CHAPITRE II
Exigences financières au commencement du règne de François !•'. — Origine et services antérieurs de Beaune de Semblançay. — Lettre adressée par lui à la reine-mère. — Faveur dont il jouit auprès d'elle. — Est Tami du connétable de Bourbon. — Lettres nombreuses adressées par François I"' à Semblançay vers 1520. — Lettre de Louise de Savoie, mère du roi, au sujet du surintendant. — II perd les bonnes grâces du roi et de sa mère. — Lettre de la sœur de François I"* à c^ sujet.— Tentative d'assassinat contre Semblançay. — Il écrit au roi qu'il va tenter l'impossible pour lui procurer de l'argent.
Depuis le règne de Charles VII et la grande infortune de Jacques Cœur jusqu'à François P', l'administration des finances du royaume n'avait été l'occasion ni le prétexte d'aucune disgrâce éclatante. On sait que, sous I^uis XI , la foudre frappait des tètes plus hautes que celles des financiers. Les caractères de Charles YII et de Louis XII répugnaient aux violences toujours populaires, sous l'ancienne monarchie, quand il s'agissait de ceux qui avaient eu le maniement des revenus publics. François P' et sa mère rouvrirent l'ère des persécutions contre les surintendants et receveurs des
finances de i'État. Jamais tant de condamnations ne les atteignirent dans leurs personnes et dans leurs biens. François l" était monté sur le trône le 1" janvier 1515. Les années qui suivirent son avènement à la couronne furent marquées par des événements heureux et promettaient un règne glorieux et fécond. La victoire de Marignan et la conquête du duché de Milan ne flattaient pas seulement Tambition du jeune roi. L'armée et la nation elle-même ne rêvaient plus que conquêtes, et déjà se croyaient maltresses de l'Italie. Vers le même temps, en 1519, François I" briguait le titre d'empereur d'Allemagne, et se berçait de l'espoir de dicter des lois à l'Europe entière. Mais bientôt les événements prirent un autre cours. L'empire fut donné à Charles-Quint, et les chances de la guerre devinrent de jour en jour moins favorables à la France. Cependant, il fallait subvenir aux payements des troupes, équiper et expédier sans cesse, soit sur les frontières du Nord, soit en Italie, de nouvelles levées. Le produit ordinaire des impôts et des biens domaniaux était évalué, vers cette époque, à quinze millions de hvres *, représentant environ quatre cents millions en monnaie actuelle. Les revenus courants ne suflSsant pas, le chancelier Du Prat fit créer, en 1520, vingt charges de con-
^ Recherches sur[les finances de h France, par Forbonnais ^ éd.t. m-4«5 1. 1, p. 18.
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seillers, dont la commission fut délivrée aux titulaires moyennant finance. De tous les moyens que les ministrès de François V" imaginèrent, dans les moments de détresse, pour alimenter les sources du revenu public, celui de vendre les places de magistrature fut, sans contredit, le moins heureux. Il est vrai que Louis XII y avait eu recours, dans une circonstance analogue; mais il avait recommandé à son successeur de ne pas suivre cet exemple. Des nécessités plus pressantes firent négliger cet avis, et la vénalité des charges s'introduisit dans l'administration.
Le ministre sur lequel, dans ces moments difficiles, pesait princiipalement le fardeau des finances, Jacques de Beaune, baron de Semblançay, vicomte de Tours, bailli et gouverneur de Touraine, était fils d'un argen* tier de Louis XI et de Charles YIII, originaire de cette province. U était né vers i450. Avant d'administrer les finances de François P*^, il avait été surintendant sous Charles VIII et Louis XII. La lettre suivante adressée par lui à Louise de Savoie, duchesse d'Angoulème, mère de François P', se rapporte sans doute aux pre* miers mois de l'année lol5.