‹ Enguerrand de Marigny, Beaune de Semblançay, le chevalier de Rohan: épisodes de l'histoire de FranceChapitre 16 sur 66 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Les contemporains et la postérité. — La France sous François !•'. — Les mauvais garçons. — La ville de Troyes incendiée par des voleurs. — Craintes des Parisiens. — Description de Paris en 1528. — Incendie de Montargis par des soldats licenciés. — Les mœurs du temps. — Grâce accordée par François I"" à une femme adultère. — On fait bouillir les faux monnayeurs. —François I^ et les luthériens. — Cruauté du roi à leur égard. — Le pape Paul III intercède en leur faveur. — Changement de système en ce qui les concerne. — François I*"" protégé par son goût pour les arts et. les lettres.— Les dames de la petite bande et autres. — Inclination de la reine de Navarre pour son frère, prouvée par une lettre. — Intimité de Diaae de Poitiers et de. François P'. — Les femmes sous son régne. —Il fait fortifier Paris. — Troubles à Lyon. — Les financiers.— Exécution du trésorier Jean de Ponchet.

Cest un admirable repoussoir que réloignement pour le point de vue historique et l'on imaginerait difficilement, s'il n'en existait mille preuves, quel lustre il donne aux événements comme aux hommes. Les informes et grossières décorations d'un théâtre ne gagnent pas plus à être vues à distance que la plupart des époques qu'on est habitué à considérer comme les plus prospères et les plus brillantes. Chaque jour, Tétude des documents originaux met en relief de nouveaux faits à l'appui de

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cette assertion. Grâce à ces enquêtes rétrospectives , plus d'une individualité autour de laquelle il s'est fait une sorte d'auréole, se trouverait exposée, si elle était soumise à un examen impartial fait avec le secours de mémoires écrits au jour le jour par des témoins oculaires, à perdre le prestige qui l'environne. Quelquefois, c'est le contraire qui a lieu ; mais ces bonnes fortunes de l'histoire sont plus rares. Souvent, il est vrai, les hommes sont de mauvais appréciateurs des événements au milieu desquels ils ont vécu. Cette vérité éclate surtout dans un petit nombre de circonstances, quand, par exemple, un gouvernement s'est proposé un but dont les générations suivantes pourront seules mesurer la portée. Mais-en général, il faut bien tenir pour vraies les impressions des chroniqueurs contemporains qui, fuyant la publicité et n'ayant pris aucune part aux affaires publiques, n'ont re cherché ni honneurs, ni faveurs. Leurs écrits peuvent être parfois passionnés à l'égard des hommes. Les mœurs et l'état social de leur temps trouvent presque toujours en eux des observateurs dont on ne saurait suspecter la véracité.

Appliquons cette méthode à un roi populaire, à François I"^. Des notes, récemment publiées sur son règne par un contemporain ' , permettent d'en faire une appré-

y Journal d'un Bourgeois de Paris sous François /«% édite par M. Lalanne (Publication de la Société de l'histoire de France) , l toI. in-8, 1854.

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dation plus exacte que toutes celles que les historiens en ont données jusqu'à présent. On a sur ce r^ne, sans compter les œuvres du plus fanfaron des écrivains, de Brantôme, les mémoires du maréchal de Fleuranges et de Martin du Bellay \ mais ces récits, en quelque sorte officiels et dont les auteurs semblent toujours craindre de se compromettre, ne trai* tent que de la guerre, des ambassades et des événements de cour. Livres précieux pour Thistoire comme on récrivait jadis, mais passant sous silence les faits auxquels on attache aujourd'hui le plus d'intérêt, parce qu'ils donnent à une époque sa physionomie , les mémoires de ce genre ne font connaître ni la condition du peuple des villes et des campagnes , ni le détail de ses charges, ni Tassiette des impôts, ni Tétat des mœurs, ni le travail des esprits, rien enfin de tout ce qui constitue véritablement la vie d'un pays. Le Journal (Tun Bourgeois de Paris sous François 1*' complète très-utilement, sous ce rapport, les mémoires du maréchal de Fleuranges et de Martin du Bellay. Ce bourgeois, dont le* nom est resté inconnu, n'est pas un habile écrivain. On peut même assurer qu'il ne s'attendait guère à la publicité que ses notes viennent de recevoir. Tant mieux! On a de la sorte, dans toute leur sincérité, les impressions d'un contemporain de bonne foi sur ce que ne disent pas les chroniqueurs dont la lignée et les antécédents gênaient la plume ^ on

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voit mieux ainsi, malgré réioignement , la véritable condition de la France pendant le règne du prince fameux qui, grâce à d'habiles largesses faites aux universités, aux architectes et aux artistes de son temps, est resté, nonobstant ses fautes et ses vices, Tun des rois de France les plus populaires. L'état du royaume, à l'époque où il Ta gouverné, est-il de nature à justifier ce jugement? Interrogeons le Bourgeois de Paris,

La première obligation d'un gouvernement est de sauvegarder les personnes et les propriétés contre les attaques à main armée et les violences dont elles pourraient être l'objet. Cette obligation est tefte qu'on peut dire que l'impôt n'est véritablement dû qu'à ce prix. Tout gouvernement qui ne sait pas défendre la propriété, et à plus forte raison les personnes, contre la force brutale, manque à sa mission et fait en quelque sorte aveu d'impuissance. Cette impuissance , occasionnée sans doute par les longues guerres du règne, se manifesta sous François P' de la manière ta plus fâcheuse pour les populations rurales. Déjà , un an après l'avènement de ce prince, des bandes de voleurs parcouraient, au nombre de deux où trois cents, les provinces voisines de la capitale , pillant et égorgeant, jusqu'aux portes de Paris, les malheureux qui ne pouvaient satisfaire leur rapacité. On pouvait se croire ramené au temps funeste où Charles VII ayant peine à défendre les lambeaux qui lui restairat de son

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royaume, les écorcheurs et routiers achevaient, à qui mieux mieux, la besogne des Anglais. Sous François I*', ces malfaiteurs avaient reçu du peuple le nom de mâuvais garçons. Le Bourgeois de Paris raconte qu'on en brûla, dès le commencement du règne, un grand nombre à Rouen et à Paris ^ mais la race n*en était pas éteinte. Sept ans après, un édit du roi autorisait les juges subalternes à faire pendre et étrangler les mauvais garçons, afin d'obvier, disait l'édit, « aux grands maulx, pilleries, larcins, meurtres qui se faisaient en France. » De son côté, le connétable de Bourbon, que le roi avait envoyé dans la Brie pour châtier des bandes de mauvais garçons, en avait fait, peu de temps auparavant, prompte et sévère justice.

Sur ces entrefaites, la bataille de Pavie fit rentrer en France des corps nombreux occupés depuis plusieurs années en Italie. Vers le même temps, on apprit à Paris que des gens d'armes italiens et français désolaient les environs de Pontoise et menaçaient de prendre d'assaut l'abbaye de Maubuisson. Heureusement, le gouverneur de Paris et le prévôt des marchands, suivis des deux bourreaux de la ville, d'un grand nombre d'archers, d'arbalétriers et d'arquebusiers, arrivèrent à temps pour prévenir un pareil désastre. Un certain nombre de ces bandits furent pendus sur place. Malgré cet exemple , les environs de Chartres , de Melun et de Provins furent désolés, l'année suivante, par

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cinq à six mille hommes à pied et à cheval, qui, sous prétexte qu'ils n'étaient pas payés exactement, rançonnaient sans pitié les paysans du plat pays et les haHilants des villes ouvertes. « Et n'y sçavoit-on mettre remède, dit le Bourgeois de Paris, au moyen du gros nombre qui y estoit. »

Ces violences paraissent d'ailleurs avoir cessé vers 1524, et rien n'indique qu'elles se soient renouvelées dans les vingt dernières années du règne de François P'. Une catastrophe qui détruisit les trois quarts d'une des plus grandes villes du royaume et jeta l'épouvante dans toutes les autres, se rapporte à la même époque. Le S4> mai 1524, la ville de Troyes devint, en grande partie, la proie des flammes. Cette ville, alors la plus industrieuse et la plus florissante de la France, avait tenté la cupidité de quelques hommes qui espéraient faire main basse sur ses richesses, à la faveur des désordres inséparables de l'embrasement simultané de ses divers quartiers. Le bruit courut et une enquête démontra que le feu ayait été mis sur plusieurs points à la fois par des enfants de sept à huit ans, auxquels des inconnus déguisés et qui changeaient souvent de costume avaient donné de l'argent. Sept grandes églises furent réduites en cendre, et plus de trois mille personnes, auparavant riches, complètement ruinées. Le nombre des maisons consumées par les flammes s'éleva à seize cents. A la suite de cet incendie, on brûla et l'on pendit

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à Troyes et à Paris quelques-uns de ces enfants qui confessaient avoir mis le feu à la ville. En même temps, * les bruits les plus sinistres circulèrent à Paris et dans la France entière. On prétendit que Tincendie de Troyes avait été tramé et organisé en Italie par le connétable de Bourbon, que les matières propres à mettre le feu avaient été préparées à Naples, que Paris et d'autres villes du royaume étaient menacées du même sort. Naturellement, ces rumeurs jetèrent Teffroi dans la population parisienne. Quatre ans après Tépoque dont nous parlons, en 1528, un ambassadeur vénitien faisait de la capitale de la France la description suivante :

« Paris est une ville très-grande, très-belle, trèspeuplée, la seule, à mon avis, qu'on puisse comparer à Venise. On lui donne sept cent mille habitants, mais elle eu a bien au moins trois à quatre cent mille. Les rues sont belles, ornées de boutiques merveilleusement riches. Les maisons sont plus commodes qu'agréables à la vue. Les marchands riches y sont en. grand nombre et les gentilshommes aussi. Le Parlement y siège et il est la principale cause de la grande affluence qui se remarque dans cette ville . L'Université compte un nombre considérable d'étudiants. Aussi, quand le roi vient à Paris avec la cour^ il n'y parait pas plus de monde qu'auparavant, tant la population ordinaire est nombreuse. Et cependant (chose incroyable ! ) les vivres y sont à bon marché, et plus abondants peut-être que nulle part.

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A voir ce qui y entre tous les matins, on dirait que cela suffirait pour trois villes^ mais lorsqu'on pense au nombre des habitants, on s'étonne comment ils peuvent trouver suffisamment de quoi manger. D'abord les alentours sont fertiles et riches -, puis la Seine et ses affluents y apportent de tous côtés des vins, des vivres et toute sorte de choses 5 la Seine enfin, mettant en communication Paris avec la mer, lui fournit tous les avantages du commerce maritime. Aussi ne faut-il pas s'étonner de l'abondance qui règne dans Paris, notamment lorsqu'on pense à l'admirable industrie de ses habitants. Entre autres métiers, il y en a qui travaillent en argent, et d'autres en or, d'une manière très-fine et très-jolie, et ces travaux sont recherchés partout, en France et au dehors. Mais tout ce qu'on pourrait raconter de Paris ne serait jamais assez -, aussi finirai-je par dire que c'est la plus grande et la plus belle ville de l'Europe ^ »

On se figure l'émotion que devaient y produire les craintes suscitées par l'incendie de Troyes. Cependant, les bourgeois, le prévôt, les échevins et le parlement s'étant assemblés à ce sujet , décidèrent que les habitants feraient le guet, que les soupiraux des caves seraient fermés, les rues éclairées la nuit, et que des provisions d'eau seraient toujours prêtes dans toutes

' Relations des ambassadeurs vénitiens, 1. 1, p. 31 . [Voyctge d^ André- Navagero en Espagne et en France, 1 528.)

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les maisons. Ces précautions étaient-elles justifiées? Y avait-il) comme on le disait, un projet d'incendier la capitale du royaume pour en faire le pillage? Vrai ou non, ce bruit circulait, a Et, disait-on, ajoute le Bourgeois de Paris, que dix jours après l'incendie de Troyes furent en aucunes maisons trouvez des huis et fenestres marquez de croix de Saint-André noires, faictes de nuit, par gens incognuz. » Ce qui est certain, c'est qu'on brûla et pendit dans Paris un grand nombre de gens qui passaient pour des boute-feux. Les Parisiens continuèrent à faire le guet pendant deux ans , dans la crainte d'un incendie. Bien eût pris aux bourgeois de Montargis de suivre cet exemple; leur ville n'aurait pas été brûlée en entier, le 25 juillet 1525. A la vérité, les incendiaires de Montargis n'étaient pas, comme ceux de Troyes, des inconnus, mais des gens d'armes licenciés qui, ayant eu querelle avec les habitants qu'ils ne voulaient pas payer, mirent le feu à leurs maisons. Le dommage fut immense. Revenus de leur stupeur, les gens de la ville et des environs se mirent à la poursuite des gens d'armes pour leur faire un mauvais parti, mais ils ne purent les atteindre, et en retournant sur leurs pas, ils ne trouvèrea plus que les cendres fumantes de leurs demeures et d'immenses pans de murs calcinés par le feu.

Le Journal du Bourgeois de Paris n'enregistre pas avec l'exactitude de la Gazette des Tribunaux tous les

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crimes de son temps; mais il en dit assez pour constater une fois de plus que nos bons aïeux ne valaient pas mieux que leurs descendants du dix-neuvième siècle. Il n'est pas question ici des passions religieuses déjà violentes à cette époque, on en verra la preuve plus loin, mais des crimes privés suscités par les égarements de Tamour et par la cupidité, ces passions étemelles du cœur humain. « Uan 1535, dit notre Journal, le 8* de may, fut tué le fils de M. de Gapanes, à Paris, par le Bis du feu président Clutin et trois ou quatre autres. Et ce, par jalousie, à cause de la femme d'un Élu de Paris, et pour ce qu'eux deux se trouvèrent en sa maison. » Quelques années auparavant, un procès en adultère, que le rang des personnages mis en scène et diverses péripéties rendirent célèbre, avait donné de l'alimenta la malignité naturelle des Parisiens.

La femme d'un lieutenant civil du Châtelet, nommé Ruzé, avait quitté la maison conjugale, avec sa chambrière et deux galants, fils du bailli d'Orléans, du nom de^ Saint-Mesmin. L'action était peu honnête -, ce qui rétait encore moins, c'est que la dame avait emporté avec elle sa vaisselle d'argent et ses bijoux. Après quelques mois de vagabondage, elle revint à Paris, et, sur la réquisition de son mari et de ses parents, fut renfermée d'abord chez un huissier, ensuite dans le couvent des Haudriettes. On lui fit son procès, qui amena les plus tristes révélations : convaincue d'adultère, d'in-

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ceste et de vol à l'égard de son mari, elle fut condamnée à un emprisonnement de trois ans dans le couvent des Cordelières. Quant aux frères Saînt-Mesmin, ils furent acquittés, dépéris compensés. L'arrêt n'ayant satisfait personne, les parties en appelèrent devant le parlement, qui prononça, dix-huit mois après l'enlèvement, un arrêt définitif portant que la dame Ruzé serait battue de verges, rasée ; qu'elle porterait l'habit de religieuse toute sa vie, et qu'elle recevrait de l'abbesse du couvent la discipline, trois vendredis consécutifs. Le lieutenant civil, son mari, devait, de son côté, lui donner quatre-vingts livres par an pour sa nourriture et ses vêtements.

Que se passâ-t-il à la suite de cet arrêt ? Le Bourgeois de Paris n'en sut rien sans doute, et, si par hasard il lui revint à ce sujet quelque version des malins du Palais, sa discrétion est trop grande pour qu'il se soit permis la moindre critique. Quoi qu'il en soit, les Parisiens durent être bien surpris en apprenant un beau jour « que le Roy avoit baillé sa franchise et liberté, comme auparavant, à la femme du lieutenant civil du Châtelet. » C'était faire peu de cas des arrêts dé la cour souveraine. II est vrai que François P' créait, à cette époque, des places de conseiller au parlement moyennant finance, et probablement il ne se croyait pas tenu a beaucoup d'égards envers la nouvelle magistrature. Un

grand nombre d'arrêts exécutés dans toute leur rigueur

prouvent d'ailleurs qu'il n'abusait pas du droit de grâce. Que de fois les luthériens, les financiers accusés de concussion, les faux-mohnayeurs se ressentirent de sa sévérité I La peine inQigée à ces derniers avait notamment un cachet de barbarie qui, aujourd'hui, indigne et révolte : on les faisait bouillir. Ecoutez plutôt l'impassible Bourgeois de Paris : « Le 9 novembre 1527, Yon de Lescut, marchand de Paris^ fut bouilli au marché aux Pourceaulx-lez-Paris, parce qu'il avoit, par l'espace de plus de quinze ans, faict faulce monnoye d'or et d'argent, au moyen de quoi il avoit faict grosses acquisitions. » Je ne sais au juste à quelle époque cet affreux supplice a cessé d'être usité en France ; mais on rougit de le voir encore appliqué dans ce siècle si élégant et si raffiné sous d'autres rapports, qui est devenu pour la postérité le siècle de la Renaissance !

Quant aux luthériens, les persécutions dirigées contre eux far François P' sont la grande tache de son règne. On comprend que le gouvernement attachât une extrême importance à conserver dans le royaume Tunité de foi. Il y avait là pour la France une question de force, d'avenir, d'existence peut-être. Sous ce rapport, on peut dire que l'abrogation de la pragmatique sanction par François P', malgré la résistance obstinée et prolongée des parlements, a sauvé le catholicisme, nonseulement en France, mais en Europe. Qu'on se figure rinfiuence qu'aurait exercée la continuation

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des brigues scandaleuses et des désordres auxquels donnait lieu la nomination aux grades ecclésiastiques par voie d'élection. Sans le concordat conclu entre François I"^ et Léon X^ grâce aux soins du chancelier Du Prat« pour qui la négociation de cet acte célèbre sera toujours un titre de gloire, la France courait le risque de devenir protestante. Or, qui peut prévoir les tempêtes qu'aurait excitées, dans une nation aussi impressionnable, Fesprit de discussion passé en quelque sorte à Tétat de dogme et formant la base de la constitution religieuse du pays?

Mais, s'il faut louer François I" d'avoir voulu s'opposer aux progrès des nouvelles sectes en France, on ne saurait trop s'élever contre l'inhumanité et la barbarie dont il fit preuve dans sa croisade anti-prolestante. Il est juste sans doute, en pareil cas, de tenir compte des mœurs du temps ^ mais le premier devoir d'un prince, et ce qui l'honore le plus dans la postérité, c'est de savoir résister aux exigences populaires et aux. passions contemporaines, surtout c^uand elles sont avides de sang répandu. François P' se faisait gloire, on le sait, d'avoir à sa suite des savants chargés de le familiariser avec les chefs-d'œuvre de l'antiquité grecque et latine. On a peine à comprendre que Tétude des civilisations athénienne et romaine, ainsi que le spectacle des vices et des vertus des deux peuples, n'ait pas humanisé son caractère , et que la généro-

siié de quelques-uns de leurs grands hommes n'ait été qu'un sujet de vaines discussions pour les rhéteurs de sa cour. Malgré les efforts de quelques esprits d'élite, notamment de Clément Marot et de Marguerite d'Angoulême, François P' combattit la réforme par des moyens dignes, sauf le nombre des victimes, de Néron et de Dioclétien. Cent fois, sous son règne, le même marché aux pourceaux où l'on faisait bouillir les faux-monnayeurs, et la place de Grève virent s'élever des bûchers destinés aux sectateurs de Luther. Le Journal du Bourgeois de Paris est plein de la description de ces supplices. Le premier, à ce qu'il semble, eut lieu en 1525, à Grenoble, où le grand commandeur de Viennois fit brûler un cordelier luthérien. A partir de cette époque jusqu'en 1535, les exécutions se succédèrent sur tous les points du territoire, principalement à Paris-, ce qui prouve encore une fois que la cendre des bûchers engendrait, suivant la coutume, de nouveaux martyrs. L'une de ces exécutions fit surtout le plus grand bruit : ce fut celle d'un gentilhomme nommé Berquin, condamné une première fois, absous, poursuivi de nouveau et brûlé en Grève, au mois d'avril 1529, pour avoir refusé d'abjurer les dogmes de Luther. Et non-seulement on punissait de mort les partisans de la religion nouvelle, mais encore ceux qui ne les dénonçaient pas à la justice. « Le premier samedi d'avril \ 530, dit le Bourgeois de Paris, fut publié que quiconque sauroit aucuns luthériens se-

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crets, it les vtot révéler à la cour de Parlement, et qa'on donneroit vingt escus d'or au révélant ; autrement, gui les recéleroil serait brusîé. » Vers le même temps, le roi bannissait pour cinq ans, après confiscation de biens, un riche particulier nommé Meigret le Magnifique, « parce qu'il estoit luthérien et mangeoit de la chair en caresme, et les vendredis et samedis. » Mais c'est surtout vers la fin de iS34 et au commencement de l'année suivante que la persécution contre les luthériens futachamée, implacable. Le 28 octobrel534, on en brûla trois à la Croix-du-Trahoir et trois aux Halles. Le 10 novembre suivant, on en condamna sept autres, qui furent aussi brûlés dans divers quartiers de Paris, la plupart après avoir eu le poing coupé. Le lundi â5 janvier 1535, on somma de comparaître avant trois jours, et sous peine de confiscation, soixante-treize luthériens, parmi lesquels figuraient un prêtre d' Atençonet Clément Marot. Vers la même époque, on brûla, à Paris seulement, d'après l'indication détaillée qu'en donne le Bourgeois de Paris, plus de trente luthériens, au nombre desquels on comptait des femmes, des écoliers, des marchands, des libraires, des artisans de tous états.

Loin d'êire pojuitniics comme le furent les mesures de rigueur prises coiitn> les protestants sous Louis XIV, ces odieuses exéciitiuns soulevaient, dans les classes moyennes et supriiourcs, les plus vives répugnances. Le scnl![ncnt de rL'piilsion qu'elles inspiraient fut tel

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que le pape Paul III intervint lui*-mèioe auprès de François I", pour en arrêter le cours. Ce fait, qu'aucun historien n'avait signalé jusqu'à ce jour, est mentionne dans le Journal du Bourgeois de Paris. Suivant lui, le bruit courut à Paris, au mois de juin 1535, que le pape « adverti de l'exécrable et horrible justice que le roi de France faisoit en son royaume sur les luthé* riens, quoiqu'il peûsàt qu'il le fit en bonne part, le pria et requit par ses lettres, de vouloir apaiser sa gurme et rigueur de justice, en leur faisant grâce et pardon. » Il faut rendre justice à François V^ : à dater de cette époque, la persécution contre les luthériens perdit, sauf dsms une circonstance fatale où le président du parle* ment de Provence outrepassa ses ordres, le caractère de violence et de barbarie qu'elle avait eu pendant dix ans, et qui avait indigné tous les hommes modérés. Pour preuve de ses dispositions à changer de système, le gouvernement, sur la demande du pape, fit grâce et accorda leur liberté aux luthériens qui gémissaient dans les prisons, et rappela les soixante-seize qu'il aVait bannis quelques mois auparavant. Une déclaration du 16 juillet 1535, portant que les hérétiques fugitifs pourraient rentrer en France, sous la condition d'abjurer, donne l'idée des rigueurs auxquelles le gouvernement s'était laissé entraîner. Ce fut un noble rôle pour la papauté de l'avoir arrêté sur cette pente. Le successeur de saint Pierre, en donnant un semblable conseil au

successeur de Charlemagne, lui avait parlé le véritable langage de rÉvaogile. Pourquoi la mère de Charles IX et les ministres de Louis XIV ne Teurent-ils pas mieux présent à Tesprit ?

Heureusement pour François P' et pour I^ouis XTV, leur goût pour les arts et les lettres, les faveurs qu'ils ont tous deux accordées aux savants, aux poètes, aux grands peintres, aux sculpteurs et architectes de leur temps ont eiSacé de la mémoire des peuples le souvenir des persécutions sanglantes auxquelles luthériens et protestants ' ont été en butte sous leurs règnes. Les cbefs^d'cduvre qu'ils ont pris sous leur protection ou fait édore leur ont été, à Tun comme à Tautre, un précieux talisman. Mais ce prestige a été particulièrement utile à François 1^. Des contemporains impartiaux font de ce prince un portrait sévère. « Le roi très-chrétien, écrivait à son gouveme- BDient un ambassadeur vénitien à la cour de France, n*aime ni les affaires, ni les soins de TËtat, mais plutôt la chasse et les plaisirs *, tandis que l'empereur (Charlei^ Quint) ne rêve que les affaires et les moyens d'augmenter sa puissance. Le roi de France est simple, ouvert, libéral, docile à Tavis da ses conseillers^ Fautre est très-réservé, très-parcimonieux, ferme dans ses vouloirs, et il se conduit d'après son propre avis, plutôt que d'après celui des gens qui l'entourent *. » Après les

^ GoUeettoB des doeumeota inéâtts sur rhtatoire de Franee. Jtelatwns des amèauadeurs vénitienê^ t. I, p. 176.

iU fiEAUNE DE SËMBLâNÇAY.

artistes, les hommes que François P' traitait avec le plus de bienveillance étaient les savants. Habile à les faire parler, il réparait, dans leur société, les négligences de son éducation première. Venaient ensuite les poètes. Émule lui-même, comme Louise de Savoie, sa mère, et la reine Marguerite de Navarre, sa sœur, de Marot et de Baîf, il se hasardait à composer, avec leurs conseils, quelques pièces qu'on applaudissait à Tenvi ^ . On voit par ce qui précède quelles devaient être les tendances de cette cour, où une femme, une favorite, exerça toujours, plus ou moin^ ostensiblement, Tinfluence suprême, qui ne fut jamais accordée à la reine. Cette influence était échue, pendant les premières années du règne, mais non sans partage, à la comtesse de Chateaubriand. La reine mère, après la lui avoir longtemps disputée, parvint enfin à s'en emparer. Prévenue par la chute de celle qu'elle remplaçait, la duchesse d'Étampes ne songea jamais qu'à divertir et amuser le roi. S41 faut en croire les contemporains, elle eut et toléra dans ce but de nombreuses rivales. Les mêmes scandales qui s'étaient produits à la cour de Charles YII, dans les dernières années de son règne, se renouvelèrent à celle de François P'. a Le roi François, dit Brantôme, ayant choisi et fait une troupe qui s'appelait la petite bande des dames de sa cour, des plus

^ Les poésies de François I^' et de Louise de Savoie ont été publiées par M. A. Ghampollion-Figeac en un Yolame iii-8.

belles, gentilles, et plus de ses favorites, souvent so dérobant de sa cour, s'en partoit et s'en alloit en d'autres maisons courir le cerf et passer son temps-, et y demeuroit là quelquefois ainsi retiré, huit jours, dix jours, quelquefois plus, quelquefois moins, ainsi qu'il lui plaisoit et l'humeur l'en prenoit. » Indépendamment de ses largesses aux dames de la petite bande^ François P', le fait est avéré par une pièce comptable, encourageait et soldait d'autres désordres. Mais toutes les pièces ofBcieHes ne sont pas de nature à être reproduites, alors même qu'elles commencent, comme celle* ci, par la formule sacramentelle : François^ par la grâce de Dieu , etc. » Il faut noter, pour être juste, que la dépense à laquelle il s'agissait de pourvoir s'était pratiquée, dit la pièce olïîcielle, « de toute ancienneté ^ »

Une autre accusation plus grave, mais calomnieuse et qui doit être attaquée de front, a, depuis longtemps, été articulée contre François P'. La belle et spirituelle Marguerite de Navarre, sa sœur, éprouva, dit-on , pour lui une tendre inclination. On a tiré cette déduction d'une lettre, en effet, très-passionnée qu'elle lui écrivit et qu'elle le priait expressément de jrter au feu, ce que François P' oublia de faire, car la lettre originale existe encore ^.

* François /*' et sa cour, par M. Hauréau, p. 83.

* Nouvelles lettres de la reine de Navarre ^ publiées par M. Gcnin^ p. 4.

itë BËAUNË DE SEMBLANÇAY.

Les défenseurs mômes de Marguerite reconnaissent que sa lettre avait cette signification^ mais son contenu prouve en môme temps que François I" résista à l'entraînement dont elle est Vindice. Ainsi se déroulait dans r ombre et à travers les intrigues de la cour la plus galante et la plus désordonnée du seizième siècle, la contre-partie du drame de René. Si les ca^ ractères étaient différents, la lutte était la môme. Longtemps controversée et contestée ^ la liaison de François P' avec Diane de Poitiers, la fille du seigneur de Saint-Vallier , complice du connétable de Bourbon^ est aujourd'hui certaine. Le témoignage du Bourgeois de Paris est, sur ce point encore, curieux à noter, a Et estoit bruit , dit-il , que le dict seigneur de Saint-Yallier avoit menacé le roy, en son absence, de le tuer, à cause de la défloration d'une sienne fille qu'on dict qu'il avoit violée. » D'autres témoignages beaucoup plus positifs confirment cette intimité devenue volontaire. Dix-sept lettres de Diane de Poitiers, postérieures de plusieurs années au procès de son père, constatent que la passion de François P' pour elle dura cinq ou six ans. n N'estoyt a cause de la paresse de vostre honneste main de roy, lui écrivaitelle un jour qu'il tardait trop sans doute a lui répondre, je n^eus oncque occasion de me plaindre jusqu'à cette heure 5 car les liens de dure pryson (l'exil à Madrid) ne autres adversités ne m'ont si longuement

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privée de êùn heureux effet '• » Grâce à ces inclinations du maître, la cour de François P' était un théâtre de galanterie^ de fêtes, de plaisirs plus ou moins délicats. <( Les femmes faisoient tout, dit Tavannes, même les généraux et les capitaines. » On n'en eut que trop la preuve lorsque Fambitieuse comtesse de Chateaubriand fit donner le commandement de l'armée d'Italie au maréchal de Lautrec, son frère, dont la violence et les fautes eurent les plus tristes suites. Le même chroniqueur parle comme il suit de la vie intime et secrète de François P' : « Il eut quelques bonnes fortunes, et beaucoup de mauvaises. »

Cependant, si animés et si brillants qu'ils puissent être, les divertissements et les fêtes des cours ne suspendent pas les crises ordinaires de la vie des peuples. Pendant que le gouvernement faisait tous ses efforts pour mener à bien la guerre d'Italie^ il avait à soutenir une lutte très^vive, très-animée, contre les Anglais, qui lui disputaient, avec des chances variées, et souvent avec succès, les provinces de l'Artois et même de la Picardie. En 1523, le jour de la Toussaint, la panique des Parisiens fut telle que les prévôts et échevins ordonnèrent de tendre les chaînes dans les rues, comme cela se pratiquait toutes les fois qu'on redoutait un grand danger

* Journal d'un Bourgeois de Paris, etc., pièces juslificatives, p. 4U3.

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public. En même temps, le gouverneur de Paris, M. de Vendôme, fit commencer les remparts du faubourg Saint-Honoré et fortifier ceux du faubourg Saint-Denis ^ mais on les abandonna huit jours après, pour les reprendre d'ailleurs bientôt. Ces craintes incessantes d'une invasion étrangère firent que la question des fortifications de Paris joua un grand rôle pendant le règne de François P^ Benvenuto Cellini raconte dans ses mémoires qu'il fut consulté et donna son avis à ce sujet durant le séjour qu'il fit à Paris. Après la bataille dé Pavie, les Parisiens, aveuglés par la frayeur, voyaient déjà leur ville envahie, saccagée, la France démembrée, rayée de la carte des nations. La régente , il faut le dire à son honneur , ne partagea pas ces craintes pusillanimes; les dispositions énergiques qu'elle prit sans hésiter sauvèrent le royaume. Environ dix ans après, la guerre avec l'Angleterre continuant, le gouvernement en était encore à craindre de voir la capitale prise d'ash saut. Pour prévenir ce danger, on reprit l'œuvre si souvent interrompue des fortifications de Paris. Le cardinal du Bellay , alors gouverneur de la ville , se rendit lui-même sur les lieux avec un grand nombre d'archers, pour activer les travaux. Ces préparatifs de défense produisirent leur effet, et les Anglais renoncèrent à leur plan de campagne sur Paris,

Des accidents d'une autre nature préoccupaient aussi parfois le gouvernement. La chertp des subsistances

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avait causé à Lyon, quelques années auparavant, une émeute qui amena une répression terrible. Dans un moment d'effervescence et de délire, le peuple avait pillé quelques maisons a et occis, dit le Bourgeois de Paris, un pâtissier de la ville, riche homme, qui leur faisait des remontrances. » François P' était alors à Blois ; il envoya immédiatement à Lyon le prévôt de rhôtel, avec ordre de faire prompte justice. Celui-ci ne s'acquitta que trop consciencieusement de sa mission. Sur une première enquête, il fit pendre tout d'abord vingt révoltés des plus compromis. Ce début promettait. Justement effrayés par cette justice expéditive, un grand nombre d'habitants se sauvèrent , redoutant le même sort.

Ces exécutions en masse étaient heureusement accidentelles. Celles des financiers, trésoriers et receveurs se renouvelèrent pendant tout le règne de François P', avec une fréquence singulière dont on n'a d'exemple à ' aucune autre époque. Toujours aux abois et aux expédients, le gouvernement battait monnaie, sans vergogne ni scrupule, aux dépens des hommes qu'il avait caressés dans ses moments de détresse et qui avaient mis à son service leur crédit, leur fortune. Rien ne lui était plus facile. Le danger passé, un bon procès pardevant des commissaires envoyait au gibet ceux dont on convoitait les biens. Le Journal du Bourgeois de Paris est plein de ces tragédies, comme disait énergi*

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quementËstienne Pasquier, à propos de Jacques Cœur, L'année 1535 vit, à quelques mois de distance, celles des trésoriers Besnier, GaiIlard«Spifame, Lallemand de Bourges et Jean de Poncber. Les trois premiers en furent quittes pour la confist^ation, l'amende honorable, le pilori et la prison. C'était déjà quelque chose. Le trésorier général du Languedoc, Jean de Pencher^ ne se tira pas même d'affaire a ce prix. Neveu de l'ancien archevêque de Sens et cousiii de l'évêque de Paris, il avait des amis puissants, dont l'un, prévôt à Paris, l'a-* vait longtemps protégé. Celui-ci mort, le bruit courut que Pencher allait être poursuivi. Il se méfiait du roi et surtout du chancelier Du Prat, qui lui en voulait. Il passa donc la frontière et se réfugia à Yaleneiennes ; mais, sur Tassurance que le chancelier, le roi de Navarre et le grand maître de France lui tirent donner qu'il pouvait revenir en sûreté, il fit la sottise de rentrer en France, a A son retour, dit le Bourgeois de Paris, il fut prins et mené prisonnier chez un huissier, puis fut ' pendu et estranglé le 24 septembre» ,• .• Trois ou quatre jours après, son corps fut secrètement dépendu et en* terré aux champs, où, ayant été trouvé, il fut rependu à chaînes de fer. Mais il fut mis en pièces et osté de là, tellement qu'on ne seut ce qu'il devint, n

Les mêmes circonstances avaient signalé, huit ans auparavant, la mort du surintendant Semblançay. Cette mort avait eu , comme on peut le croire , un bien au<-

tre retentissement que celle du trésorier Poncher. Tout en reconnaissant qjie Semblançay a été victime d'une intrigue de cour, les historiens et chroniqueurs du temps ont imparfaitement éclairci celte affaire. Nous allons essayer à notre tour, à Taide de quelques lettres et documents officiels qu'ils n'ont pas connus, de soulever un coin du voile qui cache encore le véritable mobile et les causes réelles de ce funeste procès.

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