ARTICLE
nn IrA OAfBTTV BU 4^^' nécUDMI i674, QUI RENDIT COMPTE DE
l'affaire et de la mort du chevalier de roran '.
« Le chevalier de Rohan, la dame de Villars, veuve d'un gentilhomme de Normandie, PréaUr neveu de la Tréaumont, qui la devoit épouser , et Van den Enden^ maistre d'école^ convaincus
Aoth&que mazavine. CoUeetion d« la Ga%»Ue, année 1674,-11* 133,
LE CmVkUm DE ROUAN. m
piai* \èur» prq>reB conlésAkHAS et par diverses aiMr^ preuves , d'av4)ir trai^ avec les enoetms de l'EsUt et de leur avoir promis de iepr l^yror plujsieur3 de^ places en Noruïgndie et de £aire révoltar hà pr^vinee^ furent coadaffiDez i mort etex^tez le 27 du pafiSlâdaBSJle place qui est devant la Bastille, les trois preiuiers 9ya^ eu la teiste tranchée et le dernier ayant est^ pendu. )»
RÉQT PE JL'AFFAïaE DU CHEVALIER DE ROHAN ,
EXTRAIT PES a 1|£LANGES DE Jf. PHILIBERT PE tAMARE , CON- SEILLA AU PARLEMENT DE DIJON, COMUENCEZ EN 4673, ET JCOPIEZ SUB LE M^USCRIT ORIGINAL » ^
« Lo dievalier de Rohaii estent le plus brave, ie plus généreux et ie plus vaillant et rtiomme le mieux fait de son temps. Après avoir mangé tout son bien, et cherchant À manger celui de la prineasM Guimenée, sa mère, qu'il tenoit pour cela en procès, il se chagrina du refus que le Roy fit de lui donner «on agréaient pour traiter d'iine grande diarge. On n'a pas sceu m «e refus ve- Doit du mouvement du Roy ou s'il y avoit esté poussé par la marquise de Mootespan, avec laquelle ce chevalier avoit oessé d'être bien depuis quelque temps, ou bien m ce refus venoit du marquis de Louvois, premier ministre avae lequel il avoit eu autrefois des desmdez, estudiant ensemble au collège de Clermont. Ce dépit lui ayant mis le feu en la teste, il crut ne pouvoir espérer de monter a quelque charge proportionnée a sa naissance
* Bajffoti^vp iiiil)iéri4e. U^, f(mâ$ Mmhieie, 94. -~ V^ 907 et «99. ^ H dois la commuoicatiou de ceJtte pièce, contenant quëlqi^s détails qui ne se trouvent pas dan* les documents officiels au procès du chevalier de Rohan, à Vextrènie
424 PIÈCES JUSTfflCATIYES.
qu'en excitant des troubles et des mouvemens dans le royaume, à quoy lui donneroit beaucoup de Facilité la guerre que le Roy venoit de déclarer aux Hollandois. Il jetta les yeux sur la Normandie , province riche et maritime, peuplée de gentils hommes que la nouvelle maltoste du tiers et , danger avoit fort aigris contre le gouvernement présent. Il avoit pour principal confident la Truyaumont, fils d'un maître des comptes de Rouen, autant brave et déterminé qu*il y en eut dans le Royaume : lequel s'étoit nourri toute sa vie dans les mouvemens et factions; qui avoit de grandes habitudes en Hollande, et vers les principaux membres du Parlement d'Angleterre et très considéré par les Huguenots de France quoique très catholique; en un mot un homme qui ne respiroit que nouveautés et qui n'avoit de vues que pour la République : c'étoit là le principal conseil et confia dent du chevalier de Rohan, lequel voyant la guerre déclarée à la France par TEmpire et TEspagne^ écrivit au comte de Monlerey, gouverneur des Pays-Bas^ et s'ouvrit à lui des desseins qu*il avoit« Il avoit choisi pour porteur de cette lettre un maistre d^éfole qui demeuroit au faubourg Saint-Antoine, Flamand de MlkNEi» jésuite, puis retiré en Hollande et chassé d'Amsterdam pour y «voir enseigné l'athéisme, d'où il étoit venu s'établir à Fwri» où il enseignoit avec un merveilleux succès la langue la- Une, pour laquelle il avait une méthode particulière et admirable. Le comte de Monterôy n*eut pas plutôt reçu la lettre du chevalier de Rohan qu*il ai donna avis aux États de Hollande, avec lesquels il était lié d'interesl contre ^la France. Le prince d*0r«ng6 le sut par là et en donna avis au Roy d'Angleterre, son oncle, qui le fit savoir ali Roy, lequel, à l'instant, fit arrester et mettre à la Bastille le chevalier de Rohan et envoya Brissac, lieutenant de ses gardes, arrester à Rouen la Truyaumdnt. Il y en a qui <mt dit que œ ne fut pas par la voie du Roy d'Angleterre que cette menée fut découverte en France, mais bien par le marquis de Sourdeval, auqud on en avait fait confidence. ûuAi qu'il en soit, Brissac estant allé à Rouen pour prendre la 'Dont, eut la charge de s'adressa à M. Pelot, premier
président du Parlement. La Truyaumont ayant été surpris dans le lit tira un de ses pistolets à Brissac, qui estoit son aini^ lequel n*ayant rien fait, et la Truyaumont prenant Tautrepour le tirer, un des gardes du corps qui aocompagnoit Brissac donna un coup de mousqueton au travers du corps de la Truyaumont. Le Premier Président y ayant accouru pour recevoir sa déclaration, la Truyaumont ayant demandé de Tencre et du papier pour récrire; il fut fort longtemps à écrire deux ou trois fois ce mot: Je meurs... Et cependant^ ouvrant de sa main gauche la playe qu'il venoit de recevoir, il acheva d'écrire ces autres mots : « Je meurs très humble serviteur du Roy, » et se moqua ainsi du Premier Présidents Gomme on lui eut présenté un confesseur, il lui dit qu'il lui serait bien difficile de se confesser en détail, et qu'il pouvoit lui donner l'absolution sur ce pied là^ qu'il avoit fait tous les crimes dont un homme est capable.
«Cependant on arrestoit à Paris le chevalier de Rohan, auquel ses amis crurëht ne pouvoir rendre un meilleur office que d'essayer de lui faire savoir que la Truyaumont estoit mort : et pour cela, pendant plus de quinze jours, ils se promenoient toutes les nuits autour de la Bastille, criant à pleine teste que la Truyaumont estoit mort. Mais ces avis furent inutiles et n'allèrent pas jusqu'au chevalier de Rohan, qui estoit trop bien gardé pour en pouvoir profiter. Le maistre d'école du faubourg Saint- Antoine estant retourné de Bruxelles, où il avoit porté la lettre au comte de Monterey, ayant appris la détention du chevalier de Rohan, se crut perdu, et n'ayant fait que changer de souliers et bu un coup, repnt le chemin de Bruxelles, et s'estant mis dans le coche de Peronne pour y aller, fut arresté et depuis pendu le mesme jour de l'exécution du chevalier de Rohan ; mais plus mort que vif, car il avoit perdu la tramontane. On arresta ensuite le chevalier de Préaux, neveu, d'autres disent fils de la Truyaumont et de la dame de Yillars, avec laquelle il
* On a TU, par les pièces mêmes du procès, que ces détails ne sont pas tout è fait eiaets.
•voit commerce d'amourettes, lesquels eurent la (este coupée le meeme jour, ayant esté convaincus, par leurs confessions, d'avoir scellé le dessein du chevalier de Rohan et de ne Tavoir pas révélé. L'instruction du procès fut.faitte par MM. de Bezoos éi de Pomereu , et , pour le jugement, )e Roy fit une chambre à rArsei^al» composée de douze conseillers d'Ëtat et doa%e maîtres des requestes et de M. Je chapçelier pour y présider.
« Depuis que le chevalier de Rohan eut avoué qu'il avoit écrit au comte de Monterey^ il reconnut bien qu'il n'y avoit point de grâce à espérer, et demanda le père Rourdalpue, jé^uits^ qui y vint ensuitte de l'ordre du Roy, avec le père '(alon. Dès qu'il vit le père Bourdaloue, il s'emporta en de grandes plaintes contre tout ce qu'il croyoit estre la cause de sa perte , et ayant fini ses emportemans par ce mot dé chresti^y le père Sourd^loue, qui lui avoit laissé décharger son ogaur pendant dB^1[ heures sans lui dire un mot, prit occasion svr ce i^ot de çhfestien, par où il avoit fini» de lui demander s'il estoit chrestien ; ^ quoi le chevalier de Rohan ayant répondu que non, ce père lui demanda s'il le vouloit estre ; et comme il lui eut demandé ce qu'il falloit faire pour l'estre, le Père lui répondit qu'il ne falloit qu'un peu de repentir; après quoi, estant entré en matière, il fit une confession générale et se prépara à la mort après avoir communié & la messe qui fut dite la veille de l'exécution à minuit, par la permission de l'Archevesque de Paris. Après qu'on lui eust lu son arrest, le bourreau lui ayant demandé un de ses ruban^ pour le lier pour la forme seulemeut : eh l mon ami, lui dit-il, à quoi bon œla ? lÔsus-Christ, l'innocence même ayant esté lié de cordes; pjuis il se fit lier. Il vit, sortant de la Raatille, une bjerre de plomb qu'on avçit préparée pour mettre son corps, avec un baril de poudre pour en mettre dans le coffre du corps, après qu'on en auroit tiré les eAtrailles, il dit à ces pères: voilà ma dernière maison. Puis, passant au travers des mousquetaires, qui tous le saluèrent la larme à l'œuil, hors un, lequel l'ayant regardé fièrement sans lever le chapeau, le chevalier de Rohan le regarda encore plus fièrement, dont ce mousquetaiiti
LE CHEVAuen m rouan. 49n
eut taot de confusion qu'il en a depuis souhaité mille fois la naort. Le régiment des gardes s'y trouva aussi eu bataille, et le duc de la Feuillade» qui en est colon^l, ayant demandé au Roy, la veille de Texécution, s'il lui plaisoit le dispenser de cette cérémonie, et le Roy lui ayant dit : « Tu es bien tendre, la Feqiilade, 9 et il s'y trouva enveloppé de son manteau et le dos tourné conitre Técbaffautf
« Il ne voulut point monter sur la cbarette pour estre mené au lieu de Texécution, qui fut devant la porte de la Bastille, et ceux qui lui ont imputé à faiblesse de ce qu'il eut un peu de p^ine à monter sur Técbaffaut^ ne considèrent pas qu'il avoit les mains liées. Estant monté, il sourit, voyant â une fenestre les dames de Rambures et de Lyonne, et le père Bourdaloue lui ayant dit que c'estoit un petit reste de vanité, il Ini répondit : « Tant s*en faut, mon Père, c'est une roarqMe de mépris que j'ai pour le monde, de voir deux choses si contraires, scavoir ; deux femmes en une mesme fenestre, dont l'une avoit de Tamitié ppvr moi, et l'autre de la hayne. » Il change^ un peu de couleur quand le bourreau lui esta sa perruque par derrière, et cela le surprit; puis s'étant mis à genonx et receu l'absolution, il récent le coup de la mort.
a II vpgloit commencer l'exécution de son dessein qu'il avoit d'exciter des troubles et des mouvemens dans le Royaume p^r donner d^ coups de bâtons à Berrier, qu'on disoit l'auteur de la maletote du tiers et dan^r; et, après cela, il faisoit estât d'aller en Normandie se meHre i la teste de la noblesse de cette province pour aller demander au Roy la confirmation de leurs privilèges et la révocation de cette maletote, qui est*une très mauvaise voye à tenir* Il y eu cinquante ou soii^ante personnes emprisonnées pour ce fait là, non pas qu'on les crut complices mais pour s'en servir comme de témoins, a&n de découvrir lesg^ntilsT hioçimes de Normandie qui avoient eu part en ceste menée. Ën-r ire ceu](-là fut fait prisonnier le sieur Bourguignet Bourguignon, homme d'esprit et qui avoit habitude depuis quelque temps av^ le chevalier de Rohan. Il fut ouï coinme témoin, et dans sa dépof
sition parlant de la Truyaumont, et disant feu la Truyaumont et le greffier l'ayant ainsi écrite après qu'on lui eut fait lecture de sa déposition, les commissaires effacèrent le mot de feu^ afin que lorsque l'on viendroit à la lire après sa confrontation au chevalier de Rohan\ il ne reconnut pas que la Truyaumont estoit mort, qui estoit le seul dépositaire de son secret. La confrontation se fît à l'ordinaire, et le chevalier de Rohan ne donna aucun reproche contre Bourguignet, qu'il déclara tenir pour un homme de bien et d'honneur et qui ne l'avoit jamais approché que pour lui donner des conseils conformes à la raison et à son devoir. Mais lorsque Bourguignet fut ouï au conseil, M. le chevalier lui ayant demandé ce qu'il auroit fait au cas que le chevalier de Rohan lui eut découvert le dessein qu'il ayoit d'exciter des mouvemens dans le Royaume, il l|^i répondit en homme d'esprit , scavoir : qu'il se seroit jeté à ses genoux pour le détourner de ce dessein-là^ et que s'il lui eut témoigné de ne le pas vouloir faire^ il fut allé s'enfermer aux Chartreux ou aux Carmes déchaussés, d'où il auroit donné avis de ce dessein à quelqu'un de MM. les ministres. Je tiens ces mémoires dudit sieur Bourguignet, qui ajoutoit que les commissaires qui avoient instruit le procès du chevalier de Rohan lui avoient promis que s'il advouoit la vérité, le Roy lui feroit grâce, ce qu'il ne fit pas. La comtesse de Bregy , qui étoit amie de ce malheureux, disoit qu'elle eut voulu avoir donné cinquante mille écus de son bien, et que le Roy eut pardonné au chevalieç de Rohan, ce qu'elle disoit pour la gloire du Roy, qui ne pouvoit donner une plus grande preuve de sa clémence qu'en cette occasion.
c Le Roy avoit beaucoup de pente à pardonner au chevalier de Rohan, dont le crime estoit plustost une friponnerie pratiquée , pour tirer de l'argent des Hollandois pour fournir à ses débauches que non pas un dessein précis de faire rentrer en Normandie et mettre Quillebœuf entre les mains des Hollandois, dont les fortifications sont dém(»lies depuis longtemps, qui estoient des choses qu'il ne pouvoit et ne croyoit pas pouvoir exécuter ; mais Topique le Roy eut que s'il lui pardonnoit on croiroit que ce se-
roit un effect du crédit qu'avoit en lui M. Golbert, qui prenoit part à la fortune de ce chevalier, parent du duc de Luynes, son gendre, fit qu'il laissa aller le cours de la justice. Ce chevalier, quelques années auparavant, ayant ployé, comme on dit, la toilette et forcé le cabinet de la Princesse de Guimenée, sa mère , pour avoir de quoy soutenir sa débauche^ elle s*en plaignit au Roy et lui en demanda justice , et le Roy ayant traité cela de bagatelle, elle lui répondit qu'elle prioit Dieu qu'il ne se trouvât pas plus mal de son fils qu'elle. Le Roy avoit déjà eu le vent de ce complot avant la prise du comté de Bourgogne. C'est pourquoi ii amena, en y venant, la Reine et M. le Dauphin avec lui. »
FIN DBS PIÈCES JUSTinCATIYKS.