‹ Enguerrand de Marigny, Beaune de Semblançay, le chevalier de Rohan: épisodes de l'histoire de FranceChapitre 25 sur 66 · CHAPITRE Jll · texte numérisé non relu

CHAPITRE Jll

Pfiliifra Inlarrafatoiiwg du ehev^Uei' de RoH««. — Se« déQéf^UoAS,

— Il est chargé dès le début par Van den Knden. — Préocciipation que l'affaire causait au gouvernement. — Louvois va interroger Yan Â99 S94ei| ft U 84l0Ud. «r {«ettrd qu'i) écrit à 69 «ujet à L011I9 KIY, et réponse du roi. — Les lettres de madame de Villars provoquent lei aveux complets du chevalier de Préaux. — De nouvelles arres-

(«Uops d# p#u 4'impi>rUAQe F§tar46nt Taffaire. ^ Curieuse lettre

qi}e La Reynie adresse à cet égard à Col})ert. — Les soupçons se portent, mais sans preuves, sur plusieurs personnages considérâmes, -cr Avem^ du ebQYlLlier de Rpbap, môles de grandes protestations de dévpuement au roi. — Van den Ëqden s'acharne toujours davantage contre le chevalier de Rohan. — Nomination d'une compnissioq ei^(i?»p]'4io»ife pour JMger le procès. — 3a coropQ^jtion. — Appelé devant elle, le chevalier de Rohan revient sur se^ déclarations. — Le cardinal de Rets et M. de Bouillon indiqués ,eomme eppspirftMKt -*- M? le l>uc eigp»lé par Yan den Snden eomme h plut grand i^éçonUnt et mwm^wraleur du rçyattme. — Cette déposition est supprimée sur l'avis de La Reynie, et par ordre du roi. — Les ft^cmé» m fuFfiQt pftn difeiidust ^ ^égisUtioQ da temp^ » ee «ujet.

— Motifs réels qui l'avaient dictée. — RéflexloQS qup cette absence de garanties soulève.

Le premiar ifiterrogatoire du cheYalier de Rohan fut xxfm négation gyfitépatique, L'aocusé nia que La Tréaumont lui eût jainais parlé du projet de soulever la Normandie» da livrar Quillabwf aux Espagnols, et (|u*il eût

eu lui-même Fidée de se mettre à la tète des révoltés. Il nia qu'il eût été question de se saisir de la personne du roi, en profitant de la faiblesse de sa garde dont la plus grande partie était à Farmée, et qu'il eût dit à Yan den Enden, en parlant de Louis XIV : « Nous l'aurons^ nous le tiendrons. » Il connaissait bien le chevalier de Préaux, neveu de La Tréaumont, mais il n'avait jamais été question entre eux d'aucun projet de révolte, et il affirma que personne n'avait, à aucune époque, parlé devant lui de la personne du roi qu'avec respect.

D'un autre côté, Yan den Enden précisait chaque jour davantage, dans ses interrogatoires, les faits qui incriminaient le chevalier de Rohan. Il exposa que, dans les premiers jours du moi$ d'août, celui-ci lui avait promis mille livres pour le mettre à même de faire le voyage de Bruxelles et de s'entendre avec le comte de Monlerey, au sujet du débarquement de la flotte hollandaise en Normandie ; qu'après un retard de quelques jours, La Tréaumont lui ayant compté cet argent, il avait essayé de se récuser en alléguant ses propres afiPaires, mais que le chevalier de Rohan lui avait dit : « Je n'ai que faire de cela ; vous êtes convenu de la somme de mille livres pour faire le voyage, il faut que vous le fassiez. » Yan den Enden ajoutait, pour justifier sa conduite, que le chevalier de Rohan lui avait dit un jour : « Quand on est dans une a£Faire, \\i moindre soupçon, il faut tuernn homme et témoigner

LE CHEVALIER DE ROHAN. â61

à ceux qui vous manquent qu'on a du courage et qu'on s'en ressent*. »

Quelques jours après, Vinstruction de Taffaire fit un pas de plus. On a la preuve de la préoccupation qu'elle donnait au gouvernement par le soin qu'avait le procureur général La Reynie d'en mander tous les détails a Colbert une ou deux fois par jour. En même temps, Lou vois allait en personne à la Bastille et interrogeait les accusés. La lettre suivante qu'il écrivit au roi, le 6 octobre 1674, pour lui rendre compte d'une conversation qu'il avait eue atec Yan den Enden, est curieuse sous plusd'un rapport ^

« J'ai été à la Bastille, comme j'ai eu l'honneur de le mander à V. M. ce matin. Van den Enden convient d'avoir eu cette instruction, mais il dit qu'il l'a laissée à Anvers entre les mains de son gendre. J'ai informé MM. de Besons et de Pommereu qui sortoient de la Bastille au même instant que moi, de la voie par laquelle on pourroit la tirer des mains de celui auquel il jure qu'il Ta remise. Ils en rendront compte demain à y. M. Le dit Yan den Enden ajoute que M. de Rohan lui disant qu'il y avoit beaucoup de gens en France de la même disposition que lui, l'avoit assuré que M. de Louvigny étoit du nombre et lui avoit dit plusieurs fois

^ Bibliothèqae impériale. Mss. 500 Colbert, n° 226, p. 49 et siiiv. ' Œuvres de louis XIV, t. III. Mémoires militaires, p. 522,

que si qu«)qH'H9 fWUfflt W France, il W 8P««t pM \% troisième. Je Fai dit à MM. de Besons et 0e Pçi()^)Qpfeil et je \tw M en m^:m ti^îWps téippign^ qy'il ^tPU 4? '* dernière çûnsèqMWpç que c^lft iSA i§nu secr^ti j^8q«'ài ce que V. M, ay^nt ^W d^ plnsi gr§n4^ çrepçg {({ir r^veu de M. Ip c^iev^ljer 0e Rûhiip 9H 0e mçlqa'up d^ cppjplice«, Y^w» prMr* ^4 Pégoluliqn qjj'ell^ estimer» cqpveqftWe, «e pwywt pas «we, ^uf yi^g ^ei^q dépositiQU 0'up ^ftfflpae çcmime Vftp 0@p Ep0ep, qu'il 9 folJu qu^ j'^i^ »idé poHf lui faire tfqHver J^ fioin 4§ M, 4e l4QUviguy, Y, Mi voulût f^r§ -arrêter mon 4it sieur de Louvigny

c( J'puhlieis de dire à Y. M. qye le^ le|tre^ 4^ la 4sfEue 0e Yillars qpt fait toui le bqn effet que l'W ppu^ voit0éârer, )e chevîiliw de fr^ux ftyaut tpvjmvQHéj de luraièfe qu^ Voilè iu§iuten»Bt 0eui^ ^mm^ \m cpnlexte^QUtre M* le chff¥ftli§r d^ Rph^p. »

Le même jqur, Lquî» XIV, ftlor» 4 VprçwUfiSf F^ap- 0it à Louvoie les lignes qui suivent^ :

« L'bpmiqp que V^p 0en Eu0pn vQUÇi ^ ppwupé Wfl surprend. Le parti que vqus avez pri^ l^-descrus ^t trèsbon. J'espèpe que je vpu8 V^rfii deipaip. Je m^ Ww en peine 0e If^ fièvre que ypus ïtvez. j'espère qu>l)e ng durera p9^. »

Les lettres de madame de Yillars, dont il est question dans celle de I^voi^ au roi, e|^|çnt ipp eget des ^'18 compromettantes. L'une de cas lettres advessées

m fA\w9\w d# Pré»ux qu'elle lûnmit ot qu'elle devait, diiaitpcm) épouser bientôt après^ contenait un passage tr^signifieatii Après d'amèrea dol^nces sur le peu de Qonfiance que son amant lui témoignait, madame de ViUars ajoutait : « J'avois ménagé plusieurs personnes qui eussent fait quelque obose> mais je vois bien que tout cela %'m ira i rien. Jamais il ne fit si bon : dix mille hommes viendraient jusqu'icy et se rendroient mattres de tout-^. Toute la noblesse de la haute et de la basse Normandie est commandée^ et ils sont sous les annes pour la défense publique, l^es HoUandois parois^ sent sur toutes les cOteSi et ron craint extrêmement qu'ils ne mettent pied à terre ^ je m'en vf^is voir tout ce bel arm^nent ^ « Après la lecture de cette lettre , Je chevalier de

Préauii ne pwvait plus contester sa participation au complot î il essaya vainement de se renfermer dans les réticences, les demi-aveux, et finit par dire^ dans l'espoir de désarmer ses juges^ bien des choses qu'il aurait pu taire sans danger pour lui. Il raconta que le chevalier de Rohan et La Tréaumoat s'étaient souvent entretenus de la possibîltté d'enlever la reine et le dauphin, pédant que le roi était à la tète de ses armées \ qu'ils avaimt composé ensemble les placards qui furent affichés en Normandie pour y exciter le peuple contre le

gouvernement, et où ils disaient aux nobles que s'ils restaient tranquilles, le roi les traiterait a comme en Turquie. » Suivant le chevalier de Préaux, le plan des conspirateurs était, quand ils auraient renversé le gouvernement, de convoquer une chambre dite de la liberté^ où tous les différends des gentilshommes seraient réglés sous la présidence du chevalier de Rohan qu'ils comptaient bien faire investir par le peuple d'une autorité à peu près illimitée. <( Quand la noblesse sera à cheval, avait dit La Tréaumont, il faudra venir faire révolter Paris et demander les Étabs-Généraux. » De son côté, le chevalier de Rohan s'écriait, en se frottant les mains de joie : a Je mourrois content si je pouvois une fois tirer l'espée contre le roi dans une bonne révolte '. » •

Cependant on était arrivé au milieu du mois d'octobre, et rien ne faisait espérer que l'instruction de l'affaire touchât à son terme. Chaque jour, le nombre des accusés augmentait -, mais les derniers arrêtés, peu compromis d'ailleurs, autant qu'on en pouvait juger, faisaient craindre par leur nombre de devenir un embarras et de rendre extrêmement difficile l'action de la justice. Le procureur général La Reynie comprit ce danger et le signala à Colbert dans une lettre du 16 octobre. Cette lettre fait voir à l'œuvre même, en une

^ Bibllotiièque impériale. Mss. 500 Colbert, n"* 226, p. 2Q0 et »uif .

LE GHEVAUER DE ROHÂN. 265

Circonstance importante, un homme qui a r^tnpli une place considérable dans l'administration de son temps ; elle est, en outre, une des. pièces intéressantes du procès. A ces divers titres, elle m'a paru mériter d'être reproduite ici en entier.

« L'affaire de la Bastille, comme procès, écrivait La Reynie, grossit, ce semble, plus qu'il ne faut. On apprend et on apprendra tous les jours quelque chose de nouveau, et si Ton se met en peine de suivre tout ce qu'on pourra découvrir, il est à craindre qu'on ne s'égare dans cette longue poursuite* On voit clairement le gros de l'affaire. Ce qu'on entrevoit au delà et mesme ce qu'on n'aperçoit pas encore s'éclaircira sans doute quand on y procédera d'une manière moins étendue. Avec cela, je ne sais s'il est bien à propos de faire le procès à tant de gens à la fois, de remplir ainsi les prisons, et si, au lieu de la justice que tout le monde attend de ceux qui se trouveront véritablement coupables et de la terreur qu'elle doit imprimer, on ne trouvera point quelque chose d'affreux dans cette multitude d'accusés et de criminels, et s'ils ne deviendront pas au public moins criminels par le nombre. Je n'en ai rien témoigné de deçà et l'intérêt du service du roi qui m'engage. Monsieur, à vous donner cet avis, demande de ma part que je me serve de cette voie et que j'use de cette précaution *. »

* Bibliothèque impériale. Msa. Supplément français, n^* 870.

268 LE CHEVALIER DE KfflAN.

sorte, suivant ses propres expressions, « par un emportement de tendresse et pour ainsi dire de jalousie, comme un amant en auroit pour sa maîtresse, i» que néanmoins, il avait eu le malheur de lui déplaire, et que, tout en ayant été invité maintes fois a lui demander une grâce, il s'était vu refuser plusieurs emplois, tels que le gouvernement de Guyenne, la charge de colonel général de Finfanterie française, celle de grandmattre de la garde-robe, celle de lieutenant général, et en dernier lieu, la faculté de lever un régiment de cavalerie. Il avoua ensuite qu'il avait entendu parler depuis longtemps de ce que Von pourrait faire en Nch*mandie ; qu'un jour, La Tréaumont et Tabbé de Préaux, frère du chevalier, lui avaient dit, dans un temps où ils le savaient très-désolé des refus réitérés du roi, que la noblesse de Normandie témoignait le plus grand mécontentement, par suite de l'imposition du Tiers et Danger; que, plus tard, il avait envoyé Yan den Enden en Flandre, mais, ajoutait-il, « sans prendre d'engagement et seulement pour voir ce que les Espagnols diraient; » que La Tréaumont s'était chargé de tout le détail de l'affaire, et ne lui avait rendu compte du contenu de la Gazette de Bruxelles du 11 avril que longtemps après que la chose eût été faite ; qu'ils avaient souvent parlé ensemble de la place de Quillebeuf comme pouvant être fort utile pour une entreprise de ce genre, en remarquant qu'on pouvait aller de Normandie i

LE CHEVAUER DE HOHAN. 269

Versailles sans avoir une rivière à traverser, mais que ce n'avaient jamais été que des projets vagues et sans effet. Le chevalier de Rohan termina en disant k qu'ayant toujours eu un profond respect et estime pour la personne de Sa Majesté, et Dieu ne punissant les pensées, il attendoil tout de la miséricorde du roi comme du plus grand et du plus généreux prince du monde ^ . »

Des historiens du temps ont prétendu, mais sans fournir aucune preuve à Fappui de leur assertion, que ces aveux avaient été arrachés au chevalier de Rohan par la promesse qu'il serait gracié s'il déclarait franchement la part qu'il avait prise au complot. Dans tous les cas, cette déclaration simplifia beaucoup le procès. Que se passa-t-il ensuite? Le chevalier de Rohan eut-il des raisons de croire que la promesse qu'on prétend lui avoir été faite ne serait pas tenue ? Il est certain que sa principale préoccupation fut, dans les interrogatoires ' qu'il eut encore à subir, d'atténuer l'effet de celui du 17 octobre. De son côté, Affinius Van den Enden semblait prendre à tâche, pour sauver sa vie, de corroborer chaque jour davantage les faits à la charge du chevalier de Rohan. Son interrogatoire du 25 octobre fut surtout des plus accablants. D'après cet interrogatoire, qui complétait les précédents en éclaircissant certains points restés obscurs jusque-là, il avait porté au comte de

^ Bibliothèque impériale. Mss. 500 Colbert^ n^ 226, p. 652 et suiv.

âTd LE GHBVALIËR DB RÛttAN.

Moqterey une note de La Tréaumont, du 6 avril, dans laquelle se trouvait développa le plan d^ la een^ira» lion. A Ift vérité, le chevalier de Rohan a'étût pas oité dans cette note, mais Van den Enden avait mission ^e le nommer, tout en demandant que ce nom ne figurât pas dans les eorrespondances avec la cour d'Espagne. Aux termes de la note, Van den (Ind^n devait insister pour obtenir, outre les secours d'hommes et d^argent dont }1 a été parlé, des pepfdons payables en Espagne, et qui devraient être de trente mille éeus pour le ehe» valier de Rohan, de vingt mille éous pour La Tréau» mont. On oeniialt la répenfie du comte d^ Monlerey à une partie de ces demandes. En ce qui concernait les pensions, il s'était engagé par écrit à se charger de celles dt^ eheyalier de ]^ohan]pt de La Tréaumont, ainsi que de rétablissement (le Van den Enden et *de tous ses parents. L'écrit portait , en outre, que la paix générale ne se conclurait pas sans que, conformée ment à la demande expresse que Van den Enden avait été ehargé de faire, le chevalier de Rohan, La Tréau<* mont et tous burs amis y fussent compris. La pote de M. de Monterey se terminait, dit Van den Enden, par des félicitations à M. de Rohan au sujet «c de la généreuse résolution qu41 avait prise pour le bien publie et le repos de TEurope <. »

* On tfeuvedass le Mss., b* STO du 9upplémm$ fiwn^, vert le

LS CHfiVAUPR m R0HAN. 214

U^vMm tous }9s mterpogatoir^P furent terminai ot

W tes iPÇPséi mm{ ^^ confrsHté^ eslra aux 9t »VM

1^ (émmusi te gouYern^m^nt pumma up^ cammissîm e)(iraorâm»ire pour te jug^ip^nt du proe^Si l'orgMiia*

tiOP iu4ie»irff âe e^We éppque offrit, intw autres }ftr cupfi, Mite d^UP iribupal ^upéri^ur »y«iit mwiap de jugey le» ftffmre^ jntére^^pt te »ùP§té da l'État, Touteg le§ im qu'yne affaire d^ t^e genre surgispit, il fallait cpipp^pf, Apr^s pQup, le tribunal qui devait en con« nf4ir§« CQPfîuUé §Mr la formation de la eommisaion eitFi^ordipaiF^ à établir pour juger la conapiration du cbevaliep dj Roban, ta Reypie inferma Cqlbert que, d'api*^ plu6teur§ e^^e^iples peu aneipp«> te préiidenea 4e Ift oepimMon ppuY^H ôtre déférée au ebaneelier, e| il cita pQ qui ^^était passé m lQSt6, im et «649, ou lea cb§peeUer§ gardes de§ pceQuii de Marillac, de Gbftteaut q^qf et Séguief avaient présidé le^ cpn)mi^^i()ps insti? tuée^ pqpp te jugepient de Chiilais , du inaréohdl de Harill^c, de Moptpiqrwcy et de Gipq-Ma?8i, Riep, en

qdptipistratiqn, i)*est iyr^pnique et absolu comme ee qu'on appelle un précédeptt Conformément à oeui

milieu do volnmai une plèoe de la main de La Reynie, in|itulée i

àf. Le Tell^er. — ÇTei^ If çontef\u ai| mémoire qtfe M. Diff^of^^ avait donné à Bruxelles, (M. Dimottez était le secrétaire de M. de MoBterey, et ce mémoire reproduit exactement la partie de lUiiterro? Iitcar« dfli Vaa flw findea «ui i^y rfiyporUit)

m LE CHEVALIER DE ROHAN.

qu'avait cités La Beynie, une déclaration royale du dernier jour d'octobre confia la présidence de la nouvelle commission au chancelier d'Aligre et lui adjoignit seize conseillers d'État ou maîtres des requêtes ordinaires de l'hôtel, parmi lesquels figuraient Pussort, parent de Colbert et l'une des lumières du conseil d'État ; Boucherat, qui fut plus tard chancelier ; de Besons et de Pommereu, qui avaient instruit le procès. La commission se réunit pour la première fois le 6 novembre à l'Arsenal, mtus elle n'entendit les accusés qu'à partir du 21 . Le chevalier de Rohan, qui comparut devant elle le premier, nia de la manière la plus absolue toute participation à la conspiration. Il dit qu'il n'avait jamais mal parlé du roi ni tenté de soulever la Normandie, ofi il ne connaissait personne et n'était allé de sa vie ; que Van den Enden, « son accusateur, était un fort méchant homme qui, après avoir été jésuite douze ans, s'était marié à une femme ayant deux maris, et qu'il ne l'avait vu sept à huit fois en sa vie que comme médecin ; » qu'il étAÎl bUc, non en Flandre, mais en Bavière, il y avait deux ans, pour affaires particulières sur lesquelles le roi lui avait ordonné de garder le silence. Des lettres dé La Reynie constatent que c'était pour la belle électrice de Bavière, dont Louis XIV ne voulut pas que le nom figurât au procès. Le chevalier de Bohan insista principalement sur ce que jamais il n'avait autorisé personoe 'ir de son nom auprès des ennemis du roi et

LE CHEVAUER DE RCMIAN. 273

prétendit que La Tréaumont et Yan den Enden Tavaient fait de leur propre mouvement. Gomme on lui objecta qu il revenait sur une déposition précédente, il répondit qu!il ne se souvenait pas bien de ce qu'on lui avait demandé. Dans un autre interrogatoire qui eut lieu le surlendemain et où il lui fut donné lecture de celui dont il prétendait ne pas se souvenir, il se montra tout aussi réservé. Cet interrogatoire se termina comme il suit :

a A dit que la déclaration dont lecture vient de lui estre fwte , n a esté que pour servir le roy et parce que Sa Majesté Ta voulu ; qu'il ne peut pas estre témoin contre luy mesme , et n'a /Tom/ cru , qu'après sa déclaratioriy le roy lui donnât des juges *. »

Par malheur pour le chevalier de Rohan , les nouveaux interrogatoires que le chevalier de Préaux, madame de Villars et Yan den Enden eurent comme lui à subir sur la sellette ruinèrent complètement son système de défense. Le chevalier de Préaux déposa que , dans un voyage qu'il avait fait en Bavière avec La Tréaumont et le chevalier de Rohan, il les avait souvent entendus mal parler du roi et s'entretenir d'un projet de rébellion ; qu'un jour, le chevalier de Rohan lui avait demandé si les gentilshommes de Normandie se tenaient prêts à monter à cheval, ajoutant qu'il fallait qu'on fût

* Bibliothèque impériale. Mss. 500 Colbert, p. 1006 à 101&, ot p. 1063 à 1066.

«4 Li CttËVALIfiifi M ROHAN.

ft¥«yglë i la dmt poui* Mmt mfiVbquâ rttrrièi«4iftfi ;

q»(B te cbëvâliet de Rdhâtl «I Lft TréaUfndfit âë ^àéfiaiëflt louvent de lai ^ mais qu'il atoit oui dé lëdf bottehé que Quillébèuf était une placé facile à fortifier et qu'ils étaiefit étdtiûèi qu'on laissât là reitie ei le diëpbtti Mtils à Yertoilles. finfin^ soitidié de dire s'il avait eité i madame de Yftlars^ lé cardinal de Reti et M^ de Bokilli^n cOmniè engagés dans la eonspiraiioB ^ le eberalier de Pl*éÉui répendit qu'il éroyàit que le ëardinal de Retz était mort^) et qu'il savait qii9 Mi de Botiillon éfàH fort Attaebé an service du rei^^

Pèrsktant dans sa pf eiaièré déposition f madanlo de Yillars répéta notamment qbe le ebevalier dé Préaux k» avait dentafidéi à Toecakion des diseotifs séditieux ^ne provoquait l'irilporilioa do Tiers et Dasgei', si elle ne pourrait pas trouver dans bi prOvineê des gentilfrholMies disposés & servir le ebe^alief de Réheni Elle iffî^ma^ en outi^, que lé ebevalier de Préaos lui avnt désigné I pam» les coMpirateûts 9 le canfinal de Rets, M. êê Booilk» et M. de Gf é^hi. Quant à Yafi deH Enden i à cba((ue fiobtèile déposition ^ il s'aobanfait de |Atts en plutf i^ntf e le ebevalier de Roban» La dernière qu'il fit sur la srilettë fat particulièrement rdtative'aa jflfojet qu'ayMènt les eoUjurés d'établir en Franche le

* Le c«rdiAW dé Réti fléT ±mm ^'en i%1^4

* Bibliothèque impériale. Mss. 500 Colbert, p. lOSi I 1061.

LE C^EYALiBH DB ROUAN. ff7S

gouveiHemeilt i^publleaiti. Benucoup de plans artûent été faite dAîis ce but pai* La Tréautnont. DéeOuvefts dans ses papierÉ, its furent brùtés sur la place de la Bastille, après le procès^ el Ton n'en troure la iraee et Fesprit que dans cette déposition de Van deii Eâden, qui les avait d'ailleurs inspirés. Interrugé s'il n'avait pas attaqué le gouvernement d£»is ses discours et foilrai dos méoioirës contre la nionarehie à La Tréuumont ^ il répondit qu'il y avait trois sortes de république^ celle de PlatM^ celle de Grotius et délie appelée utopiqu^, de Thomas Morus ) qu'ayânl imaginé d'en fonder^ daits laNoavelle-Hollânde^ une quatrième oà la vertu swàit teujof»^ récompensée ) il en avait montré le ^lan à La Tréaomont qui se proposait d'èii établir uile semblable êfB Normandie ^ que ^ pour lui ^ il n'avait jamaii blâmé la monarchie française ^ mais bien les mœurs deft particuliers ) qu^ létsque le monarqlie était botl ^ la iMnardôe était bonne et que si l'on était libre de se chmiir tth rèif on ti'en voudrait pas d'autre que le rot régnant qui possédait toutes les qualités désirables dans tm grabd prince ; qu'à la vérité , il avait entendu dire aux sieurs de Rohan et La Tréaumont que le roi n'était pas courageux et n'avait pas de cœur, et qu'ils entremêlaient eea occusationi^ d'autres plaintes contro sa personne ^ Biais qtf il avait toujotif§ eôttseillé au chéVdliër de Rotan de rester ferme au service du roi *•

1 Bibliotbè4<l«lfttfiéffà1e.lâ«f. fiOOGolbert, eto^p. iélO 1 iOS4.

On a vu quelles grandes familles , indépendamment de celle du principal accusé , avaient déjà été mêlées dans l'affaire , et les précautions que le procureur général La Reynie avait cru devoir prendre pour que le cercle des investigations ne s'étendit pas à Tinfini. Le nom d'un personnage plus élevé encore que tous les autres, celui d'un cousin même du roi , de M. le Duc, •propre fils du grand Condé ^, retentit tout à coup aux oreilles des commissaires que cette dénonciation inattendue de Yan den Enden jeta dans un extrême embarras. La participation de M. le Duc aux menées du chevalier de Rohan était-elle réelle? N'est-il pas plus vraisemblable que les conspirateurs avaient abusé de son nom, à son insu? Les pièces officielles du procès ne font pas mention, on verra tout à l'heure pourquoi, de cette déclaration de Yan den Enden ; mais une lettre confidentielle que La Reynie adressa à Colbert le 21 novembre , après l'interrogatoire du vieux maître de langues, contient sur ce curieux incident les détails les plus précis.

1 Henri-Jules de Bourbon , prince de Condé, né à Paris, le 29 juillet 1643y porta jusqu'en 1686 le nom de duc d'Enghien. n avait été nommé en 1659 grand-maître de la maison du roi. H se trouvait à la prise de Tournay, Lille et Douai en 1667 , et au passage du Rhin où il s'était signalé, en 1672. Il avait aussi assisté à la prise des places de la Franche-Comté et au combat de Senef, en 1674. H mourut le l«' avril 1709. {Dictionnaire de la noblcMeé)

« Yan den Enden estant sur la sellette^ écrit la Reynie , a ajouté à ce qu'il a ci-devant déclaré que La Tréaumont lui avoit dit que M. le Duc estoit le plus grand mécontent qu'il y eut en France ; et si à cette déclaration, j'eusse été appelé, j'aurois cru me devoir opposer à ce qu'elle fust écrite dans les réponses de Yan den Enden et j*aurois demandé qu'il en fust fait seulement un mémoire pour estre envoyé au roy, jparce qu'il n'y a point de juges dans le royaume , ni aucun tribunal, qui puisse et qui doive recevoir aucun fait contre un prince du sang, ni le comprendre dans quel* que acte que ce soit d'une procédure criminelle, sans l'ordre exprès et la permission du roy... » Revenant sur ce sujet, la Reynie écrivait le lendemain à Colbert : (( Sur la décktration que fit hier Yan den Enden , j'avoue, Monsieur, qu'un peu de précipitation de ma part en escrivant ma lettre , me fit obmettre le terme de murmurateur qui doit estre mis après les mots de plus grand mécmtent. »

Le lendemain , 23 novembre, le marquis de Seignelay qui, bien qu'âgé de vingt ans à peine , avait depuis trois ans la signature pour son père, écrivit de Saint- Germain, où la cour était alors, le billet suivant à La Reynie :

tt Je fis hier lecture au roy de vostre lettre et Sa Majesté m'ordonna de vous escrire pour vous demander vostre avis sur ce qui a esté déposé par Yan den

fr8 LB (CHEYALIEII 0B ftORAK.

Enden , sçàveir si ee qui regarde M. le Due n^ayant point esté effacé sur-le-champ, il seroit teiiipB de le fkife à présent; »

L'ayis dé La Reynie ne pourait être douteux. Déjà la Commission ârait suppHmé des interregatëirë§ du cBëyalier de Préaux ce qu'il avait dit touchatit le ëhe- ▼Hlier dé Rohan et réiebtirice de Bavière ; elle pouvait doné, sur les ordres du roi, agir de même pout* là pâi*tie de Finterrôgatoirë dé Van den Ënden qui (Concernait M. le DU6. Cëst ce (|ui eut liéii le letldéttiaih 14 novettibre, coiiittie nous l'apprend uttë letti*e adressée le même jour par La Reyriié au mafquiâ de 9éignelay i

« J'ajr feÇli éë hiàtiil, àpfês cirir} heilhèS, la léttfé qtlè tous m*atez fait rhôrinéur de tti'escriit (lu 03 àii §dif , fet j'fty depuis t)on€ltiéllemëttt exécuté leS bf dM§ du Pby que Vëlife tfl'àVe^ dbnnés à Tégàrd de ce qtll â'est passé touchant Ms le Dac^ a|)rès efi avoir ireiidu cd&l^te à M. le chancelier. Dès que la Chambi^e a eu ëbhnois^àfacë dëlS hfiéihës brdt^eâ p^r la tôle tjiie !Sa Majesté à jugé à t^rëpbs de pTéûÀté potit celd, M. lé chancelier à dit âti greffier dé tratlscrirë les réponses que Yan den Eîtdèii a faictes estant ëtir la sellette el d'en ostél* ce qu'il y à de M. le Duc ; et encore bien qu'il n'ait pas esté délibéré Irtjr fcettë inatièrë, aucun des juges n*a crb qu'il pût y avoir des incottYéniétits à supprimer dette première mî- ""^ate après le jugement du procès et eti là fbrnie que Û&

LB CWVAUEH m RÛHAN. 378

M^y^sMi 9 @r4oi)pé qu'^U^ le fût, et je puis mesme dire q\fp tous oat (ippris la volpnté du roy suf oe sujet avee he^U^oup de respect et de satisfaction ^ »

On tpuehait enfin au terme de ce triste procès. On a vu 1^ fàçbeqil speptacle qu* avaient donné les principaux appusés. Seul, le chevalier de Roban subit sa positiqp avec dignité. Quant a. Van den Enden, au chevalier c|e Préaux, à madame de Villars, sur qui, après lui, pesaient les accusations les plus fortes, ils semblaient * vouloir se perdre les uns les autres, noq par inimitié, mais par faiblesse et dans Tespoir de fléchir le roi à farce d' aveux.

Il faut bien le dire ici : une lacune déplprable préoccupe, à juste titre, quand on examine les pièces de cette importante procédure. Les accusés n'eurent pas de défenseurs. Les seules précautions prises contre Terreur furent les confrontations, avant et pendant le procès, des accusés entre eux et avee les témoins. Je me hâte d'ajouter que la loi elle-rméme le voulait ainsi. Jusqu-à la fin du quinzième siècle, les accusés avaient été librement et publiquement défendus. L'ordonnance de 1530 n'avait p^s, à la vérité, consacré ce droit, mais T usage s'en était maintenu. Celle de 1670 avait, malheureuse-

^ Bibliothèque impériale. Ms^. Supplément pran^ais, li° 870 ; Letires et minutes de La Reynie et de Seignelay, vers le milieu du viamae.

menl, fait prévaloir une autre règle et posé en principe que les accusés^ de quelque qualité qu^ils fussent, ne pourraient avoir aucun conseil, même après la confronr tation, nonobstant tous usages contraires. Vainement le premier président de Lamoignon avait protesté avec force contre cet article, dans les conférences où l'ordonnance fut préparée, a II est vrai, avait-il dit dans un langage empreint d'une haute raison, que le conseil isert quelquefois aux accusés pour éluder la justice et pour tirer les procès en longueur*, mais si le conseil a sauvé quelques coupables, il pourrait arriver aussi que des innocents périraient faute de conseil. Entre tous les maux qui peuvent arriver dans la distribution de la justice, aucun n'est comparable à celui de faire mourir un innocent; il vaudrait mieux absoudre mille coupables. » Le président de Lamoignon avait ajouté, en invoquant des considérations d'un autre ordre, a que ce conseil qu'on avait accoutumé de donner aux accusés n'était pas un privilège accordé par les ordonnances ni par les lois, mais une liberté de droit naturel, ce droit plus ancien que toutes les lois humaines. » Ces arguments, si dignes de triompher, avaient pourtant échoué devant les efforts du conseiller d'État Pussort et de l'avocat-général Talon, préoccupés avant tout du soin d'abréger les procédures et de faire cesser, disaient-ils, l'abus de ces conseils qui se croyaient tout permis dans le but de procurer l'impunité aux accusés.

« La prohibition des conseils, a dit à ce sujet un criminaliste éminent, tenait plus encore au système de la procédure qu'à Tinhumanité du législateur : celui-ci sentait le besoin de simplifier, en matière criminelle, des formes trop compliquées et dans lesquelles Fesprit de chicane trouvait un facile refuge \ il supprimait la défense, comme une de ces formes qui prolongeaient indéfiniment l'instruction. En effet, cette défense qui ne pouvait plus élever la voix, qui ne pouvait plus être entendue, avait dû naturellement avoir recours à tous ces subterfuges, ces moyens dilatoires, ces voies de nullité qui ouvraient à Faccusé la seule voie de salut par laquelle il pouvait échapper à la peing; elle s'était réfugiée dans les subtilités du droit, puisqu'il lui était interdit de discuter librement le fait; elle embarrassait la procédure sans servir la justice. Cette suppression était la conséquence rigoureuse et nécessaire de l'instruction secrète '. »

Triste et fâcheuse conséquence! La pensée seule qu'un accusé n'avait pas, à ses côtés, un conseil ami dans ce moment solennel où sa vie dépendait de la décision d'un homme sujet à l'erreur, cette pensée impressionne aujourd'hui péniblement. Vainement on fait la part des temps et des conquêtes de la civilisation ;

* Traité de Vinstruction criminelle^ par M. Faustia Hélic, t. I, p. 631.

98a LB GHEVALIBR DE ROHAN.

Tesprit, malgré lui, se révolte contre ces formes qui, en ne voulant être qu'expéditives, étaient inhumaines, et il lui faut flaire en quelque sorte un grand effort de raison pour voir un coupable dans celui qu'une vmx indépendante n^avait pas défeqdu,

CBAPJTÏIE IV.

4Frft d0 la Cl^ambfe ^a r^FseDal, du d6 nqvembfa Iffii. — Le ç\k$y9^ lier de Rohan, le chevalier de Préaux, madame de Yillars et Yan dea Enden sont condamnés à mort. — Arrêt portant que les écrits de {.a Tr^aumont seront brûlés sur la place de la BastjUe. -r- I46t(r9 de mademoiselle Renée de Yillers au chevalier de Bohan pour la fortifier eontre la mort. — Essais tentés pour fléchir Louis XIY. — Vec§ioi( çQntradictoire. :- L'exécution ^e Tarrél a lipi) le ^ novembre. — Les pères Talon e^ Bourdaloue confesseurs du chevalier de Bohan. — Sa fermeté et son humilité. — Yan den Enden et le chevalier de Pféaux sopt appliqués à la tûrtuf^. — Extrait d^ pFdc^Sr verbal de torture de Yan den Enden. — li'exécutioq des quatre conr damfliés a lieu à trois heures du soir, sur la place de la Bastille. — louis ÎIY renonce à la confiscatiop de leurs biens. — Portée de ^ conspiration du chevalier de Boh^n. — Motifs pour lesquels Louis XIY ne lui fit pas grâce. — Médaille commémorative frappée à ce sujet. — L'amiral Tfon^p ramène sa flotte en vue des côt^s de Normandie, et retourne bientôt en Hollande. — Fidélité des popula< tions maritimes.

La Chambre de FArsenal (c'est ainsi qu^OD désignait, du nom de T endroit où elle siégeait, la commission eititaordinaire chargée de juger le chevaliçr de Rohan et sps complices) rendit son arrêt le 26 novembre i 674. Ciaquante-sept ans auparavant, le Parlement de Paru

avait, dans le procès de la maréchale d'Ancre, trouvé le moyen de juger rétrospectivement le maréchal son mari, grâce à un curateur auquel elle avait ordonné de répondre pour lui, et il avait pu de la sorte prononcer la confiscation des hiens des deux époux. La Chambre de l'Arsenal fit, de la même manière, le procès à La Tréaumont, dans la personne d'un curateur nommé La Bruyère, qu'elle lui avait donné d'office. Le chevalier de Rohan, La Tréaumont, le chevalier de Préaux, madame de Villars et Yan den Enden furent déclarés coupables de lèse-majesté, La mémoire de La Tréaumont fut condamnée à perpétuité. Quant à Louis de Rohan, au chevalier de Préaux, à madame de Yillars, à Van den Enden, ils furent condamnés, indépendamment de la confiscation de leurs biens au profit du roi, les trois premiers, à avoir la tète tranchée sur un échafaud devant la Bastille, le dernier à être étranglé et pendu au même lieu. L'exécution de la sentence était fixée au lendemain 27 novembre. Le chevalier de Préaux et Van den Enden devaient être, au préalable, appliqués à la question ordinaire et extraordinaire.

Deux jours après, un nouvel arrêt statua sur les autres accusés. Deux seulement, Jacques de Guersans d'Aigremont et Chalons de Meigremont furent retenus à la Bastille jusqu'à l'achèvement de leur procès; tous les autres recouvrèrent la liberté, mais on fit depuis quelques prisonniers nouveaux. Les écrits de LaTréau-

mont, qui avaient figuré au procès, devaient être brûlés par Texécuteur sur la place de la Bastille \

Parmi les accusés que l'arrêt dû 28 novembre rendit à la liberté, se trouvait mademoiselle Renée de Villers, qui avait été impliquée au procès, comme amie du cbevalier de Rohan , et pour avoir caché des papiers qu'il lui avait confiés. Renée Maurice d'O de Villers était âgée de 27 ans. Elle avait été autrefois en religion ; depuis, elle était rentrée dans le monde , et son interrogatoire constate que le chevalier de Rohan lui avait adressé plusieurs lettres, indices d'une grande intimité. Comme elle avait reçu dans sa terre, près de Versailles, La Tréaumont, le chevalier de Rohan et plusieurs de leurs amis, on avait d'abord supposé qu elle était initiée au plan des conspirateurs, mais l'instruction ne révéla aucun fait contre elle ^. En voyant approcher le moment de la condamnation, mademoiselle de Villers avait adressé au chevalier de Rohan , pour fortifier son cœur contre lés angoisses de la mort, une lettre aussi noble que touchante dont La Reynie a pris soin de nous conserver une copie de sa propre main. On lira avec intérêt, je l'espère, cette lettre qui donne bien, autant par la force de l'expression que par la hauteur des pensées, l'idée d'une époque où tout, jusqu'aux passions

* Bibliothèque impériale. Mss. 500 Colberl, n« 226; p. 1097 et saiv. « Ibid Mss. 500 Colbert, n» 22G, p. 51 G et siitv.

m IM fflfiVAUPR m RQHAN,

que le devoir réprpvivç, i^vilit un cachet de grandeur *,

(( Si je vous 9oufl@i^pi§ mqJBS fle forcg 4'PSBnt QH

plus de frayeup àe ]a Riqrt > écrivît paad^mpisieUci ^e

Villers au eh^v^Upr de ïlûha«, Je prepdrois d§ gwnds

soins 4e vous y prépf^rer pe« à peu pf de vpM^ 9pr§ndr§

le peu d'espoii^ que vQus ^eye^ ^voir en 1^ viç j m^is cQmme vous q'§vep jainws rjgn cr^Rt, je nQ pen§e p^si que VQUS ayez p^yr dg p^dre «nç yje q^ç ¥pq8 W« tapt de fois ipespriséft ©1 dpfit vftiJS devfi?; regarder la perte plustât cQHiipe un bi^n W^ çoiume «n mal pui§qu'elle vous délivre de force p)is^re^, qu'elle vous P9uye de uQuve^ux crimes et qu'elle vous ûuvfei pqp vpye d§ faire yostre salut ep offrant vostre mort eq sacrifiée § Dieu, pour Texpiatian d^ vos fautes. Aussi bien, est^?. vous une vraye vietiuie que Va Tréaumopt ^ jpimglée à son ambition, du nom, de Tapiitié ^t de la foi^lessie d^^" quel il a cruellement ilbusé* Çû^meppez donc, l^Qn-: sieur, & recpurir à Pi§u, employé? tons Ips ipopienUl qui vous restent à travailler à vostre salut *, «'ftye? plm que de rhofreur pour tputetf les perniçiçu§e§ erreurs Pt les chimères que vous ftvnit neiges en (este L» Tré»uipppt et desquelles il avnit ewpwsopné vqstre ggprit et yprtre

coeur. Je ne poubaîte de vans inspirer ^n cela que 1^ sentiments dnnt, j^y l'ème r§inpUe, car, pa«lgré 1» i&^

< Bibliothèque impériala. Supfiémenf fr^^f^^ n' 97Q, | ]» fln du volume.

Lfe CBÈVALIËR DÉ ttOtlAN. 387

blesse de itiôft Sexe, je voudrois de toiit mdtl fcfeuf paroi tre crîtairtelle à vos juges afin de me délivre^ d'une tîe ïjiii tié lii^est que très-odieiise. Je vous assure que je h'en dematiderois pas la prolongation à Dieu ni au roy ^ mais je ^uis assez malheureuse pôUr que ma t)rison et riaés ebnemis fa'âyëtit pu tlbircii* mon innocencie. Aihsi, Moiiéîeur, je me Voids réduite à traîner mes chaînée âùtarit qu'il plaira â Dieu, et si quelque chose m'empèsche flê inurfttiirer êdntrè tnbn sbf t, c'est qu'il me lâissê la BBëf-lê de priéi^ DlëU pbui* voUs le fëstè de rtiés jours. Vôîlâ de qboi Wûi déve2 estrë certain cônitne VoûS âVez de règtfè qUê persontië n'esloit pliis vèritabletfletit de Vos amiëS ël de VOS ti*ès-hllflible& Servantes ^ué ttéhèe Màuf iéê d*t). )J

Cepêfidatit Là fteynîe âVaitlbut disposé pbUr que, 6dnfefaiêmeftt ftUl îhstfuetiôfis dû marquiâ de Selgnélày, t)f gaBè dés VblontéS dU rbi , Tâfrêt fot signifié et exêfcatê §âJ6fe i^etatd. C'eSt titt dès plus beabt privilèges du génie littêr*aire dô Vdif , dans les cifebnstaii'cëS sôtëiifteîlfeS, Sfeé ïBuvréS appelées a féVëillër lès sentiments géiléfeux dont fiied â fois le géribé Au fond des cœiirs. Cette SUpffemë gl()^^e à été éuHout i^éàërvée â ÎMërfe Côïftëille. Le pfésidctit tiénault tiacotitè qu'on essaya d'ôbtehît' là gfâce du chevalier de Rohan eh faisant rèpt-ésebter devant Louis XIV la tfagédie de Cinhà. On ftJôUté que lé roi âlii^alt répohdli à ceux qiii le soUicilâîént efl fàVéti^ dli chevalier, qu'il eût pardonné un àt-

tentai contre sa personne, mais qu'il ne pouvait gracier un homme convaincu d'avoir fait un pacte avec les ennemis de rÉlat. Suivant d'autres enfin , ni madame de Montespan, dont le chevalier de Rohan avait été l'ami, ni sa mère elle-même, ni la princesse de Rohan n'osèrent intercéder pour lui. Quoi qu'il en soit de ces versions contradictoires, le 27 novembre , vers dix heures du matin y deux compagnies de mousquetaires et la compagnie des gardes françaises allèrent prendre position devant la Bastille. Une heure auparavant, le chevalier de Rohan était descendu dans la chapelle de la prison , accompagné des pères Talon et Bourdaloue, qui avaient passé la nuit auprès de lui. Le chevalier de Préaux et Van den Enden étant arrivés, ils se mirent tous à genoux pour écouter la lecture de leur condamnation. La veille, en écrivant à Seignelay, La Reynie lui avait dit : a Je vous supplie de me faire savoir s'il y a quelque chose de particulier à faire d'un confesseur pour M. de Rohan. Le père Bourdaloue n'en estoit pas encore satisfait à midi. » Les efforts réunis des pères Talon et Bourdaloue avaient donc été plus heureux. L'exécuteur ayant offert au chevalier de Rohan de le lier avec un de ses rubans : « Non, mon ami, répondit-il, Jésus-Christ a été lié de cordes, je le veux être aussi. » En apprenant que l'arrêt prononçait la confiscation de ses biens, le chevaUer de Rohan s'était écrié : « Que dira ma mère à cela? » Ce fut sa seule plainte dans ce jour

suprême, et elle était bien desintéressée. Vers dix heures, Van den Enden et le chevalier de Préaux furent amenés devant les conseillers d'État de Besons et de Pommereu, chargés de procéder à leur dernier interrogatoire. Après une série de demandes auxquelles il avait déjà plusieurs fois répondu, Van den Enden fut mis à la question. Déjà, près d*un siècle auparavant, Montaigne avait dit^ en parlant de la torture et de» supplices infligés de son temps : « De nos lois et usances, il y en a plusieurs barbares et monstrueuses. Celuy que le juge a géhenne pour ne le faire mourir innocent , il le fait mourir innocent et géhenne. — Tout ce qui est au-delà de la mort simple, ajoutait Tillustre penseur, me semble pure cruauté.» Malgré ces protestations éloquentes, la torture était encore regardée en 1674, et même plus d'un siècle après, comme une des bases de Tordre social. J'ai vu les procès-verbaux détaillés des interrogatoires de Van den Enden et du chevalier de Préaux pendant qu'ils étaient à la question, et j'ai eu le cœur navré en songeant aux souffrances gratuites que Tun et l'autre avaient endurées. Si triste et sombre que soit ce tableau, il importe que l'on connaisse quelques extraits du procès-verbal relatif à Van den Enden, alors âgé, comme on sait, de soixante-quatorze ans. Il est utile de jeter parfois les regards en arrière et de voir à l'œuvre des lois qui, considérées longtemps comme indispensables par des hommes judicieux et bons, sont devenues

i% LE CHEVALlÊh Ofe ROriAfî.

ensuite un objet de dégoût et de teri*eUf , ddtil Vidée seule attriste rimagitiâtion. On dppi*ehd âînsl à se rtlé- Ûer un peu plus de soi et Un peu tilolns de rftvënit. Je copie textuellement le procès-verbàî i

a Au premier coin, Van deii Ëriden dit (JU'U â dit la vérité, que quand on le fei'oit mourir îl ri'eti dlroit rieil davantage et qu'il endiiré innocertiriiéïit.

(( Au deuxième coin, qu'il â dit là Vérité. Ay ! ttioii Ùieu!

(( Au troisième coiii, à crié : Ah ! moii tMëU ! J*ay dît éeque j'ay sceu..,

(( Au quatrième coin, a dit qlié Là Tréâùmôfitlill â dit que l'abbé de Préaux àlloit et venoit et qii'il ttë lUy â jamais nommé personne de la ville de Rouéli.

«Au cinquième coin, a dit i Ayî ây! alil bofi Dieu!..,

« Au sixième coin, à crié : Àh ! liioîi Diéii ! *él qu'il est venu en France pour donner advîs âti foy.

c( Au septième coin, a crié : Ah ! je suis mort.

« Au huitième coin, à crié : Ah! moti Dieu! je né puis parler, et (j[u*en Guyenne les gentilshommes dévoient monter achevai et estoientfort mécontents...

(( Au neuvième coin, qui est l'enfoncement d'uii gros coin, a dit que La Tréaumonl luy a dit que le roy avoit fait ce que luy vouloit faire, et qu'il avoit mis la noblesse en armes , et avoit mis pour chefs ceux de sa bande,

ns nommer personne.

LE CHEVALIER t)Ë ROHAN. 291

« Au (îeitiier coin, qui est un autre enfoncement de plusieurs coins, a dit : Ah ! Messieurs , que voulez-vous que je die ?

a Interrogé ce qu'il a entendu dire et si l'on vouloit eblever la personne du roy.

tt A dit qu*il h oiiy dire à M. de Roban : « Si nous pouvions avoir le ioy ! » disoil que quand on auroit Quillebeuf, oh [iâsseroit jusques à Versailles pour enlever le roy, s'il y estoit...

(c Interrogé s'il n'a point esté dans les ordres sacrés ?

(c A dit qtie non.

« Ce fait, avons fait délier le dit Van den Enden et oster les brodequins ^ w

La mise à la question du chevalier de Préaux offrit les mêmes douloureux incidents et fut, comme celle de Van den Ëndeh, complètement infructueuse. La torture ne lui arracha aucune révélation nouvelle. Ni madame de VillarsJ ni le chevalier de Rohan ne furent mis à la question. La Reynie avait demandé que ce (lei'îiier y fût appliqué ^ plus compatissants, les commissaires lui épargnèrent cette humiliation et cette souffrance.

î)e dix heures du matin à trois heures du soir, les Condamnés, assistés d'un confesseur, restèrent en chapelle. Un peu avant l'heure marquée pour l'exécution de

» filWiothêqtié iôipérîalc. Mss; 500 Colbert, n« 226, p, il 19 et snlr.

la sentence, La Reynie, persuadé que le principal coupable avait eu des complices restés inconnus, exhorta, dans une lettre des plus pressîintes, le père Bourdalouc à ne rien négliger pour provoquer, delà part du chevalier de Rohan, toutes les révélations qui pourraient intéresser le service du roi 5 .mais cette lettre écrite trop tard ne fut pas remise à Bourdaloue ^

 trois heures, les condamnés sortirent de la Bastille. Une charrette les attendait dans la première cour, mais le chevalier de Rohan et le chevalier de Préaux voulurent se rendre à pied au lieu du supplice. <( Mon ami, avait dit le premier à l'exécuteur, je te pardonne ma mort. Me pourrais-tu bien couper le cou sans ôter mon justaucorps? » Une potence et trois échafauds étaient dressés sur la place de la Bastille où stationnait une foule immense. Le chevalier de Rohan, le chevalier de Préaux et madame de Villars montèrent l'un après l'autre sur l'un des échafauds. Au moment où ils s'en approchaient, quelques prêtres entonnaient un verset de l'hymne Salve Regina^ et bientôt après la sentence étaft exécutée. Quand le tour du chevalier de Préaux était venu, il s'était approché du greffier présent au supplice, pour lui dire qu'il craignait d'avoir, dans les douleurs de la question, dénoncé des personnes de qualité, et il avait ajouté, qu'au moment de mourir, il déclarait,

^ EUe se trouve en original, de la main même de La Reynie, dans le Mss. da «Siipp/énifn^ A'affi^ai^y n° 8 7 0. Voir Ptècef /««/f/îca^ivtfs^ n** 20.

pour la décharge de sa conscience, ne connaître véritablement personne qui eût trempé dans la conspiration. Rassuré sur la teneur de son interrogatoire, il marcha à la mort sans faiblesse. Madame de Yillars avait, de son côté, montré une égale énergie, exempte d'ailleurs de toute forfanterie. Dans la matinée, un de ses parents était venu la voir et lui avait dit que son corps serait enterré en terre sainte. L'ayant remercié, elle avait ajouté qu'elle était bien plus inquiète pour son âme que pour son corps, et avait demandé que ses filles fussent averties de ne jamais l'oublier dans leurs prières. Comme le chevalier de Rohan et le chevalier de Préaux, elle aurait voulu se rendre à pied sur la place du supplice, mais son confesseur lui ayant dit que ce serait une plus grande humilité de sa part d'y aller en charrette, elle y était montée par obéissance, avec Van den Enden. L'ordre avait été donné de la faire mourir la première; c'est le contraire qui avait eu lieu. Soit confusion produite par le nombre des condamnés, soit erreur volontaire de l'exécuteur, celui-ci avait commencé par le chevalier de Rohan. Le chevalier de Préaux et madame de Villars vinrent ensuite. Ils avaient rêvé Tunion dans le mariage, ils furent unis dans la mort. Seul, parmi les quatre condamnés, et le dernier de tous, Van den Enden fut, suivant les termes de l'arrêt, pendu et étranglé. « Son corps, dit une relation contemporaine, fut porté à l'EscoUe de Médecine, à la sollicitation de quelques

qu'elle n'était pas si méprisable. Une autre conspiration qui avait, à la même époque, été découverte fortuitement dans le Roussillon, grâce aux indiscrétions d'une jeune fille, et dont les auteurs devaient aussi livrer plusieurs places fortes à l'Espagne *, justifie suffisamment les appréhensions et la sévérité du gouvernement français. Quelque audacieuse que fût l'entreprise du chevalier de Rohan, elle pouvait avoir un commencement de réalisation, à cause des levées considérables et continuelles d'hommes et d'argent que la guerre nécessitait, et des mécontentements inévitables qui s'ensuivaient. Ce qui le prouve, c'est qu'on vit, Tannée d'après, les populations de*la Guyenne et de la Bretagne se mettre en rébellion ouverte contre l'autorité, tenir un instant en échec tous les pouvoirs, puis expier leur faute, comme cela arrivait toujours en pareil cas, par des punitions éclatantes et terribles ^. On comprend donc que Louis XIV et ses ministres aient traité la conspiration du chevalier de Rohan en chose sérieuse, a Le Tellier et Louvois, dit le marquis de La Fare, représentèrent à Louis XIV que, dans la conjoncture présente, un exemple était nécessaire, et qu'il n'en pouvait faire un grand à meilleur marché, puisque

^ Histoire de France, par M. Henri Martin, 5« édition, t. XV, p. 404.

* Voir mon Histoire de l'administration de Colbert, p. 366 et '.uiv.

le chevalier de Rohan était d'une grande naissance, et cependant sans suite, sans amis, mal avec sa mère et avec tous ceux de sa famille, dont aucun n'osa se jeter aux pieds du roi ^ »

Quand l'exemple eût été donné, d'autres pensées se

firent jour. C'était l'époque des belles médailles commémoratives et des triomphantes devises que composait à l'envi l'Académie des inscriptions et belleslettres. A l'occasion de la conspiration qui venait d'échouer, le gouvernement fit frapper une médaille représentant une femme assise au bord de l'Océan et appuyée sur un bouclier aux armes de France. A ses pieds, quelques enfants ramassent des coquillages. Dans le lointain, des vaisseaux tiennent la mer, voiles déployées. La médaille avait pour légende ces mots : « Tranquilliias orœ mariiimœ. » L'exergue était ainsi conçu : « Speciante^ nec quidquam audente^ classe hosiium maxima^. » En s' éloignant, au mois de juin 1674, de la Normandie, l'amiral Tromp avait essayé de s'emparer du château de Belle-Isle -, mais, repoussé avec ses huit mille hommes de troupes, par la noblesse de la contrée et les paysans des campagnes que commandait le comte de Coëtlogon, il avait dû se rembarquer pré-

^ Mémoires, etc., p. 152.

• Histoire de Louis XIV^ par Bruzen de la Martinière, t. IH,

288 LE CHE;YALIER PE; fiO\i^^.

cipitaiflment, Plus heureux dan? iin§ d^speiitç ppéré^ à l'île (]e Noirmputier, uisil défeqdue p^r me gî^roisQ^ insuffisante, l'an^iral Tromp y leva des cQntribvjtjpn^ ^t y séjourna trois semaines. L'occupation 4p çfi ppjnt n'offrant d'ailleurs aucune import(ince, il avait ensuite fait voile pour la Méditerranée, où l'Espîigne çiyait t^esoin de son concours. Au mois de novembre sqjvant:, son gouvernement l'ayant rappelé ayep Içi flotte ^qus sps ordres, ilVeparut sur les côtes de Normandie. Çspérrait-il qqe le procès du chevalier de Rohan occasioni^erait uï\ mouvement dans la proyince? Dans tous les cas, les niesures énergiques du gouvernement français l'eurent bientôt désabusé. Convaincu que les nr^éçoqtents du littoral se repaissaient 4'illusions, l'amiral Tromp ramena en Hollande, vers les preniiers jours de décembre \ cette flotte forrpidable qqi, d'après les termes yéri^iques de la médaille frappée à ce sujet, n'avait rien osé entreprendre poutre la province dont la fidélité démentit si heureusement les prévisions des

conspirateurs.

Eq réalité, pt c'est une observation par laquelle j'purii^ plaisir à terminer, sur aucun point du Uttoral, les pqpulations ne tinrent les engagements pris en tpur nom. Si, dans deux provinces, en Guyenne et en Bretagne,

1 V^e de Vamiral Trom]^, p. 504 à 515; citée par M. y. Martin, Histoire de France, t. XV, p. 402.

elles se révoltèrent Tannée suivante, ce fut par suite de rétablissement de nouveaux impôts, et sans arrièrepensée contre la nature ou la forme du gouvernement, contre la royauté. Le cri Vive le roi sans gabelles^ que poussèrent, dans ces révoltes, les mutins de Bordeaux et de Rennes, en est la preuve évidente. LMdée d'organiser en république, au dix-septième siècle, les provinces de l'Ouest et du Midi, ne pouvait venir qu'à un très-petit nombre de religionnaires exaltés ou à quelques ambitieux déçus, et il y a véritablement lieu de s'étonner que le prince d'Orange et le roi d'Espagne' eussent ajouté foi un instant aux promesses d'aventuriers, tels que Sardan,le chevalier de Roban et La Tréaumont, qui les berçaient, pour leur argent, d'un semblable espoir. .

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