ENGUERRAND D£ MARIGNY
il inourut, le 5 juin. 13 16, à Yincennes« à Tâge de vinglsept ans.
Un remords honorable lui était fort heureusement venu avant de mourir. Louis le Hutin était le parrain de Louis , fils aîné d'Enguerrand de Marigny. 11 se souvint que la reine Jeanne, sa mère, avait tendrement affectionné la femme d'Enguerrand, qu'elle Tavait mariée et qu'elle en avait reçu de grandes preuves d'attachement. Il s'attendrit au souvenir « de la grande infortune qui était advenue audit Loys, qui avait été son chambellan, et aux autres enfants d'Enguerrand de Marigny, » et il leur laissa, par son testament, iO,000 livres (environ un milUon), dont Louis de Marigny eut la moitié, le reste ayant été réservé à ses frères. En même temps, Louis le Hutin ordonna la restitution des biens meubles et autres qu'il avait confisqués à Raoul de Presles, à Michel de Bordenay, à Guillaume du Bois, à Nicole le Loquetier et à Pierre d'Orgimont, anciens officiers et trésoriers de Philippe le Bel, car il n'entendait pas, dit son testament, donner ou retenir le bien d'autrui *.
Le premier pas dans la voie des réparations et du repentir était fait. Des démonstrations non moins significatives suivirent bientôt. Le 24 juin 1317, Philippe le Long reconnut, par lettres patentes, qu'aucune tache
1 Archives de TEmpire. Registre 404, n° HZ^
d'infamie ne devait s'attacher aux enfants d'Enguerrand de Marigny à raison de sa mort ^ Mais la réhabilitation la plus éclatante d'Enguerrand de Marigny devait venir de celui-là même qui Tavait fait condamner. Atteint, à son tour, par la maladie, à moitié paralysé, arrivé, après une vie des. plus agitées, en face de la mort et de l'éternité, Charles de Valois se reprocha l'acharnement avec lequel il avait poursuivi Enguerrand de Marigny. Il fit publiquement, en 1325, amende honorable de ses torts. Sa maladie s'aggravant, disent à ce sujet les chroniqueurs de l'époque, il fit fûre aux pauvres de Paris une distribution d'argent, et à chaque denier que donnaient ceux qui étaient chargés de cette distribution y ils disaient : a Priez pour le seigneur Enguerrand et pour le seigneur Charles, » mettant toujours, c'est le peuple qui en fit la remarque, le nom d'Enguerrand de Marigny avant celui de Charles de Valois *.
Juste mais insuffisante punition d'une des plus grandes iniquités que la passion et la cupidité aient fait commettre ! Quels qu'eussent été les torts d'Enguerrand de Marigny, ils devaient être couverts, surtout aux yeux de Charles de Valois, par l'approbation constante de Philippe le Bel. Les princes de la branche de Valois ne
* Archives de TEmpire. Registre 53, n*" 226.
* Continuation de Guillaume de Nangis, p. 986. Voir auçsl les Grandes Chroniques de Saint-^Denys, t. Vé
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négligèrent j d'ailleurs, aucune occasion de réparer l'outrage et le tort immenses faits par leur auteur à la famille de Marigny • On a vu que Jean de Marigny était devenu d'évêque de Beauvais, chancelier de France, ambassadeur, archevêque de Rouen. En 1340, des lettres de Philippe de Valois l'autorisèrent à racheter, de concert avec son frère Robert, les biens d'Enguerrand de Marigny que Louis le Hutin avait donnés à la reine Clémence, et tout porte à croire que c'est Philippe de Valois lui-même qui paya les frais de ce rachat. D'un autre côté, Jeanne de France, reine de Navarre, fille posthume de Louis le Hutin, ayant pris en amitié Yde, fille de Louis de Marigny, la maria en 1348 avec Jean de Melun, fils aîné du comte de Tancarville, connétable et grand chambellan héréditaire de Normandie. Vers cette époque, la plupart des biens d'Enguerrand de Marigny étaient rentrés dans sa famille. Cependant, la mémoire de l'ancien favori de Philippe le Bel n'avait pas encore été formellement réhabilitée, et tandis que quelques-uns de ses descendants occupaient, sous le gouvernement des Valois, tes postes les plus élevés, son corps gisait obscurément dans cette église des Chartreux 011 il avait été déposé quand Louis le Hutin consentit à ce qu'il fût soustrait à Tinfamie du gibet. Ce fut le plus perfide et le plus cauteleux des Valois, Louis XI, qui, cent soixante ans après la mort de cette victime éclatante du chef de sa race, permit d'élever à Enguer-
rand de Marigny, dans Téglise d'Écouis, ua mausolée sur lequel on grava riuscription suivante * :
CY DESSOUS OIST DE CE PATS l'hONNEUR^