‹ Encyclopédie monastique, ou, Histoire des monastères, congrégations religieuses, et couvens quiChapitre 57 sur 120 · FILLES REPENTIES · texte numérisé non relu

FILLES REPENTIES

FILLES REPENTIES. Lorsqu'une fiUe, préférant les émotions du crime au calme de la vertu y fut assez malheureuse pour se laisser ravir le palladium qui faisait et sa forcé et sa gloire, quelle résistance opposera-t-elle à la race inépuisable des impudens znaraudeurs , ardens à labourer le champ où naguères se cachait la fleur précieuse ? Les grilles, les verrous , pourront seuls la préserver des attaques de l'eimemi ; et peut-être encore les murs du couvent, comme ceux de Jéricho, tomberont-ils bientôt à la voix puissante d'un heijreux libertin.

MONASTIQUE. r85

Dans les premiers temps du monachisme^ les chastes épouses du Seigneur étaient confondues avec celles qui avaient perdu leur précieuse virginité. Cet usage n'était pas sans dangers. Le soldat cherche à s'excuser, en racontant ses défaites. De retour au port, le marin aime à se rappeler ses naufrages , se complaît à en tracer le tableau : la jeunesse Técoute avec avidité , fré'mit , et appelle involontairement de semblables périls. Il en est ainsi dans le cloître : les jeunes Sœurs sont curieuses ; les vieilles , bavardes , et quand même cdles-ci seraient fidèles à la Joi du silenoe , dans un dortoir commun , ne peuventelles pas rêver tout haut ? Oui , oui , pour une fiUe dont la langue est comprimée dans le jour, le sommeil sera plein de tristes réminiscences , de âcheuses révélations.

Le bienheureux Robert d'Arbrisselle sentit le premier tous ces inconvéniens: ce grand homme, qui connaissait si bien le sexe > au salut duquel il s'était voué, se voyant suivi d'une grande multitude de femmes , sépara y pour les renfermer dans divers couvens , celles qui étaient vierges , de celles qui ne Tétaient plus , et qu'on est convenu d'appeller Filles repenties»

« Vers Fan 1^72 , dit le Père Héliot ( Ordres » monastiques , tome 3 , page 358 ) , un bour-

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» geois de Marseille , nomme Bertrand, voyant !• que les mœurs de son temps étaient fort cor- » rompues 9 que le libertinage était arrivé à un M tel excàs > que la plupart des femmes prosti- » tuaient leur honneur , et que édiles qui Ta* » valent conservé ne faisaienl que de faibles » efforts pour le défendre , entreprit la eonver- » sîou de ces pécheresses. «>

L'exemple de cet honnâte bourgeois ne Ait pas perdu y et tous les pays sentirent bientôt le besoin des institutions de ce genre.

Une desjdus célèbres est cdle qui fut fondée à Pkris , en 1497 > pstr Jean Simon de Champignyï f Ëvéque de Paris > après une prédication d'un certain Père Tisserand, Gordelier* La^ègle défendait de ne recevoir d'autres personnesjque éejles qui avaient perdu leuT honneur : c'était une marque]de vocation pour cet Institut* Leurs constitutions, imprimées- à Paris , en i497> ^^ un volume in-4<^, disent formellement : « Nulle » ne sera reçue en votre monastère, sinon qu^elle te eût péché actuellement du péché deia ohair; » et avant qu'elle soit reçue , sera par aucunes » de vous visitée ; et vous enjoignons de garder » ce chapitre sans enfreindre , car vous savez w qu'aucunes sont venues qui étaient vierges et >» bonnes pucelles , et telles ont été trouvées par

M yonSy bien qu'elles eussent^ à la suggestion de n leurs mères et de leurs parens^ qui ue de- » mandaient qu'à s'en défaire^ affirmé étire corjk rompuesi» Onvoit^ par cette oi talion ^ combien peu étaient valables les raisons qne la belle Ninon donnait pour ne pas entrer dans cette Congrégation.

Une loi si sage donna lieu pourtant à quelques abms. Il parait qu'il s'est trouvé des filles qui préféraient ce couvent aux autres, parce que la vie y était moins austère , et qu'on avait de l'indulgence pour des femmes que de facbeux souvenirs auraient pu enttiaîner à de nonmaux désordres* €'est pourquoi quelques pdstulantes, peu fières de leur viitgînité , priaient des cornplalsans de la leu? ravir , afin de n'âtre pas es.^ pôséei k un refus. Ce délit a été prévu par un chapitre des mêmes constitutions ^ où il est dit : « Pou* ce qu'on pourrait dire que cet atticle » pourrait ê^tQ oause qu'aucunes qui auraient n été refusées à ^tre Sociâé , pour y être , se » seraient fait ^oorrompre^ nous avons ordonné n et ordonnons que, quand aucune aura requis » être reçue religieuse avec vous, et qu'elle aura » été refusée, parce qu'elle se sera trouvée en- » tière et non corrompue, il lui sera déclaré que » si, par aventure, elle se corrompait, jamais elle

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* » ne serait reçue religieuse dans votre monas- » tère,

» Item. En outre, avons ordonné que si aucune » voulait entrer en votre Congrégation , elle soit » interrogée par les Mères y présent votre Con- » fesseur , si elle se dit corrompue , et que telle » soit trouvée, si, par avant qu^elle fût corrom- » pue, elle avait eu désir d'entrer dans votre » sainte religion , et si , afin d'y entrer, elle s'est> » point Élit corrompre. »

Ces religieuses, qu'on nommait Filles de Saint-Magloire , demeuraient, dans la rue Saint- Denis* Cette maison reçut dans la suite une autre

destination , et fut remplacée- par trois Congrégations qui avaient le même but. La première , celle de Sainte -Madeleine^ était réservée aux pénitentes qui se vouaient à une continence absolue. Dans la seconde , celle de Sainte Marthe, les Sœurs n'étaient liées que par des vœux simples , et on leur permettait de se marier , si elles étaient recherchées par des hommes d^honneur.. La troisième, celle, de Saint-Lazare, était une maison de correction pour les filles perdues ^ qu'on y retenait de force.

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