CHAPITRE II
Situation de la Normandie en 1674. — Levée d'impôts extraordinaires préférée aux emprunts par Golbert. — Impositions établies à Rouen.
— Nouvelles plaintes causées par le droit de Tien et Danger. — Tempéraments conseillés par le premier président Pellot. — Refus de Colbert. — Surveillance exercée sur les côtes de Normandie. — Le président Pellot annonce à Colbert le départ de la flotte 4iollandaise. — Le roi lui avait donné avis d'un projet de révolte tramé en r^ormandie.— Des placards contre le gouvernement sont découverts à Rouen, et donnent lieu à plusieurs condamnations. — Plan de La Tréaumont en cas de réussite. — Proclamation préparée à cet effet. — Van den Enden revient à Paris avec la certitude du succès.
— La conspiration est découverte et dénoncée au roi par un élève de Van den Enden. — Le chevalier de Rohan est arrêté dans la chapelle de Versailles. — Le major de la garde, Brissac, se rend à Rouen pour arrêter La Tréaumont. — Celui-ci est blessé en se défendant, et meurt dix-huit heures après. — Arrestation de Van den Enden et de sa femme, au moment où ils retournaient à Bruxelles.
— Effet produit par ces événements sur la noblesse de Normandie.
— Arrestation du comte de Créqui-Berniôlle et de madame de Yillars> — Celle-ci passait pour avoir empoisonné son mari, afin d'épouser le chevalier de Préaux.
Pendant que ces choses se passaient à Bruxelles, le chevalier de Rohan et La Tréaumont, voyant approcher le moment décisif, préparaient tout pour poaî^oir, au premier signal, prêter main forte aux Espagnols,
soulever la Normandie et renverser le gouvememeat. De son côté, celui-ci, prévenu depuis deux ans, avait l'ceil ouvert sur ces menées et ne perdait pas un instant de vue le littoral des provinces menacées. Il avait chargé le duc de Roquekure de garder spécialement les côtes de Normandie, sous les ordres de M. de Beuvron. lieutenant général de la province; celles de Bretagne et du pays d'Âunis avaient été confiées à la surveillance des ducs de Chaulnes et de Navailles. En l'absence de troupes réglées qu'il ne pouvait leur donner, le roi les autorisa (et cette mesure même avait . oc-casionné dans les trois provinces un mécontentement sur lequel les conspirateurs fondaient le plus grand espoir) à convoquer l' arrière-ban de la noblesse du pays *. Cependant, toujours plein de résolution et de sécurité, La Tréaumont faisait depuis quelque temps de fréquents voyages en Normandie pour y semer des germes d'opposition. Les circonstances paraissaient on Ae peut plus favorables. Les préparatifs de la- campagne de Franche-Comté avaient exigé des levées d'impôts extraordinaires qui pesaient lourdemi-ntsurles populations. Le gouvernement aurait évilé d'en venir à cette extrémité en empruntant-, mais on sait à quel point Colbert se méânît des emprunts pu-
■ BisMre de LottU XJV, par Bruien de !a MartiDitrc, t. IIIi
LE CÊEXU^ m MWL\. t43
bihs, et Tabos drplanUr ^'oc «■ itipris A nort ne jastifia que trop ses wffurl^eaâao». La TiDe de Rocmn arait pour sa part, cte ftjypii d'une coDtriliatkMi ex* ceptioDDelle de ^oatre-vic^ mille éeus, représentant
' environ huit cent oiîlle fraocs de notre monnaie. Aussi
TagiUtion y étaît-dle Trre, bien que rontenoe. « Cette ville ne perd pont de temps, écri?ait à Colbert le premier président Pdlot, sons la date du 13 avril 1674^ poar trouver les vingt mille écus et les fournir pour SOD premier payement avant le départ du roi. L*on fait, pour ce sujets des emprunts sur nos principaux bourgeois; on s'occupera ensuite des 60,000 écus restants. L'on se servira du moyen de la capi talion, si les officiers et principaux privilégiés veulent s*y soumettre ; mais s'ils ne s'y résolvent pas, Ton se résoudra à l'imposition sur les denrées et marchandises qui se consomment dans la ville '. »
Une affaire non moins grave préoccupait en même temps le premier président. Le gouvernement avait cru régler, par un édit de 1673, tous les différends occasionnés par l'imposition du Tiers et Danger. La portée de cet édit avait malheureusement paru douteuse sur certains points, et il était intervenu, le 21 mars 1674, un arrêt interprétatif du Conseil qui avait
> BiblioUièque impériale. Mu. LeUres adreuée* à Cclbert; à l» date indiquée.
tout remis en question^ au grand préjudice de la province. Le 25 avril suivant, le président Pellot prévint Colbert que la Chambre de réformation ferait certaitiement difficulté d'enregistrer cet arrêt, qu'elle regardait comme contraire à l'édit Le président Pellot ajoutait qu'on vivait dans un temps où il y aurait prudence à ralentir les poursuites sur l'impôt du Tiers et Danger, qui chagrinait beaucoup le pays. Il annonçait ensuite à Colbert qu'il venait de recevoir du roi une lettre par laquelle Sa Majesté l'avertissait qu'elle avait été informée que des gens malintentionnés de la province de Normandie avaient envoyé au comte de Monterey pour lui offrir d'y faire des soulèvements, s'ils étaient secourus *.
Le président Pellot était en conséquence d'avis de ne rien innover en ce qui concernait l'imposition du Tiers et Danger, d'exécuter l'édit de 1673 sans l'étendre, et d'épargner, pendant la campagne, les gentilshommes dont on pouvait avoir besoin, et ceux qui servaient le roi dans ses armées.
' Quelques historiens ont dit que les Français avaient trouvé, dans les bagages laissés par les Espagnols à Senef, des papiers où il était fait mention du complot du chevalier de Rohan, et que c'est ainsi que Louis XIV en avait eu connaissance. Or, la bataille de Senef eut lieu le 11 août 1674, et déjà, au mois d'avril précédent, le roi écrivait au président Pellot pour lui signaler les démarches faites auprès du comte de Monterev. La version de ces historiens est donc inexacte. Il est
Mais ces adoucissements ne furent pas du goût de Golbert. Absolu et impérieux, même quand la douceur eût été plusJiabile, voyant avec déplaisir tout ce qui pou* vait affecter l'autorité royale, plus disposé, bien que formé à Técole de Mazarin, à prendre pour guide celui qu'il appelait toujours le grand cardinal de Richelieu \ Colbert défendit au président Pellot de faire surseoir officiellement à l'exécution de l'arrêt du Conseil sur rimpôt du Tiers et Danger, et de laisser espérei* aucun délai. Tout au plus lui permit-il de ménager quelques gentilshommes pendant la campagne ^ encore fallait-il que *cela parût venir de lui. Quelques jours après, le président Pellot, en prévenant Colbert que, suivant des gens bien informés, l'avis donné au roi d'un projet de révolte en Normandie n'avait aucun fondement, lui parlait d'un placard séditieux découvert à Rouen; mais cette coïncidence, qui, rapprochée de l'avis qu'il avait reçu, aurait dû éveiller son attention, ne lui inspirait aucune crainte. Moins confiant, le gouvernement ne laissait pas ses agents dans cette quiétude. Pendant tout le mois de mai, les côtes de Normandie avaient été l'objet d'une surveillance assidue suffisamment justifiée par la croisière de la flotte hollandaise, alors en vue des terres. N'apercevant aucun indice de la révolte
plus probable que Louis XIV fut d*abord informé de ces menées par la voie diplomatique (Voir Pïèces justificatives, li^ 33). ^ Voir mon Histoire de V administration de Colbert, p. 73.
Sje LE CHEVALIER DE ROHAN.'
{|u'on lui avait annoncée et perdant patience, l'amira] Tromp, qui commandait la flotte, s'était éloigné le 4 juin 1674. C'était un événement qui ne pouvait être qu'agréable à la cour. Le président Pellot s'était empressé d'en informer Colbert par la lettre suivante du 5 juin : « La flotte hollandaise, après avoir été près de onze jours sur les côtes d'Angleterre, à la hauteur de celles de Caux, a fait voile hier sur les sis heures du matin, après avoir tiré force coups de canon pour le signal du départ , et a pris la route de l'Ile de Wîgbt, de sorte que l'on n'a plus à la craindre beaucoup mdntenant sur les côtes de Caux, et l'on nous renvoyera bientôt nos cinq cents hommes de milice de Rouen. M. de Beuvron fait bien le service de Dieppe et l'on ne peut mieux s'en acquitter. MM. de Roquelaure et de Torigny, soubz luy, font bien aussi leurdfibvoir '. n
L'enquâte relative à l'afl'aire du placard afllché à Rouen ramena l'attention sur le projet de révolte dénoncé par le roi. Des gens de Pont-Audemer , qui avaient fait et distribué des copies de ce placard, furent condarjiiiés à l'amende, après quelques jours pas-
> GJblloUièquR impériale. Hm. Lettres adreuées i Colbert, A Ii
dale indiquée, —Le» letlres précédenles appartiennent à la méiM
collection, tiésur inépalaable dont un Inventaire complet serait ei-
pour l'histoire des diffëreotrj provinces pendant le>
ares annéea du r^gne de Louis XIV.
ses en prison : « Cela les rendra plus sages, écrivit à ce sajet le président Pellot à Colbert, le il juin 1674, le mal n ayant pas esté seulement que le placard ait esté affiché , mais que beaucoup de copies en aient esté envoyées en divers endroits. Celles-là ont fait pourtant peu d'effet, Dieu mercy, et les advis aussy ne se sont pas trouvés véritables, qui portoient que quand la flotte hollandaise paroistroit sur la côte de Normandie, elle causeroit du soulèvement; car, au contraire, on ne peut pas au monde plus témoigner de zèle que la noblesse et les milices ont fait pour le service de Sa Majesté et la défense de la province ; et je suis persuadé que si les ennemis eussent fait quelque descente , ils n'y auroient pas trouvé leur compte par la disposition où chacun se trouve et par les bons ordres qui ont esté donnez ^ . . »
Que faisait de son côté le chevalier de Rohau, pendant que les mécontents de Normandie répandaient dans laprovince ce placard dont, malgré mes recherches, je n'ai trouvé de copie nulle part? Retiré dans sa petite maison de Saint-Mandé, près Paris, il attendait que les , événements prissent une tournure plus décisive, se contentant, pour le moment du moins, de prêter Tinfluence de son nom à La Tréaumont. Quant à celui-ci, livré aux illusions les plus étranges, il mûrissait son plan, prépa*
^ Correspondance adminisirative soils Louis XIV, U II|P» 18.
rait ses proclamations et se proposait de faire décréter, dans la première réunion insurrectionnelle à laquelle il comptait convier le peuple et la noblesse, une convocation immédiate des États-Génq^aux. De toutes les pièces concernant la conspiration, celle relative à ce projet est la seule qui ait été conservée. Il est d'autant plus essentiel de la faire connaître textuellement -, c'est d'ailleurs le meilleur moyen de montrer avec quelle perfidie le chevalier de Rohan et La Tréaumont avaient su donner à leurs passions le masque des intérêts publics. Voici cette déclaration extraite d'une des relations manuscrites du procès :
(( La noblesse et le peuple de Normandie assemblés pour le bien de TEstat et le service du roy, voyant la misère publique et le pitoyable estât où la cruauté et l'avarice des partisans ont réduit le royaume au dedans et le grant nombre d'ennemis que la témérité et l'insuffisance des mauvais conseillers nous ont attirés au dehors , se sont promis réciproquement et ont jure solennellement par ce qu'il y a de plus sacré et de plus inviolable, de ne séparer jamais leurs inlérests et de sacrifier leurs biens et leurs vies pour le bien commun el général, et pour obtenir une assemblée libre des Estats-Généraux du royaume dans laquelle on puisse avec sûreté délibérer et résoudre la réformation du gouvernement présent, et establir dans ladite assemblée et par ladite assemblée des lois justes qu'on ne
puisse changer à Vadvenir, et par le moyen desquelles les peuples vivent exempts de tyrannie et de vexaîîon. Et comme la demande qui a esté faite par plusieurs et diverses fois de ladite assemblée des Estats-Générnux a esté promise en i651, et cette promesse, quoique signée des quatre secrétaires d'Ëstat, non-seulement éludée par ceux qui gouvernent, mais aussi traités de criminelle dans le Conseil du roy qui, pour cet eflect, n'a cessé de maltraiter cette province à cause de l'intérest qu'ils ont que tout demeure dans une confusion qui empesche qu'on ne remarque leur meschanle volonté et conduite dont ils ont lieu d'appréhender lo châtiment , ladite noblesse et ledit peuple assemblés se sont encore promis et ont encore juré solennellement les uns aux autres de ne point mettre les armes bas qu'ils n'ayent obtenu l'effect de leurs justes demandes, et ont déclaré et déclarent traîtres à la patrie tous ceuk qui estant nés ou possédant des biens dans cette province, de quelque qualité et condition qu'ils soient et quelque employ qu'ils ayent, ne se rendront pas incessamment dans ladite assemblée pour approuver et signer tout ce que dessus, et que ceux qui manqueront seront poursuivis * . »
C'est ainsi que deux hommes, réduits pour vivre à
* Bibliothèque impériale. Mss. Supplément français, n» 870. — La copie de cette pièce est de la main même, de La Reynie.
solliciter Taumône de Fétranger, en échange des forteresses françaises qu'ils comptaient lui livrer, mettaient en avant, dans T espoir de relever leur fortune, les grands mots de misère publique et de tyrannie, grossissaient les dangers auxquels les armées royales étaient exposées, taisaient leurs trioqaphes, excitaient les mécontentements par des phrases sonores, et osaient menacer de poursuivre, en les qualifiant de traîtres, ceux qui rc fuseraient de s'associer à leur trahison. De pareils commencements indiquent assez les extravagances qui auraient suivi quand Uheure des résistances inévitables serait arrivée. En attendant, le voyage de Van den Ëuiien avait eu les résultats les plus favorables. A la suite d'une troisième audience avec le gouverneur de Bruxelles, il avait écrit à La Tréaumont, par Fintermédiaire d'un fripier du faubourg Saint-Antoine, une lettre à mots couverts ainsi conçue : ce J'ay esté bien reçu de mon gendre, mais il] m'a dit que deftemt que de prendre une entière résolution pour venir, il fallait parler à ma fille Marguerite et qu'il envoyeroit cependant à Rouen pour cent mille francs de diamants qu'il vous adresseroit tu Le sens de cette lettre était que Yan den Enden avait reçu un bon accueil du comte de Monterey, lequel voulait pourtant, avant d'aller plus loin, consulter les États de Hollande, ce qui ne l'empêcherait pas, au surplus, d'envoyer cent mille à La Tréaumont,
La mission de Van den Enden était remplie. Rien o^exigeant plus sa présence à Bruxelles, il en partit le 10 septembre pour Paris, où il arriva par Je coche, au boat de sept jours, la tête pleine d'illusions, et persuadé que, grâce au succès de ses négociations, il venait assister et prendre une part active à des événe^ ments dont l'Europe entière ne tarderait pas à éprouvet le contre-coup.
Heureusement pour les peuples, pour la morale, pour l'humanité, la plupart des conspirations avortent misérablement au moment où ceux qui les ont tramées au péril de leur vie se croient le plus sûrs de toucher au but de leurs efforts.
On se souvient qu'en 1672, le gouverneur du Havre avait signalé à Louis XIY les menées d'un individu soupçonné de projets séditieux. Plus tard, au mois d'avril 1674, le roi avait informé le premier président du parlement de Normandie des démarches tentées par des gens de la province auprès du comte de Monterey. L'absence de toute indication au sujet des auteurs de ces tentatives prouve jusqu'à l'évidence qu'ils étaient, à cette époque, complètement inconnus. Le hasard, un hasard heureux et providentiel mit, peu de temps après, le gouvernement sur la voie des coupables* Il y avait, parmi les élèves d'Affînius Van den Enden, un gentilhomme du nom de Ducaux. Il remarqua les fréquentes visites du chevalier de Rohan et de La Tréau-
mont à Van den Enden, fut surpris de rintimité qui s'était formée entre eux, en rechercha les causes, les découvrit, et, quand il fut bien sûr de Texistence d'un complot, le dénonça au roi. On se figure quelle dut être la stupéfaction de Louis XIV, en apprenant qu'il y avait, dans sa cour même, un homme sorti d'une des plus grandes familles du royaume , qu'il avait jadis comblé de ses bienfaits, et qui tramait le renversement de la monarchie, l'établissement de la république et l'introduction des ennemis dans une place française. Le gouvernement s'assura sans doute d'abord de la véracité des faits exposés dans la dénonciation qu'il avait reçue. Une fois fixé sur ce point, il mena l'affaire avec une vigueur, où Ton reconnaît, du commencement à la fin, l'action combinée de Colbert et de Louvois. Le 11 septembre 1674, c'est-à-dire le lendemain du jour où Van den Enden avait quitté Bruxelles, le sieur de Brissac, major des gardes du corps du roi, arrêta le chevalier de Rohan, entre midi et une heure, dans la chapelle même du château de Versailles. Immédiate^ ment après avoir pris les ordres du roi, Brissac partit en poste pour Rouen, avec quatre gardes du corps, pour arrêter La Tréaumont et ses domestiques. Ilarriva à Rouen le 12 septembre, à six heures du matin, courut chez le premier président pour savoir la demeure de La Tréaumont et s'y rendit en toute hâte. L'ayant trouvé au Ut, il lui dît qu'il avait ordre de l'arrêter.
LE CHEVALIER DE ROHAN. â53
A ces mots, La Tréaumont se leva, entra dans un cabinet, et reparut presque aussitôt avec deux pistolets armés : « Me voici, dit-il alors à Brissac, mais vous ne m'aurez pas. — Vous êtes donc bien coupable? répondit Brissac. — Oui , mort Dieu , je suis coupable. » En ce moment, une mêlée affreuse eut lieu dans l'étroite pièce où se passait cette scène. Trois gardes du corps venaient d'y entrer. Brissac ayant mis Fépée à la main, La Tréaumont tira sur lui ses deux pistolets et tua un des gardes. Dans l'excitation de la lutte, un autre garde déchargea sa carabine sur La Tréaumont et le blessa mortellement. Celui-ci vécut cependant encore dix-huit heures, durant lesquelles Brissac et le premier président Pellot n'épargnèrent rien pour lui arracher l'aveu de son crime et la dénonciation de ses complices. « Nous avons mesme employé, écrivit le président Pellot à Louvois, le 13 septembre, le père Patrice, augustin déchaussé, bien intentionné, pour le consoler et voir si,. par le remords de conscience, il ne voudrait rien déclarer; mais cela a esté aussi sans effet et il a persisté dans son obstination, en tenant des discours de fanfaronnerie et de vanité. » Vers le soir, La Tréaumont ayant demandé du papier pour écrire, Brissac, qui ne l'avait pas quitté un seul moment, s'attendit à une révélation importante. Quelques instants après , le moribond remit au major de la garde un papier qu'on peut
nu LG CHEVALIER DB ROHAM.
Toir encore datis les pièces du proeèâ et (|ui Cootieiil tes mots suirants tracés d'une main mal assurée i a Je ne TOUS ai point dît ()lie J'eëtois coupelle \ tliais la peur ne m'a jamais surpris et vos menaè^s ne rae tirwbnt rien \ v Pressé de quéêtions, il répondit de ndbveAa qu'il n'ayait rien à se reprocher, qu'il s'était, à la vérité, éle?é eontre Tiroposition du Tiers AtDanger^ inais qu'il n'avait fait que suivre ed eek Tneôq^ à» tous les gentilshommes de la province \ qM d'dillrâr», li l'on avait voulu l'employef , il aurait bien snrvi le roi< Ses forées l'abuidcmnant ^ il 0d œnfessai refut le» sacrements pour la formé et mourut V^s mÂBuit. 41 Un homme^ mandati à ee sujet te président PeUôt à Louvois^ qui avoit entfepri» ndi>-seulemeDt edntre l'État^ mais encore contre la religi^iy eMnmë ycms ▼errez par son projet^ devoit estr» en effet bîiin elh durci *. »
De nombreuses arrestations suivirent celle dti ebev»lier de Rohan. Les plus remarquées furent eelle» d'un jeune offider à son service ^ le chevalier de Préaujt, neveu de La Tréauiiiont ^ de pluÂeurs geittikh^nMAes normands pàrnli lesquels figurait le marquia de Smit-
* AbUdbdqoe ïmfètiiAéé Mw< Supplément frànfMSf a<> STO, à la fia da volume.
* Mss. ôOO Golbert, n° 226; voir p. 1 â 5, poar tes détaiis de Vme&t&ilou.^SupplérnenéfMnfàiè, Vfi'^U ; létlTé #èCH*t«lfe PélM, (tu lasepteiQlrrd tS74.
Lfe CittEVALÉR DÉ tlCHAN. 285
deval 5 d'ull côiiseillel* au f)arlèrtïehl de Roueii, nommé d^Hèrbeville^ et d'une demoiselle Renée Maurice d'O de Villéi*s, qui t)ossédàit, dâiis lés eiltirôns de Versailles, tifi ehâteau où Ton savait que lé cheyàliér de Rohan allait §dûVetit. Van deh Endfen et sa femme fufettt arrêtés ])âf lé fhàjor de Bris^ad.
A soft arrivée de Ërùxëllés, Vari detl Eiidén avait appril^ p&f éa fëhltiie l'âri^^tàtiot) dii chevalier de Rohàft. Sa première péii^éë fat dé fétourMèr Cil Belgique. Pour plus de SÙM6, il Se fevèlit Û'Utt gWssier §àf f ad dé tOilë. f 1 âttëhdait le (Joëlle avec S» féibnlë, à la Cb&pëile-'ISaiftt^OeiliS, lof^Ué le rflâjdF dé BriMc ârri¥â et le Ht prtSoiitiiéf . Le ié Sëptërtlbre, UHe déclàfâtiMl fôyàle chafgeft les Côhàeillërs d'État dé fièsons et de Pommereu de Vinstruction du procès. Le lëttdëtaaid, Uhè âtitfë déclaMtioti fiotntîlâ pfoëuheur géfléfàl dé Tài^if e Nicoks dé Là Héytiié, t}ui cUtflulâit âl8rs leâ iiti^OlrtâtiteS fofictidns de litutëfaailt général dé poUéè, de éôââëillër d'Ébt et de ttialife dë§ requêtes dêrhôtël*.
MeâMètirS de Bë^cHiâ et dé Pômtiiëfëti î)rôëédèi*ënt
^ îles, èot) Colbeft, ûo^ie,p.1 kW.-^ Les fhaitirês dès fê^uétes é» vnêm fÊHêmà iUliitMs ptjnr tgèmmté, en mauers eiTtle^ des eMses pëfsenneUas des officiers da roi; ils eonnaissaient aussi, en matière crimitielle, des faux commis dans les lettres du grand sceau royal. {fHUiè âé t^lhstfuctioh crimiheUè, par lï. ffâiistin Belle, t. I, p. ëit;)
^Se LE CHEVALIER DE ROHÂN.
immédiatement aux interrogatoires des accusés et à Taudition des témoins. De son côté , le premier président Pellot, désireux de faire oublier le peu de perspicacité qu'il avait montré dans cette affaire, ne négligeait rien pour faciliter Faction du gouvernement. Chaque jour, il rendait compte à Louvois et à Golbwt de la situation de la province et du résultat de ses investigations. C'était le moment où la noblesse de Normandie souffrait particulièrement de l'impôt du Tiers et Danger et de la convocation de Farrière-ban. Ces inquiétudes de l'opinion se reflètent dans une lettre que le président Pellot avait écrite à Colbert , le 13 septembre, c'est-à-dire le lendemain même de l'arrestation de La Tréaumont, et qui contenait ce qui suit :
<( Toute la noblesse de l'arrière-ban s'est assemblée ici il y a quelques jours, qui ont fait assez de bruit contre le Tiers et Danger et mesme, au lieu de songer à marcher, ont parlé de députer au roi; mais M. de Beuvron leur a fait enterfdre comme il faut qu'il les feroit arrester, Moy, de mon costé, je leur ai dit qu'ils dévoient attendre tout ce qui est raisonnable de
la bonté et de la générosité du roy Par ce que
nous a dit La Tréaumont et par les choses que nous avons apprises d'ailleurs, nous avons su qu'il se servoit du Tiers et Danger et des exécutions, qu'il supposoit meschamment estre plus yiolentes qu'elles ne
sont^ pour tascfaer de les émouvoir et destourner de leur dessein^ »
Deux jours après, le 15 septembre, le président Pellot écrivait à Louvois :
«Toute la noblesse part tous les jours d'ici, et je crois que demain ou après demain il n'en restera guère plus. Elle s'en va paraissant à présent bien intentionnée et bien satisfaite de ce qu'on luy a dit. Il nous est revenu de tous costez que La Tréaumont a fait tout ce qu'il a pu pour la mettre d'une autre bumeur, en taschant de Pesmouvoir sur le sujet du Tiers et Danger, et je crois que c'estoit la principale cbose de son volage en cette ville. Mais, Dieu mercy, il n'a guère réussi dans ce dessein, non plus que dans les autres criminels et téméraires qu'il àvoit. Quoiqu'il eût été à soubaiter que Ton eût pu faire une justice exemplaire d'un si grand scélérat, néanmoins Taccident qui est arrivé ne laisse pas que de faire un bon effet et de rendre un chacun sage, puisque l'on voit que Sa Majesté est si bien advertie et donne de si bons ordres qu'il est bien difficile que Ton entreprenne'contre son service sans que l'on soit bientôt découvert^. » .
Naturellement, le complot de La Tréaumont avait dû faire une grande impression sur la province. Du 15 au
^ Bibliothèque impériale. Mss. Lettres adressées à Colbert; année 1674, à sa date.
* Bibliothèque impériale. Mss. Supplément frartçais, n» 870.
m L(8 qiffiVAWER m RoiuNi
30 sapt6mbr9t l^P $trre$^t)piis se supçé4èrf Ri. Çe|le du comte de Créqui-Berniolle fit surtout beaucoup de br))it| car fl était d'une des fanfiilles les plus pQpsidérableç ^u pays, et l'on voit dans une lettre du président Pe}lû|) qi|Q le procureur général m p^rlepi^nt 4e ^^naw4!e se rendit avee madame de Créqui h k ceiir, pauf intfifs céder en faveur du mari 4fl P^Uer^i* Vw P^pti|r§ plui importante fut eellfi à'wm 4ime. de Villws, Ô? ftui J'pB tBouv9 aussi trois I«ittrps qui jou^reul m gFfind rôle dans 1b procès, et dptPfniinàreut , 4^ )^ Pfl^t 4'un 4^s principftui ^cpu^ps, les aveux les plus pofnprun^e^t^nts. « C'est une femme, épriv%i| le président fe\\Qt ^ Loyr vois, le l^^ ûetûl)Pe,qui Si>sit f^ite catboliquïl 46puis peUj plus pour se mettre à PQUvert 4^ h ffiprt 4p ^OA «t^ri qu'elle estoit aoeusée d'avpir emppispnné, que p§r dp bons sentiments^ elle e§tpit, à pe qu'il par<^ît, p^r (gutes ses lettres en grande iptelligeQce ^vgo le pliev^lier du Préaux pour l'épouser ^ «
Le président Pellot disftjt Pn PUtr© ft Colbert, 4ws une lettre du 9 octobre, que madame dfi Vjllsrs avf^( eu deux maris, et que le dprnier, qui é^\\ 4e l^ religipp réformée, a n'étoit pas mort sans soupçqn 4§ P0)§6n qui pesait sur elle ^ «
1 Bibliothèque impériale. Mss. Supplément français, n° 870, * leitrei (târeisé$s à Mkêri} à sa d«ta.