‹ Encyclopédie monastique, ou, Histoire des monastères, congrégations religieuses, et couvens quiChapitre 70 sur 120 · JÉSUITES · texte numérisé non relu

JÉSUITES

JESUITES. L'histoire des Jésuites est trop connue : l'ambition d'une part y la passion de l'autre^ ont pris trop le soin d'en dévoiler jus^ qu'aux moindres détails^ pour que nous en parlions ici.

Cependant ne serait-ce pas faire quelque

chose en faveur de cette Société ^ que de la montrer triomphante après toutes les traverses qu'elle a éprouvées depuis son origine, après tous les efforts que les puissances de la terre ont dirigés contre elle?

Un pauvre soldat , blessé en combattant nos armées, remarque dans sa convalescence que le pouvoir chancelant des Papes va s'écrouler sous les attaques des hérétiques : il veut s'opposer à ce torrent ; quelques compagnons se joignent à lui dans ce chimérique projet : la Société a pris naissance. Les Papes la comblent de ces présens qui ne leur coûtent rien, des bulles et des indulgences* La troupe grossit, et à peine le fondateur a-t-il fermé les yeux , qu'elle est déjà puissante. Mais de tous côtés on s'élève contre elle ; c'est une conspiration générale pour la perdre. En Pologne , on persécute les Jésuites cruellement, comme s'ils étaient les auteurs des maux qui ont désolé le pays depuis leur arrivée; en Angleterre, c'est le Clergé catholique qui porte contre eux les plaintes les plus amères. Les Jésuite sont tour à tour chassés de la Bohême, dé la Hongrie, de la Moravie, de la Silésie, de la Transylvanie, de Venise, d'une partie de l'Italie ; l'Espagne et la France les re*poussent d'abord ; ils semblent perdus sans re-

tour; mais ce sont de bons soldats^ plus aguerris encore après une défaite.

Il serait trop long de suivre la Société dans toutes ses tentatives ; car elle a déjà rempli le monde , et est mêlée à tous les événemens. Arrêtons-nous donc à la France. On apprend que les Jésuites ont l'intention d'y former des établis^mens; et les Evéques^ la Sorbonne^ le Parlement^ l'Université, les Curés se liguent contre elle. Les Conseillers du Roi concluent à ce qu'on s'oppose à leur réception* L^Archevêque de Paris, à qui leurs bulles sont communiquées, est du môme avis que les Parlemeus. Cependant les Pères ne se rebutent pas; ils n'en deviennent que plus actifs ; ils obtiennent des lettres-patentes qui leur permettent l'exercice libre dans leur collège, et l'Université y forme opposition. On plaide : les Jésuites perdent , et ne contî^ nuent pas moins d'enseigner. Les guerres de la Ligue leur donnent bientôt le temps de respirer. Là, ils ne soutiennent plus honteusement une lutte défensive : ils sont les chefs , ils attaquent. Mais Henri IV est vainqueur, tous^les ordres du royaume l'ont reconnu pour Roi , à l'exception des Jésuites et des Capucins. P'Cu à près. Barrière forme l^abominable dessein de tuer le Roi : ses liaisons avec le Père Yaradë ,

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puis avec un autre Jésuite qui lui donne la communion , suflSsent pour rendre ces derniers suspects* La calomnie proclame que Yarade a fourni à Tassassin le fatal couteau ; tandis qu'il est certain que Barrière Tacheta et Taiguisa sur une pierre , en sortant de la Sainte-Table. Ce malheureux , torturé y déclare qu'il a été séduit par les Jésuites. •

. La haine du peuple s'en accroît. On consulte les auteurs de la Société; ils enseignent une doctrine régicide» Les Universitaires et les Curés de Paris n'hésitent plus à la mettre en cause. Antoine Arnaud prononce en faveur des premiers la plus violente catilinaire. Dolé^ avocat des Curés^ parle avec non moins de véhémence. L'avocat des Jésuites^ Duret, ne tente aucun effort pour disculper ses diens des crimes dont on les accuse > dans la crainte de s'attirer la haine publique et l'indignation du Roi ^ et les Jésuites sont obligés de composer leur propre apologie. Le Parlement est divisé d'opinions ; mais bientôt les Jésuites sortent victorieux de cette lutte redoutable.

Jean Chastel^ élève des J&uites , a frappé le Roi; ce malheureux avoue qu'il n'a agi que d'après la doctrine de ses maîtres. Dans une visite faite chez les Pères de Paris, on trouve un

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papier écrit de la main du Père Guignard^ où Ton lisait; entre autres choses : « Si on ne peut » déposer le Rôi sans guerre , qu'on le guerroyé ; » si on ne peut le faire par la guerre , qu'on le » fasse mourir. » Guignard est pendu en place de Grève. Jean Guéret , sous qui avait étudié Ghastel^ est condamné au bannissement .per* pétuel. Le Parlement s'assemble de no^veaUy et l'expulsion des Jésuites est sanctionnée par un cri unanime. Bientôt s'élève une pyramide , où le nom de Chastel , gravé sur l'airain avec celui des Pères , atteste une effroyable complicité.

Mais à peine cinq années sont-elles écoulées , qu'Henri lY, ce Roi qui n'a jamais tremblé que devant les Jésuites, malgré les remontrances i de son Parlement, sanctionne le rappel des fils d'Ignace. Ceux-ci veulent offrir une garantie de leur fidélité: un Jésuite à la Cour répondra pour toute la Société ; mais ce Jésuite bientôt deviendra de droit le Confesseur d'un Monarque absolu; il dirigera le royaume; et, dès que la fatale pyramide sera renversée , ses compagnons , plus glorieux que jamais, n'auront plus rien à redouter.

En vain un scélérat a-t-il trempé ses mains

parricides dans le sang du meilleur de nos R.ois ;

en vain le cri public désigne-t-il les Jésuites

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comme des instigateurs, ces Pères ont déjà trop de crédit , de puissance,, pour qu'on ose diriger contre eux une accusation*

Pendant un siècle, le zèle apostolique des Jésuites arme les Français les uns contre les autres. Le Père Letellier trouve le secret de rendre odieux et méprisable la fin d'un règne dont le premier éclat avait ébloui le monde.

Mais attendons encore un demi-siècle , et toute la haine nationale se réveillera contre ces Pères* Damiens aura frappé Louis XV^ et Ton ne parlera pas du régicide sans montrer du doigt les Jésuites. Les philosophes oublieront que les Parlemens ont fait brûler leurs livres, et se joindront à eux pour écraser la Société ; un Pape prononcera son abolition ^ et il mourra empoisonné.

Chassés du Portugal , de la France , de TAngleterre , de la Russie , de l'Italie , de TAllemagne et de PAsie , ces religieux parviennent à s'introduire , sous différens noms , dans ces divers royaumes , jusqu'à ce qu'une révolution^ qu'ils prévoient , leur oflfre l'espoir d'une réhabilitation complète. Ils y travaillent de longue main. Ils avaient trouvé jadis une vive opposition dans le clergé : il fallait le recomposer. Ils le pouvaient facilement sous le règne d'un con-

Monastique. st^f]

(£uérant^ qui avait d'autres tutelles à exercer que celle de la puissance ecclésiastique. La restauration se prépare. S'ils peuvent obtenir de Tinfluence dans les Chambres législatives et dans l'Université, leur triomphe est certain. Les Jésuites se sont soutenus pendant deux siè-» clés contre le Clergé , les Parlemens et l'Université ; aujourd'hui , l'Université est à eux , les Chambres sont pour eux, le Clergé^ c'est eux. Qu'ont-ils donc encore à combattre ? rien , rien que cette puissance qu'on nomme l'opinion^ qui est sans force , parce qu'elle est sans foyer , sans point de ralliement ; qui est ^ans influence^ parce qu'elle n'ose et ne peut se proposer aucun but ; cette puissance enfin qui n'est qu'une voix sans corps , qui n'attaque jamais, et qui bientât ne pourra plus se défendre.

La règle des Jésuites était suivie par les Lazaristes, autrement dits Missionnaires, et par les Théatins , qui n'en différaient que par la couleur de leurs bas , qui étaient blancs^ tandis que ceux des Révérends doivent être noirs.

D'après' un catalogue de 1608, les Jésuites possédaient dans l'univers 445 maisons , dont 36 en France*

L'habit des Jésuites est semblable à celui

d'un prêtre , à l'exception qu'il ne porte pas de

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rabat ^ et qa'il remplace la ceinture par une corde de soie noire.

Anciennement y ils avaient des bonnets noirs et carrés , semblables aux shakos des lanciers polonais , mais sans visières. Les Jésuites que )'ai vus ne portaient pas cette coiffure y mais peut-être la prennent-ils dans leur intérieur.

L'institut des Jésuites est qualifié de pieux, et approuvé par le Saint-Siège apostolique dans une énonciation incidente qui en est faite j sect. 25 y chap. XVI , du Concile de Trente , à Tôccasion d'une disposition de discipline, concernant les autres ordres religieux, de laquelle les Jésuites sont exceptés dans cet endroit; du reste , aucune exhibition au Concile de Trente, aucun examen du corps des constitutions des Jésuites. Cependant cette épithète de pieux, employée , pour ainsi dire , narrati vement et relativement à lapprob^tion non du Concile , mais du Saint-Siège , juxtà pium eorum insti" iutum à Sanctâ'Sede apostolicâ approhatum, est, suivant les Jésuites, un jugement solennel , une décision du Concile , qui autorise et consacre leur institut.

Dans des brefs du Pape, des a4 août 1 763 et i5 février 1764, adressés, le premier à Stanislas I" , Roi de Pologne , et le second à Chris-

tophe^ Archevêque de Paris , déférés tous deux au Parlement , le l8 mai 1 764 9 « ]a Société des » Jésuites y y est- il dit , est annoncée dans l'Aw pocalypse. »

(( Uétoile est tombée , et l'hérésie est sortie » ave<f impétuosité de l'enfer , lorsque Ignace et M Tordre qu'il conduisait a fait retentir la trom- » pette , et a commencé à annoncer de tous cô- » tés l'Evangile de Jésus-Christ, »

Societas Jesu prcedicta à Sancto Jeanne Ei^angelistâ; cecidit Stella empitque ex infero hœresisy càm Ignatiuset ille quem ducebat ordo tuba cecinit dmnique verbiprœconium quaquaversus cœpit extollere. Lib. i , c. a , p« 61 .

JEUX, Dansjks it Mascàeàdks DB8 Cafuciks^

JEUX; Davtses et Mascarades des Capucins.

Nous allons parler des divers délassemens permis aux Réguliers^ afin de soulager leur esprit faii^ guéparlaméditation^de les tirer un instant des abîmes du mysticisme , et de ne pas laisser éteindre en eux cet enjouement , cette hilarité» symptômes de la santé de l'âme et du corps ^ afin d'entretenir cette bonne humeur qu'Arisr

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tote, et les Moines après lui , ont appelé yeviiK d'Eutrapelie.

Il ne sera donc pas (juestion de ces récréations muettes, en usage dans quelques Communautés religieuses , et notamment chez les Bénédictins et les Capucins, ni des plaisirs de la chasse et de la pêche , puisqu'un grand nomhre de Ga-^ . nons les ont interdit^ aux Ecclésiastiques,

Et d'abord, nous poserons la question, en re-r connaissant quatre sortes de récréations licites : la promenade , les bonnes plais^teries , la danse et la comédie ; ensuite nous invoquerons les lumières , et nous citerons souvent les pa-;* rôles du grand Pejrinnis , qui a approfondi la matière avec toute la sagacité qui le distingue {de Offkio Prçelati regularis, t. 2 , q. 2 , n* 84-', ei sequent, ) , et recueilli tout ce que les Doc^ teufs ont écrit sur ce sujet.

Pour ce qui concerne la promenade , voye^ le mot SpâGimens \ quant aux [Plaisanteries , elles doivent être gaies, joyeuses, et toujours assair sonnées de sels , non pas attiques et profanes , enccnre moins de ceux de la médisance, mais de sels religieux. Jucunda eruat colloquia , si religiosis salibus sint cor^ita. Peyrinnis ayant remarqué avec douleur que beaucoup de moines étaient lourds et pesans y et n'avaient pas le plus

petit mot pour rire, composa, à Fusage de ces derniers , un certain nombre de plaisanteries qu'on leur faisait apprendre par coeur ^ afin que> les plaçant à propos 9 tout le monde s'amusât dans la Communauté. Par exemple , un Frèrç disait en son riant : «Je vais déjeûner comme un Roi aujour- » d'hui/ — Comment donc ? réi)ondait un autre. » —C'est , répliquait alors le premier, que je ne » sais ce que je vais manger,.. » Ou bien, si l'on disait que la vie qUadragésimale abrège les jours , parce que les sels minent et rongent , on répondait, au contraire, qu'on sale les viandes pour les conserver plus long*temps , et que , par con^é- 4quent , un moine salé devait pousser sa carrière plus avant qu'un moine dessalé. Oh peut voir d'autres exemples de ces pointes ingénieuses dans l'ouvrage dePeyrinnis.SIlse trouvait dans le couvent un religieux qui ressentît V influence se^ crête y il pouvait enrichir le répertoire de ses plaisanteries, mais avec la permission du Supérieur.

On trouve au réfectoire des jeux d'oies, de dames, d'échecs et de trictrac; ailnsi chacfun peut s'y amuser à son goût : mais le jeu le plus en vogue est celui du galet ; on choisit la plus longue table du réfectoire, on la parsème d'un peu de sable , afin que les palets slissent mieu?^

dessus ( ces palets sont ordinairement des morceaux de bois arrondis y plats par-dessus , creusés en dedans ; et remplis de plomb , afin de les rendre plus pesans ) : on pousse 1^ palets sur cette table; lé plus proche du but gagne. La grande adresse^ à ce jeu^ est de débusquer le palet de son adversaire , et de faire rester le sien à sa place. Gomme il ne leur est pas permis de jouer de l'argent , ni même d'en toucher ^ ils mettent au jeu des images de vélin , des chapelets , des livrets et des petits tableaux , et ne jouent pas avec moins d'action pour ces bagatelles^ que s'il s'agissait d'un plus gros jeu.

De toutes les récréations monastiques, 1^ plus goûtée était celle que procurait la comédie. Le Théâtre-Français a pris naissance dans les cloîtres, les premières pièces ont été composées et jouées par des moines.

Chez nos dévots aïeux , le théâtre abhorré

Fut long-temps dans la France un plaisir ignoré.

De pèlerins , dit-on , une troupe grossière

Eu public , à Paris , y monta la pre];nière ;

Et sottement zélée , en sa simplicité ,

Joua les Saints , la Yierge , et Dieu par piété.

Les constitutions dés Franciscains , celles des Ursulines , permettent les représentations théâtrales; Peyrinnis les recommande aux Minimes;

les GordelierSy les Capucins, les Gënovëfains, les Carmes, les Yisitandines se sbnt livres à cet exercice au siècle dernier. Enfin , je ne crains pas d'affirmer que le répertoire dés pièces composées et jouées chez les Jésuites serait infiniment plus volumineux que celui du Théâtre-Français, et qu'en une année ces Pères montaient plus d'opéras etde ballets , au collège Louîs-le-Grand, que les artistes de l'Académie royale de Musique.

Chaque Capucin appreiid son rôle ; pour les habillemens , il les invente selon son goût , de façon cependant qu'ils aient du rapport avec le personnage qu'il doit représenter. Les uns les font de papier marbré, qu'ils collent sur de la toile, les autres se servent, pour cela^ de leurs tunicelles ou chemisettes , sur lesquelles ils appliquent des bandes de papier ou des rubans de différentes couleurs.

Le jour qu'on doit jouer la comédie, immédiatement après le souper , les acteurs montent à leurs chambres , où ils ont leurs habits de comédiens déjà tout disposés ; ils ôtent leur habit ordinaire , et , à la place , mettent une tunique ( robe sans capuce , et plus courte que l'habit ) , et pàr-dessus cette tunique ils se revêtent de leurs costumes de théâtre. Pour ce qui est des

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culottes ; des bas, des souliers, chacun y pourvoit comme il l'entend ou comme il peut ; la pi upart se chaussent assez grotesquement ; il y en a beaucoup qui mettent leur tunique à rebours. Quand ils sont habilles , ils se rendent dans Tendroit où doit se jouer la comédie ; c'est ordinairement la salle où les ëtudians vont en classe, et où ils ont eu soin de dresser une espèce de théâtre. Le Gardien, suivi des Anciens et du reste de la Communauté, n'est pas long-temps à les suivre. Lorsque tout le monde est assemblé, ou commence la pièce; chacun y joue son personnage de son mieux ; il y a même de l'émulation pour s'attirer des applaudissemens du parterre. Ce n'est pas un des moindres plaisirs ou divertissemens des spectateurs, de voir les différentes mines et jSgures des acteurs sous leurs habillemens divers; ils sont la plupart tellement déguisés, qu'çn ne les reconnaît plus qu'à la voix. Il y en a toujours quelques-uns même que les vieillards surtout ne peuvent pas remettre , parce qu'ils contrefont exprès le ton de leur voix ; c'est ce qui tient ces bons vieux en haleine pendant une bonne partie de la pièce : ils prennent leurs lunettes, et s'approchent du théâtre pour examiner et tâcher de découvrir quels sont les acteurs, mais inutilement. La

pièce finie,on apporte de quoi rafraîchir non-seuïement les acteurs , mais aussi les spectateurs.

Le lendemain au soir, ils s'amusent à quelqu'autre représentation , car on ne joue pas ordinairemen^la comédie deux jours de suite; ils les entremêlent de mascarades qui ne divertissent guère moins les jeunes gens que la comédie elle-même. Dans ces mascarades , ils représentent tantôt des Turcs ou des Arméniens , tantôt des Persans ou des Indiens; on fait servir, pour ces mascarades , les habits de théâtre ; mais , comme tous n'y conviennent pas , on y supplée par les mouchoirs de couleur ^ les rideaux de toile peinte ; ils les ajustent et les cousent sur leurs tunicelles.

Ds se rendent dans une classe; là / on leur distribue des cruches de vin avec des biscuits , des échaudés et autres drôleries. Pour rendre la joie plus vive et la danse plus animée, pluj»eurs s'habillent en Persanes, Turquesses, Indiennes, Chinoises. S'ils jeient les yeux sur ceux qu'ils rqurésentent, ils ont certainement tout lieu d'envier leur sort en ce point. En effet , ils sont les vrais antipodes les uns des autres sur l'article. Tandis que la polygamie triomphe dans l'Orient,, et qu'en plusieurs endroits il est permis aux hommes d'avoir plusieurs femmes , nos

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Orientauic représentatifs se croiraient fort heureux s^ils en avaient du moins une à plusieurs. Voilà comme il arrive souvent dans ce monde , que les uns n'ont pas assez et les autres beaucoup trop. Enfin y après avoir bien bu , bien ri , s'être bien amuses , ils se retirent pour aller dormir. La plupart se trouvent^ à leur réveil, la tête et le gosier un peu échauffés, mais on y remédie le matin ^ au moyen de Teau sucrée et du sirop pectoral.

Pendant le temps des récréations , chaque Capucin a droit d'inventer et de jouer telle farce qu'il lui plaît.

Certain jour où il y avait un grand repas dans un couvent, et que chaque religieux pinçait la bouteille de Bourgogne, un étudiant résolut d'user de finesse pour eu faire une ample provision : pour parvenir à ce but , il contrefît l'hydropique ; dans ce dessein , il alla demander au quêteur une grande bouteille de cuir bouilli ( avec laquelle ils font la quête de vin , et qu'ils appellent bouroche); il fit un entonnoir de parchemin , qu'il mouilla pour le rendre plus souple, et qu'il lia fortement au goulot de la bouroche. Quand il fut temps de se préparer pour Jouer son personnage , il s'appliqua la bouroche sur le ventre , et l'y fit attacher, par

MOKASTIQUE. :à3^

le moyen de quelques serviettes qu'un de ses camarades ceignit autour de lui , avec l'aide du même ; il se couvrit ensuite tout le corps de serviettes, de tabliers de cuisine^ etc. ; enfin il a j usta si bien l'entonnoir de parchemin autour de son menton avec une grande barbe postiche^ qu'en mettant la main sur cette barbe ( comme les Capucins font ordinairement quand ils veulent boire ou manger) y il faisait bâiller l'ouverture de l'entonnoir par le moyen de quelques fils d'arcbal qu'il avait disposés pour cet effet ^ et qui étaient cachés sous sa barbe. Accoutré de la sorte,, il se rendit au réfectoire avec un gobelet à la main. Peu de temps après qu'on se fut mis à table , il alla d,'abord à la place du Gardien : Mon Rés^érend Père^je voiés prie d'avoir la chatité de donner un coup çl boire à un pauvre hydropique qui meurt de soif. Le Gardien, qui était prévenu, prend sa bouteille et lui verse un grand verre de vin dans son gobelet. Uhydropique boit à la santé du Père Gardien ; . puis, mettant la main sur sa barbe comme pour empéôher qu'il ne se répandît du vin dessus , il fit bâiller l'ouverture de l'entonnoir , et fit entrer par ce moyen le verre de vin dans la bouroche. Après avoir remercié le Gardien , il 5'approcha ensuite du Père Vicaire, qui lui

remplit aussi son gobelet. Après le Père Vicaire", il s'adressa au Père Ancien y et ainsi de suite à tous les autres religieux. Ceux qui ne soupçonnaient pas Fartifice , et qui croyaient de bonne foi qu'il buvait effectivement tous les verres de vin qu O]^ lui versait , Tadmiraient ; plusieurs craignaient/ surtout à chaque coup qu'il buvait, OU plutôt qu'il paraissait boire, de le voir tomber à la renverse. Quand il eut fait sa tournée et qu'il eut entonné dans sa bouroche trentesix verres de vin , il se tourna vers la communauté et dit : « Je vous suis obligé , mes Rêvé- ». rends Pères, de la charité qu'il vous a plu » d'exercer à mon égard en me donnant libé- » ralement un bon verre de vin. J'éprouve bien » aujourd'hui la vérité de ce qu'a dit le Roi- ' n ProjJbète , que le vin réjouU le cœur de » l'homme. En effet , depuis que j*ai entonné M tous ces verres de vin, je me sens le cœur tout M joyeux , et me trouve présentement en état » de retourner à la maison. Adieu , mes Révé*^ n rends Pères , Dieu vouç le rende. » Puis, faisant la^ révérence autant que lui permettait son gros ventre , il alla porter cette provision à sa chambre , et s'y dépouilla en même temps de ses haillons , et revint ensuite se mettre à table avec les autres.

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Passons maintenant à une autre farce : celui qui la conçut feignit d'être indisposé ; il ne voulut prendre qu'un bouillon le matin , après quoi il dit qu^il allait se coucher. On le crut d'autant plus facilement , qu'il y en a plus qui se trouvent incommodés pendant les récréations qu'en tout autre temps , à cause de la bonne chère qu'on fait alors. Il se retira donc à sa chatïibre pour achever de disposer toutes choses pour l'exécution de son projet. La veille, il avait emprunté les habillemens nécessaires , et une vieille figure tout estropiée , qui n'avait ni bras ni jambes. Il l'envoloppa de vieux chiffons en guise de langes et de maillots; il s'habilla luimême 6n nourrice ;* et lorsqu'il jugea qu'on était à peu près sur la fin du dîner , et que les religieux allaient bientôt sortir du réfectoire pour venir se chauffer (on était alors dans les récréations qui durent depuis Noël jusqu'aux Rois) , il descendit au chauffoir en équipage de nourrice, avec une écuelle de bouillie qu'il avait préparée. Il mit son écuelle auprès du feu, et quand la Communauté arriva , il prenait des petites cuillerées de bouillie qu'il faisait semblant de faire avaler au nourrisson de carton. Toute la Communauté fût surprise de trouver le chauffoir occupé par une pareille hôtesse. Le

a40 I ENCYCLOPÉDIE

Père Gardien, s'avançant, lui dit : « Ne savez- » vous pas qu'il est défendu aux femmes d'entrer » ici? vous êtes excommuniée; allons vite, sor- » tez au plus tôt.» La nourrice lui répondit sans se déconterter : « Je croyais qu'il y avait plus » de charité chez vous* Mon pauvre enfant se » mourait de froid , j'ai vu la porte ouverte et » suis entrée ; quel mal ai-je fait? — Vous êtes ex- » communiée, vous dîs-je , repartit le Père Gar- » dien, sortez d'ici; si votre enfant a besoin de » quelque chose , nous le lui ferons donner ; sor- » tez.a> Le Gardien allait la prendre par le bras, lorsque la nourrice , approchant l'en&nt de son sein et écartant un peu son mouchoir, tire de dessous son corset une mamelle bien blanche et bien arrondie, et fait semblant d'allaiter son enfant.(Cette mamelle n'était autre chose qu'une vessie qu'il avait remplie de vent, qu'il avait ensuite couverte bien proprement d'une pièce àe satin blanc, et dont il avait peint le bout ou mamelon avec un peu de vermillon.) Le Gardien, à cette yiie, s'enfuit ; il n'eut pas plutôt les talons tournés, que la prétendue femelle se mit à rire : quand il fut un peu éloigné , elle ôta les langes qui enveloppaient sa figure ,. ensuite elle mit bas son tablier , son cotillon , son corset , ses mamelles postiches , enfin sa coiffure. Aus-

MONÀSTKJtrS. â4<

sitôt qu*on eut reconnu , qui c'était y ceus: qui se trouvaient présens à cette scène pensèrent étouffer de rire.

D'après la relation qucnous venons de faire, on peut juger si la vie des Capucins , même dans leurs cloîtres, est aussi triste qu'elle parait de prime- abord à ceux qui ne l'envisagent que de loin.

Ce n est pas tout : Potest Superîor, tempore recreationum , subito prœcipere nolenti ludere ut ludat , dit Peyrinnis. Au temps des récréa^ tions, un Supérieur peut ordonner de s'amuser, même à celui qui n'en aurait pas envie , et le faire punir de sa désobéissance s'il s'y refuse. A n'en juger que selon la prudence humaine , cette loi peut paraître frivole : les mondains crieront peut-être à l'arbitraire; pour moi, je n'ai jamais pu lire ce passage sans être attendri jusqu'aux larmes. Grand Dieu ! me suîs-je écrié, que ne m'avéz-vous fait Supérieur d'un monastère ! en nioi vos élus n'auraient pas rencontré un de ces maîtres égoïstes qui ne songent qu'à leurs propres 'plaisirs, et laissent à leurs ministres le soin d'égayer leurs sujets. Bien au contraire , usant de ma prérogative , on aurait vu, à 'ma voix, toute la Communauté se remuer

en cadence , depuis le jeune Profès aux reins

souples^ au:i jarrets vigpureus^^ jusqu'au Rëvé« rend qui se lève ayec peine 9 et que son embon-* point a bientôt ramené vers la terre , et vous auriez soun i^ns le Cîel^ car vous aimez vos e^fans^ ô mon IDiieu !

JOIE (Vkutabus).

JOIE ( Yéuitable). Saint François d'Assise^ nous a appris ce que c'était que la vraie joie , dans un beau discours qu'il tint à Frère Léon.

H revenait avec ce dernier 4e Pérouse à As-* sises f mouillés y couverts de houe > gelés de froid; pressés par la faim^

' Naso fréquentes depluebant stiria > Nisi prœ acuto forte pigrafrigore A nare st^rent penduke , çuales soient Stillicidionim stare de canalibus :

Suam sononi musicam, velint^ nolint^ Utriqua dentés concinebant rhusicam* » .

cr Lorsque nous arriverons ei^ cet état , dit*il à M 'son compagnon ; si le portier refuse de nous » ouvrir ; et nous laisse dehors toute la nuit, il » faudra dite : Deo grat(as^ Ce sjBra la véritable » jôie. »

MOIfASTIQl/B. St4%

Les amateufs de k poëâie Ittine ' trouvé^ofht des images et àe YlMtmatkw itnitatiTe dans le$ veis qàe myu9 vènôn» de rapporter, fld soât du Père Ângèle G^vée y Jë^ûite.

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