FONDATION
FONDATION. — Fonder un monastère, c'est faire construire Tédifice, et y attacher un revenu proportionné au nombre des religieux que l'on y appelle. Le livre qui traiterait des motifs dç la fondation de chaque couvent, serait un recueil d'anecdotes fort piquantes.
Le P. Héliot , en parlant de Fabbaye des Deux- Amans, prés de Rouen, rapporte, suivant une tradition populaire, qu'un jeune homme demandant en mariage celle qu'il aimait, reçut du père cette réponse : «Si vous portez ma fille » jusqu'au sommet de cette montagne, je vous » l'accorde. » L'amant a déjà pris sa maîtresse dans ses bras, il s'élance; mais à peine est-il parvenu au but, chargé de son précieux fardeau, qu'il expire de douleur. On bâtit alors une abbaye au lieu où ils furent enterrés.
Le Père Héliot ajoute que cette Histoire sent un peu son roman , et croit avec Saint Grégoire de Tours 9 que ce monastère fut fondé d'après le jvœu de deux époux qui , ayant promis à Dieu de garder la continence dans leur ménage, moururent sans enfans.
Cette tradition lui paraît beaucoup plus con-
igO ENCYCLOPÉDIE
forme aux mœurs de uos ancélres. Si telle est l'origine de l'abbaye des Deux-Amans^ ce serait un argument en faveur de ceux qui accusent les Chrétiens de platonisme.
Charlemagne et sa femme Hildegarde foii* dèrent vingt-quatre monastères^ suivant ce vieil adage :
Carolus et Hildegarda Tôt Jitndaverunt Cœnobia Quotquot sunt litterœ In alpkabeto reperta.
S'il avait fait autant de fondations avec cha^ cune de ses femmes^ qui étaient au nombre de dix , il aurait enrichi la France de %^o ccmvens.
En 1672 y dans la ville de Froides->Eaux^ un paysan ne voulait pas donner un champ qu'il possédait , et qui accommodait fort les Capucins , sous prétexte qu'il ne lui resterait plus rien pour vivre; mais pendant la huit, Saint Frattcois lui appai^t en habit de Capucin; hii donna une rude discipline avec la grosse corde dont il était eeint, et l'obligea de faire aux Capucins donation de son champ. Le même Saint eut la complaisance de quitter le Ciel une autre fois encore pour venir corriger de la bonne
MONASTIQUE. igi
manière François Riga , gouverneur de la citadelle de Mendose j qui s'opposait à un établissement de Capucins. (Voyez Annales Capuci" norian^ auctore Bos^eriOy pag* gSi.) Je traduis mot pour mot le passage suivant d'un ouvrage d'Albert Mirée ^ Chartreux, intitulé : Origines CarthasianorumMonasteriorum, Anvers^ 1609.
Près du monastère de la Vallée-Royale , en Flandre, demeurait un Seigneur qui ^ dans le silence d'une belle nuit , couché auprès de sou épouse, écoutait les psalmodies des Frères Chartreux. Tout à coup , enflammé d'un singulier amour d^ Dieu ( singulari in Deum amore ) :
« Voyiez , dit-il à sa compagne, avec combien de » plaisir ces bons religieux chantent les louaQges M ^iivines , tandis que nous , étendus oaoUement n dans notice lit , nous nous reposons sans rien » &ire ( otiosè eonquiescimus). Que ne don* >» nons-nous nos propriétés à ces bonsPères^ s'ils » veulent nous pp'omettre de nous faire entrer » avecreuxdanssla Cité céleste?» Dictwn 9 faction^ dit rhisioi'ien : et la chose n'en resta pas là; l'élaxL était àoimé ; beaucoup d'autres bonnes âmes de Vwi et de VauJtre sexe s'empressèrent d'^andonner au couvert leurs bois , champs , prés et possessions de tout genre.
FONTEVRAUD.
FONTEVRAUD. La gloire de cet institut est dû, après Dieu, à Robert, surnommé d'Arbrisselle, du lieu de sa naissance, qui est un' petit village de la Bretagne.
Il s'attacha h la direction du sexe , et s'appliqua sans relâche à chercher des brebis égarées , afin de les ramener au bercail. Il gagna Bertrade, qui avait eu trois enfans d'un commerce adultère avec Philippe I". A Rouen , étant entré dans un lieu de débauche , il y convertit toutes les filles de joie de la ville, qui l'y vinrent trouver, croyant qu'il était venu dans cet endroit pour tout autre dessein. Ses prédications faisaient tant de bruit , qu'il était suivi dans ses voyages d'unnombreprodigieuxd'hommesetdefemmes.
Parmi cellesK;i , il fit entrer les [vierges dans un couvent dédié à la Sainte Viergç , et celles qui ne l'étaient pas , dans un autre bâtiment , sous l'invocation de Sainte Madeleine/ Enfin , le a8 octobre de l'an iii5, six mois avant sa mort, il fit assembler tous les Frères, afin de consommer le grand œuvre auquel il travaillait depuis si long-temps , et leur dit : « Mes chers » enfans , vous savez que tbut ce que j'ai fait
MONASTIQUE* igS
M dans le monde jusqu'ici n'a été que pour nos » chères Sœurs les religieuses. De toutes les com- 3* munautés qui sont dans l'Eglise , il n'en est » aucune où les hommes fassent vœu d^obéis- « sance aux femmes. Délibérez donc entre vous^ » tandis que je suis en vie, si vous voulez per- » sister dans votre sainte résolution d'obéir aux » épouses de Jésus-Christ. »
Les Flores, déjà accoutumés depuis longtemps au service du sexe , donnèrent sans peine leur consentement à la proposition de Robert , et témoignèrent publiquement combien le Gouvernement gjnarchique leur serait agréable.
Parmi<:ette multitude prodigieuse de femmes et de filles qui composaient la suite de Robert^ et qui montaient à deux ou trois mille, il n'était pas facile de choisir une Supérieure capable de gouverner cette double communauté. Le Ciel se déclara eu faveur de Pétronille de Ghemillé, vénérable matrone, veuve de quatre maris, et qui était encore vigou reuse, pleine de force et de sa n té.
Les Frères applaudirent à ce choix avec de
grandes acclamations. Pétronille fut la seule qui
désapprouval'élection qu'on faisait de sa personne
pour une si éminente dignité. <r II n'appartient^
» disait-elle, qu'à une vierge de conduire des
*» vierges. Hélas ! combien suis-je éloignée de
f94 BffCYGliôl^ËDIË
» cette qudlitë y moi qni ai passé sucoessivement )» jusqu'aux quatrièmes noces ! » Elle fut néanmoins obligée de céder aux instances des Frères. On lui nlit la crosse en main , la croix sur la poitrine ; et , après les cérémonies d'usage , on Tîntronisa solennellement. Alors Robert se prosterna à ses pieds ^ la reconnaissant pour sa dame et sa supérieure ; et lui voua en cette qualité une obéissance irrévocable* Tous les Frères, attendris j usqu'aux larmes,suivirent cet exemple. Dès que Faction de Robert fut sue, on en parla diversement dans le public. Les uns Tappriouvèrent comme une action sainte et inspirée du Ciel ; les autres^ en plus grand nombre , la blâmèrent hautement , et la traitèrent d'illusion et d'extravagance. Nous possédons les lettres accablantes qui lui furent écrites par Marbode, Evéque de Rennes, et Çrodefroi , Abbé de Vendôme. Celle de ce dernier nous a été conservée par le savantPère Sir itiond, Jésuite. Marbodelui reprochait de ne pas se contenter de recevoir à sa table ses prosélytes imprudentes, mais de les admettre encore dans son lit : Cum ipsis etîam , et inter ipsas noctu cubare non erubescîsy ajoutait Godefroi de Vendôme , noinim et inauditum , sed infructuosum martyni genus : murtjrrium sanc^ fis tnartyrihus penitàs îgnotum.
MONASTIQUE.. |q5
Ce martyre, do&t U est ici question^ était celui. de la chasteté,, pratiqué déjà par Saint Adhdme. (FqyezTmTAjxiQi^s.)
Les di$ciples des Robert voulurent aussi
pren^lre leur essor jusqu'au Ciel ; mais ils
n'avaient pas les aile$ as^e:^ fortes pour suivre le
Yolda l'aigle : ils firent une malheureuse chute
iè» qu'ils voulurent s'élever trop haut. Un feu
caché sQus la cendre , et mal éteint, se rallumn
MeuiQt par la trop grande, proximité des deux
seines : il emta un incendie qui menaçait tout
Fotttevraud. Robert ouvrit les yeux à la clarté
de la flamme qui avait pris aux quatre cain$ du
monastère^ Il était déjà trop tard pour éteindix;
l'embrasement. Les précautions qu'il prit d^
renfermer séparément les hommes et lep femmes,
d'iiapeser à cell^-ci un silence perpétue), et
de le^ faire garder soigneusement dans de fortes
prisQfis^ ae «entrent de rien. Le mal était déjà
fait. Mimenim ingénie pariu; fraetis ergasiuiis^
^hpsârunt , aliœ in ipsis ergastulis pi^perunt*
(Marbode.) Cependant Robert, avec l'aide de
Dieu , parvint à rétablir la régularité dans
Tordre dont il était le fondateur. Après sa mort,
les choses demeurèrent dans le même état par la
fermeté de Pétronille , Abbesse , et d'Hande-
garde, Prieure, et par la vigilance des Abbesses et
Prieures qui leur succédèrent; et malgré Tenvie qui ne cherche qu'ànoircir lesserviteursdeDieu^ FEglise a vu dans son sein^ avec beaucoup d'édification , la séparation des hommes et des femmes à Fontevraud ^ quoique sous le même toit.
Aux trois vœux ordinaires qu^on faisait en présence de TAbbesse^ le postulant ajoutait celui de servir avec révérence jusqu'à la mort les servantes de Jésus-Christ. Le religieux qui administra le Viatique à Jeanne-Baptiste de Bourbon, Abbesse, lui présenta l'hostie , avec cette apostrophe : Accipe ^ soror, J^iaticum... Elle lui arrêta brusquement la main, et lui dit avec émotion : Dites, dites Mater y un arrêt vous l'ordonne.
Le père Héliot fait remarquer à ceux qui s'étpnneraient de la singularité de cet institut, qu'il n'était pas l'unique de ce genre. On pourrait citer celui de Sainte Brigitte, où le nombre des religieuses est fixé à soixante , et celui des religieux à treize.
FRANCISCAINS , ou CORDELIERS.
FRANCISCAINS, ou CORDELIERS. Jean Bernardion , surnommé François , parce que , dit-on , il apprit facilement la langue française , était fils d'un riche marchand de draps d'Assises^ ville d'Italie. Ainsi que beaucoup d'autres Saints^ il eut une jeunesse orageuse. Il s'était fait remarquer par son lu^e et sa sensualité^ et donnait le ton à tous les petits -maîtres de sa province. Capricieux à l'excès , il embrassa le parti des armes ^ et , pour se composer un somptueux équipage , il dévalisa la boutique de son père. Mais à la première action entre les habitans de Pérouse et d'Assises , il se troubla au point que , n'ayant plus même la force de fuir ^ il fut Êdt prisonnier de guerre , et conduit dans les prisons de Pérouse., où il devait rester un ^. C'était là que la Grâce l'attendait.
Peu après être sorti du cachot , où il avait fait ^ salutaires réflexions, le Ciel le conduisit dans une Eglise au moment où le prêtre prononçait ces paroles de l'Evangile : Ne possédez ^ or y ni argent , ni sacs , ni chaussures. François fut vivement frappé. Il n'était plus du nom- })re de ce3 malheureux qui s'arment de toute
igS ENCYCLOPÉDIE
la faiblesse humaine pour éloigner l'insiant de leur vocation. Il se rend chez son père, où se trouvait TEvêque et quelques autres personnages de distinction; et^ foulant à ses pieds toute fausse honte , il se dépouille aux yeux de la société* Quelques - uns des assistans s^empressent de couvrir sa nudité avec la tunique d'un pauvre belrger ; et , dès cet instant , ce misérable vêtement , adopté par le Saint ., devient Finsi^ signe d'un ordre qui devait remplir toute la terre.
Quelques amateurs de pénitence étaient venus se joindre à François , quand Dieu lui inspira la pensée de fonder un ordre religieux. Il composa une règle ^ et alla à Rome pour obtenir l'approbation du Sàint-Siége.
Mais te Pape Innocent III se voyant solliciter par un homme dont l'œil égaré , la barbe en désordre , l'extérieur dégoûtant , ne donnaient pas une idée avantageuse , ne put s'empêcher de s'écrier : Mon ami , allez garder les pourceaux ; vous nêtes bon qu^à cela. François sort avec précipitation. Un troupeau de c€s animaux immondes se présente à ses yeux ; il se roule avec eux dans la fiange , et retourne offrir au Saint-Père des preuves convaincantes de son obéissance. Un songe qu'Innocent eut la
nuit suivante acheva de dissiper toutes ses prcventLons : il p|:omit dès-lors sa protection auSéraphique , et qipprouva l'ordre naissant au Concile général de Latran^ en 12 1 5. Honoré III le confirma en laaS, en lui accordant de ^eaux privilèges, sur lesquels les Papes ses successeurs n'ont fait que renchérir. Saint François donna à ses compagnons le nom de Frères Minei^rs , afin , comme l'a fait observer un commentateur^ qu'ils ne prétendissent pas s'appeler il!/a/ei/r.f.
La nouvelle famille ^ composée de treize membres y se retira à Assises. S'il faut en croire Barthélémy de Pise, qui fut presque contemporain des premiers Mineui^, ce temps fut l'âge d'or de l'ordre. Quelques-ijns ne mangeaient pas du tout, et n'étaient pas sujets auK nécessités naturelles. Il est dit de l'u^n 4'eux {JLwre des Conformités , fol. 61 ) : Fuit istef rater tantœ honéstatis, ut nunquàm visusfuU ire ad locum communem ; ce Frère fut d'une telle honnêteté , qu'on ne le vit jamais aller au lieu commun. D'autres répandaient une odeur divine plusieurs lieues à la ronde ; d'autres ^ tels que Frère Jean, étaient sans aiguillon de la chair , sans mouvement de concupiscence ^ au point qu'à les voir y on ne pouvait distinguer
:100 ElICYGLOPÉDIÊ
leur sexe {Ibid* , fol. 6i.) : Itaque Fratres dit-bitabant ne Frater iste Joannes esset mulier y 4e auâ i^efecerunt experimentum.
Les vertus des premiers Mineurs y et .surtout leur dësintëressement , leur méritèrent la confiance du peuple , qui s*écartait des autres moines ^ parce quW malheureux ne peut voir un riche sans un sentiment pénible. Mais si le peuple^ en général^ murmure en voyant les religieux en somptueux équipage ^ il se trouve des gens qui n'aiment pas à les rencontrer tout nus^ ou seulement protégés par de l<%ers fémoraux. C'est cependant ce qui arriva à Saint François et à quelques-uns de ses compagnons. Qu^)n ne s'imagine pas qu'ils imitèrent tous ces grands exemples d'abnégation. Il eût été par trop édifiant de voir y dans un pareil négligé y un cortège de cinq à six mille Frères y car tel était déjà le nombre des Franciscains.
Cet ordre prit en peu de temps un accroissement tellement considérable y que Saint François désespérait d'y faire observer long-temps une stricte discipline. Il sentait sa fin prochaine : de sages préceptes étaient tout ce qu'il pouvait laisser à ses Frères : il composa donc son testament y où l'on trouve des réglemens dictés par ^ne haute prévoyance. Ces réglemens étaient ;
Monastique. soi
i*" jeûne presque continuel ; 2"" défense d'aller à cheval et de porter des^souliers ; 3" défense de recevoir de pécune ; 4^ défense de dire , quoi que ce soit , mien pu tien ; 5** défense d'écrire ou de recevoir des lettres ou présens en cachette ; 6"* défense de se faire payer pour les funérailles; 7** défense d'entrer dans les monastères de Nonnains^ et quelques autres d'un moindre intérêt. Il terminait par une défense expresse de demander au Pape aucun privilège et de donner aucune explication à la règle* Mais l'esprit de chicane et de dissipation qui régnait alors ^ ne permettait pas cette simplicité.
Il n*y avait pas quatre ans que le Saint était mort ^ quand les Frères Mineurs^ assemhlés au Chapitre de laSo, obtinrent du Pape Grégoire IX. une bulle qui déclare qu'ils ne sont point obligés à l'observation du testament. Ils se dispensèrent du travail des mains > et se firent une loi de la mendicité y que leur instituteur leur avait indiquée comme dernière ressource.
A la place des masures qu'habitait François y ils firent élever à Assises un beau et vaste couvent. Gomme on le montrait un jour à Frère Gilles : Mes Frères y leur dit-il , il ne vous manque plus que des femmes.
f« Les Religieux (dit la Chronique de VOr-
303 ENCYGIiOPÉDIE
M dfVy 2* partie^ liv. V , pagiÇ ^45) commeii- » cèreat à recevoir en leurs églises des deniers n SOUS titre et nom d'offrande y mirent dans les » églises les cassettes et troncs fermes à clef,, et » les chandelles de cire > et les boites ^ la porte, » etc. » Si Ton en croyait les écrivains profanes, l'ordre serait tombé alors dans un abîme de corruptioQt Les uns, pour se procurer Les jouissances de la vie , se seraient livras à toutes sortes de violences; les autres, guidés par un zèle aveugle , et pour convaincre le peuple de leur déauement , se seraient montrés tout nus dans les places publiques et les églises , et se seraient précipités dans le dernier degré d'abjection* Mais un témoignage non suspect est celui de Saint Bonaventure , Général de tout l'ordre. Il reproche à ses Frères de demander de l'argent pour toutes les affaires , de se livrer à l'oî^iv^é^ qui est ia source de tous les vices j il blâme leurs grandes familiarités M amitiés , qui sont cause que leur présence est un scandale , leur goût pôiiir le changement et le vagabondage : l'importune chaise qui se fait d^s sépultures et Ustamens , non sans grande offense 4u sClergé , principalement des Cnrés^
Mais après Saint BoQAventujre , le re^cj^ement &t de grands progrès chez les Mineurs ,
MONASTIQUE. apS
par le malheùlHSux schisme qui divisa tout l'ordre , entre lea Frères spirituels et ceux de robservance commune* Plusieurs des premiers périrent sur le bûcher y où les conduisàieat leurs Frères^ et Avignon fut le théâtre de ces scènes sanglantes. lis voulurent fixer leur legislatioil , et les discussions qu'ils entamèrent furent une cause nouvelle de désordre. Pour comble de malheur y Saint François n'avait pas déterminé la forme de l'habit que devaient porter ses enfans : on voulut la préciser y et dès**lors s'alluma une guerre civile, qui, malgré l'inlcrventiô» des Papes, déchira pendant quatre siècles la république Franciscaine, (/^cy^^js Capuçôit.)
Malgré toutes ces tribulations , Dieu n'abandonnait pas un peuple d'élus. De 1211 à i38o , c'est-àrdire, en l'espace de oent soixante-diK:neuf ans , on avait fondé quinse cents couvens de Frères Mineurs. En i494> le nom^bre des Franciscains était de; quatre-vingt-dix mille ; et Je Supérieur de l'ordre ayant appris que le Pape^ las de l'insolenee des Turcs , méditait une attaque contre ces barbares, offrit de fournir un contingent de trente mille Frères Mineurs àts plus robustes , que l'habitude de la qu^e avait endurcis aux fatigues , et qui étaient capables de soutenir tout le poids d'une longue guerre*
2o4 ENCYCLOPÉDIE
SabelUcus autem refert se audwisse sœpè ma* gistrum umiversi ordinis polliceri Pio Ponti'^ fici , expeditionem in Turcos parantiy ex Minœ ritorum familiâ trîgenta mHUabeUatorum qui beUica munia graviter obire passent* ^{Hospinianij Uber de Jesiutis , pag. 238. ) Je ne doute ^pas que ces guerriers ne se fussent montrés dignes de leurs ancêtres^ qui avaient mérité «ur le champ de bataille le beau nom- de Cor^ de lier s.
Cet ordre se distinguait surtout par un grand zèle pour le salut des âmes. Un hérétique , à qui j'emprunte le fait suivant , est forcé d'en convenir :
Un marchand de Paris , luthérien ( je présume que c'était du temps de la Ligue), avait dit^ en plaisantant , à des Franciscains : ce Vous portez » uQe corde autour du corps , parce que Fran- » çois ayant mérité d'être pendu , le Pape lui » fît grâce y à condition qu'il porterait ainsi une » corde pendant toute sa vie. » Les Frères, indignés, le saisissent, le jettent en prison, font son procès, et ]e condamnent à être pendu. Le malheureux, rentré en lui-même, se mit à chanter la palinodie , dans l'espoir d'échapper à la mort : « Luther est un hérétique , di- » sait-il , un inspiré du diable ! » — «A la bonne
MONASTIQUE. *ao5
» heure ! s'écrient les religieux ; reste daiià ces » sentimens^ et tu seras sauve* » Aussitôt ils or^* donnent au bourreau de hâter Texécution j et de ne pas laisser au patient le temps de retomber dans rhérésie. ( Hospinien , de Origine Menachatus y page 43a. )
Cet ordre eut plusieurs reformes ; les plus célèbres sont celle des Cordeliers , dans le Chapitre de Laon^ en i66^, celle des Récollets ^ et celle des Capucins. ( Voyez ces mots*)
Saint François institua encore ^ ayec Sainte Claire , un ordre de religieuses nommées Clalistes 9 ou Cordelières ^ et un troisième ordre de Pénitens de Tun et de Tautre sexe. ( Vojez
TEHTIAinBS.)
La branche des Cordeliers, introduits en France par Saint Louis ^ comprenait huit pro-^ vinces ^ formant deux cent quatre-vingt-quatre couvens d'hommes^ et cent vingt-deux de filles*
Le Frandiscain est sans barbe , la tête rasée > à l'exception d'une corolle velue non-interrompue. n porte dessandales^ et remplace la culotte par un petit tablier de drap attaché sous la robe à la hauteur de la ceinture^ et qui descend jusqu'aux genoux ; robe de drap brun , le capuçon mobile, court, presqu'en forme de cœur ; le froc pectoral presque iirrondi , le dorsal trian-
2o6 ENCYCLOPÉDIE
gulaire , descendant plus bas que la région d'un cordon blanc , à trois nœuds , ceignant deux fois l'abdomen ; les manches de la longueur des bras^ assez amples pour pouvoir y cacher les mains ; le manteau brun, tronqu<î^ descendant un peu au-dessus du derrière : le tout doublé en drap par esprit de pénitence.
Le Franciscain offrait du tabac à qui lui faisait la charité , et échangeait contre des co* mestibles les Âgnus y amulettes, images, reliques, chapelets, etc. Il était toujours muni d'oraisons contre la pluie , Iç beau temps , la grêle , le tonnerre , le chaud , le froid , les sauterelles , le mal de dents et les punaises , etc.
FRAPPART.
FRAPPART. Nom d'amitié que se donnaient les moines. Ce mot est , je crois , d'origine italienne ] il est employé par des auteurs trèsjprofanes.
FRIPONNE (La).
FRIPONNE (La), l'une des douze poches des Capucins, placée au devant du manteau, un peu au-dessus de la galerie. On y mettait les miniatures, les tableaux, les images, les chapelets , les emblèmes , les reliques et reliquaires pour les religieuses et les dames de qualité. Le Père Chérubin, deCharlai, célèbre prédicateur, s'en est servi le premier > et le Père Alexis, de jVloiitdidier, Ta suxnojxnnéQ friponne.