‹ Enguerrand de Marigny, Beaune de Semblançay, le chevalier de Rohan: épisodes de l'histoire de FranceChapitre 46 sur 66 · ARRÊT ET CONDAMNATION DE SEMBLANÇAY K · texte numérisé non relu

ARRÊT ET CONDAMNATION DE SEMBLANÇAY K

(9 août 1527.)

(( Vous par les juges ordonnez par le Roy, le procez criminel fait contre messire Jacques de Beauhe, chevalier, seigneur et baron de Samblançay, vicomte de Tours, conseiller et chambellan ordinaire du Roy, gouverneur et baillif de Touraine, prisonnier en laBaslille, informations, interrogatoires, confrontations de tesmoins, confessions, papiers, lettres, comptes, registres, roolles, eslats et autres papiers, lettres de cléricature du dit de Beaune, cayers, défences, justifications par luy baillées, et procez fait par devant les commissaires sur ce ordonnez, tant aux Monstiz sous Blois, qu'en cette ville de Paris, et autres pièces par luy bailléez pour ses justifications, ensemble lesdiltes pièces mises par devers lesdits juges, par dame Jeanne Ruzé, sa femme, et messire Guillaume de Beaune, chevalier, général de France, son fils. Et aussi la requeste présentée par Madame mère du Roy, tendant à ce que le jugement qui seroit donné sur ledit procez criminel fust sans préjudice de sa debte^par sentence contre elle obtenue. Et tout considéré, dit a esté que sans avoir regard à laditte cléricature dudit Jacques de Bçaune (du privilège de laquelle il a esté débouté), iceux juges ont déclaré et déclarent ledit Jacques de Beaune estre attaint^ et convaincu de larrecins , faussetez, abus, malversation et maie administration des finances du Roy, mentionnés audit procez. Et pour réparation desdits crimes et délits l'ont déclaré et déclarent estre privé, et le privent de tous honneurs et estats. Et outre ont iceluy condamné et condamnent à estre pendu et estranglé à Montfaucon, et tous SCS biens, meubles et héritages confisquez, sur lesquels biens et

• '"5 Annales d'Aquitaine., par Jean Bouchet; i644, 4" partie, p. 412.

confiscation sera prinse la somme de trois cent mil livres parisis, tant pour la restitution des sommes par ses faussetez mal prinses par ledit Jacques de Beaune, sur lesdittes finances du Roy, qu'autres dommages et intérests par luy faicls et donnés en icelles. Laquelle somme lesdits juges ont adjugée au Roy, pour laditte restitution, et ce^ sans préjudice de laditte debte, prétendue par madille Dame mère du Roy. Ainsi signé, Bourdel. Fait et prononcé audit de Beaune le neufiesme jour d'aoust, Tan mil cinq cent vingt sept. »

c Et ensuivant laquelle sentence, le lundy, douziesme dudit mois, ledit de Beaune fut mené sur une muUe en un saye de velours, des prisons au gibet de Montfaucon, où il fut, attendant tousiours la grâce du Roy, depuis une heure après midy jusques à sept heures du soir, et s*attendoit que le Roy luy fist telle graoe, comme il avoit fait au seigneur de Sainct Yallier, auquel il avoit envoyé son abolition , luy estant sur un eschaffaut en Grève, prest à baisser la teste, comme nous avons veu cy dessus. Mais son confesseur luy déclara qu'il ne 8*y attendist plus. Lors en une merveilleuse constance dist : Je voy et cognois que le service des Roys n'est tel que le service de Dieu ; si j'eusse autant prins de peine et labeur, et* par si long temps à servir Dieu, comme i'ay à servir le Roy, il ne m*en fust pas ainsi mal. J*ay bren mérité la mort , pour avoir plus servy aux hommes qu'à Dieu. » Et incontinent après fut pendu et estranglé par le bourreau, au gibet de Montfaucon. Voilà la misérable fin d'un tel hommo^ qui avoit servi trois Roys de France, en honneur, et vescu en grand prospérité par soixante ans ; voire allié et apparenté d'un grand nombre de gens de bien. Depuis son corps fut despendu et mis en terre saincte. »

3M INËGES W^Tff^lOiTIVBS.

Page 1