DISCIPLINE
DISCIPLINE. La discipline est' un petit fouet dont piLse frappe pour mortifier sa chair ^ ou pour expier ses péchés, ou pour racheter ceux des auti^es.
Poi^r répondre aux critiques qu'on a faites de la discipline, il suffît de dire que tous les cloî* très eu ont adopté l'usage. Les Communautés nouvellement établies, cx)mme les anciennes, les Religieuses et les Moines , les Chanoines et les Solitaires , tous généralement se fouettent : les u«s en public^ les autres en particulier;, les uns plu& souvent, les autres moins souvent ; les
lOO BNCTCLOPÉDIC
uns reçoivent la discipline d'une main étrangère, les autres se la donnent eux-mêmes; ceuxci se l'appliquent jusqu'au sang, ceux-là avec mollesse. Il n'y a de différence que dans la manière.
Dans les premiers siècles dé l'Eglise, la discipline n'éiait que correctionnelle. Dès l'an 5o8, Saint Césaire d'Arles ordonnait des flagellations' pour les Religieuses indociles. Mais son usage devint volontaire au 1 1* siècle , où tous les fervens s'empressèrent de suivre l'exemple de Saint Dominique YEncuirassé , ainsi nomme, selon les uns, parce qu'il portait une cuirasse de fer sur sa chair nue, ou , selon d'autres , à cause de la noirceur de sa peau , toute meurtrie à force de coups. A peine se passait-il un jour qu'il ne récitât deux psautiers, en se fustigent des deux mains à chaque psaume. Il se donnait cent coups , ce qui suppose vingt-deux mille coups par jour. Aussi Pierre Damien , qui nous rapporte ces circonstances, dont il a été lémoin oculaire, assure-t-il que son viàage était plein de tumeurs et de hosses, livide et déchirlg comme des herbes qu'on aurait pilées dans un mortier pour en faire de là tisane: Fidebatur autem tùnc vultus ejus totus itascopis attritus , ac sulcan^ tibus qûibusdam verberibus liquèfàùlusty tart^
HONâSTIQUB. 161
quam sipilâfuerit ptisanarum more contusus.
(Pierre Damieu , de Vitâ Sancti Bomualdi*)
Du cloître , la pratique de la discipline, passa dana le monde* Vers l'an 1260 , lorsque l'Italie était infectée par les factions des Guelfes et des Gibelins, un certain Reinieri Dominicaip^ sV* ?isade prêcher des flagellations puhliques, pour desarmer la colère céleste. On vit dans toute ritalie des processions de Flagellans de l'un et de l'autre seze^ qui, Toeil hagard, les cheveui: en désordre , le front couvert de cendres , et dé» pouillâ jusqu'à la c^nture, se frappaient cruel» lement dans les rues, en poussant des cris affreux»
La populace vint figurer dans ce spectacle nouvteu pour elle, et f signala sa présence par des ùuiécences telles , que les Papes se virent di^gés de condamner ces flagellations* En i5/f8, un fléau cruel^ la peste noire, vint ravager l'Allemagne, ^et des troupeaux de Flagellans j reparurent avec eUe* Un cordon àanitaire em>» pécha qulls ne pénétrassent en France. Enfin, en i4x4> ces insensés infectèrent de nouveau l'Europe. On voyait hommes et femmes tra* verser les villes et les campagnes dans un état de nudité complète , et ne cesser de se fustiger cruellement que pour se livrer aux plus honteux excès* L'inquisition mit un terme à de tels dé*
l62 ^ BNCTCLOPÉ0IE
sordres ^ en faisant brûler une centaine de FI ji« gellans ; et depuis ce temps^ la discipline ne fut plus qu'une arme monacale, mais, comme nous Tavons dit, d'un usage général dans les monastères.
Il est aussi honteux qu'indécent, ont dit quelques critiques , de se dépouiller et de paraître nu aux yeux de ses Frères. Ce reproche me paraît d'autant plus injuste, que les Romains n'en ont jamais adressé de semblables au Grand- Prétre , qui , suivant Plutarque , fustigeait de sa propre main les Vestales indociles. Un savant abbé , en commentant ces paroles des Constitutions des Carmes : Magister Nontiorwn interdùm leniter JlageUahit Fratres y ter gi parie mo^ destâ détecta; le Maître des Novices flagellera doucement les Frères , après leur avoir découvert modestement une partie du dos, s'exprime ainsi : c< Ce n'est point pour contenter la curio- » site d'un Père-Maître que la règle ordonne de » faire dépouiller les Novices , JlageUahit. Elle » dit qu'il ne faut découvrir qu'une partie du » dos : tergi parte détecta. Ce serait au Père- » Maître à couvrir de son scapulaire ce que le » Novice découvrirait de trop , et qu'il serait » messéant de voir* La même règle ajoute : mo- » destement, modeste ; parole admirable, et
MOK ASTIQUE. l63
>• qui mériterait d'être écrite en lettres d*or sur w le dos des Novices. »
Dans quelques communautés d'hommes , les chemises devaient être fendues par le dos ^ afin qu'écartées facilement , elles laissassent, un champ libre aux Verges. Chez les religieuses > les unes laissaient couler leurs robes jusqu'à la ceinture, les autres les relevaient par-dessus leur téte^ ce qui était plus commode (pourvu toutefois que la scène*se passât dans l'obscurité). Le temps ordinaire de la discipline était l'espace d'un Miserere. Dans les premiers temps de la réforme, les Carmes se flagellaient avec une rigueur excessive; les Capucins se fouettaient chaque jour ; les Camaldules subissaient alternativement la discipline circulaire ; mais il n'était pas d'ordre où cette cérémonie fût plus imposante que chez les Augustins. Trois fois la semaine , après avoir récité complies , tous les religieux s'asaemblaieilt; , au milieu du chœur peur se livrer à ce pieux exercice. Ces fenêtres fermées, cette lampe cachée, cësicierges éteijats» cette obscurité profonde , ce morne silence qui régnait alors :' tout inspirait à l'âme dés sentimens de componction et de pénitence. On s'ér tait dépouillé : une voix alors ^e faisait entendre ; c'était cellje du Prieur^ qui chaittait d'un.JLoa
l66 EHGYCLOPI&DIE