‹ Encyclopédie moderne, ou, Dictionnaire abrégé des sciences, des lettres et des artsChapitre 8 sur 62 · G ABD · texte numérisé non relu

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île Monaldeschi dans le palais de Fontainebleau prouve qu'elle conservait encore quelques habitudes du pouvoir.

Cfci prétend que le soin de leur sûreté personnelle interdit l'abdication aux usurpateurs ; on cite le mot de Périandre aux Corinthiens qui le pressaient de quitter le trône : « Il est aussi dangereux pour un tyran d'en descendre que d'en tomber;» et la réponse apocryphe de Cromwel à sa femme qui le sollicitait d'abdiquer en faveur de Charles II : « Puisque Stuart veut oublier ce que j'ai fait à son père , il n'est pas digne de la couronne qu'il me demande. » Dans de pareilles conjonctures, quel monarque est assez insensé pour se déterminer sous la sauvegarde de quelques exemples trompeurs? Il faut consulter la nature des temps et l'esprit des peuples : lorsque la civilisation est avancée, le prince qui abdique de bonne foi n'a rien à craindre de celui qui lui succède. Le péril ne vient pas de l'abdication, mais du regret d'avoir quitté ce pouvoir, et des trames qu'on peut ourdir pour s'en emparer de nouveau. Malgré les craintes et les vengeances qui accompagnent ordinairement les restaurations, Richard Cromwel mourut en paix dans sa patrie. Les princes légitimes courent dans les pays barbares plus de risques que les usurpateurs chez les peuples civilisés: l'abdication de Pierre III fut son arrêt de mort , et Paul Ier périt pour ne vouloir pas abdiquer.

L'abdication n'est donc que l'abandon du pouvoir qu'on ne peut plus conserver; c'est ainsi qu'Auguste abdique le trône de Pologne sous l'épée de Charles XII, et qu'il y remonte après la mort de son ennemi. C'est quelquefois une vaine cérémonie; Stanislas Leczinski , abdiquant deux fois une couronne qui ne s'était jamais reposée sur sa tête , en

offre un exemple.-

Les mots qu'emploie la politique ressemblent à la monnaie ; leur valeur est convenue et non intrinsèque. On appelle abdication la fuite de Jacques II, chassé d'Angleterre par le peuple; Gustave IV abdique, le i4 mars 1809, le

ABD i\ trône de Pologne ; il avait été déposé le i3. Ce mot pompeux d'abdication n'est qu'un voile apparent couvrant une nécessité cachée de descendre du trône. Il est vrai que dans les pays livrés à la superstition, la peur de l'enfer peut l'emporter sur l'ardeur de régner.. Philippe V et Amurath II quittèrent le pouvoir pour vivre avec des moines et des derviches ; mais bientôt le dégoût des derviches et des moines les replaça sur le trône.

Cependant, l'avant-dernier siècle nous a transmis Fexem pie d'une abdication véritable et solennelle. Sous prétexte d'ôterà ses rois le pouvoir d'opprimer la liberté, l'anarchique aristocratie de Pologne leur avait enlevé la puissance de défendre le territoire. Casimir V, ne pouvant lutter ni contre les ennemis extérieurs, ni contre les factions intérieures, convoque une diète, fait aux palatins un tableau véhément des dissensions qui ruinent le pays : « Le Moscovite, leur dit-il, envahira la Lilhuanie, la Prusse s'emparera delà grande Pologne, et je crois déjà voir l'Autriche dans Cracovie. » Après cette prophétique apostrophe, il dépose les insignes de la royauté. Louis, roi de Hollande, abdique une couronne soutenue sur sa tête par la puissance alors colossale de l'empereur Napoléon, par la seule raison que son frère ne lui laisse pas le pouvoir de faire le bonheur des Hollandais. Nous venons^ de voir le roi de Sardaigne , n'aimant pas assez la liberté pour donuer une constitution # ses peuples , n'aimant pas assez le pouvoir absolu pour le raffermir par d'arbitraires atrocités , abdiquer le trône et le livrer à son frère.

Ces exemples exceptés , l'abdication n'est que l'avanlscène d'une déposition ; et les princes n'acceptent la preT mière que pour éviter la seconde. La politique et l'histoire devraient renoncer à ces éloges menteurs prodigués à l'abandon d'une puissance qu'on ne peut plus conserver. Le siècle a montré trop à nu le positif de la royauté, pour qu'à l'avenir les hommes se laissent séduire par ce quelle avait d'idéal et de merveilleux. Les abdications de

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