui confirme l'origine que nous avons donnée plus haut du soufflet symbolique de la confirmation. E. J.

AFFRANCHISSEMENT. (Politique.) Acte par lequel on rend un esclave à la liberté. Les pays qui ont admis l'esclavage ne l'ont jamais considéré que comme un acte de force. A Rome, le captif s'appelait manucaptus; l'affranchi, manumissus. (Voyez Esclavage.)

L'affranchissement est la conséquence nécessaire de l'esclavage. Lorsque le nombre des esclaves est supérieur à celui des citoyens , une révolution peut changer les citoyens en esclaves et les esclaves en citoyens ; aussi, pour éviter les grandes commotions politiques , les législateurs ont-ils presque toujours favorisé l'affranchissement. Chez les Hébreux, on avait limité le temps de la servitude; à Athènes , l'esclave qui pouvait la payer forçait son maître à lui rendre la liberté. La captivité des Ilotes était perpétuelle ; mais lorsqu'ils se trouvaient trop nombreux les Spartiates en massacraient une.partie. Rome républicaine accueillit l'affranchissement avec faveur, quoique avec prudence : on faisait subir à l'esclave une longue épreuve de liberté. Lorsque celui qu'on affranchissait avait commis quelque faute, il prenait le nom de libertus dedi-

AFF 3i5 itius* et une faute nouvelle le replongeait dans la serviude. Les affranchis se nommaient liberti ; les fils d'afranchîs, libertini. A la troisième génération, ils s'appeaient ingenui; alors l'origine était légalement oubliée, ;t une race d'affranchis se confondait avec les citoyens omains. Rome aristocratique détruisit, sous le censeur Vppius, l'intervalle qui séparait l'affranchissement de la iberté : lorsque les citoyens ne furent plus que les clients >erviles des patriciens, les affranchis valaient au moins les hommes libres ; aussi les fit-on jouir sur-le-champ les droits de citoyen, et furent-ils admis aux petites nagistratures. Durant les guerres civiles , quelques uns Couvrirent même le sénat, et le consul Pison ne les en ;hassa qu'avec peine. On ne doit pas s'étonner que les empereurs , qui prenaient les Romains pour des esclaves , aient pris les affranchis pour des Romains. Octave les appela deux fois à la guerre ; sous ses successeurs , des hommes marqués encore de la flétrissure des fers gouvernèrent Rome et le monde. Ce patriciat jadis si tyrannique , qui s'était si lâchement prosterné devant Auguste et Tibère, fut surpris de se voir devancé par Félix et Pallas dans le chemin de la servitude. Dès que les affranchis furent les favoris des empereurs , la noblesse romaine brigua la faveur des affranchis : c'étaient des esclaves à genoux devant des esclaves. Le sénat offrit la préture à Pallas, qui ne daigna pas même la briguer; le censeur Soranus proposa de décerner une récompense nationale de 4oo,ooo écus à cet affranchi riche déjà de i5o millions; et un descendant des Cornéliens, L. Scipicfc, voulait qu'on remerciât les dieux de ce que cet esclave ne dédaignait pas d'être ministre de l'empereur et le second tyran du monde. Ces lâches servilités s'appelaient faire la cour; on se perdait d'honneur pour obtenir des honneurs : c'est ainsi que dans les monarchies on voit les grands d'un état briguer un coup d'œil d'une courtisane royale : quand la dignité s'avilit, l'infamie s'élève.

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Il résulte de ce que nous venons de dire sur la manu mission romaine que la république, plus sage, ne donnai ; d'abofd aux affranchis que des droits civils, tandis qui l'empire , moins prudent , les précipita dans l'ordre poli tique. Singulière destinée du peuple roi, lorsque la cor ruption eut flétri ses vertus antiques ! L'empire fut gou verné à Rome par des affranchis, à Constantinople pu des eunuques; et les descendants des maîtres du monde passant sans résistance et tour à tour sous le joug det esclaves, des castrats et des barbares, ne méritèrent jà même cette pitié qu'inspirent de nobles ruines.

On retrouve l'esclavage dans tous les états moderne*; mais les gouvernements ont été plus habiles à profiter de l'affranchissement. Lorsque le christianisme pénétra dans les Gaules, les prêtres, fidèles à l'esprit de leur institution # et ne voulant former qu'un peuple de frères, déc/arèrent la servitude contraire à l'Évangile : ces missionnaires prêchaient pour la liberté ; ils firent de nombreui prosélytes. Les affranchis furent de zélés chrétiens, et alors du moins la voix du ciel favorisa le honneur de la terre. Mais lorsque le christianisme , montant sur le trône ensanglanté de Clovis , permit aux prêtres de posséder des terres, s'ils condamnèrent encore l'esclavage, ikper mirent la servitude de la glèbe, et eux-mêmes possédèrent des serfs tributaires , qu'ils appelaient fccalins. (Poyez Servitude.)

Nous verrons à l'article Féodalité comment les m gneurs profitèrent de cette oligarchique anarchie pour détruite le pouvoir royal et l'influence que le sacerdoce avait exercée sur la politique. Aussi les rois et les prêtres se hâtèrent de ruiner la féodalité par la base , en mettant un terme à la servitude. La ruse fut leur premier moyeu, ils permirent aux serfs de se vouer au prince ou à \è$* par l'offrande d'un denier : ils devenaient alors serviteur* du roi ou de Dieu , et le seigueur ne pouvait les f°at suivre. Lorsque les serfs n'usaient point de cette facuM»

AFF 5i7 prince ou l'église les prenait sous sa protection par e lettre missive, espèce de charte d'affranchissement lividuel.

Toutefois ces affranchissements s'exécutaient avec lenit; quelques prêtres essayèrent de la révolte. Ils dé- 3yèrent la bannière de l'église* sous laquelle se ranrent tous les serfs ; ils firent entendre les cris de liberté i tour de ces châteaux où depuis deux cents ans la tyonie s'était fortifiée.

La troisième dynastie seconda le peuple et les prêtres, vec le peu de puissance législative qui lui restait encore , enri Ier commence l'ouvrage en instituant la trêve de ieu ; mais les séditions suivent cette première tentative, es seigneurs se liguent avec l'Angleterre , et comraensnt cette guerre qui ne finit que sous Charles VII. Phi- ppe Ier les détourne de leurs propres intérêts par les roisades, guerres déplorables , qui cependant furent utiles la France, puisqu'elles ruinèrent la féodalité en forçant 'S seigneurs à vendre leurs biens. Enfin , sous Louis-Ieros, l'abbé Suger osa porter la hache à ce gothique difice ; il commença les affranchissements des commues; il rétablit les missi dominici qui parcouraient ;s seigneuries, en renvoyant aux assises du roi tous ceux

cfui les seigneurs refusaient justice; il imagina les cas oyaux, jugés par quatre baillis nommés par le prince, et ui portèrent un coup mortel aux justices seigneuriales, ornme les prêtrU' avaient imaginé les cas ecclésiastiques, i funestes à la justice civile. Il faut se rappeler que le clergé n'avait jamais reconnu l'esclavage , et observer [u'il fut heureux que Suger ait le premier fait affranchir es communes, parce qu'il brisa les fers de tous les habiants, sans distinguer entre les serfs qui avaient été cioyens et les serfs qui avaient été esclaves ; par là , ces lerniers recouvrèrent enfin leur liberté. Louis-le-Jeune publia le droit romain , destiné par les prêtres à ruiner le Iroit féodal; les seigneurs se révoltèrent de nouveau, et

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il ne fallut rien moins que le courage de Philippe-Auguste et la prudence de Louis VIII pour déjouer leurs tentatives.

Enfin saint Louis parut. Timide dans la vie privée hardi dans la vie politique , il feignit de reconnaître tous les droits des seigneurs , et les sapa dans leurs fondements il s'attribua la puissance législative; il plaça la ruine delà féodalité dans ses Etablissements, et la ruine delà puissance ultramontaine dans sa Pragmatique. Il détruisit les justices seigneuriales par les appels qu'il réservait à ses juge?; il fonda , sous le nom de confréries, les corporations d'art* et métiers, et continua les affranchissements. Verscetteépoque, les seigneurs, voyant que les communes affranchies jetaient dans la classe des citoyens un peuple nouveau, « voulurent pas rester francs à côté de ces au très /rancs, dont ils avaient depuis si long-temps usurpé les immunités;"* se dirent nobles, et appelèrent noblesse l'agrégation <k tous les seigneurs féodaux. Philippe-le-Hardi conçut le projet de les ruiner sous leur nouveau titre; il imaginai lettres d'anoblissement; et comme les nobles ne voulaient pas se confondre avec les citoyens , il porta les cîtoyen» dans la noblesse. Il déclara le domaine du roi inaliénable et les apanages réversibles à la couronne ; par là le ne pouvait plus s'appauvrir. Chaque tentative des roi> suscitait une révolte des nobles. Philippe-le-Bel leur ré sista, s'empara du droit de justice, multiplia les anoblissements, permit aux roturiers d'achelei^es fiefs, défendit les duels à perpétuité, détruisit les guerres privées, e|appuyé des états généraux, publia l'ordonnance de la «■ formation du royaume. J'achève le tableau par la charte d'affranchissement de Louis X : cet acte ne s'appr qu'aux habitants des campagnes, car les villes étaient «P affranchies. « Comme, selon le droit dénature, prince , chacun doit être franc , et que notre royaume > appelé le royaume des Francs , nous voulons que la ch°* soit en vérité conforme au nom. »

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Les lois romaines avaient déclaré l'esclavage un droit contre nature; les prêtres l'avaient proclamé contraire à l'Évangile; nos rois avaient décidé que la liberté personnelle était au-dessus de la puissance royale. La soif des richesses vint renverser toutes ces idées généreuses. L'esclavage peupla nos colonies, et les sophismes religieux et politiques ne manquèrent point pour légitimer cet infâme abus de la force. On employait, pour la servitude des noirs, les mêmes raisons que les mahométans emploient pour la captivité des chrétiens. L'avarice est mauvaise conseillère ; elle accueillit avec joie la traite des nègres ; elle multiplia les esclaves pour multiplier les productions; elle s'interdit l'a (Franchissement pour ne point perdre le prix des noirs. Mais quand le despotisme ferme toutes les portes légales , la liberté les brise. À l'aspect de la révolution française, Saint-Domingue fit entendre le premier cri de l'indépendance naturelle : les noirs et les blancs y levèrent les uns contre les autres un étendard ensanglanté; la torche funèbre, promenant l'incendie, éclaira long-temps les mornes silencieuses de Saint-Domingue ; long-temps l'acharnement des deux partis trempa, avec une fureur égale, dans des ilôts de sang humain les débris du despotisme expirant et les prémices de la liberté naissante. Mais enfin Tin dépendance triompha, et la révolte fit ce qu'une loi sur les affranchissements aurait pu prévenir. J.-P. P.

AFFRÈTEMENT. (Législation.) C'est la convention faite pourlelo^ge d'un vaisseau. On l'appelle aussi charte-partie et nolis ou nolissement. *

On désigne le bailleur du navire par le nom de fréteur, etle locataire par celui ^affréteur. (F oyez Navire, Fret.)

AFGHANISTAN. ( Géographie. ) Ce pays de l'Asie forme un grand état dont les bornes ne peuvent se déterminer avec exactitude, parce que, parmi les provinces qui en font partie, quelques unes ne reconnaissent que faiblement l'autorité du souverain. Considéré dans son pfus vaste développement, l'Afghanistan s'étend de 570 à 700

320 AFG de longitude est , et de 24° à 37° de latitude nord. 11 est borné au nord par des montagnes qui le séparent de 1j Boukharie et du Thibet, à Test par le pays des Seykhs et l'Hindoustan, au sud par la mer d'Arabie , à l'ouest par des déserts et la Perse. Sa longueur est à peu près de 3so lieues, sa largeur de 260, et sa surface de 83,ooo lieues carrées. Elle offre généralement des montagnes considérables et dont quelques unes s'élèvent à une grande hauteur ; au sud-est et au sud-ouest on voit quelques plaines étendues. L'Hindoukouh , branche des monts Himalaya, et le Paropamise , qui couvrent les parties septentrionale* de l'Afghanistan, le Kouhi- Soliman dans Test, ont leurs cimes constamment couvertes de neige ; entre ces colosses et leurs ramifications, qui s'abaissent vers le sud et le sud-ouest, s'étendent des vallées qui se prolongent dans les mêmes directions , et qui s'ouvrent beaucoup de ce dernier côté. On rencontre dans l'ouest des plaines immenses qui se terminent à des déserts.

Au fond de ces vallées coulent un nombçe infini de torrents et dé rivières ; les plus considérables sont le Caboul, qui se dirige à l'est vers le Sîndh , et l'Hilmend ou Ëtiraander , dont le cours à l'ouest vers la Perse se termine dans un lac sur les confins d'un désert. L'Oxus des anciens, ou Amou-Déria, traverse le nord de l'Afghanistan; le Sindh borne ce pays à l'est. On dérive de tous les courants d'eau des canaux d'irrigation. Le I^oukh dans l'ouest, qui reçoit l'Hilmend, est le lac le plus étendu. Aiïtentre dupay* on remarque PAbistandeh , qui est un lac salé.

Le climat est tempéré dans le pays haut , et même âpre et froid dans les montagnes. On ressent une grande chaleur dans les plaines; elle est étouffante dans quelques vallées et dans les lieux sablonneux. Les vents de l'oued sont dominants; les habitants ont observé qu'ils sonl chauds, et ceux de l'est froids; ils disent aussi que ceuxci apportent des nuages , et que les premiers répandent l'humidité sur la terre. Le vent du nord commence vers

AFG 3ôi 3 milieu de l'été, et se fait sentir avec force pendant près le quatre mois. On remarque dans la marche des vents idc certaine analogie avec les moussons de la mer des iules. Le seïmoum, ce vent pestilentiel , redouté avec tant le raison des voyageurs , passe quelquefois sur les parties haudes de cette contrée , heureusement il ne dure pas ong-tcmps. Du reste, on peut dire que l'Afghanistan est id pays sec, et peu sujet à la pluie, aux nuages ou aux ipouillards. La différence de température entre le jour et a nuit est généralement très grande ; cependant le clioat est sain , autant qu'on en peut juger par la taille , la orce et l'activité des habitants.

Les animaux sauvages ne doivent pas être rares dans un •ays si montagneux; les léopards, les loups, les hyènes, es chacals, les renards, les ours, multiplient facilement au (ûlieu des forêts dont les hauteurs sont couvertes : on dit nême qu'on y a vu des lions et des tigres , ce qui ne paaît cependant pas très certain. Des sangliers , des ânes auvages , diverses espèces de cerfs , fréquentent aussi la ontrée haute et boisée; les antilopes ne se montrent que ans les plaines. Enfin on trouve , dans les vallées, des héissons , des porc-épics , des mangoustes , des furets , des hiens sauvages , et même des singes.

Quelques races de chevaux sont fort belles; les âues jii t grands et robustes; on élève beaucoup de mulets; a se sert de ce^deux animaux pour le transport des baages , moins cependant que des chameaux et des droîadaires. On attelle les bœufs à la charrue ; ils ont une osse sur le dos ; on les fait venir de l'Hindoustan. On renontre quelques buffles dans les cantons qui abondent en âlurages humides.

Les moutons font la richesse principale des tribus qui lènent la vie pastorale ; on en voit beaucoup de la variété ont la queue n'^st qu'un large morceau de graisse. Les bëvres sont communes dans tout le pays; quelques races Qt les cornes fort longues et singulièrement contournées.

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Les chiens de l'Afghanistan sont très beaux ; les tribus pas torales prennent grand soin d'en améliorer les races. On voit beaucoup de chats à longs poils , dont on exporte une quantité considérable dans les pays voisins.

Des aigles, des faucons, et d'autres oiseaux de proie, nichent dans les montagnes , dont le pays est hérissé. Les oiseaux aquatiques et ceux des marais , et une infinité d'autres espèces, tels que les pigeons, les tourterelles, les moineaux, sont très communs. Il y a même des perroquets dans les provinces orientales.

Les serpents ne sont ni nombreux ni dangereux; les scorpions sont plus effrayants que nuisibles. Les rivières oe sont pas très poissonneuses; on trouve assez fréquemment des tortues.

Quelquefois les ravages causés par des nuées de sauterelles ont occasioné des famines dans certaines provinces. Les bois renferment beaucoup d'abeilles.

On rencontre dans l'Afghanistan plusieurs espèces des grands végétaux d'Europe; la plupart de nos arbres frui tiers y croissent sauvages; les habitants les cultivent dans leurs vergers et leurs jardins. Les monlagnes sont ombragées par des pins, notamment par le pin pignon; des chênes, entre autres le chêne à glands doux; des cyprès gigantesques , des noyers , des bouleaux , des érables. Dans les plaines, croissent le mûrier, le tamarisc, plusieurs saules, entre lesquels on distingue le saule pleureur.

La quantité d'arbrisseaux et de fleurs que la nature a départie à ce pays est prodigieuse ; ils embellissent les jardins, les collines, les plaines et le bord des rivières.

On ramasse de l'or dans les ruisseaux qui coulent des flancs de l'Hindoukoub. Le lapis-lazuli compose des rochers entiers dans les montagnes du nord; l'Afghanistan a des mines de fer, de plomb, d'antimoine : on extrait de l'alun, de l'argile de plusieurs cantons, et l'on ramasse le sel qui se forme à diverses sources salées.

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Les provinces de l'Afghanistan sont , à l'ouest , le Korassan , dont une partie est à la Perse ; le Sedjistan , le Garjestan et le Dahestan : au nord, le Gaboulistan , Ghizni et Pechaouer; au sud-ouest, Candahar; au sud, le Mekran , le Beloutchistan et ses dépendances. Ces derniers pays se sont rendus indépendants. Le Cachemyr a été enlevé aux Afghans par les Seykhs.

La population de l'Afghanistan est évaluée à 10,200,000 habitants ; savoir, 4»3oo,ooo Afghans, 1,400,000 Beloutchi , 1,200,000 Tatars, i,5oo,ooo Tadjik et Parsis , 5oo,ooo Hindous, 3oo,ooo Arabes et autres.

Les Afghans ou Agouans ont reçu ce nom des Persans; ils se donnent à eux-mêmes celui de Pouchtou , et au pluriel Pouchtaneh , que les Berdourani , leur tribu la plus orientale , prononcent Pekhtaneh; ce qui a donné lieu à la dénomination de Petan ou Patan , sous laquelle les Afghans se sont fait connaître et redouter dans l'Hindoustan. Les Arabes les nomment Solimani , soit parce qu'ils habitent plus particulièrement la chaîne du Soliman - Kouh , soit d'après le chef qui régnait sur eux à l'époque à laquelle les Arabes les connurent.

La patrie primitive des Afghans est dans la branche méridionale du Paropamise ou Hindou -Kouh r c'est de là qu'ils se sont répandus vers l'est jusqu'au Pendjab ; vers l'ouest jusque dans la Perse orientale. Mais de même que toutes les ptuplades grossières qui n'avaient pas encore une écriture particulière à l'époque où elles embrassèrent l'islamisme , et qui plus tard adoptèrent les caractères arabes , les Afghans ont perdu la véritable tradition de leur origine. Ils en ont plus tard fabriqué une puisée dans les écritures hébraïques et dans le Koran ; et, mêlant ensemble ces documents , ils se sont donnés comme les descendants des dix tribus d'Israël restées en captivité. I/illustre William Jones, homme très instruit, mais absolument dépourvu de critique, ne manqua pas de saisir avidement cette fable, la trouva vraisemblable, et la

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