No more of that, pas plus de cela
ENOCH ARDKN.
Philippe, s'approchant un peu plus, parla alors : « Annie, il y a dans mon esprit une chose, il y a longtemps qu'elle est dans mon esprit 1 ; j'ignore quand elle y est venue pour la première fois, mais je sais qu'elle en sortira à la fin. 0 Annie, c'est au delà de toute espérance, contre toute chance, que celui qui vous a quittée, il y a dix longues années, soit encore vivant. Eh bien, alors, laissez-moi parler : je souffre de vous voir pauvre et ayant besoin de secours; je ne puis vous aider comme je désire le faire, à moins que — on dit que les femmes sont si promptes, — peut-être vous savez ce que je voudrais vous faire connaître 2 — je vous désire pour ma femme. — Je voudrais bien me montrer 3 un père pour vos enfants; je pense réellement qu'ils m'aiment comme un père; je suis sûr que je les aime comme s'ils étaient les miens ; et je crois, si vous étiez vite ma femme, qu'après toutes ces années tristes et incertaines, nous pourrions encore être aussi heureux que Dieu accorde de l'être à n'importe laquelle de ses créatures. Songez-y, car je suis prospère, nulle parenté, nulle sollicitude, nul fardeau, sauf ma sollicitude pour vous et les vôtres, et nous nous sommes connus toute notre vie, et je vous ai aimée plus longtemps que vous ne savez. »
Alors Annie répondit; elle parla avec une tendre émotion : « Vous avez été comme le bon ange de Dieu dans notre maison, que Dieu vous en bénisse, qu'il vous en récompense, Philippe, avec quelque chose de plus heureux que moi-même. Peut-on aimer deux fois? Pouvez-vous être aimé comme Enoch le fut? Qu'est-ce que vous demandez ?» — « Je suis content, répondit-il, d'être aimé un peu, après Enoch. » — « Oh 1 » s'écria-t-elle, comme
1. It has been... so long, elle a » voudrais avoir vous connaître, été si longtemps. 3. / fain would prone, je vou-
2. I would have you know, je I drais volontiers orouver que je suis.
effrayée* : « Cher Philippe, attendez un moment si Enoch revient, — mais Enoch ne reviendra pas ; — cependant attendez une année, une année n'est pas si longue; sûrement, je serai plus sage dans un an. Oh ! attendez un peu! » Et Philippe dit avec tristesse : « Ànnie, puisque j'ai attendu toute ma vie, je puis bien attendre un peu. » — « Non », s'écria-t-elle, « je suis liée, vous avez ma promesse, — dans un an; ne voulez-vous pas attendre votre année comme j'attends la mienne?» — Philippe répondit : « J'attendrai mon année. y>
Ici, tous deux furent silencieux jusqu'à ce que Philippe levant les yeux vit les dernières clartés du jour qui finissait, disparaître2 derrière le tertre danois au-dessus de leur tête. Alors, craignant la nuit et le frais pour Annie, il se leva et envoya sa voix à travers le bois qui était à ses pieds3. Les enfants remontèrent chargés de leur butin. Tous alors descendirent au port; arrivé à la porte d'Annie, Philippe s'arrêta, et, lui tendant la main, lui dit avec bonté : « Annie, quand je vous parlais, c'était votre heure de faiblesse; j'ai eu tort, je vous suis toujours engagé, mais vous êtes libre. » Alors Annie répondit en pleurant : « Je suis engagée. »
Elle dit, et, comme si les mois n'avaient été qu'un instant, pendant 'qu'elle continuait de s'occuper des affaires de son ménage, tout en pensant à ses dernières paroles, qu'il l'avait aimée plus longtemps qu'elle ne savait, cet automne avait fait place à un nouvel automne 4, Philippe