Énergétique sociale
Recherche complémentaire de solutions énergétiques ou productivistes aux problèmes sociaux, principalement de la rémunération comparative du capital et du travail et de l'action comparative de l'initiative privée et de la socialisation.
1 . — Le problème social le plus fondamental de l'époque et du moment même, urgent au delà de toute expression, puisqu'il tient actuellement la production générale en échec, et qui est par suite à résoudre en principe immédiatement, si possible, de manière à en tirer au plus tôt une directive correcte d'organisation, est celui de la rémunération comparative du capital et du travail, travail manuel et travail intellectuel.
2. — ■ Dans une Société qui serait bien construite, c'est-à-dire régie par une bonne constitution et de bonnes lois, le capital acquis par soi-même ne représenterait, en gros, que du travail et du savoir utiles à tous, donc sociaux, antérieurs. S'il n'en a pas été ainsi jusque maintenant, il doit en être ainsi le plus promptement qu'il sera possible, la législation, en tout premier lieu, devant arriver à supprimer la possibilité d'acquérir par soi-même du capital anti-socialement ; et si l'on suppose en être arrivé là, le problème à résoudre devient par conséquent alors celui de la rémunération comparative du travail -savoir social présent, employé à la production matérielle ou intellec-
iuelle, et celui du travail-savoir social ^as^e, qui fait vivre actuellement celui qui l'a antérieurement effectué et qui se représente par ce que l'on a dénommé avec raison capital.
3. — Un capitaliste pur^ dans une telle Société préalablement correctement constituée, serait donc celui qui, par son épargne, par son savoir et son travail sociaux antérieurs excédents, aurait acquis, pai' cet excédent même, outre le sùnple pouvoir, de vivre légitimement sans travailler, le pouvoir capital de rémunérer du savoir et du travail sociaux présents et futurs destinés à établir ce qu'il faut pour produire plus ou mieux qu'on ne produit actuellement : le capital, pour cette dernière part, qui est seule ici à considérer, est véritablement ainsi du travail potentiel ou suspendu, prêt à réapparaître sous forme de travail réel en devenant travail d'établissement.
4. — On voit, de cette façon, que c'est le capitaliste lui-même qui, fondamentalement, devient producteur s'il utilise son établissement; et, comme tel, il a affaire à deux catégories très distinctes de participants : les travailleurs j à tous les degrés de force et de savoir ou capacité, — et dont lui-même d'ailleurs peut faire partie, — et les consommateurs du produit disposés à l'acquérir ; ceux-ci, indirectement, ayant donc à rétribuer annuellement à la fois le capital, ou travail ancien excédent qui a été transformé en travail d'établissementetqui est toujours, au fond, agissant par utilisation continue, et le travail nouveau, dorénavant devenu travail de production.
5. — Supposons maintenant, pour simplifier et généraliser tout à la fois, que capitalistes-producteurs d'un côté, travailleurs à tous les degrés et consommateurs de l'autre, se mettent â effectuer leur inévitable groupement productiviste , c'est-â-dir(î soient, chacun séparément.
syndiqués dans le monde entier devenu Société des Nations — ce qui est déjà en préparation — et que ce soit par conséquent ces syndicats mondiaux qui traitent entre eux pour le prix à payer annuellement au travail et pour le prix à donner au produit. Comment devront se fixer ces prix en principe et correction ; nous supposerons, toujours pour simplifier et généraliser tout à la fois, la liberté douanière et les mêmes lois fiscales universalisées ?
6. — Evidemment, si l'on admet que des prix sont déjà préalablement en cours réguliers pour le travail et pour le produit, leurs nouveaux prix se détermineront couramment par le rapport des quantités de l'un et de l'autre demandées et offertes : ce sera donc bien toujours, conformément à la loi du progrès qu'il s'agit de ne jamais contrarier, le capitaliste-producteur produisant dans les meilleures conditions totales qui fera s'accroître l'offre du produit et baisser son prix, en même temps que s'accroître la demande du travail et hausser sa rémunération.
T. — Mais comment les syndicats mondiaux détermineront-ils la rémunération à allouer annuellement au capital ? Sachant, par ce qui précède, que le capital ou travail ancien utilisé à établir vaut le travail nouveau utilisé à produire et qu'en conséquence, à quantité égale, le premier a droit à la même rémunération que le second, c'est-à-dire sachant que le taux de la réynunération doit être le même pour le capital et pour le travail, ils n'auront pas à déterminer ce dernier, ayant déjà préalablement fixé, pour chaque endroit, les prix du travail et du produit d'après la situation existante dans le monde entier et d'où ce taux commun se déduit : en effet, le producteur, en soustrayant tout simplement la somme annuelle qu'il paie au travail-savoir qu'il utilise, de celle que lui rapporte la vente de son produit tous frais déduits, obtient la sonmie
à attribuer à son capital, d'où il tire son taux de rémunération. Et, ici encore une fois, la loi du progrès est toujours satisfaite, puisque vraisemblablement les syndicats fixeront les prix du travail-savoir et du produit d'après ce que fut leur dernière moyenne mondiale^ alors que le vrai capitaliste-producteur ne cessera jamais d'améliorer et perfectionner sa production de toutes façons pour pouvoir gagner sur ce prix fixé d'avance.
8. — Telle est, semble-t-il, la réelle directive d'organisation énergétique ou productiviste qui serait à tirer des faits et du progrès nécessaire dans une société préalablement remaniée pour ne plus donner lieu à genèse de capital anti-socialement acquis. Il faut d'abord, au plus tôt, perfectionner la législation sociale actuelle pour obtenir cette épuration du capital, avec le temps, et puis adopter la susdite directive en acceptant le capital actuel comme s'il avait été d'avance épuré : on ne saurait mieux ni plus vite évolutivement agir dans l'intérêt général qui exige la sauvegarde constante de la production maxima après l'avoir d'abord apurée et désanarchisée par la loi et le groupement.
9. — La durée du travail régulier n'a pas dû être envisagée dans ce qui précède, parce qu'elle est indépendante de sa rémunération : en effet, le travailleur régulier doit être rémunéré pour pouvoir vivre toutes les heures de sa vie et non pas seulement toutes les heures de son travail, celles-ci se réduisant — donc la rémunération de l'unité de temps du travail s'accroissant — en raison de l'importance que prend le chômage d'après le huitième principe de mon adresse du 25 février 1919 à la Conférence de la Paix, et ce qui doit, pour y arriver, amener l'intervention combinée de l'Etat et des svndicats.
10 ^*\ — Mais le problème de la socialisation doit être ici sommairement réenvisagé afin d'expliquer encore la solution productiviste, correcte à mon sens, que je lui ai donnée. Toute source de revenu — non source de /ouïs s ance, ou capital improductif conservé et utilisé pour simplement vivre — doit finir au fond par être socialisée ; on n'échappera pas à cette inéluctable nécessité provenant de l'inéluctable progrés incessant qui se fait en toutes directions et qui mènera inévitablement à ofi'rir de donner l'instruction égale à tous, et, en conséquence, à aboutir à ce que j'ai appelé " l'égalité du point de départ •'. Mais cette socialisation générale n'aura pas le caractère ingérentiel de l'Etat dans la production qu'assez négligemment on lui attribue presque toujours. Elle s'efiectuera peu à peu, sans contrainte, librement, par l'intervention financière du public, passant par l'intermédiaire passif de l'Etat (auquel il apportera du capital à intérêt fixe) dans toute production source de revenu, publique d'abord, privée ensuite ; l'Etat, sous la pression de l'injonction financière publique, pénétrera ainsi graduellement, et passivement, dans le capital affecté à la production du revenu de chacun, comme il a déjà, sous forme d'impôt, pénétré dans ce revenu même. A un certain stade de l'évolution, le propriétaire privé, par exemple, gérant un bien exclusivement productif de son revenu, et donc aussi travailleur, pourra finir ainsi par s'en trouver en principe dépossédé tout en continuant en réalité à le gérer comme s'il le possédait encore et à conserver, mais alors comme travailleur seulement, tout ou partie de son ancien revenu, selon la quantité de travail qu'il y consacrera et selon la valeur de la rémunération attribuée à ce moment à l'unité de temps du travail.
(1) Voir Principe 12 de l'Adresse à la Conférence de la Paix, daac l'ourrage de G. Barnich. — Principes de politique positive. — Lebèque, éd., Offic* de Publicité, rue Neuve, 36, Bruxelles,
11. — Uïnùïatïve privée n'est donc pas supprimée par la libre socialisation, que je préconise ainsi comme étant essentiellement productiviste, et comme n'étant que purement évolutive, puisqu'elle prolonge en quelque sorte le principe de la possession en ne faisant que réduire celle-ci à l'état de possession virtuelle.
12. — Mais la libre socialisation, qui ne doit commencer à s'effectuer qu'après la remanipulation de la législation dans le sens de l'épurement des affaires et des capitaux acquis, présente, à cause de cela, un autre avantage précieux : c'est que son fonds est nécessairement toujours en sérieux bénéfice, bénéfice qui, sous forme de «journée ou d'année sociale », il est bon de le rappeler, est distribué aux moins favorisés pour accroître sans cesse le taux de la vie minima à laquelle chacun a droit.
NOTA. — Les §§ 5 et 6 montrent toute l'importance du rôle des syndicats mondiaux dans la détermination des facteurs de production. Il semble donc utile d'y revenir pour préciser un peu la nature et la portée de leur intervention envisagée.
Taua^ de rémunération du capital :
Le Congrès périodique mondial des syndicats aura à fixer (et à reviser éventuellement) le taux moyen de rémunération du capital. Soit t ce taux à l'époque considérée.
Base de rémunération du travail (intellectuel et manuel) :
Pour chaque catégorie d'entreprises de production, les syndicats mondiaux compétents (c'est-à-dire appartenant à la dite catégorie d'entreprises) établiront un barème de rémunération du travail intellectuel et manuel.
Tous les barèmes seront soumis au Congrès général des syndicats. Celui-ci les revisera éventuellement de façon aies coordonner et à éviter les discordances excessives de rémunération suivant la nature des entreprises.
Puis ces syndicats détermineront pour chaque catégorie d'entreprises :
\° Le capital total C investi dans l'ensemble mondial des entreprises de la catégorie envisagée. On fera rentrer, comme il est de règle, dans le capital, toutes les immobilisations, les outillages, approvisionnements, matières premières, fonds de roulement, etc.
Le taux de rémunération du capital devant être t, la rémunération annuelle Gr du capital C sera
Gr = C^;
2" Le total annuel des salaires et traitements affectés à la rémunération du travail effectif consommé mondialement dans les entreprises de la catégorie envisagée étant Tr et le taux de rémunération du travail étant t, on considérera que le capital travail investi est
Tr
3*> Le total annuel des frais de production, rubrique sous laquelle on groupera toutes rémunérations de concours accidentels ou extérieurs aux entreprises envisagées, étant Fr, le prix total annuel de la Production mondiale du produit envisagé sera :
Cr -h Tr + Fr.
Désignant par P la quantité totale annuelle de produit,
le prix de base unitaire moyen u de production sera donné par la relation:
Pw = Cr + Tr + Fr.
Cette équation caractérise les conditions moyennes de la catégorie d'entreprises envisagée.
Si une entreprise de la catégorie envisagée, par un perfectionnement de ses méthodes et tous frais payés, parvient à produire plus que la moyenne, elle réalisera un superbénéfice qui sera en faveur de son capital effectif.
Si l'ensemble des entreprises améliorait la production et la portait à P', toutes autres choses restant égales^ le Congrès périodique des syndicats aurait à fixer un nouveau prix unitaire u' donné par
P' w' = Cr -h Tr -h Fr.
Bruxelles, le 15 septembre 1919.