AMOUR DE L* ARGENT
AMOUR DE L'ARGENT. L'amour de Targent n'apporte pas moins de malheur que l'amour lascif, et l'on sait que les Jésuites sont avaricieux.
Ayant reçu de Rome une relique de saint François Xavier , ils s'en servirent pour amasser une forte somme; Les Bordelais furent effectivement très-libéraux, et donnèrent plus qu'il . ne fallait pour faire une châsse d'une bonne grandeur. Mais Rousseau , auteur de cette ruse, trompa l'inliention des donateurs, et fit faire
fO EirCTCLOPÉDIE
une châsse de bois recouyerte d'une petite lame d'argent. Le peuple découvrit cette avaricieuse imposture , et fit un si grand éclat , que pour cacher la honte de cette supercherie y le gêné* rai lui envoya pénitence de Rome.
Mille exemples de pareille nature montrent qu'ils ne sont pas tant pauvres que riches d'es-prit; mais sur cent personnes qui les condamnent d'avarice , il n'y en a pas huit qui les accusent de faire de la fausse monnaie. Je s^is encore obligé de révéler ce secret au lecteur^ afin qu'il voie que ceux qui conduisent les faux monnoyeurs au supplice y pour les exhorter le crucifix à la main , ont laissé dans leurs maisons des coupables du même crime.
(c En i6/|.i ^ il y avait dans le collège d'An- » gouléme un prédicateur nommé Gluniac y et » un régent de seconde nommé Marsan y qui , » ayant trouvé les vieilles caves qui sont sous la » quatrième et la troisième classe très-favorables » pour leur dessein y se levaient la nuit quand » leurs frères étaient dans le j)remier sommeil y » et , passant par une fenêtre du réfectoire , des- » cendaient danâ la cour^ de là se glissaient » datas la cinquième classe , et y d'une fenêtre » encore qui regarde sur un jardin y entraient » par une méchante porte dans ces lieux soûler-
WDVASttQUfi. 1 1
» ramsy et làfaisaiént delà fausse monnaie hors » dtt bmit et de la vue des hommes. Qui des » Angoumoîsius (des hàhitâHs d'Angouléme) n eût pensé que lorsque les Cordeliers et les Ga- » pucins allaient à matines pour prier Notre* » Seigneur > deux Jésuites eussent cté dans ces » caveis délaissées; au milieu deleurville^ pour » une occupËttion qui intéresse, tout le public , » et fait pendre et hrtiler ceux qtii s*y livrent? M Ce crime n'est pas nouveau parmi eux ; mais » quoiqu'ils aient des pendus dans leur ordre » pour toutes sortes de crimes , ils n'ont point » encore de martyrs pour avoir fait de la fausse » monnaie. Si la justice leur faisait droit y ils » pourraient bientôt en ajouter à leur mariy- » rologe.
» Il m'est advis qu'en une accusation de telle » importance , vous demandez bomment ce for- » feit a été découvert. Quelques régens s'étant » aperças que ces deux Jésuites employaient » un grand écolier à préparer dans son logis » certains matériaux , et à les faire bouillir >> jusqu^à ce qu'ils fussent diminués de moi- » tié ^ ils soupçonnèrent d'abprd qu'ils faisaient » de l'alchimie , et , depuis , ayant vu entre les » mains de Marsan un petit lingot d'argent M et des pièces arrondies et non marquées , ils
1 2 EKCTCLOPÉDIE
M furent convaincos qu'ils étaient coupables de » ]es marquer au coin du Roi , et l'un et l'autre » furent trouvés nantis de plusieurs pièces toutes » neuves et semblables à celles qtii ne font que » sortir du moule*. »
L'écolier de la simplicité duquel ils abusaient ^ se nommait Villeneufve ^ natif de La Rocbefoucauld* Celui qui fut le principal instrument pour ébruiter l'affaire , et qui les déféra au provincial Pitard , fut un sieur Michel Brunet , régent de cinquième du collège d'Angouléme , depuis conseiller du Roi au siège présidial de La Rochelle y et qui prit le surnom de Ronsay. M. Guilhen^ qui était régent de troisième ^ me fit voir , dit Jarrivc (i), le charbon et les linges que ces faux monnoyeurs tenaient cachés.
Etienne Du Noyer , alors recteur , et Bçrtrand ' Valleule , déterrèrent les matériaux , les soufQets et autres ustensiles qu'ils avaient enfouis dans la terre pour cacher leur crime. « Ënfia^ ajoute » Jarrive , toui parlait contre ces scélérats ^ m^is » on les laissa non - seulement vivre dans la » France^ mais porter la lête levée dans les » villes qu'ils souillaient d*attentats . »
(i) Jësiiiies mis sur.Féchafaud pour les impunités , p. 84>
MOKASTIQUE. ' j3