AMOUR
AMOUR. Le fameux criminaliste Spatharius ( Thiité iQ^ part, là), en analysant tous les moyens de défense que peut faire valoir le religieux mis eu accusation, s'exprime ainsi : C'est une prévention favorable de prouver que le délit fut commis par excès d'amour ; car l'amour est une espèce de fureur , h moins toutefois que l'atrocité des circonstances* n'écarte cette excuse; comme si, par exemple, un frère se servait d'échelles pour pénétrer dans un couvent de religieuses, et ainsi du reste : Defensio est si delictumfiUt commissum ex nimio amore , qui est etiam quœdamfuroris species^ nisiatrocitas criminis id non permitterety ut si quis po* neret scalas^ ad monasterium sanctimonahum, et similia.
Quelques gens du siècle ont censuré celte disposition comme contradictoire ; pour moi , je n'en puis trop louer la sagesse. Que le malheureux profès, encore dans la force de l'âge , ne puisse modérer l'élan d'une vigueur importune, qu'il cède à la fougue des passions, qu'une aveugle frénésie l'entraîne dans le crime , sa raison n'en est pas complice, et il obtiendra sa
grâce si les traces d'une échelle , visibles encore sous les murs" d'une retraite sacrée, ne viennent pas déposer contre lui. Le jeûne, les verges, la fraîcheur d'une prison , calmeront son effervescence , et le rendront à lui-même. Mais qu'un Capucin fasse du sentiment avec toute la froideur d -un petit^maitre ! qu'un Gordelier oublie son bréviaire dans les langueurs d'un amour platonique ! qu'un Carme aime comme un mari ! La préméditation est évidente, et le bûcher doit faire justice d'un tel scandale.