‹ Encyclopédie monastique, ou, Histoire des monastères, congrégations religieuses, et couvens quiChapitre 74 sur 120 · MOINES · texte numérisé non relu

MOINES

MOINES. Les moines se divisent en deux classes y qui ont toujours eu l'une pour l'autre un peu plus q^e du mépris. Lés mdnes ^entés^ étaient ceu& qui jpossëdaient des fiefs/ desrevé- ^us y des terres franches d'impôts > et labouréesi par des esclaves. Les Moi^s mendiant éyai^x.

!l52 ENCYCLOPÉDIE

ceux qui se résignaient à yivre au jour le jour, et qui digéraient le repas aumône la yeille , en quêtant celui du lendemain. La vie des mendians n'était pas sans agrément ^ k en juger par leur prodigieuse multiplication. Il est vrai que le peuple^ offusqué de la richesse du Clergé , vit avec plaisir des religieux qui, coilime lui , paraissaient résignés .au plus profond dénuement. Mais le nombre dés Frères augmentant , la quête devenait insuffîsstnte ; pour vivre , il fallait intriguer auprès des grands, s'immiscer éans les affaires de famille, porter le trouble dans l'Université , se créer un revenu de quelques dévotions minutieuses, faire des miracles^ des révélations ; en un mot , être plus intelligens que les moines rentes. Les Papes, ayant remarqué cette dernière qualité , voulurent s'attacher cette milice par d'énormes privilèges : ils lui confièrent en outre le dépôt de la Foi et le glaive de l'Inquisition.

Il s'en fallait bien que les mendians fussent tous ignorans : ils avaient même des prédicateurs dont on raconte des choses merveilleuses. Le Père Thaulire , Dominicain , préchant un jour à Cologne , fit une si vive impression sur les cœurs^ qu'un de ses auditeurs tomba comme mort par terre, et que son auditoire fut obligé de lui crier:

Cessez, monsieur notre maître , cessez^ sHlvous plaît y autrement vous ferez mourir cet homme entre nos bras. Une autre fois , on porta à Tinfirmerie une religieuse du couvent où il prêchait , et dans le jardin , il y ayait plus de quarante personnes couchées par terre et sans mouvement. Presque tous ses sermons étaient de la même force.

<c Le Père Connecte , religieux Carme , dit le » Père Héliot ( Ordres monastiques , tome I , » chap. 45) y était ordinairement suivi d'un si M grand nombre d'auditeurs ^ <{ne; préchant à » Cambrai et à Ârras^ on le suspendait au milieu » de l'église avec une corde , afin qu'il pût être » entendu de plus loin. >»

Si l'on en croit le célèbre abbé Thiers^ le même prédicateur avait un sermon magnifique sur les perruques ^ qu'il prêcha long-temps avec applaudissemens.

Les ordres mendians étaient ceux des Franciscains^ des Dominicains , des Carmes^ des Âugustins et des Jésuites ; mais ces derniers n'ont jamais profité du droit que leur accordait leur institut.

Jérôme Platus y Jésuite y dans un sermon sur le Cantique des Cantiques ^ tait cette comparaison entre leâ dents et les moines :

.« Les dents sont blanches, dit-il, c'est un sym-

:a54 3E&lfGVGlQPtm£

>i bola de la candeur et de la pureië dont les moines M àmymt êire; k* dents sont déslianiéesv les n vrais moifies opi rennncé à la chair et an sang ^ to }^s dénis âont Fornement de la bouche^ les » iiwHnes sopt celui de l'Ëgli^ ; les dents saines !» demeurent dansr leurs alvéoles, les vraki moines y) se tiennent dans leurs cellules; les dentssèrvent » à faire la première digestion des alimens du V corps , les lapines mièdtt^it et digèrent , pour )> ainsi dire, l'Ëvangile pour en nourrir les )> fidèles, n

Je pousserais plus loin cette belle comparaii^n entre les moines et les dents, si je ne craignais paa que le$ libertins en conclussent que les moines sont des mâchoires.

C'est à tort qu'on s'est plaint du nombre pro* digieus des moines que nourrissait la France p^idant le i[noyen»âge« S'ils avaient été moins nombreux , s'ils avaient eu moins d'inâuenpç > la France eàt été consumée, anéantie par un fléau auasi actif , aussi dévorant que la féodalités Tout ce qui n'était pas noblq ou rdtigieux était esclave : il n'est pas étonnant que tant de malr heureux se soient réfugiés dans les cloîtres pour échapper à la servitude. Les Abbés se trouvaient -ils trop importunés de» vexations des Seigneursi^ ila ann^ûieii^ leur s^ compagnons

MONASTIQUE) !l§5

et leucs icâfisàu^, et auéndaient leUr prochain de pi^ ferme* Comme ils étaient k peu près les seuls qui sussent lire 9 on était force de les appeler dans les parlemens. Voilà donc les moines tantôt guerriers » tantôt conseiliers-d'état ; mais quand ils. quittaient ces fonctions pour regagner leurs ceilules j n'y devàient-ils pas rapporter la férocité des chevaliers duboA vieux tcmps^ avec l'astuce et la duplicité des diplomates de tous les âges ? Ce serait peu t-éire dans ces considérations qu'il faudrait rechercher la cause de tous ces scandales qui souillent l'histoire monastique. Une remarque semble confirmer ce que j'avance: c'est que les moines des autres pays^ qui n'avaient pas les mêmes distractions^ étaient bien moins corrompus que ceux de notre France ^ si ce n'est dans les derniers siâcles> où, dit-on^ les religieux' d'Espagne et d'Italie ont pris amplement leur revanch^.

Malgré tous les reproches qu'on peut gêné-* ralement adresser aux moines, il serait injuste de révoquer en doute les éminens services qu'ils ont rendus à nos pères ^ dans des temps d'horreurs et de barbarie , d^e meme^ qu'on ne saurait nier que leur uiHii^ tempor^elie a déchu, et est devenue imperceptible k mesure que se sont répandues les lumières Qt la civilisation «

:k56 ENCYCLOPÉDIE

Quelle différence (dit Sablier, Variétés historiques , sérieuses et amusantes, tom. II) entre Saint François-de-Sales et ces prédicateurs qui jouent des parades dans la chaire de vérité^ comme nous en avons de nos jours , et comme moi-même j'ai vu un Père Ghatenier , Dominicain y connu dans Paris sous le nom de TAbbe Jésus.

En parlant des devoirs réciproques des maîtres et des domestiques^, il débite un dialogue entre le confesseur et son pénitent , qui lui répliquait :

« Mais , mon Père, comment voulez-vous que » j'aime cette servante? elle est laide, elle est » puante , elle me fait de mauvaise soupe. »

Un jour qu'il était en colère contre les jeunes gens qui se livraient aux plaisirs, après une leçon très-vive sur ce chapitre, il s'écria :

« Âpres votre mort , où croyez- vous que vous » irez? Au bal , à l'opéra , dajgis des assemblées » où il y aura de belles femmes ! Non ; au » feu , au feu. >•

Il prononça ces dernières paroles d'une voix si forte et si effrayante , qu'il épouvanta l'auditoire, et qu'on se précipita pour sortir , croyant que le feu était dans l'église.

Mais il excellait principalement à habiller les

histoires de l'ancien et du nouveau Testament, pour prouver les suites funestes de la paresse ; il rappelait l'histoire de David et de Bethsabëe^ et disait:

c< David était un paresseux qui ne se levait » qu'à midi^; Dieu le punit. 11 alla sur sa ter- » rasse à peine éveillé; de là il vit une grosse » vilaine qui n'était -pas couverte : c'était » Bethsabée qui s'éloignait; il alla à elle^ et fit » le péché.

Je serais tenté de croire (ajoute Sablier) que ce Père écrivait ses sermons ^, car je me souviens fort bien d'avoir entendu cette dernière histoire^ et avec le3 mêmes circonstances^ dans deux Carêmes* Il lui est échappé d'autres traits de la même force; mais qui croirait qu'on a laissé prêcher cet homme pendant plus de trois ans de suite^ vers les années 1716, 1716 eta7i7, aux Jacobi^ du. faubourg Saint-Germain y à Saint- Germain -l'Auxerrois et à Saîjit-Gervais, tous endroits où je l'ai suivi.

Da temps de Charlemagne, les moines de Saint-Màitin-de-Tours avaient des miroirs sur leurs souliers y même dansl'église ;^ pour regarder la magijiificence .de leurs .habits. On peut charitablement interpréter qu'ils ne portaient, ces miroirs que pour voir s'ils étaient dans la

aS6 ENGTCLO^JtmS

modestie que leur eut et Uurs fonctîont exigeaient d'eux.

MONASTERES. G'estle lieu où sont reafermees les personnes religieuses; on le nomme aussi comment ou cloître y quoique ce dernier lieu, proprement dit^ ne soit que l'enceime ftUtour de laquelle soBt pratiquées les cellules; nos ancêtres disaient moutiers.

On se rend iieioilement raison de la multiplicité et de la richesse des monastères, sans étr& obligé d'accuser les moines d'ettorsio». Les fondateurs d'oirdres obtenaient de la libéralité de quelques particuliers un lieu inculte , sauvage y et les moines n'hésitaient pas à le défricher, parcei que y plus heureux que les vilains^ ils savaient qu'on ne viendrait pas leur en ravir la possession ^ et les priver du fruit de leur travail. Les peuples se rapprochaient des cloîtres autant qu'il leur était possible; ils n'en étaient pas moins esclaves, ils n'^i payaient pas moin»

toutes sortes de redevances; mais ils n'étaient pas maltraités, et leurs offrandes étaient e60om|>tées en prières. Uu fléau soudain feappaîMl no»

bons aïeux, la fin du monde ëtait-elle proche ^ les biens de la terre nMtaient-ils plus d'aucun prix à leurs yeux? les couvens s'enrichissaient de ce vertige : le chevi4i?r peureux , Je voyageur égarée le malade au désespoir, la femme en mal d'enfajp^t^ fa.i^îe^l; àvtd Saint «a réputation des vœux dont l'accomplissement profitait au monastère dont il était le patron. Sous les Rois de la seconde race, il était peu de Seigneurs qiii ne vécussent de ra{)i|iqs : dès que la mort approchait , il fallait se mettre en paix avec sa cpnscienpi^. M.a js où notre féal Sejgii^ur retrou* vera-t-il le voyagçur .qu'il fi laissé dépouillé et tr^pisi.dç peur^u çqiû d'unbftijîilt^eAç^lwioyen de /çstitptiqn était .46 Jlégil^r iSpn ti^ésar aux mqÎAes : c^\^x-qi possédf^iei^t la nue prapciété du hiçfi vQlé ^\i îpeujpje; les SQ|g»$ur^,n!en avaient eu que l'usufruit. Les constitutions de iPort- Royal, que les Jésuites ont fait renverser de fond en comble au siècle dernier, défendaient de rien reeevoîir desp^r^i^nçis.qi^i avaient acqui&leurs biens injustement*

Anciennement les couvens jouissaient aussi du droit d'asile : ce privilège a peut-être sauvé la vie à plus d'un scélérat; peut-être aussi a-t-il dérobé un malheureux ](>raconnier au supplice

affreux qui l'attendait...

:26o ENGTCLOPÉDIE

Page 1