‹ Encyclopédie moderne, ou, Dictionnaire abrégé des sciences, des lettres et des artsChapitre 7 sur 62 · ABD · texte numérisé non relu

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ses victimes ; c'est ainsi que l'aristocratie de Venise exilait ses ennemis. Si la puissance qui bannit n'est pas dans la loi , ou si la loi est l'ouvrage d'une faction , le bannissement prend le nom odieux de proscription. Ce genre d'exil convient admirablement aux ambitieux qui veulent usurper le trône , ou aux tyraus qui veulent en étendre les prérogatives; c'est celui qu'ont choisi Pisistrate, Sylla, les triumvirs, Tibère, et leurs innombrables imitateurs.

Le contrat qui lie le citoyen et la cité est synallagmatique : si le contrat est violé par la cité , le citoyen l'abdique ; s'il est violé par le citoyen , la cité l'exile. Le Romain qui répudiait la république renonçait aux privilèges attachés au titre de citoyen ; lorsque Rome répudiait un de ses enfants , elle lui interdisait l'eau et le feu sur tout son territoire. La chétive république de Genève priva J.-J. Rousseau de ses droits de cité; l'immortel philosophe abdiqua son ingrate patrie, et la priva par son absence d'une grande illustration.

Dans les pays qui admettent l'esclavage ou la servitude de la glèbe , le citoyen peut abdiquer sa liberté et devenir esclave volontaire, contrat illégal dont les Hébreux avaient adouci l'infamie en fixant la durée de ses effets. Certains états ont établi la puissance paternelle sur le modèle du despotisme, afin d'établir la puissance royale sur le type de la puissance paternelle. Alors le père peut abdiquer son fils ; cette abdication déshérite comme l'exhérédation, et de plus elle peut exclure l'enfant de sa propre famille.

Le contrat qui lie le peuple et le monarque est aussi synallagmatique; et lorsqu'il est violé , il y a entre l'abdication et la déposition une corrélation naturelle et nécessaire. C'est ainsi qu'à Venise le sénat décida que les engagements entre le peuple et le prince étaient réciproques , et que le doge Cornaro ne pouvait abdiquer, par la seule raison que le doge Malipiero avait fait décider

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que le prioce De pouvait être déposé. Toutefois peu d'abdications furent un acte de vertu , peu de princes eurent le courage de s'exiler volontairement du trône et de congédier leurs flatteurs. Peu de peuples aussi eurent Ta force de déposer la tyrannie et de revendiquer la liberté. Quelques philosophes , ne considérant que les devoirs de la royauté, ont dit qu'abdiquer c'était déserter : les princes, en général," semblent partager cet avis et borner leurs soins à vivre longuement et à mourir en paix à leur poste. Ceux qui n'ont envisagé que les droits du pouvoir prodiguent l'éloge aux rois qui s'en dépouillent ; ceux-là ne tiennent aucun compte des circonstances qui précèdènt l'abdication; ils ne voient pas que la main qui laisse échapper le sceptre n'est plus assez forte pour le porter, et que c'est la peur de tomber du trône qui donne le courage d'en descendre.

Pour abdiquer sans crainte et sans faste , il faut plus qu'un roi, il faut un grand homme. Pittacus abdique la souveraineté de Milylène, « effrayé de voir Périandre devenir le tyran de Corinthe, après en avoir été le père. » Sylla , dont le bonheur insulte à la Providence , abdique sans peur et s'endort sur son épée brisée dans le sang qu'il a versé.

Les autres abdications sont l'ouvrage de la nécessité ou de la faiblesse. Dioclétien céda le trône aux manœuvres de Galère; et si cet empereur mérita des louanges, c'est moins pour avoir quitté l'empire que pour ne l'avoir pas regretté. Gharles-Quint, lassé parla prospérité de ses ennemis, abdiqua son pouvoir avec une fastueuse indifférence qui se démentit bientôt : «Il y a aujourd'hui un an, disait le cardinal de Granville, que l'empereur abdiqua. » « II y a aujourd'hui un an qu'il s'en repent , » répondit Philippe II. Cette réponse est le mot de l'énigme de toutes les abdications. On peut l'appliquer à Christine : à peine descendue du trône, elle le regrette ; elle redemande celui de Suède; elle convoite celui de Pologne, et l'assassinat

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