AUGUSTINS
AUGUSTINS. Il ne faut pas confondre cetie espèce de moines appelés Ermites de Saint- Augustin , avec les chanoines réguliers ^ qui regardent le même saint comme leur fondateur. L'ordre qui fait l'objet de cet article, prit naissance en Afrique , à la fin du 4*" siècle. Il se multiplia tellement; qu'au iS* siècle il était composé d'une foule de congrégations qui n'avaieilt rien de commun entre elles que le nom. En fa56, Alexandre IV les réunit et les soumit à une même règle, qui ne fut approuvée qu'en 1290.
Les papes ^ voulant s'attacher ce corps actif et entreprenant , le comblèrent de faveurs : ils furent exemptés de la juridiction des ordinaires^ et jouirent des privilèges des ordres mendians , quoiqu'ils possédassent de grands biens.
La nation des Augustins , qui a produit Luther et tous les plus ardens patrons de la réforme ; était essentiellement belliqueuse ; aux guerres extérieures poursuivies avec énergie, succédaient des guerres civiles soutenues avec
è' résignation
Pour mettre un terme à leurs hostilités avec
les frères Mineurs , au sujet de la couleur grise que chacun des deux orares voulait adopter exclusivement , le pape Grc^oire IX décida que les Ermites porteraient un habit noir ou blanc, avec un bâton en forme de béquille» I^iCs Augustins obtinrent la révocation de cette dernière clause y qu'ils regai*daient comme ignominieuse.
En 1256, une congrégation dite des Pauvres- Catholiques se réunit aux Augustins , après avoir abandonné le parti des Vaudois ; mais, las de leurs nouveaux alliés , ils prirent les armes, et , commandés par un certain frère Gaspard , vinrent mettre le siège devant le couvent des Augustins. Ils s'en rendirent maîtres après quelques jours de tranchée ouverte , et l'occupèrent pendant seize ans.
«Il y a long-temps, disait le père Heliot, » en 1727 {Préface de ses œuvres ^ tora. i", » pag. 29), que ]e différend entre les chanoines «réguliers et les Ermites de Saint -Augustin » dure sans pouvoir être terminé. Jean XXII, » pour les mettre d'accord , leur donna en com- » mun l'église de Saint-Pierre-au-Ciel-d'Or, de » Pavie, où repose le corps de leur Père , et » on leur assigna à chacun un côté pour en être » le maître. Mais au lieu que cela aurait dû
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» conserver l'union entre eux, cela ne servit au » contraire qu'à augmenter leurs divisions , par » rapport aux offrandes et aux oblations dès » fidèles ; de sorte que Ton fut obli^ de don- » ner i desservii cette ëglise à l'alternative , » pendant un mois : ce qui a été observe penv- » dant long - temps , ^ns que les discussions » aient cesse; mais elles augmentèrent Taii 169$, » au sujet du corps de ce saint dodteur^ que l'on » prétendait avoir découvert dans cette église : M ils la desservent prâentem^oit tous les huit » jours. »
Qu'on ne ciroie pas cependant que les Au-^ giXstîas ne courussent aux armés que guidés par un sordide intérêt : l'honneur souvent les appelait dans la lice. Les chanoines réguliers de la congrégation de Latrau portaient des dfiemisœ de laine , se flattant en cela d'imiter l'exemple de saint Auguslia^ hes Ermites , qijii faisaient usage de chemises de toile , ne convenaient aucunement dé ce fait : Inde irce. Vainement Al^andre VI intervint-il dans cette affaire; la querelle dura encore plus de deux sièdés , si l'on eh croit ujae aneodote rapportée par Pierre Camus , . évêtiuc de Belley , djyis ses f^ariétés
historiques»
Un i^hanoine et un ermire, s'étant rencontrés^
M0lfA9TIQUE« ^9
commeiicèreat^ a|>rè$ louteslescivilitésd'usage^à pérorer «dr le vérila))le habit de saint Augustin. Oa repmduisit de part et d'autre tous les syllogismes répétés cent Sois. Enfin , désespérant de s'entendre, les deux champions , échauffés^ sur le point dese pnen4x'e aux chevenx , invoquaient préalablement le dieu des armëies , quand advint un bon paysan* Soit faiblesse , soit pru* dence, les combattons suspendirent leur courroux pour s'en remettre à la décision du bonhomme. Celui-ci, après s'être long*tei|ips récusé, entra en fonction , et examina lès deux adversaires sur tons les points ; puis , ayant rei^arqué que le dianotne portait sur sa tunique une espèce de surplî& de toile en fdrme de chemise , il donna gain de canée h i'etmfeie. Le chanoine se disposait à en appeler , quand le juge motiva sa sentence eh disant : « Il ne me semble pas » probable fju'un homme d'espvit comme saint ». Augnstin ait porté sa chemise sur son habit.» Au I G** siècle , beaucoup de tôligieux de cet ordre , sous prétexte que leurs frères menaient xtne vie licencieuse , entreprirent une réforme , dont un des principaux points était de porter des sandale^» Ils prirent le nom d'Augustins - Déch4|issés , pour ise distinguer des Grands-Augustins , qui étaiçnt ceux de Tan-
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cieane observance. Ceux-ci prétendaient que leur patron commun avait porté des bas et des souliers ; les novateurs soutenaient au contraire que Tévéque d'Hippone avait marché pieds-nus. Malgré l'intervention des puissances de TËglise, on^en vint souvent aux mains, et le couvent des Grands-Augustius , à Paris , fut plus d'une fois le théâtre de ces scènes tragiques.
Nous nous hâtons d'apprendre au lecteur affligé de ces sinistres dissensions , que l'ordre comptait quarante-deux provinces et plus de trente mille religieux.
Le grand couvent de Paris dépendait immédiatement du général y qui faisait sa résidence h Rome, et qui était élu pour six ans. La forme du gouvernement était républicaine. Le peuple , par des élections libres, nommait des député» qu'il envoyait au chapitre de tout Tordre ; et ces représentans avaient le droit de déposer ]e général y et de remettre à un aut|:e les rênes du gouvernement (i).
Les Grands-Augustins portent une robe et un scapulaire blanc dans leur intérieur; mais ,
(i) Louis XIII confirma les privilèges que les Papes aTaient octroyés à Tordre , et Louis XIV lui accorda de belles armoiries.
s^ilssorlCQt, ils revêtent une coale noire ^ avec un grand capuce.
L'Augustin-Déchaussé ^ ou Petit-Augustin , portait jadis une longue barbe ; il y a renonce depuis un demi-siècle. H a la tête rasée ; la corolle garnie de cheveux, non interrompue. Son costume ne diflFère de celui du Capucin que par la couleur, qui est noire; ce qui lui a valu le nom de Capucin noir.
On doit rapporter à Tespèce des Angustins les Jean bonites, les Brittiniens^Ies Guillelmites, les Colorites, les Petits-Pères, etc., etc.
Un Augustin , fier comme un Carme , En cliaire un jour faisait vacarme Sur Fexemple que les parens Doivent donner à leurs enfans. Saint Augustin , notre bon père , Etait , dit-il . manichéen ; Mais sainte Monique , sa mère , En fit un excellent chrétien.
Mieux valent de saintes pratiques Que nos discours évangéliques^ Pour convertir nos libertins.
Ah I qu^on me donne des Moniques , Je vous ferai des Augustins.